LES ANT£GHR1STS
En reniant rincarnaiion , les antechrists renient en même temps la Trinité : ceux qui nient le Fils ne reconnaissent point le Père. Ils méconnaissent l'adorable mys^ tère de la fécondité éternelle de Diea ; ils méprisent ce que Dieu nous a révélé de plus sublime et de plus lumineux sur lui-même y et parce que cette lumière est inaccessible» ils ferment les yeux à sa clarté. La Trinité est, en effet, ce que nous savons de plus incompréhensible et de plus clair tout à k fois sur la nature divine. Bossuet, en commentant les Ecritures et les Pères, nous Ta victorieusement démontré.^
[i ) Voyez cî-de88U8, p. 226-2S1 . — Bossuet ne prétend pas, sans doute, prouver l'existence de la Trinité a priori par des arguments fournis uniquement par la raison , mais il montre , qu'après avoir reçu de la révélation la notion de la Triiiité , la raison , par la connaissance que nous avons de nous-mêmes , peut démontrer la nécessité de trois subsistances vivantes ou de trois personnes dans une même essence ou nature divine. Il résulte de Texposé de Bossuet : i** que notre raison conçoit clairement cette nécessité ; S^ qu'elle conçoit aussi pourquoi elle ne peut comprendre commefU est ce qui est nécessairement.
Ceux qui blasphèment ce qu'ils ignorent devraient lire ces pages , et ils rougiraient de leurs blasphèmes. € Un fait trois , et trois font un , voilà l'arithmétique chrétienne, » disent-ils misérablement avec M. deBoufilers; comme si le christia* nisme enseignait la trinité et l'unité en Dieu , sous le même rapport, c'est-à-dire deux absurdités et en mémo temps deux hérésies I
« Quand nous disons la trinité dans l'unité , dit saint Thomas d'Aquin , nous ne posons pas le nombre dans l'unité d'essence , comme si elle était trois fois une ; mais nous posons les trois personnes danrl'unité de la nature divine , comme les individus [tupposita) d'une nature , sont comptés dans l'unité de cette nature. » (P. 4. q. 81. a. 4.)
Gardons-nous , toutefois , de confondre les personnes divines avec les personnes humaines. Les personnes divines sont distinctes, mais indivisibles dans leur nature, dans leur essence. Nous en portons une certaine image en nous-mêmes où la puissance , l'entendement et la volonté sontdistincts , mais indivisibles dans notre âme.
Oui , dit Bossuet , et ils y seraient substantiels , subsistants , vivants , si nous étions parfaits ou infinis. Ecoutons-le lui-même :
« Si f étais (comme Dieu) une nature incapable de tout accident turtenu à «a eube» tance f et en qui il fallût que tout fut tubttantielj (ma puissance), ma cùnnaiseancê^
La Trinité et Tlncarnation sont donc les deux grandes vérités pleinement révélées par Jésus-Ghrist , et reniées avant tout par les aniechrists. La négation des grandeurs de Dieu dun côté, des misères et de la rédemption de l'homme de l'autre, c'est la double base de ranlichristianisme.
« Quiconque nie le Fils, a dit saint Jean , ne reconnaît point le Père. »
Les antechrists ne renient pas seulement Dieu comme Père dans son éternelle fécondité : ils renient aussi Dieu comme Père des hommes dans la grande révélation de son amour : « Car Dieu a tellement aimé le monde j qu'il a donné son Fils unique; afin que tout homme qui croit en lui ne périsse point , mais qu'il ait la vie éternelle.^ »
Dieu , sans doute , est Père des hommes par la création et par les soins de sa providence générale, mais l'humanité coupable, déchue, dégradée, livrée comme elle l'est aujourd'hui, à l'ignorance, à la concupiscence , à la souffrance, à la mort, est manifestement sous le coup de la justice, se sent châtiée, et laisse universellement entendre le cri dont
$i mon afnowr seraient quelque chose de substantiel et de subsistant ; et je serais trois personnes subsistantes dans une seule nature. »
C'est ainsi que Diea nous ayant appris ce que nous sommes , nous pouvons , en nouê entendant nous-mêmes ^ entendre aus^ice que doit être Dieu. Nous ne pouvons comprendre le comment de la Trinité , sans doute , mais comprennons-nous mieux le comment de Tinfini dont la nécessité est évidente ? Et de quoi , après tout , comprennons-nous le comment ?
11 est des esprits, nous ne l'ignorons pas, qui lisent Bossuet, commentant les paroles de l'Ecriture et des Pires sur la Trinité, et qui n*y voient rien. Iklais cela prouve* t-il que la lumière n'a pas de clarté, ou bien que leur vue ne la supporte pas encore ?
(I) Joftu. 8. 46.
H74. LES AKTEGHRISTS.
TApôlre s est fait lecho : Qui me délivrera?^ Elle le fit entendre ce cri de dodeur , aussitôt après sa déchéance, et Dieu qui , dans sa miséricorde , le lui inspira : PostuUU pro nobis gemitïbus inenarrahilibus ^ * lui répondit dès lorigine par la promesse de la rédemption.' Aussi , n'est-ce que dans Tattente du Sauveur, et surtout dans sa venue, que rhumanité tombée a continué de dire à Dieu : Mon Père ! mais elle le lui a dit à plus forte raison que dans letat d'innocence , car nulle part Dieu ne s'est montré aussi Père que dans la rédemption : Sic Deus dikxit mundum.
Ceux qui , avant ou après rincarnation , ont méconnu la vérité de la chute de l'homme, l'état de dépravation de l'humanité, la promesse, l'attente, l'accomplissement de la rédemption , ont méconnu le Père parce qu'ils ont méconnu le Fils.
Nous disons : Ceux qui ont méconnu; car chez ceux qui sans leur faute, mais uniquement par la faute de leuçs ancêtres , ont été privés de la connaissance explicite de la grande promesse, ou plus lard de son accomplissement, et qui n'ont pas, d'ailleurs, résisté personnellement aux grâces que Dieu offre à tous les hommes , la foi au Dieu Sauveur du monde se trouvait implicitement contenue dans la foi à la paternelle miséricorde de Dieu pour nous , et dans l'espérance que ni le péché , ni les ténèbres , ni les misères de la vie, ni les horreurs de la mort, n'ont pu vaincre ni empêcher de s'élever a la Divinité par la prière.
Cependant, si l'espérance a résisté dans le genre humain au châtiment dont l'homme est lui-même à lui-même le
{Vj Rom. 7. 24. (2) Rom. 8. 23. (S) Gen. 3. H,
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monument lamentable et authentique y c est que Dieu la lui a rendue , en mêlant dès lorigine sa miséricorde à sa justice. Ce n'est qu appuyée sur la foi à la promesse primitive , que l'espérance a pdssé depuis lors , malgré la douleur et la mort, de génération en génération.
Privée de la foi qui est le fondement de cette espérance, la vie du genre humain, comme celle de l'homme^ serait sans lumière, et c'est parce qu'en reniant le Fils, ils renient le Père, c'est parce qu'ils méconnaissent Dieu en lui-même et dans son œuvre, dans sa grande œuvre du salut des hommes , que les antechrists de tous les temps ' ont ignoré volontairement le fond de l'histoire du monde, et le triste rôle qu'y remplit leur orgueil.
C'est l'orgueil, en effet, qui ne veut pas avouer son châtiment; c'est l'orgueil qui nie la chute originelle et ses tracés si profondes en nous et si manifestes ; c'est l'orgueil . qui ne veut confesser ni le mal , ni la nécessité du remède , . ni l'esclavage du péché , ni le besoin de la divine délivrance; c'est l'orgueil qui aime son mal et préfère être perdu que d'être sauvé par grâce; c'est l'orgueil ou la révolte de l'esprit punie par la révolte des sens , qui ne veut ni avouer ni combattre cette dernière et honteuse révolte et qui la caresse parce qu'elle est a lui ; c'est l'orr gueil qui ne veut pas entendre que l'homme doit haïr quelque chose en lui-même pour s'aimer et se sauver lui-même : Qui odit animam suant in hoc mundo in vitam œternam custodit eamj^ c est l'orgueil avec la lâcheté pour complice, qui rejette la grâce de la rédemption parce qu'il ne permet pas à l'âme de combattre et de vaincre le désordre
(IjJoan. 4a.S5.
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dont il est le principe; c'est Forgueil enfin qni, en présence de la croix, s'endurcit jusqu'à résister à l'attrait divin de son Sauveur. Mais c'est parce qu'il y résiste qu'il est déjà jugé : Qui non crédit jam judicalus est : quia non crédit in nomine Unigeniti Filii Dei.^ Or, voici le jugement porté contre les superbes : ce La lumière est venue dans le monde , et ils ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que leurs oeuvres étaient mauvaises^j car quiconque fait le mal, hait la lumière.^ »
Mais l'orgueil de l'esprit humain a lui-même pour insti* gateur l'orgueil d'un autre esprit, du premier esprit infidèle dans la première des épreuves, du premier des révoltés, de range déchu , de Satan ou de l'adversaire qui pousse tous les antechrists , en les tentant d'abuser de leur liberté comme il a abusé de la sienne.
Ceux qui nient l'existence des esprits et leurs relations avec les hommes, méprisent non-seulement la foi , mais la science. Nous l'avons vu déjà', et bientôt nous le verrons encore.
Les antechrists de la nature humaine sont les disciples des antechrists de la nature angélique, et comme les enfants par choix , du père du mensonge : f^os ex pâtre diabolo estis.^ C'est le mot de Jésus-Christ.
Le premier ennemi du Verbe , du Fils unique éternellement engendré dans le sein du Père, ce fut le premier des Fils de Dieu dans le temps, Celui qui, au lieu de dire : Quis ut Deus : Qui est semblable à Dieu, qui est sero-
(l)Joan.t. 48. (S) Ibid. S. 19.
(3) Chap. S*, art. 8. g 8. (4) Joan. 8. 44.
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blable au Fils unique parmi les fils créés à son image : Quis similis Deo in filiis Bei^} s'est séparé de l'Archange fidèle, et n'a pas voulu redire le cri de la victoire, mais s'est épris de lui-même et s'est dit à lui-même : « Je serai semblable à Dieu : Similis ero Altissimohy^ — Détaché de Dieu par son orgueil , il s'est trouvé seul dans un abîme vide. Sa malice désormais ne servira plus qu'à notre épreuve, selon les desseins de la justice ou de la miséricorde de Dieu, et ses prétendues victoires ne feront qu'augmenter son supplice.
11 n'est pas difficile de reconnaître cet Esprit dans la première des tentations de l'humanité. Il veut perdre l'homme par où il s'est perdu lui-même. Il porte le père et la mère du genre humain à la désobéissance, en leur promettant ce qu'il s'était promis en vain : f^ous serez comme des dieux.^
C'est la voix du père de l'idolâtrie. Il pousse l'homme au culte de la créature et à l'oubli du Créateur, Toute l'idolâtrie est là. £lle est le culte du créé , le culte du monde , de la nature corporelle et spirituelle, de l'ange déchu et de l'homme déchu , et en changeant de forme elle ne change pas d'essence.
Cependant, par toutes ses impostures, l'adversaire du Verbe se recherche toujours lui-même , et reste avec ses légions, au fond de toutes les idolâtries : Omms dii gentium dcemonia.^ N'ayant pu arriver au trône de Dieu, il singe la puissance divine pendant le temps que Dieu lui
(3) Gen. 8. 5. (4) Ps. 95. 6.
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donne encore : à la religion , il oppose la superstition ; aux prophéties, les oracles; aux sacrements, la magie; aux miracles, les prestiges de sa puissance*; à la vérité surnaturelle et divine, le mensonge surnaturel et sataniqueJ
Quand Jésus-Christ vint détruire son empire : In hoc apparuit Filius Dei, ut dissolvat opéra diabolij^ Satan auquel il cachait l'accomplissement de son éternel dessein, s'approcha du Christ, et le Christ, pour nous instruire, Je laissa faire, comme il le laissa faire aussi dans sa passion, parce qu'il youlait souffrir et nous sauver. Nous venons d'apprendre à connaître le père du mensonge par la Genèse^ par le livre de la génération du monde et de rhommé; apprenons à le mieux connaître encore par le livre de notre régénération :
(( Jésus fut donc conduit par TEsprit dans lé désert, où il voulait être tenté par le démon. Et ayant jeûné quarante jours et quarante nuits , il eut faim. Et le tentateur s'approchant lui dit : Si vous êtes le Fils de Dieu,* commandez que ces pierres deviennent .des pains. — Jésus lui. répondit : Il est écrit : L'homme ne vit pas seulement de pain , mais de toute parole qui sort de la bouche.de Dieu.'. — Le démon alors le transporta dans la yille sainte,^ et le mettant sur le pinacle du temple, lui dû : Si vous êtes le Fils de Dieu, jetez-vous en bas ; car il est écrit : Il a doqné à ses anges des ordres qui vous regardent; et ils vous porteront dans
(1^ Nous reviendrons bientôt sur ce sujet. (Sj I. Joan. 8. 8.
{H: te texte peut se traduire : « Mais de tout ce qui plaît à Dieu de loi donner pour sa nourriture. » En )iébreu le mot parole se prend souvent pour chose. (Bibl de Vence.)
(4) Jésus-Cbrist permettant h l'esprit décbu d'exercer sa puissance nainrellt sur les corps. Nous reviendrons aussi sur ce point.
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leurs mains y de peur que. vous ne vous heurtiez lè pied contre la pierre. — Jésus lui dit : II est encore écrit : Vous ne tenterez point le Seigneur votre Dieu. -=- Le déihqn le transporta encore sur une montagne fort haute, et lui mon- ' trant tous les royaumes du monde , et leur gloire » lui dit : Je vous donnerai toutes ces choses, si, vous prosternant ^ vous m'adorez. — Alors Jésus lui dit : Retire-toi , Satan ; car il est écrit : Vous adorerez le Seigneur votre Dieu * et vQus ne servirez que lui seul.* »
Jésus-Christ a voulu nous apprendre que c'est par la triple concupiscence , par le sensualisme , lorguéil et la cupidité , que Satan éloigne Thomme de Dieu , et lui fait prostituer. son culte au monde et au prince du monde, ^ au dieu de ce siècle; ' e( il a voulu en même temps nous apprendre à le vaibcre, en nous soumettant à Dieu pour' régner sur tout le reste.
Le père de. Tidolàtrie, cette grande erreur qui reyivrsi ^ fe fut. aussi de toutes .les hérésies et de toutes les incrédulités;
L'esprit de l'homme suffit à enfanter l'erreur, sans doute, puisque pour errer, il ne faut que défaillir. Cependant., même pour se tromper, l'homme n'a. pas è.té seul. Ne l'avons-nous pas reconnu avec clarté , lorsque nous avons vérifié l'étonnant, esprit de suite qui rattache les uns aux autres les anneaux si divers de l'erreur , pour n'en faire qu'an grand corps, le corps du mensonge reniué par la mémJTàme, par l'unité de la négation devenant de plus en plus radicale?
,q Blatih. 4. 4-40. (2.1 Joan. it.Zi. ifi) U. Cor. 4. 4.
380 LES ANTECHRISTS.
Les ennemis dn Christ, à toutes les époques, ignorèrent le plan général de la guerre où ils ne furent jamais que des soldais ou des chefs subalternes. II en sera de même de ceux qui combattront sous le même drapeau jusqu'à la fin. C'est ce qu'a fait entendre au premier des antechrists depuis l'incarnation, le saint et illustre disciple de saint Jean l'évangéliste , saint Polycarpe de Smyrne. Il vint à Rome sous le pontificat de saint Anicet , le troisième successeur de saint Pierre. Valentin et Marcion y enseignaient leurs impiétés. Marcion rencontrant un jour saint Polycarpe lui demanda s'il le connaissait : ce Oui , répondit-il , je te connais pour le premier-né de Satan. *^ »
Nous n'allons pas recommencer ici la généalogie des sectes , que nous avons déjà faite lorsque nous avons montré que toutes divisent le Christ et la grande œuvre du Christ;* mais comme l'esprit qui divise Jésus est V esprit de Vantechrist y^ nous conclurons de l'histoire des hérésies, que leurs auteurs furent tous des antechrists, comme le furent à leur tour les puissances du siècle qui leur prêtèrent les mains , unissant la force à l'erreur , la violence à la séduction. Cependant, si les persécuteurs idolâtres, de Néron à Julien l'apostat; si les hérésiarques et les empereurs qui furent les fauteurs des premières hérésies, principalement de l'arianisme; si les Juifs qui méconnurent l'accomplissement des promesses faites à leurs pères , et substituèrent le judaïsme au mosaïsme ; si le faux prophète de l'islam armé de l'hypocrisie et du glaive, invoquant les deux Testaments et les reniant tous les deux ; si les auteurs du schisme d'Orient; si les chefs de toutes les
[\) Saint Irénée. 1. 8. o. 8. (2) Chap. 2. art. 8. g 8. (3) I. Joan. 4. 3.
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sectes; si les pères de la grande hérésie des derniers temps ; si les principaux organes du rationalisme qui en est sorti, furent à différents degrés des antechrists; le judaïsme cependant, Tislamisme et le rationalisme, portent surtout au front le caractère ou le signe de Tantichristianisme : le judaïsme en niant formellement que Jésus- Christ soit le Christ;^ l'islamisme et le rationalisme en reniant le Père et le Fils,^ la Trinité et Tlncarnation , la chute de l'homme et sa rédemption ; et tous les trois ensemble en méconnaissant Tunité de la grande œuvre de Dieu qui relie les temps en Jésus-Christ.
C'est ainsi qu'ils outragent Celui qu'ils prétendent adorer ,' et préparent les voies à la grande négation du Dieu vivant, à la dernière des idolâtries.*