‹ Le Christ; drame sacré en cinq tableaux, avec une mélodie originale de Clément LippacherChapitre 7 sur 30 · SAÏD, AÏSSA · texte numérisé non relu

SAÏD, AÏSSA

SAÏD

C'est l'instant d'aimer ! C'est le soir !

AÏSSA

Non, non ! C'est l'instant d'être sage ; Le soleil qui s'éteint dore un dernier nuage Et bientôt le bois sera noir.

SAÏD

Quand le bois est noir, on se serre l.'un contre l'autre, doucement ; Si ta petite àme est sincère, Tu trouveras le soir charmant.

AÏSSA

Et mes troupeaux? Et mon vieux père Qui m'attend en notre maison ?

SAïD

L'oiseau reste-t-il solitaire Quand la nuit monte à l'horizon ?

Les roucoulantes tourterelles Se cachent dans les oliviers ; Lorsque le soir ferme leurs ailes Leurs petits becs sont éveillés .

AÏSSA

Hélas! Saïd, dans les teuillées Les oiseaux s'aiment librement; Quand leurs ailes sont repliées Ils dorment sous le firmament :

Le frais matin les trouve en joie ; Dans un essor facile et doux Leur amour léger se déploie :

Il n'en est pas ainsi pour nous !

SAÏD

Si tu deviens un jour ma femme Nous n'envierons plus rien aux doux oiseaux du ciel A nous deux nous n'aurons qu'une âme, L'nc âme de lait et de miel !

AÏSSA

En attendant il nous faut vivre Souvent plaintifs et séparés ; Le soir fraîchit, l'amour t'enivre; Mais bien des troupeaux sont rentrés .

Hélas ! il faut faire de même !

SAÏD

Non ! non ! Restons encore un peu ; Ne me fuis pas puisque je t'aime :

Tu vois ; le ciel est encor bleu .

AÏSSA

C'est le bleu de la nuit profonde Qui monte à l'orient obscur; Mon père attend et sa voix gronde

SAïD

Ton père est bon et je suis sûr Qu'il comprendra notre folie ; Il n'a pas été sans amour, 11 fut jeune et rien ne s'oublie :

Il sait que chacun a son tour !

AÏSSA

J'ai de bonnes raisons pour croire Que les vieillards sont mécontents ; Si d'eux-mêmes ils ont mémoire, Leur hiver blâme le printemps .

Je pars ! Je pars !...

SAÏD

Ma tourterelle !

Tu ne peux ainsi me laisser !

Il fait doux, le muguet sent bon, la nuit e.-t belle ; Dis-moi bonsoir dans un baiser!

AÏSSA

Un baiser en appelle un autre, Chacun s'oublie et le temp3 fuit!

SAÏD

Qu'importe! Le bonheur cît nôtre :

Si la nuit nous conseille, aimon?-nous dans la nuit.

AÏSSA Saïd !

Page 1