SAÏD, AÏSSA
SAÏD
C'est l'instant d'aimer ! C'est le soir !
AÏSSA
Non, non ! C'est l'instant d'être sage ; Le soleil qui s'éteint dore un dernier nuage Et bientôt le bois sera noir.
SAÏD
Quand le bois est noir, on se serre l.'un contre l'autre, doucement ; Si ta petite àme est sincère, Tu trouveras le soir charmant.
AÏSSA
Et mes troupeaux? Et mon vieux père Qui m'attend en notre maison ?
SAïD
L'oiseau reste-t-il solitaire Quand la nuit monte à l'horizon ?
Les roucoulantes tourterelles Se cachent dans les oliviers ; Lorsque le soir ferme leurs ailes Leurs petits becs sont éveillés .
AÏSSA
Hélas! Saïd, dans les teuillées Les oiseaux s'aiment librement; Quand leurs ailes sont repliées Ils dorment sous le firmament :
Le frais matin les trouve en joie ; Dans un essor facile et doux Leur amour léger se déploie :
Il n'en est pas ainsi pour nous !
SAÏD
Si tu deviens un jour ma femme Nous n'envierons plus rien aux doux oiseaux du ciel A nous deux nous n'aurons qu'une âme, L'nc âme de lait et de miel !
AÏSSA
En attendant il nous faut vivre Souvent plaintifs et séparés ; Le soir fraîchit, l'amour t'enivre; Mais bien des troupeaux sont rentrés .
Hélas ! il faut faire de même !
SAÏD
Non ! non ! Restons encore un peu ; Ne me fuis pas puisque je t'aime :
Tu vois ; le ciel est encor bleu .
AÏSSA
C'est le bleu de la nuit profonde Qui monte à l'orient obscur; Mon père attend et sa voix gronde
SAïD
Ton père est bon et je suis sûr Qu'il comprendra notre folie ; Il n'a pas été sans amour, 11 fut jeune et rien ne s'oublie :
Il sait que chacun a son tour !
AÏSSA
J'ai de bonnes raisons pour croire Que les vieillards sont mécontents ; Si d'eux-mêmes ils ont mémoire, Leur hiver blâme le printemps .
Je pars ! Je pars !...
SAÏD
Ma tourterelle !
Tu ne peux ainsi me laisser !
Il fait doux, le muguet sent bon, la nuit e.-t belle ; Dis-moi bonsoir dans un baiser!
AÏSSA
Un baiser en appelle un autre, Chacun s'oublie et le temp3 fuit!
SAÏD
Qu'importe! Le bonheur cît nôtre :
Si la nuit nous conseille, aimon?-nous dans la nuit.
AÏSSA Saïd !