AVE, GRATIA PLENA, DOMINUS TECUM
C'est à vous qui éles Bienhefireuse d'avoir crw, • que j'offre ce livre destiné aux incrédules, parce que vous avez une compassion sans égale pour les malheureux qui ne croient pas.
Ils souriront, ces pauvres aveugles, de me voir commencer ainsi par une prière; mais si leur sourire est sans peur, et leur conscience sans reproche, que n'essaient-ils de prier eux-mêmes , que n'éprouvenl-ils s'il est vrai qu'on ne vous invoque jamais en vain ?
Je vous salue, pleine de grâce , le Seigneur est avec vous I — Puissent-ils vous dire et vous redire de cœur celte parole de l'Evangile ! Celui qui est avec vous serait bientôt avec eux , et ils sauraient enfin par expérience que tous les trésors de la science de Dieu sont véritablement cachés en Jésus-Christ.^
a, Luc. 1. 28. i2; Ibid 1. 45. (S) Col. fl. 9.
Voici donc ce livre , ô Vierge sans lâche ! vous l'agréerez parce que vous êtes Mère , car s'il est nécessairement indigne de son ineffable sujet, tel qu'il est cependant , il est l'ouvrage d'un de vos enfants.
Obtenez-moi , ou plutôt obtenez-nous de Celui qui est tout-puissant , du Verbe qui nous a créés à son image et qui a pris en vous notre ressemblance , du Fils unique de Dieu qui a voulu naître de vous : Ex te SANCTUM! * qu'il supplée à l'indigence de ma parole par la richesse de sa lumière , et qu'il fasse entendre à ceux qui vont me lire, ce qui s'apprend surtout à genoux dans le silence des passions.
(1)Luc. 1. SA.
OAIU
LA GCCMB DiCLAaiB A LA RÉVÉLATION. — - LA TACTIQUE DB L*BltNKMI. — l'OVBT rRIIfCIf AL DB SES ATTAQUES .' L^INCAKKATION DU VEME. —- ' LB8 AUXILIAIRES
DU BATiOMALISll£. LA NEGATION DB LA DIVINITÉ DE JÉSUS-CHRIST PORMULÉE,
N0N--SBULE1IENT AU NOM DB LA RAISON ÏT DE L*HIST0I1I^ , MAIS DBS ÉCRITURES ELLES-MÊMES. DIVISION DB CET OUVRAGE.
Une voix partie du centre de la chrétienté parlait nagtières au monde de. raffaiblissement de l'incrédulité, de la drsposition d'un grand nombre d'esprits longtemps éloignés de la foi à se rapprocher d'elle , du sentiment d'admiration qu'excite généralement l'incomparable unité catbelique , en un mot-: du progrès dam la voie qui conduit à la vérité:,
Pie 1X9 on s'en souvient, s'exprimait ainsi le lendemain ^ du jour où sa parole apostolique déclara tout lé sens
(1) Allocution du 9 décembre 4854.
de riramuable croyance de l'Eglise à la plénilude de la grâce * de la seconde Eve, véritable Mère de la vie ' nouvelle.
Depuis lors , une grande agitation s est manifestée dans le camp anti-chrétien. Cela devait être. La vie de l'humanité comme celle de Thommeest une lutte permanente entre le bien et le mal , entre Terreur et la vérité , lutte où les trêves sont rares et bientôt suivies de nouveaux combats. La vieille guerre se ralluma donc avec une plus vive ardeur. Les sociétés secrètes renouvelèrent leurs serments ; les tribunes et les chaires où Terreur s'assied pour combattre la vraie science de Dieu, de Thomme et du monde, redevinrent les échos plus ou moins francs du fameux mot d'ordre du XVIII® siècle, et ce mot d'ordre tristement célèbre , les innombrables organes de la pressé n'eurent qu'une voix pour le faire passer. Mais comment lefaire accepter? Comment inspirer la haine de l'Eglise de Jésus-Christ ? Comment rendre cette Mère infâme aux yeux de ses enfants? Par la persévérance du mensonge appuyé sur le trouble du langage et la confusion des idées. C'est ainsi que nous entendons prêcher sans relâche et sur tous les tons, l'incompatibilité de l'examen et de la foi , de la raison et de la révélation , de la liberté humaine et de l'autorité divine, des droits de Thomme et des droits de Dieu.
Ce sont là de vieilles ruses de guerre, sans'doute, mais elles ont toujours un air de jeunesse pour des générations nouvelles, et continuent ainsi à diviser dans Tesprit des hommes ce qui est uni par sa nature ou par la loi de Dieu même. L'examen n'est pas plus opposé à la foi que l'œil à
(1) Luc. 4.28. (2)Gen. 3.20.
la lumière ; la raison n'est pas plus opposée k la révélation que rintelligence créée à la vérité éternelle ; la liberté n est pas plus opposée à Tautorilé que le mouvement à Tordre ; les droits de l'homme ne sont pas plus opposés au droit divin que le fleuve à sa source, que Tarbre à ses racines.
Ils disent que la foi n'admet pas l'examen : nous leur répondons qu'ils affirment ce qu'ils ignorent, que la foi sollicite d'eux l'examen qu'ils lui refusent , et que le seul examen répudié par la foi , ce n'est pas celui de la raison , mais celui de la déraison. Ce n'est pas celui de la raison qui cherche la parole et l'autorité de Dieu , qui la reconnaît à ses caractères , l'écoute, s'éclaire de sa lumière et jouit de ses splendeurs; mais celui de la déraison ou de la raison infidèle à sa propre lumière quand elle prétend au droit de n'en recevoir aucune autre, et qu'elle défend à Dieu de lut parler autrement que par elle-même.^
Ils disent que la foi est d^ l'enfance de l'homme et de la société, que la raison est de l'àge mûr de l'un et de l'autre , et que la science de l'homme et des sociétés avancées est l'antithèse de la foi de l'enfant et des peuples qui commencent. Nous leur répondons que la raison et la foi sont de tous les âges du monde , et qu'elles sont si étroitement unies par leur auteur , que les coups que l'on porte à l'une d'elles , les blessent infailliblement toutes les deux. Que nous, chrétiens, nous avons d'irrécusables raisons de croire, et qu'ils ne prouveront jamais qu'ils en ont de pareilles de douter.
[\] « Il n'y a pas d*autre source de vérité , parmi les hommes , que la raiâon. — La distinction des vérités naturelles et des vérités surnaturelles est fausse. » flCmilo Saisset, Revue des tUux Mondes. Février 4845.) Nous choisissons cet exemple entre mille autres parmi les ouvrages de TRcole modérée.
12 lïS'TRODUCTïON.
Ils (lisent, et nous le disons avec eux, puisque nous Tavons dit avant eux, que Dieu n'a pu refuser à Thomme ce qu'il accorde à tous les êtres, les moyens de parvenir à sa fin , et que s'il lui a donné la raison , c'est pour saisir k vérité. Mais après avoir ainsi démontré à tout le monde ce qui n'est méconnu de personne , ils en concluent que la raison seule doit suffire à l'homme pour l'instruire pleinement des secrets de sa destinée, ou des vérités suprêmes de la vie future, que ses forcés. seules doivent suffire à la lui faire atteindre , qu'il ne doit écouler que lui-même et ne s'appuyer que sur lui-mèmè, qu'il est défendu à Dieu d'entrer en relation avec sa créature intelligente," qu'il ne peut ni l'éclairer ni la soutenir , que la révélation et la grâce sont desconlès d'enfants, que la raison ne peut admettre d'autre lumière que celle de l'esprit humain, et la nature, d'autre force que celle qu'elle puise en elle-mêlne.
Nous leur répondons que, manifestement, leur suffisance les aveugle , puisqu'elle repose sur la négation vaine de deux faits iavincibles : d'un fait intérieur aaquel toutes les consciences rendent témoignage, et d'un fait extérieur qui répond au premier avec un éclat sans égal. Le fait deconsciencc, c'est qiie l'homme aspire à la vie future, et que sur les choses linales, invisibles, divines, il sent le besoin d'être instruit divinement; que sur les choses de Dieu, sa raison désire entendre Dieu, que sur les. choses éternelles, elle appelle le témoin de l'éternité : Argumentum non apparentium. * En matière de religion,' la raison cherche donc la foi et conduit * à la foi qui est l'adhésion denotre intelligence au
(1) Ope renlationis et gratiœ.
(*) L'astérisque indiquera désormais les notes renvoyées , comme celle-ci , è la fin de l'ouvrage.
témoignage ou à la révélation manifeste de Dieu. Nulle part lii jamais Thumanitc n'a admis de religion appuyée uniquement sur le témoignage de Thomme, parce que, pour croire, elle a demandé toujours et partout le témoignage de la Divinité ou la révélation. Nulle part ni jamais non plus elle n'a cru à une Divinité vague , silencieuse , impersonnelle, vain simulacre de divinité, idole facile du rationalisme et du panthéisme , ' mais partout et toujours au Dieu vivant et à une révélation vivante. Le témoignage de l'histoire egt ici d'accord avec celui de la conscience ; mais le grand fait qui domine l'histoire elle-même et qui répond au fait de conscience avec une puissance évidemment surhumaine , c'est la perpétuité de cette révélation vivante qui commente avec l'humanité pour la suivre dans tout son cours , et qui , en présence de ses copies faites de main d'homme ou des religions altérées, apparaît seule marquée du grand signe auquel la raison reconnaît Dieu : Vunité victorieuse du temps, de l'espace, des forces et des faiblesses humaines. « La religion catholique, dit Bossuet, rempht tous lès siècles précédents par une suite qui ne peut lui être contestée...; être attendu, venir, être reconnu par une postérité qui dure autant que le monde , c'est le caractère de Celui en qui nous croyons..., de Celui qui tenant tout en sa main , a pu seul commencer* et conduire un dessein où tous les siècles sont compris. * w ...
fi) Nous savons bien qu'il est des rationalistes qui ne sont pas pauthéistes, mais nous savons aussi, conimo l'tt très>bien remarqué le P. Gratry, que « lo juste milieu du déisme n'existe qu'eu, apparence , que ce Juste milieu rationaliste n'est qu'une formule, un texte abstrait, et non l'état réel d'une âme : que nul ne t'y tient , et que Ton monte plus haut ou que Ton descend l'ccholle des négations »
'îj Disv. surChist. unit. I[«part. vers. fin.
i4 INTRODUCTION.
A ces deux faits dont la divine harmonie n'en fait qa un, correspond un autre fait encore qui se confond avec celuilà ou qui le complète : c'est que l'homme sent son infirmité et cherche le divin remède , comme il reconnaît son ignorance des choses divines et cherche la lumière d'en haut, la parole, l'autorité de Dieu. C'est que non-seulement il sent son inclination au mal et le besoin d'un secours pour le vaincre , mais qu'en même temps il éprouve le désir d'une vie supérieure et le besoin de la main de Dieu , de l'aide de Dieu pour s'y élever. C'est , en un mot, que sa faiblesse cherche la force et quelle la trouve là où sa raison cherche et trouve la lumière. *
Il est donc vrai que le rationalisme repose sur la négation vaine de deux faits incontestables , et qu'en rejetant la grâce au nom de la nature , il résiste à la voix qui gémit dans cette nature , comme en rejetant la révélation au nom de la raison, il résiste à la voix même de la raison. C'est la raison , en effet, qui appelle la révélation, et c'est elle encore qui la reconnaît à ses divins caractères. Les vérités que nous nous bornons à indiquer ici , ont été développées dans Le libre Examen de la vérité de la foi * où nous avons pris soin de ne pas opposer des théories à des théories , des opinions à des opinions , mais où nous n'avons invoqué que des faits. A chacune des âmes trompées par l'orgueil rationaliste, nous avons dit : Ecoute et regarde : il n'y a que deux faits à vérifier, un en toi et un hors de toi : écoute ta conscience , et elle te dira le premier ; regarde attentivement^ lu verras Je second ; et leur divin accord
;t ) Chez Casterman , Paris , rue de Tournon » 20.
t apprendra où parle et vil le Dieu qui le rappelle : Judi fiUa et vide , * et reverte^^e.^
Constater ces faits, c'est convaincre de faux le rationalisme en général , c'est le réfuter dans son principe. 11 n'est donc nullement nécessaire après cela de le combattre en détail et dans ses conclusions. Mais ce qui n'est pas indispensable est souvent utile, et nous croyons très-utile surtout de poursuivre le rationalisme dans sa conclusion favorite, dans sa forinuir de prédiïecUon : la hegation^dc^ la divinité cleTesus-C^rTst, cle j'incarnation J3i^^
Si cette négation n'a pas toujours été franchement énoncée dans les chaires d'enseignement public , ou dans les œuvres des chefs de la doctrine, elle est produite aujourd'hui sans détour dans un grand nombre d'ouvrages destinés au public lettré et non lettré , et surtout aux élèves de diverses Universités de l'Europe. La mcme voie a été suivie à cet égard en Allemagne, en France et ailleurs. Les principes furent posés par les maîtres, mais à l'aide des formules nuageuses d'un panthéisme toujours résolu d'échapper à quiconque veut le saisir. Les conclusions furent crûment tirées par les disciples. C'est ainsi qu'en Allemagne, on partit des hauteurs de Lessing, deKant, de Hegel , de Schelling , pour arriver par divers degrés à Strauss, Bauer, Heine et Feuerbach; et qu'en France, on descendit de Cousin et de Jouffroy jusqu'à Proudhon , en glissant à côté de MM. Simon et Saisset, par des pentes où l'on rencontre à des profondeurs diverses , MM. Leroux , Pelletan, Vacherot, Reynaud, Renan et beaucoup d'autres.
(4)Ps. H.U. /2)Cant. 6. 12.
L'erreur soutenue par les sociétés secrètes a gagné TAngleterre, Tltalie, et la Russie elle-même où les classes lettrées participent désormais au mouvement intellectuel de . l'Occident. La Belgique enfin , pour ne citer qu'une des nations moins puissantes , la Belgique si bien placée entre la France et TAllemagne pour subir leur double influence , eut à son tour ses chaires de panthéisme, et de cette erreur inavouée, vit sortir de fidèles adeptes des doctrines en vogue dans les Universités allemandes et française.
La théorie dominante aujourd'hui dans ces différents centres rationalistes de hautes études , appuie la négation de la Divinité de Jésus-Christ sur la négation radicale de toute révélation proprement dite du Dieu vivant et personnel à la raison de l'homme [Adversatur Christo, et extollitur supra omne quod dicitur Deus.^), et elle remplace la révélation véritable de Dieu à la raison , par la révélation prétendue de la raison à la raison , c'est-à-dire par une contradiction dans lés termes.
Cette erreur n'est autre chose que le panthéisme appliqué à ridée de la révélation. On tente, il est vrai, de se défendre du panthéisme, en disant qu'on ne fait pas l'homme auteur de la révélation , et qu'on enseigne j. au contraire , que Dieu se révèle par l'humanité , mais comme on ajoute que cette révélation est nécessairement continue parce qu'elle est naturelle à l'humanité, on confesse en réalité le panthéisme qu'on renie en apparence» En effet, le dieu qu'on fait auteur de la révélation ne pouvant se révéler que par l'humanité , et sa révélation se confondant nécessairement avec la pensée ou les pensées des différents
(On.Thess. 2. 4.
âges du monde, n'est évidemment autre chose que le dieuimpersonnel du panthéisme , que Yidôle idéale que Thorame se fait à lui-même, comme ravouent les initiés à ce nouveau paganisme, quand ils laissent échapper leur secret.^
Cette doctrine remplit les ouvrages dont nous venons de citer les auteurs, et une foule d autres encore, car elle ne dédaigne aucune forme , et envahit mèiïie le théâtre , le roman et le pamphlet. Au lieu de railler toutes les religions à la manière de Voltaire , ce qui ne convenait plus à l'état des esprits fatigués de scepticisme , on s'est mis à les admirer toutes, tendantainsi au même but par un autre chemin. Comment ne pas admirer tout ce qui vient de l'humanité? L'humanité n'est-elle pas l'unique révélatrice , Supra omne quod dicitm* Deus? N'es t-elle- pas l'incarnation de la-divinité nouvelle? L'athéisme avait dit : Il n'y a ni Dieu ni révélation ; le panthéisme assure qu'il n'y a rien d'autre. Peu importent les contradictions entre Bouddha et Moïse, Mahomet et Notre-Seigneur Jésus-Christ; tout a été bon à sa place et en son temps. Il est vrai qu'il faut renier toutes ces révélations du passé , parce que la révélation de l'humanité est essentiellement progressive , et que rien ne , reste j rien^nedure en elle que le changement lui-même. Tout ce qu'a fait l'humanité doit donc être béni, et toutes ses révélations doivent être glorifiées , mais à la condition qu'on se garde bien d'y croire, afin de réserver religieusement sa
( i ) o Sou8 une forme ou sous une autre , dit M. Kenan, Dieu sera toujours le résumé de nos besoins supra-sensibles , la catégorie de l'idéal (c'est-à-dire la formé souiT laquelle nous concevons Tidéal) , comme l'espace et le temps sont les catégories des corps (c'est-à-dire les formes sous lesquelles nous concevons les corpHj. En d'auti*es termes, j'booim», placé devant les choses belles , bonnes ou vraies, sort de lui-même, et suspendu par uu charme céleste , anéantît sa chétive personnalité , s'eialte, s'absorbe. Qu'est-ce cela , sinon adorer ? s {Etudee , p. 419.) — Voilà ce qui se ditdtns )a patrie de Bossuet.
foi à la religion de lavenir , le progrès qu le changement élant seul immuable! Grand principe qui regardera aussi nos neveux, et les neveux de nos neveux dans les siècles des siècles, carie futur pour les uns devant être le passé pour les autres , la religion de l'avenir sera toujours à venir. *
Voilà donc ce qu'on fait aujourd'hui du progrès , cette grande chose qui est la loi même de la regénération chrétienne de l'homme et du monde. Voilà ce qu'on veut faire du progrès qui n'aurait plus de sens s'il n'était le mouvement dans l'ordre, s'il n'avait son point de départ, son but, sa direction, son centre et ses lois , s'il n'était , en un mot , le développement dans l'unité.
El que devient cette unité dans la théorie humanitaire
du rationalisme? L'y trouverait-on peut-être , dans l'harmonie des contraires? Mais non , ce qu'on y trouve c'est la prétention formelle à l'harmonie des contradictoires , dans les faits comme dans les doctrines , c'est-à-dire la prétention systématique à l'absurde et à l'impossible , au nom d'un principe nouveau qui doit transformer la vieille logique. Ce principe nouveau , c'est le principe d'identité ou du troisième survenant, Prindpium tertii intervenieiitis, en vertu duquel toutes les contradictions sont ramenées à l'identité, selon la fameuse formule de Hegel : Identité de l'identique et du non identique. *
(f ) On voit que los conclusions du panthéisme et do l'athéisme sont pratiquement los mômes , puisqu'il est indifférent de dire , sous le rapport moral , qu'il n'y a |)as d'autre Dieu que la nature , ou qu'il n'y a pas d'autre nature que Dieu. L'absence de religion , de devoir , d'obligation morale , résulte au môme titre de ces deux formes de la plus complète des erreurs.
(8) Cette incroyable doctrine est incontestablement celle de Uégel , celle qu'on aujourd'hui la philosophie allemande , ot qui donne le ton au rationalisme
Mais sans remonter jusqu'au maître y il suflit de parcourir les ouvrages des disciples , pour rencontrer à chaque pas les preuves de cet esprit de vertige qui assimile , confond , honore et glorifie le pour et le contre^ au nom du principe chimérique d une unité supérieure qui n'est autre chose que la négation radicale de toute vérité,
. Du reste , c'est précisément parce qu'elle n'affirme rien sans le nier , et qu'elle ne nie rien sans l'affirmer , que cette doctrine convient à tous ceux qui, au fond, n'en veulent aucune, et aspirent à chercher toujours sans trouver jamais, de peur de rencontrer une limite à la libre recherche * de l'esprit , et à l'indépendance absolue de la volonté et des passions. C'est parce qu'elle n'accepte rien sans le répudier, qu'elle n'écrit rien sans maintenir son droit de l'effacer, que cette doctrine à tant d'attrait pour ceux qui n'admettent d'autre foi que celle qui leurplait aujourd'hui , à la condition de pouvoir la rejeter demain.
Quelle force donc une pareille doctrine ne doit-elle pas puiser dans les dispositions du grand nombre d'hommes dont il a été dit : Ils ont mieux aimé les ténèbres que la lumière?^ Cependant, quelle que soit la puissance de cette erreur , et à cause de ces dispositions , et à cause des mille bouches de la presse qui la répandent , le rationalisme , pour la rendre plus générale , sent le besoin d'une autre force que la sienne. Il lui faut le moyen d'atteindre directement par une apparence de culte toute une catégorie d'esprits peu mûrs encore pour la pure doctrine. Ce moyen ,
contemporain. Le P. Grairy , dans ses- Eludei »ur Ut tophitUquef l'a prouvé avec évidence , en citant textuellement les formules et les prétendues démonstrations de Hegel. (P. 410.US, etp. 166-469.)
(f) Joan. 8. 49.
il Ta trouvé dans le protestantisme qui lui servira de préparation et d'introduction .
Les sympathies du rationalisme pour la prétendue reforme sont prouvées par des faits innombrables et s expliquent assez par le sentiment filial, puisqu'il est lenfant naturel du protestantisme. Mais nul n'a mieux mis à nu les racines de ce sentiment que MM. Sue et Quinet dans une correspondance publique oiî ils sont devenus les enfants terribles de la secte. Dans une série de lettres sur ce qu'il appelle la réaction catholique , Eugène Sue en établit d'abord le danger et les causés à son point de vue révolutionnaire , et à sa manière de romancier intrus dans l'histoire. Puis , il se demande par quels moyens pratiques il faut triompher de cette réaction ? II en propose trois : 1^ La propagande du rationalisme par une association d'hommes éclairés qui s'engageraient sur l'honneur à repousser toujours les sacrements religieux pour- eux et pour leurs familles (si possible) à la naissance, au mariage et à la mort. 2** La propagande d'une secte protestante : Xunitarismé. 3^ La propagande du protestantisme en général.
Il faut l'entendre exposer lui-même par demandes et par . réponses comment il entend l'emploi de ces deux derniers moyens. Sans être un écrivain sérieux , il nous a révélé des choses très-sérieuses , dans le style qui accoutume les masses au blasphème :
« D. — Pourquoi ne pas se borner, dit-il, à la propagande du rationalisme ?
» R. — Parce qu'ainsi qu'il à été dit dans ces lettres : — il est une immense quantité de personnes peu éclairées ou
habituées par tradition y par coutume à certaines pratiques religieuses, à certains symboles , à certain culte représenté par ses ministres. Or, il est à craindre que ces personnes , tout en détestant les abus, les tendances, les actes, les crimes de FËglise catholique,' ne puissent cependant encore se passer d'une formule religieuse.
» D: — Cette nécessité d'un symbole y d'un culte religieux, étant aux yeux de la raison une aberration profonde,^ est-il expédient d'aider à la continuité de cette aberration, même en atténuant de beaucoup ses périls? N'est-il pas plus logique, plus désirable de couper court à l'erreur sans transiger avec elle ? .
» R. — Cela est très-logique, cela est très-désirable assurément, mais il reste malheureusement à savoir si cela est possrBLE. Or, cela semble généralement impossible si l'on en juge d'après la pratique constante des hommes et des choses.
» D. — En admettant que la majorité des esprits, soit par ignorance, soit par l'empire de la coutume, ne puisse se passer, transi toirement , d'une formule religieuse , pourquoi choisir de préférence la croyance unitariste ?
» R. — Parce que cette secte protestante, reconnaissant r^xistence d'un Dieu unique , nie les mystères de la Tri-
{i) Par exemple : Tabolition de l'esclavage , Finvincible défense (contre les tentatives des puissances et des passion^) de l'unité du mariage et de son indissolubilité, de la dignité de la femme , du droit d^ enfants , malgré les romanciers et les sophistes ; les institutions de charité aussi nombreuses que les misères humaines , l'apostolat des nations , le martyre dans tous les siècles , l'amour e£Eicace des âmes, dans l'exercice du grand ministère de la parole et des sacrements méconnus par dMgnorants içstklteurs.
(2) Malgré la raison de tous les siècles I
Sa INTRODUCTION.
ûiié, nie les miracles, nie radicalement la divinité du Christ, qu'elle honore et glorifie dans son culte comme lun des plus grands génies humains; — parce que cette secte nie la révélation de V Ancien et du Nouveau Testament, — qu elle considère comme œuvres purement HUMAINES , et conséquemment acceptables en plusieurs parties, controversables ou répudiables en d'autres. — D où il suit que la secte des unitaristes , atteignant presque au rationalisme, pourrait servir de religion transitoire, * et que moyennant son culte, son symbole, ses pasleurs, son Eglise en un mol , elle satisferait aux besoins religieux des personnes qui subissent encore l'empire de ces besoins, et cependant n'offrirait rien qui pût répugner à la raison.
» D. — Quelles seraient la base , la formule de l'Asso-
CIATION pour la PROPAGANDE DE l'unITARISME ?
» R, — Les membres de cette association prêcheraient d'exemple en répudiant hautement le catholicisme, répudiation motivée (je suppose) en ces termes, dans une profession de foi rendue publique :
» — Attendu que la religion unitaire repousse virtuellement la papauté, — ht confession, — le célibat des prêtres, — les sacrements religieux à t endroit de la naissance, du mariage et du décès, — les ordres monastiques ^ etc.; etc.; ^
(4) Trantitoireî Et c^est vous qui criez au jésuitisme! apôtre hypocrite d'une doctrine qui n'a pas votre foi I
(5) La papauté , c'est-à-dire l'unité ; la confession , c'est-à-dire Thumilité et la vérité ; le célibat du sacerdoce , c'est-à-dire la pureté dans le sanctuaire ; les sacrements religieux à l'endroit de la naissance , du mariage et du décès , c'est-àdire pieu avec l'homme , quand l'homme commence la vie , la propage et la remet à son auteur; les ordres religieux, c'est-à-dire la pauvreté , la chasteté , l'obéis-
INTRODUCTrOX, 23
» — AUendu que la religion unitaire , essentiellement basée sur le droit de libre examen et la faculté d'appréciation individuelle des Écritures, nie leur révélation divine, nie également la divinité du Christ , * affirme l'uniciié de Dieu ^ et offre ainsi , par ses tendances rationalistes , une satisfaction suffisante aux exigences de la raison , de la dignité humaine et aux désirs de ceux qui ressentent cependant le besoin d'une formule ^ religieuse;
» — Attendu que le protestantisme , — dont Yu7iita' iHsme est Tune des sectes, — dispose de nombreux moyens d'action et de propagande, d'excellentes écoles publiques, capables de braver , de surmonter la concurrence des écoles catholiques , grâce au lien de puissante solidarité qui unit entre eux les protestants ; *
» — Attendu que les seuls États libres * présentement appartiennent presque tous à la religion réformée ;
sance, l'association pour le sacrifice. — M. Sue veut une religion qui repousse tout cela. L'enfer en Tcut autant ; mais ses forces ne prévaudront pas : PortcB inferi non prœvaJebftnt,
(i) Pour nier la divinité du Christ ^ il faut repousser le tél|oignage de tous les siècles. Tous , en effet , sont pleins de lui. Lui seul s'en est montré le maître. Nous le verrona.
(2) L'unicité au lieu de V Unité féconde. Ignorant 1 Lisez Bossuet et vous verrez que la Trinité dans TUnité est ce que l'homme sait de plus lumineux sur la nature divine.
^8} Formule recommandée par des apôtres qui n'en veulent pas !
(4) Ah! voilà le mot. Ce n'est pas seulement l'unitarisme qui vous convient ; c^est le proêt$tanU$mt avec ses cent sectes contradictoires. Tout vous est égal , tout vous est b«n , pourvu que ce soit de la négation , de l'opposition contre la grande Eglise où Tapparition de Dieu vous fait peur I vous allez tout è l'heure nous le dire.
(6J Vous ignorez Thistoire , aussi l'histoire contemporaine. Lisez Balmès sur les rapports théoriques et historiques du catholicisme et du protestantisme avec la liberté.
24 introduction/
»> — Attendu surtout, et en outre, que, dans les États catholiques tenus aujourd'hui sous l'oppression de TÉglise et du despotisme, — la presse est bâillonnée, * — la tribune muette, stipendiée ou complice des tyrannies, — • le$ droits d'association * et de réunion anéantis , — que des milliers de patriotes sont bannis ou captifs , — que partout régnent en ces États le silence et la terreur, 5— que les citoyens de ces malheureux jiaysr, soumis au doublé et. exécrable joug du tyran et Ju prêtre, pourraient cependant trouver un élément de délivrance, ♦ — un instrument de lutte, — un ferment d'opposition, '— un moyen de concerter leurs efforts, de se compter, de se réunir — en embrassant l'une ^ des sectes protestantes et notamment l'uNiTARiSME,.— T. manifestation légale que ptasieurs gouvernemerits absolus, — celui de la France particulièrement, — ne pourraient que très-difficilement empêcher;
>> -^ Pour les raisons ci-dessus énoncées , les soussignés déclarent leur résolution de répudier le catholicisme, d'embrasser l'uNiTARiSME et prenûcnt l'engagement formel de s'efforcer d'étendre, par toutes les mesures possibles et légales, l'Ass^iATîON pour la propagande de l'unitarisme.
(I) Preuve \q Siècle en France, elle Natiotial en Belgique où vous iànprimez vos lettres.
(2)Sîvon8 étiez les maîtres » que fcriez-vous du droit d'Association ? Nous le saurons tout à l'heure.
(3) La terreur t Comment ce mot ne vous fait-il pas reculer ? Les doctrines de la terreur , où les couve-t-on? Rentrez en vous-même. '
(4) De délivrance socialiste.
. (5) Entendez-vous? Ta w dti uctt». Tout est bon , pourvu que ce soit de. la hain< contre l'Église.
» Telle serait donc , à peu près, l'esquisse, le rudiment de ce projet d'association. Or , chose capitale (à mon sens) : si le protestantisme en général et Yunitarisme en particulier, redevenu ce qu'il était à son berceau, une religion d'opposition, en un mol de protestants , de gens qui protestent, s'augmentait de tous les citoyens qui , nominalement catholiques, mais complètement étrangers aux pratiques de cette foi, naissent, vivent et meurent dans la parfaite insouciance , indifférence ou contemption de ses dogmes^ l'Église de Rome perdrait les trois quarts de ses fidèles , et serait frappée d'un coup irrémédiable, mortel peut-être....^
Ts> Mais , répétons-le , pour atteindre ce but , il faudrait avant tout que le protestantisme , rajeuni comme il l'est par Yunitarisme, redevint ce qu'il était à son berceau : une arme entre les mains des opprimés contre les oppresseurs, nous le répétons : une religion d'opposition.^ »
A ce cri de guerre du romancier, l'auteur du Génie des religions y l'ancien professeur du collège de France, M. Edgar Quinet a répondu magistralement qu'il existe trois moyens de combattre et , selon lui , de vaincre l'Eglise : la force, la philosophie et le protestantisme. Le docteur du libre examen affectionne particulièrement la force; mais si c'est à ses yeux « le moyen le plus efficace, c'est en même temps le plus impraticable aujourd'hui. Nul n'en peut conseiller l'usage , ajoute-t-il , puisque indépen-
(I) Peut^tre! Il y a deux mille ans que les ennemis de l'Eglise prédisent sa mort & chaque siècle. Elle passe à travers leurs tombes.
(i) C'est pour mettre la main à Vtxécutian de cê pian aniichrétitn^ que II. Quioel publie à Bruxelles les œuvres fanatiques d'un autre Age , les méprisables pamphleU de Marnix. Oo les trouve à la librairie évangéliqw:
2() HHTRODtJCtlON.
damment d autres raisons , il y en a une capitale qui exclut rinceriitude; c'est qu'il suppose la force * et l'autorité, c'est-à-dire les choses qui manquent le plus à ceux qui pourraient être leplits tentes de l'employer,^ »
On voit que ce n'est pour ces messieurs qu'une question de temps, et qu'ils espèrent voir le jour où ils seront libres d'agir selon le grand principe de philosophie de l'histoire que M. Quinet a découvert et formulé ainsi :
« 11 n'y a pas d'exemple au monde, qu'une religion nouvelle ait remplacé l'ancienne sans que l'autorité s'en soit mêlée, et sans qu'elle ait fait taire y au moins un moment ceux qui ont pour eux l'antiquité. »
La vraie religion n'est jamais une religion nouvelle, et c'est pour cela que le christianisme ou l'Eglise de Jésus- Christ qui n'est pas venu changei^ mais accomplir ^ n'a pas dû sa vie à la force, quoi qu'en dise M. Quinet. Pour affirmer une pareille erreur, il faut avoir oublié les catacombes, l'amphithéâtre, les trois siècles de persécutions inouïes et cependant vaines contre Dieu. Ce n'est pas en répandant le sang des autres, mais le sien , que l'apostolat catholique a rendu les nations chrétiennes. Les empereurs chrétiens en donnant au christianisme les temples des faux dieux, lui ont donné des temples déserts. Ils n'ont détruit que les restes du paganisme vaincu par la Croix. Pline atteste, en écrivant à Trajan, la vérité du mot de Tertullien : Nom remplissons tout; nous ne laissons vides que vos temples. Dans ses préoccupations de sectaire,
(1) EflTectivemenl, la force suppose la forc-e. ;2 Voyez les lettres r<*iinies déjà ritérs.
AI. Quiriet appliqua au christianisme ce qui n est vrai que du protestantisme qui s est lui, la chose est certaine, introduit partout par la violence. ^
Mais revenons à Texposé des moyens du rationalisme contre Jésus-Christ. Le moyen tout philosophique qui oppose purement la raison à la religion ce est le mieux fait pour séduire, continue M. Edgar Quinet, mais cest aussi le moins sûr , et vous avez fait preuve d'un grand sens (il parle toujours à Eugène Sue) en l'excluant aujourd'hui.»
» Que faut-il donc faire ? Une chose très-simple et je crains qu elle ne soit repoussée h cause de sa simplicité même. Le point pratique , Je point utile , le point urgent , c'est de sortir en niasse de VEglise^^ qui a fait sennent de vous perdre. (!) 11 faut que les peuples qui habitent encore le moyen âge prennent enfin pied dans le monde moderne; et pour cela, je n'exige pas qu'ils deviennent subitement des philosophes. Je ne pense pas non plus que pour faire un pas en dehors de la harhane, il soit sage d'attendre cette foi nouvelle^ cette forme de culte jusqu'ici inconnue y cette révélation de l'esprit attendu ^ que je suis loin de nier, mais sur laquelle je ne puis rien bdtir d'assuré ni de solide aujourd'hui, puisqu'une seule chose
(I; Voyez Le Libre examende la vérité de la foi^ IV« Enlrotien.
(2) M. Edgar Quinel ne propose pas moins aux esprits d'élite Veugagement de renoncer au baptême de leurs enfani». « Que veux-je vous demander , leur dit-il *? I3ne seule chose... les enfants qui viennent de naître^ voilà ceux pour lesquels je vous demande grftcc ! « — Satan en personne ne plaiderait pas mieux sa cause , la couse du péché originel. Il a peur du caractère des enfants de Dieu.
(3» Voilà Tesscntiel. Abandonnez rÉglisO; et puis faites ce que vous voudrez ; tout est bon.
28 INTAODUGTION.
est cet^taine , c'est que cette révélation stmvefmne qui doit 7'elier tous les ccsurs ne s'est pas montrée encore, *
» En (les circonstances semblables , si nous ne voulons pas que les jours passent inutiles et amassent une plus lourde servitude, il me semble sage et sensé de commencer Taffranchissement des hommes pris en masse avec les leviers qui existent aujourd'hui. Et si , pour se délivrer du moyen âge y l'homme , au XVI^ siècle y s'est tant appuyé du pur Évangile^* peut-être sèrait-il raisonnable de s'appuyer aujourd'hui sur les résultats les plus avancés de la révolution religieuse pour s'affranchir du catholicisme dans sa caducité, la forme la plus aveugle qui ait encore paru dans le monde.*
» Que ceux qui se sentent l'esprit assez trempé pour vivre dans la philosophie le fassent; je les applaudirai; la philosophie reste, après tout, le temple serein par excellence : Templa serena.^ Celui qui sera baptisé loin des orages , dans l'éternelle sagesse , n'aura rien à envier aux autres.
» Mais le nombre de ceux-là ne sera pas lé plus grand. Quant aux autres, il y aurait quelque dureté et peu de. sens à les compter pour rien. Cela admis, ce serait certes
(1) Avez-vous jamais entendu rien de plus infioceni! Si la vérité de soixante siècles n'est plus la vérité , que sera la vérité de votre révélation h venir? — Cependant , r^firif attendu viendra , et unira toutes les erreurs contre la vérité.
(2) Le rationalisme prend le masque biblique.
(3J La plus aveugle ! Cela n'est-il pas clair ? Les Justin , les Origène , les Clément d'Alexandrie , les Augustin » les Chrysostôme, les Thomas d'Aquin, les Descartes , les Pascal , les Bossuet , les de Maistrc étaient des aveugles l M. Quinet est voyant,
(4) 11 ne demande pas de sacriBoes celui-là !
un grand malheur , m^ parmi les mille formes du christianisme * moderne qui semblent parcourir toute l'échelle de la liberté religieuse, depuis la moindre jusqu'à la plus grande et la plus semblable à la liberté philosophique, il nen était aucune que les hommes nouveaux puissent s'approprier selon tes besoins différents qu'ils ont d'indépendance ou d! assujettissement.
» Je ne blâmerais donc .point celui qui^ entre tant de cuUes divers, tous affranchis du moyen âge, choisirait pour son enfant le culte qui répondrait le mieux à son état moral.
i> De quoi s'agit-il? De briser la chaîne par laquelle, suivant la forte expression des jurisconsultes, te mor^ saisit le vif dans un héritage non interrompu d'aveuglement moral. Le moindre ébranlement de la colonne qui soutient à elle seule toutes les servitudes aura des conséquences infinies pour la liberté , la dignité humaines ; mais ce premier pas , il faut aîi moins le faire à un titre quelconque j au nom de la politique, sinon de la religion. Donnez-moi un rayon ; la grande lumière suivra bientôt.
» Ici je les entends d'avance; vous savez comme moi la réponse qui me sera faite : — Tous les prêtres se ressemblent, disent-ils; mieux vaut garder les anciens qi^'en prendre de nouveaux. Un vicaire savoyard , un unitarien , un jésuite, c'est pour nous la même chose. Restons ou nous
(1) Choisissez entre mille çectes, votre choix sera toujours sage , pourvu que vous renonciez au symbole des apôtres et que jamais vous ne disiez : Credo sauclam EccUtianf ccUhoUoam : — Quelle gloire pour l'Église d*ôtre ttule honorée de la haine de ces insensés t
sommes. Refaisons ce que nous avons fait jusqu'ici. L'imprévu avisera.
» Je Tai déjà dit bien des fois, je le répète encore : l'inconvénient d'une révolution faite par des philosophes, c'est d'abord que les plus égoïstes la renient et la livrent.* C'est ensuite que les plus honnêtes , confondant la philosophie et la politique, réclament dès leur avènement, l'absolu, l'idéal , et ne pouvant les réaliser sur-le-champ , ils se dégoûtent de tout ce qui n'est pas parfait. Ceux-là , dès le premier jour , arborent pour devise : Tout ou rien. Moyen assuré d'être pris au mot par la fortune , qui ôle volontiers aux dédaigneux .ce qu elle s'est laissé arracher dans un moment de complaisance ou de surprise.
» Quand même il serait vrai que tous les prêtres ont le même esprit, il faudrait pourtant voir au moins une fois avec sang-froid, s'il n'y a pas une différence presque inlinie entre celui qui , lié à une organisation , à une hiérarchie souveraine, toute-puissante, peut à bon droit s'appeler légion, et celui qui, seul, n'a que sa parole,' livrée à l'examen de tous. Pour moi , j'avoue qu'il m'est odieux de prouver l'évidence ; je sais trop que rien n'est plus inutile.
i> Quand les hommes ferment les yeux à l'évidence , c'est qu'ils ont une raison 'cachée pour le faire.' Combien de
(l)llsse C0Qnais86nt.
(S; Vous le voyez : ils n'ont peur que de TÉglise de Dieu. Tout ce qui est humain , foiblo , faux , les attire. La vérité seule les géno , la puissance divine seule les tournienlc. Évidemment, c'ebt à ces hommes que J.-C. a dit : Vos ex p^tre diabolo Citii ! ,
;3) Nous allons vous dire par les paroles du pur Evangile , la raison cachée qui vous empêche de reconnaître la lumière de Dieu. Écoutez : Quiconque fait U mal , Iwii la lumière , et ne e' approché poifU de la lumière , de^pew que §$e mwaree ne
fois il arrive qu*ils rejettent une réforme comme vaine pour se dispenser de l'entreprendre ! Car il faudrait vaincre des préjugés qu'il est plus commode de respecter. Combien de fois, chez les plus révolutionnaires des hommes, n'a-t-on pas vu rinslinct naturel du statu quo^ de la paresse d esprit, de la routine, de l'immobilité, se déguiser à leurs propres yeux sous le mépris de tout ce qui est, sinon facile, s du moins possible!...
» Pour moi , loin de m'altacher à cette seule issue de la philosophie, qui est la plus difficile, qui , pendant longtemps encore y^ ne conviendra qu'à un petit nombre, je voudrais que les peuples sortissent en foule de la vieille Eglise par les mille portes que l'esprit religieux des modernes a pratiquées dans l'enceinte du christianisme. La voie est ouverte, elle est simple; elle est grande; elle est multiple pour ménager la liberté de tous. Choisissez à , votre gré!^ Que craignez-vous? L'obstacle est vaincu, le chemin est sûr, il a été éprouvé par des foules d'hommes et de nations avant vous. Nul besoin d'attendre un prophète, un révélateur. Les siècles modernes ont frappé à la porte , et ils ont fait la brèche. Ils ne s'agit plus que de passer sur la trace de ceux qui se sont émancipés avant vous. De quoi avez- vous peur? Vous êtes restés ici les derniers. Que tardez-vous? qu'attendez-vous? Marchez donc, avancez et sortez !
ioient condamnées. (Joaii. 3. 20.) •-» Le rationaliflme a Daturellement horreur de l'Église catholique. Dieu résiste aux superbes, parce que les superbes résistent à Dieu.
M) Très-longtemps, docteur.
(2) Vous Tentenâez : — Allez où vous voulez , tous les chemins sont droits , pourvu que vous sortiez de la voie de Tunité. — Est-il possible de professer plus ouvertement le mépris de la vérité t
32 II^TRODUGTION.
» Et que Ion ue dise pas que cet écoulemeol des peuples dans les formes les plus libres du christianisme moderne , tel qu'il s'épanouit par exemple avec Tunilarisme dans le nouveau monde , ne soit pas un résultat digne d'attention. Car un philosophe peut bien compter sur l'avénement, sur l'explosion plusj>u moins éloignée d'une foi iwavelk; mais je ne saurais conseiller rien de semblable à un politique^ et y après soixante et dix ans daXtente, depuis la révolution française , ayant vu comme les peuples sont aisément ressaisis par les vieilles formes quand ils n'en ont pas revêtu de nouvelles , et surtout de quel ridicule se sont comblés les fabricateurs de nouveaux dogmes y il est permis /il est raisonnable, il est nécessaire de ne pas ajourner davantage l'occasion de respirer et de renaître.* »
M. Quinet conclut donc comme M. Sue : c'est par le protestantisme qu'il faut surtout faire la guerre à la révélation et à la Divinité de Jésus-Christ.
En choisissant ainsi le protestantisme comme son grand moyen d'action, le rationalisme a prouvé qu'il a l'instinct sur. L'histoire d'ailleurs lui a montré dans le principe protestant , l'élément le plus actif de la décomposition chrétienne. Elle le lui a fait voir conduisant par une pente trèslogique , de la négation de l'autorité enseignante divinement établie pour perpétuer la révélation , jusqu'à la négation de la révélation dle-mème.
Cette lin du protestantisme était inévitable. Les prétendus réformateurs n'ont pu affirmer la défaillance de
[IjVoyez l'ouvrage cité*
i'Êglise enseignante, sans affirmer implicitement que le Christ a lui-même failli à sa promesse d'être tcms les jours avec elle jusqu'à la consommation des siècles, * et sans nier ainsi la Divinité de ce fondateur infidèle. Cette conséquence est si évidente, que s'il est aujourd'hui quelque chose d'étonnant, c'est qu'elle semble échapper encore a des esprits très-clairvoyants en d'autres matières : Ahscondisti hœc a sapientibus et prudentibus^
M. Guizot conviait naguères les catholiques et les protestants à l'union contre le rationalisme.' Cet appel faithonneur à son cœur , mais nous demandons à son intelligence et à sa foi , si Xunion religieuse sans Yunité de foi et sans l'autorité qui seule en est le principe, peut être autre chose que l'indifférence doctrinale en matière de foi ou le rationalisme lui-même? L'Eglise catholique, dit l'illustre écrivain , est le gouvernement de la société religieuse, et pour qu'on ne se méprenne pas sur la portée de cette expression surprenante dans sa bouche , il ajoute que Yautorité de F Eglise catholique est essentielle au sort de la chrétienté tout entière. Nous nous sommes demandé après avoir lu ces paroles , quelle idée celui qui les a écrites se fait donc du protestantisme ? Serait-il , à ses yeux , le parti de l'opposition nécessaire au jeu régulier des institutions divines sur la terre ? Serait-il la gauche dans la représentation de la société fondée par Jésus-Christ ? Et y aurait-il peut être en dehors et au-dessus de l'Ëglise et des sectes , quelqu'un d'inviolable (Siyant mission du divin Maître pour maintenir l'équilibre entre l'autorité dé l'Eglise
a ) Uatth. S8. 20. (3) Ibid. 1 1 . S5.
;8) Cest en publiant ses Etudes morales qu'il les'a fait précéder de cet appel au:^ chrétiens contre le rationalisme.
enseignante et la liberté doctrinale du peuple chrétien ? Mais si même il en était ainsi, nous ferions volontiers une question à M. Guizot : Une opposition légale, une opposition qui se meut dans le cercle de la constitution d une société , peut-elle niéconnaître l'autorité du gouvernement de cette société ? Le protestantisme ne nie-t-il pas l'autorité de l'Eglise ? La Bible sans l'autorité divinement établie , ou la loi écrite sans la magistrature spirituelle , n'est-ce pas son principe constitutif? Il n'est donc pas le parti de l'opposition constitutionnelle, mais un parti révolutionnaire. Ce n'est pas sans souffrir que nous nous servons ici d'un pareil argument ad honiinem, car \\ est douloureux de voir un grand esprit confondre les conditions de l'autorité religieuse divinement établie et divinement assistée (Ile y — Doceie, — Fohismm sum.]y avec les conditions de l'autorité temporelle dans les sociétés civiles, comme le fait dans le même écrit * l'homme éminent qui semble résister tout à la fois à la grâce et à son génie pour refuser sa soumission véritable à l'ordre surnaturel dont il confesse la vérité, au gouvernement surnaturel qu'il proclame nécessaire au salut du monde, à l'empire spirituel et vivant qui n'est pas de ce monde, mais que Jésus-Christ a établi en ce monde , en lui promettant l'indéfectibilité * pour faire régner la vérité * et l'unité sur la terre : Sicut in cœlo et in terra.^
Encore une fois , si Jésus-Christ n'avait pas tenu cette promesse, il faudrait nier sa divinité.
(4j Matth. 28. 20. — 16. 48. (2] Joan. 48. 37.
f3)Matth.6.10.
Dès 1 origine du protestantisme, il y eut des esprits rigoureux, les sociniens par exemple , qui virent cette conséquence du principe de la révolution religieuse et qui la formulèrent avec certaines précautions. Mais ceux de la foule que la politique arrachait avec ruse à TEglise universelle, vécurent alors , comme leurs descendants vécurent depuis, des restes de la foi de leur Mère. Dé nos jours , malgré les réclamations des vieux luthériens , malgré la réaction des méthodistes, des piétistes évangéliques en Allemagne, des puséistes en Angleterre , et d'autres écoles qui, dans le sein de la vieille réforme, protestent en vain contre le protestantisme , le rationalisme envahit les sectes protestantes par les ministres du pur Evangile euxmêmes , au point de rendre possible entre les pasteurs des troupeaux réformés la coalition appelée alliance évangelique ou alliance chrétienne universelle, qui n'est autre chose que ïunion dam -la négation M toute profession de foi obligatoire , c'est-à-dire de toute foi chrétienne proprement dite.
Sismondi écrivait déjà au pasteur Channing à l'occasion du jubilé de la réforme célébré à Genève :
ce II y avait longtemps que l'Eglise de Genève avait proclamé son principe de n'admettre av>eune confession de foi à côté de la Bible , d'appeler chacun à l'exercice entier de sa raison et de son jugement religieux, en commentant, en s'approprient la révélation. Mais il semble que ce principe n'a été bien exposé, bien compris, qu'à l'occasion de cette fête où rien ne pouvait être plus touchant que cette assemblée de théologiens venus des points les plus éloignés (le notre Europe , différant en dogme encore plus que par
leur tangage ou leur pays , mais tous unis dans la charité,' tous proclamant le grand principe de Texamen , tous reconnaissant que. le résultat de cet examen ne peut amener l'unité de croyances, tant les formes de notre esprit, les prédispositions de notre caractère, modifient pour nous-mêmes la vérité. » (Voir Le Lien, 12 juillet 4856.)
Toutes les fois qu'ont eu lieu des assemblées analogues, elles ont été Toccâsion de semblables aveux,* et Ton sait qu'elles craignent désormais de poser la question orageuse pour elles de la divinité de Jésus-Christ. Si ce fait paraissait incroyable à plusieurs de ceux qui nous lisent, nous les renverrions au témoignage de M. de Gasparin qui se félicitait naguères comme d un triomphe inespéré que sur 700 ministres du saint Evangile il s'en soit trouvé 200 qui
(1) Fidti qwB per charitatem op$ratur, dit saint Paul. C'at la foi qui opère par la ciiarité. La charité dont parle ici M. Sismondi, ce n'est pas môme la tolérance bien entendue ou la douceur envers ceux qui se trompent, mais c'est la tolérance dogmatique ou rindiflërence en matière de doctrine et de principes. Rien de plus toucftanl è ses yeux.
(i) Parmi ces aveux , nous en avons recueilli de fort remarquables. En voici un qui révèle tout un système : dans la réunion annuelle de l'assemblée représentative de la Société évangélique belge, on fit la proposition d*une fusion avec la commtwion d'évangélisatUm do l'Eglise synodale. Cette proposition ne fut pas acceptée, 1» parce que la lâche du comité d'évançélisation est de pourvoir aux besoins des proU*' tants , tandis que la société évangélique se propose plus spécialement d'évangéliser Ut populatioM catholiquet, 9f> v Parce qu*il y a impottibilité pour not Egtitee ,'ce sont les termes de l'aveu) parce quil y a imponihilité pour nos Eglites , formées de fMmhree de nationaiitéi et de eonfettione différente* , de recevoir VfK confkbsioiv da. FOI QUELCOMQOE. Mait la poeitionn'eet peu la méfM pour la société évangélique. Et il est bon que les catholiques convertit aient devant euœ une confession de foi des points principauœ de notre foi, • {Le Chrétien Belge, 3* année , n. 9 et H.) -« Vous Ven-. tendez : il fout faire pour Us catholique* un symbole des poînti principaux de la foi des Eglises protestantes , qui sont dans l'impossibilité de faire pour elles-mêmes une confession de foi quelconque:* Vœ o«6t« Scribœ et Pharism.
jiient ea le courage de confesser Christ-Dieu manifesté en la chair.*
L unité à laquelle Sismondi renonce avec joie, M. Guizbt y renonce aussi, mais avec peine :
« Le rétablissement de l'unité au.sein.du christianisme, par la réunion de toutes les Eglises chrétiennes , dit-il , a été le vœu et le travail des plus grands esprits catholiques et protestants. — Bossuetet Leibnitz l'ont tenté.... Je respecte ce désir, mais je ne crois pas qu'il puisse se réalfser. Dans l'ordre temporel et entre- les intérêts humains,^ la fusion, quelque difficile qu'elle soit, est toujours possible, car les intérêts peuvent transiger sous l'empire et au nom de la nécessité. Dans l'ordre spirituel et entre les croyances religieuses , il n'y a point de transaction possible , car la nécessité ne peut jamais devenir la vérité. La foi n'admet pas la fusion; elle exigel'unité; mais là ou l'unité de l'Eglise n'existe pas (!) il y a place pour le bon sens pratique et pour la charité chrétienne.* »
Que de vérités et d'erreurs confondues dans, ces paroles ! La foi n'admet pas la fusion, sans aucun doute; elle exige l'unité, parce. qu'elle a pour objet la vérité qui est une. Mais Jésus-Christ' que vous adorez n'a-t-il pas dit : Je suis la vérité ^-etje suis venu pour établir son règne sur la terre? ^ N'est-ce pas pour l'y établir qu'il a fondé l'apostolat universel et perpétuel en disant: Allez ^ enseignez toutes les nations, je suis avec vous tous les jours jusqu'à
{4) Intérêts généraux d% proUtianîittM. Avert. p. Vll. (2)Loc.cit. (3)Joan.U.6.
(4) Ibid. 48. 87. .
te consommation des siècles?^ N'est-ce pas celle' aulorilt' enseignanle qu'il a consliluée dans Tunité en disanl encore : // n'y aura qu'un bercail et un pastenr;^ — Tu es Pierre , et sur cette pierre je bâtirai mon église et les portes de Venfa* ne prévaudront pa^ contre elle, et c'est à TOI que je donnerai les clefs du royaume des cieux;^ — Pais mes agneaux y pais mes brebis?*^ — Vous croyez donc que Jésus-Chrisl n'a pas réussi ? Vous croyez qu'il a dil en vain à son père : Qu'ils soient un comme nous sommes un?^ Qu'il a fait à son Eglise des promesses d'unité et d'indéfectibili té également vaines? Mais alors, au lieu de l'adorer vous devriez le plaindre !
Et voilà où Ton tombe quand en présence du miracle toujours subsistant de l'unité catholique , selon l'expression de Bossuet ,^ quand en présence de l'autorité si ferme, si manifeste , si constamment reconnue qui perpétue celle unité en vérifiant toutes les promesses du Christ , on ferme les veux à cette œuvre si clairement divine , on méconnaît la parole enseignanle qui ne change pas , pour n'écouter que soi-même en s'appropriant les Ecritures! Vous ne croyez pas que le rétablissement de l'unité puisse avoir lieu, et vous pensez que Bossuet et Leibnitz y ont travaillé en vain? Oui, aussi longtemps que Leibnitz n'y a vu qu'une fusion , mais son grand esprit n'a-t-il pas fini par céder à la vérité , en reconnaissant qu'il ne pouvait être question d'une fusion des Eglises, comme vous le dites , mais du retour des sectes à l'unité de l'Eglise. N'avez-vous donc
(i} Malth. 28. 20. (2) Joan. 10. 46.
(3j Mattb. 46. 48. (4) Joaa. 24. 45.
(5) S. Jeao .47.44. (6) DUc. twr rhi9t . «ni», part. //• in fine.
pas lu la dernière œuvre de Leibnîlz, son testament catholique, son Systema theologicum? Bossuet, où plutôt la lumière, la grâce de Dieu n'a donc pas travaillé en vain cette grande àme. Ne serait-il pas temps , qu'une, autre âme, grande déjà selon le monde, le devint aussi devant Dieu par une semblable victoire, et que plus heureuse encore que Leibnitz , elle publiât sa foi dans le temps avant d être ellemême dans l'éternité? Corde enim creditur ad justitiam ; ore autem confemo fit ad salutem.^
Mais nos vœux et nos espérances ont brisé le fil de notre pensée. Nous constations par les faits, comment le principe même du protestantisme l'a poussé, de la négation de l'Eglise enseignante divinement établie et assistée , à la négation de la divinité de Jésus-Christ lui-même, et comment le rationalisme a fait invasion dans les sectes diverses par les soins de leurs propres pasteurs.
Cependant, comme il faut conserver et prêcher la Bible pour rester ministres , fonctionnaires ou dignitaires du protestantisme , * ces nouveaux ariens ne vont pas tous jusqu'à traiter les Evangiles de grandes légendes , comme le font les rationalistes déclarés. La plupart d'entre eux trouvent plus sage ou plus conforme au bon sens pratique, de suivre l'exemple de l'unitarisme , ou de la secte des anti-trinitaires, et de faire participer les Ecritures elles-mêmes au grand complot contre la divinité de Jésus-t^lhrist.
(1) Rom. 40.10.
(2) Nous parlons ici des ministres protastants rationalistes. U en est d'autres , élevés dans Terreur, dans l'anglicanisme par exemple , et dont la bonne foi est incontestable. Ils la prouvent bien , en embrassant la vérité catholique , quand elle leur apparaît telle qu'elle est , et non telle qu'on la leur a représentée.
On comprend que leur exégèse consistant surtout à interpréter l'Evangile de manière à ne rencontrer nulle part ni la personne divine du Christ , ni le côté surnaturel de ses œuvres, on comprend, disons-nous, que cette exégèse soit devenue une des armes préférées du rationalisme dans la guerre qu'il fait à la foi. Aussi te voyons-nous protester contre la divinité de Jésus-Christ, non-seulement au nom de la raison et de l'histoire, mais au nom des Ecritures elles-mêmes , surtout lorsqu'il s'adresse à ceux dont la foi n'est pas complètement éteinte. C'est ainsi, pour ne citer qu'un exemple entre mille, que nous lisions dernièrement dans l'ouvrage du pasteur Channing * sur les Principes du prétendu Christianisme unitaire, ouvrage traduit par une plume rationaliste et maçonnique , que la divinité de Jésus-Christ ne 7'essort pas des Ecritures du Nouveau Testament , que ces Ecritures contiennent à la . vérité deux ou trois textes dans lesquels le Christ est appelé Dieu, et quelques passages peu nombreux dans LESQUELS LES PROPRIÉTÉS i)ivmES lui sont attribuées, mais quHl faut interpréter ces passdbges, les expliquer, les modifier même de manière à les oMorder avec la raison qui , à son sens , repousse la divinité de Jésus-Christ !
Cependant, les rationalistes purs ont été sur ce point , moins aveugles que Channing et les unitaires , et ils ont avoué que la divinité du Christ est clairement enseignée
(1) Deux causes ont jeré Channing dans le déisme évangélique : la cause générale que nous venons d'indiquer , ou le principe même du protestantisme ; puis l'éducation de Channing dans le Calvinisme. Les cnielles doctrines de cette secte sur la rédemption et la prédestination révoltèrent son Ame. Channing, dansMS ouvrages , confond sur ces points, le calvinisme et le christianisme non uoitaire. Il ignore la doctrine catholique.
dans le Nouveau Testament. Mais ils se sont efforcés d'infirmer ce témoignage par la théorie ou le rêve de la formation progressive et toute humaine du dogme , formation ou invention qu il ne faut pas confondre avec le développement de rinteliigence du dogme. L'Allemagne , cette fois encore , rêva la première , mais, comme toujours, elle ne manqua ni d'imitateurs ni de disciples. L'un d'eux vous dira , par exemple , que les premiers adversaires du christianisme ont remarqué avec la clairvoyance de la haine que rien dans les paroles de Jésus-Christ n'indique qu'il se soit cru Dieu;^ (!) que c'est saint Paul qui en fit un Dieu;^ (!) que la pensée chrétienne perce à peine dans saint Jean mais éclate dans saint Paul.^ — 11 parle ainsi en vertu du principe de la formation progressive du dogme, et dans la persuasion que saint Paul a écrit après saint Jean. Mais un autre mieux informé de la priorité chronologique des épitres de saint Paul, a vu, toujours en vertu du progrès du dogme, que saint Jean seul enseigne la Divinité de Jésus-Christ inconnue à saint Paul ; qu'il a dit le premiei^ que le Ferbe est Dieu , et qu'en le disant, il a annoncé une pensée nouvelle, par rapport à saint Paul^
S'il arrivait à l'Allemagne de réfléchir que l'évangéliste saint Luc écrivit après l'apôtre des gentils , nous apprendrions probablement bientôt que la pensée chrétienne ébauchée dans saint Paul , prend dans saint Luc sa forme et ses contours !
(1 ) Etudes sur Vhistoite de l'humanité , par M. Laurent. Tom. 4. p. 395. (2)Ibid. (3jlbid. p. 34.
(i| M. Vacherot. Hist. de V Ecole d'Alexandrie, tom. i . p. 194-495.
Avant donc de montrer au rationalisme qu'il s'attaque en vain à la Divinité de Jésus-Christ au nom de la raison •et de Y histoire y nous voulons lui iFaire voir que c'est vainement aussi qu'il cherche dans lesÉeritures les armes qtie l'exégèse protestante et la théorie de la formation humaine du dogme prétendent y trouver pour combattre la vérité fondamentale du christianisme.
Ce triple but a déterminé l'ordre que nous suivons dans cet ouvrage ou nous démontrons successivement à ceux qui nient la Divinité de Jésus-Christ, qu'ils ne savent lire ni ce qui est écrit dans la Bible, ni ce qui est écrit dans Y histoire, ni ce qui est écrit dans la conscience de .l'homme.
Pour achever la première partie de notre travail , il nous a suffi de citer textuellement de nombreux passages des deux Testaments. La divinité du Christ remplit tellement les Ecritures , que pouf extraire de celles-ci tout ce qui l'annonce, tout ce qui l'affirme, tout ce qui la prouve, tout ce qui en est la conséquence,. il faudrait reproduire la Bible tout entière. L'évidence de la vérité n'en demandait pas tant. L'incarnation du- Verbe est la clef des livres sacrés. Elle n'a pas tant besoin d'eux pour être connue, qu'ils n'ont besoin d'elle pour être compris. Sans elle , ce sont des livres fermés. U Agneau de Dieu seul en a M«^' les sceaux. *
Pour achever nôtre deuxième partie, il nous a suffi de rappeler des faits incontestés, et de considérer attentivement Tensemble ou l'unité de l'histoire du monde.
(1) Apoc. 5.3.
Pour achever la troisième, ii nous a suffi d'en appeler au léflioigiiage (le toutes les consciences.
Nous ouvrons donc àtous les yeux la Bible, Thisloire et la conscience humaine, et nous disons à ceux qui veulent acquérir la science de- Jésus-Christ : Fenez et voyez .^ C'est en apprenant à connaître le Christ , le Roi immort<?l des siècles , que vous apprendcez à connaître ausisi les antechrists de tous les siècles.
{\] Joan. !. 46' .