ARTICLE PREMIER
Jésus-Christ dans les Ecritures du Nouveau Testament.
«Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu , et le Ferhe était Dieu. Il était ïiu commencement avec Dieu. Toutes choses ont été faites par lui, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans lui. Dans lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne lont point comprise.* — Et le Fei'he a été fait chair, et il a habité parmi nous , et nous avons vu sa gloire , comme la gloire du Fils unique engendré du Père, étant plein de grâce et de vérité.* »
« Nul n'a jamais vu Dieu : le Fils unique qui est dans le sein du Père, est Celui qui nous en a donné connaissance.' »
{\) Joan. 1.1-5. (i) Ibid. 14. (3} Ibid. 18.
Il y a trois choses à distinguer dans les trois paroles du premier verset : 1<* Télernité du Verbe : Injprincipio erai Vwbwn; ^^ la distinction des personnes divines : Ei Vtrbum trtU apud Dêum ; 3» l'unité de Tessence divine : Et Deus eral Verbum, ■SS. Basile , Jean Cbrysostdme , Thomas , Bonaventure.)
«Jésus-Christ est le témoin fidèle , le premier né d entre les morts, et le Prince des rois de la terre, qui nous a aimés, et nous a lavés de nos péchés dans son. sang.* »
«Nous avons reconnu l'amour de Dieu envers nous, en ce qu7/ a donné sa vie piour nous.' »
« Verbe incarné, ^ médiateur unique entre Dieu et les hommes,* il s'est livré lui-même pour la rcdeniption de tous , ^ Agneau" immolé dès lorigine du monde , ® et qui ôle les péchés du monde. ^ »
« Le voici qui vient sur les nuées. Tout œil le verra, et ceux mêmes qui l'ont percé : et tous les peuples de la terre se frapperont la poitrine en le voyant. 11 n'y a rien de plus vrai. Amen. Je suis l'Alpha et l'Oméga , le commencement et la fin, dit le Seigneur Dieu, qui est ^ qui était, ei qui doit venir, \e Tout-Puissant.^ »
. Jésus-Christ est donc Dieu : Au commemenient était le f^'^erhe, et le Ferhe était avec Dieu, et le Ferbe était Dieu, et le Ferhe s'est fait chair.
Jésus-Christ est le Dieu créateur : Toutes choses . ont été faites par lui et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans lui.
Jésus-Christ est le Dieu révélateur , le témoin fidèle des mystères de la Divinité , le Fils unique qui est dans le sein du Père et qui nous en a donné connaissance.
J) Afjoc. i.&. fâ) 1. Joan. 3. 46. (3) Joan. t. 14.
/4} I. Tim. si. 5. '5) Ibid. 6. %, ^ Tit.f. 14. —Gai. 8. iS.
6) Apoc. 13. 8. (7) Joan. I. 29. (8j Apoc. 4. 7.
Jésus-Christ est le Dieu sauveur, le grand prêtre et h grande victime du monde, le Dieu fait homme pour accomplir le grand sacrifice : // nous a aimés et nous a lavés de nos péchés dans son sang, et nous avons reconnu Vamour de Dieu envers nous , en ce qu^Il a domié sa vie pour nous.
Jcsus-Christ est le souverain maitre et le souverain-juge de toutes les générations humaines : Le voici.qui vient surles nuées. Tout ceil le verra. Tous les peuples de la terre se frapperont la poitrine en le voyant, lui le Seigneur qui est, qui était, et qui doit venir.
— Nous paraUrons tous devant le tribunal de jtsus- CHRIST , selon cette parole : Je jure par moi-même , dit le Seigneur , que tout genou fléchira devant moi, et que toute langue confessera que c'est moi qui suis dieu.V
Dieu et homme, Fils unique engendré du Porc, Verbe incarné, Rédempteur du monde. Prêtre et Victime , Sauveur et Juge du genre humain , voilà le Christ.
Il va nous dire lui-même sa génération éternelle en parlant à ses disciples :
« Que disent les hommes qu'est le Fils de Thomme ? — Us lui répondirent : Les uns disent que c'est Jean-Baptiste, les autres Elie , les autres Jérémie, ou quelqu'un des prophètes. — Et vous, reprit Jésus, qui dites-vous que je suis?
»Simon Pierre répondit : Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant. — Et vous êtes bienheureux , Simon, lîls de
H)Roin. U. 1«.
Jean, lui dit Jésus, parce que ce n'est point la chair elle sang qui vous ont révélé ceci , mais mon Père qui est dans les cieux.* »
Ce ne fut donc pas le sens humain , ce ne fut pas la chair et le sang, mais Dieu lui-même qui révéla à Pierre la filiation divine de son Christ. Et ce fut un acte de fidélité à la lumière de Dieu que cet acte de foi : Vous êtes le Christ , le Fils du Dieu vivant.
Mais quel fils?
Le titre de Fils de Dieu n est-il qu'un titre honorifique donné au Messie par les prophètes?' Jésus n est-il Fils de Dieu qu'au même titre que les grands hommes qu'on nomme divins , comme le divin Platon par exemple , comme les saints personnages qu'on appelle hommes de Dieu , ou comme nous tous enfin qui sommes les enfants de Dieu?
Non, répond Jésus-Christ lui-même : c'est le Fils unique.
« Dieu a tellement aimé le monde qu'il lui a donné le Fils unique qu'il a engendré — Ut Filium suum unïgeni- TUM (laret, — afin que tout homme qui croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle.^ »
Mais n'esl-il Fils unique que par excellence parmi d'autres enfants de Dieu? Vous venez d'entendre que non : c'est le Fils unique par nature, par génération — Unigenitus a Pâtre , * — de la même nature ou substance que son
(4) Malth. 16. 18-17.
(2) M. Laurent. Etudes tur l'Mtt. de rkumanité^ iota. 4. p. 395.
(3) Joan. 3. 16. (4) Joan. 4. 14.
Père, substance infinie et indivisible, de sorte que son Ferbe/ sa vivante image ,* sa ressemblance substantielle,^ son Fils,^ est éternellement vivant dans son sein : Le Fils unique qui est dans le sein du Père,^
Aussi voyez comme il s'aflirmc Dieu :
« Mon père et moi , nous ne sommes qu'un. ^ »
« Le Père est en moi et je suis dans le Père7 »
« Je suis dans le Père et le Père est en moi.* »
« Si quelqu'un m'aime , il gardera ma parole , et mon Père l'aimera , et Nou^ viendrons à lui , et Nous ferons en lui notre demeure.® »
Le monde a-t-il jamais entendu un tel langage ? Ecoulez encore :
c( Celui qui me voit, voit Celui qui m'a envoyé, h suis venu dans le monde^ moi qui suis la lumière , afin que tous ceux qui croient en moi ne demeurent point dans les ténèbres.*® »
<f Je suis la lumière du monde.** »
f< Je suis sorti de mon Père, et je suis venu dans le monde : maintenant je laisse le monde, et je m'en retourne à mon Père.** » *
(I) Joan. -1. 1. (2) Coloss. 1. 45. :3)iiebr. 4.3.
(4) Matih. supra. (5j Joan. I. 48. (6} Ibid. 10. 30.
(7y Ibid. 10. 38. (8] Ibid. 14. 10. (9} Ibid. U. 23.
(10) Ibid. 12. 45. '11) IbiJ. 8. 12. '\% Ibid. 16. 28.
« /e suis là voie , te vérité et la vie, ♦ »
w Je suis là résurrection et la vie.* »
c< Je ^uù le pain vivant descendu des cieux : si quelqu'un mange dé ce pain, il vivra éternellement, et le pain que je donnerai , c'est ma chair, pour la vie du inonde.' »
Je suis le maitre de la vie et de la mort : « Je tiens les clefs de la mort et.de Tenfer.* »
a En vérité , en vérité , je vous le dis : Avant qu'Abraham fut au monde. Je suis ^ » -
Entendez-vous la voix de rElernel , de Celui qui disait à Moïse : « Je suis celui qui suis? i> Entendez-vous le Verbe qui était quand rien n était encore: In principix) e7:at? Celui qui , au commencement de toutes choses , était déjà? ^e le dit-il pas lui-même en parlant à son Père? « La vie éternelle, consiste à vous connaître, vous qui êtes le seul vrai pieu, et Jésus-Christ que vous avez envoyé. Je vous ai glorifié sur la terre. J'ai achevé l'ouvrage dont vous m'aviez chargé. Et vous, mon Père, glorifiez-moi donc aussi maintenant en vous-même de cette gloire que j'ai eue en vous avant que le monde fût.^ »
Ecoutez encore :
« Personne n'est «monté au ciel que celui qui est descendu du ciel , le Fils de l'homme qui est dans le ciel.^»
(1)Joan. U. 6. (2] Ibid.ll. 25. :3) Ibid. 6. 51.
f<) Apoc. 1. 18. '5; Joan. 8. 58. * (6) Joan. 17. 3-o.
t7)Joan.a. 43. . *
DANS LES ÉGRITUHES. 51
Vous enlçndez la voix de celui qui est immense, comme il est éternel, qui, Fils de Thomme par son incarnation, s'est abaissé jusqu'à se revêtir de notre nature, et qui est ainsi descendu des cieux , mais sans quitter le sein de son Père ; vous entendez celui qui est descendu du ciel, et qui cependant est toujours dans le ciel.
« Pour vous , disait-il aux juifs infidèles , vous êtes (Fici-bas ; mais pour moi , je suis d'en haut. Vous êtes de ce monde, et moi je ne suis pas de ce monde. Je vous ai donc dit que vous mourrez dans vos péchés : parce qu eu effet , si vous ne me croyez pas ce que je suis, vous mourrez dans votre pêche. — Ils lui dirent : Et qui êtes-vous donc? — Jésus leur répondit : Je suis le Principe de toutes choses, moi-même qui vous parle.* »
« Que vous semble du Christ, demandait-il une autre fois aux pharisiens rassemblés, de qui est-il Fils? — Ils lui répondirent : De David. — ^Et comment donc , leur dit-il , David l'appelle- t-il en esprit son Seigncur^^v ces paroles : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite jusqu'à ce que je réduise vos. ennemis à yous Servir de marchcrpied? Si donc David l'appelle son Seigneur comment est-il son fils 9 — Personne ne put lui répondre; et depuis ce jour-là nul n'osa plus lui faire des. questions.* »
Fils du Dieu vivant par nature et non par création et par adoption comme les autres enfants de Dieu, Jésus- Christ ne parle pas seulement au nom du souverain maître en disant comme les prophètes : f^oici ce que dit le Seigneur; mais il parle aussi en son nom , appuyé sur sa pro-
1) Joan. 8. îîl-25. 2) Matlh, 21. 42-46.
pre puissance , Quasi potestatem habens , * et comme législateur suprême: // a été dit aux anciens.... et MOI je vou^ dis.^ — Il commande en Dieu et fait annoncer sa loi à toutes les nations: Allez et instruisez tous les peuples y les baptisant au nom du Père^ et du Fils et du Saint- Esprit ^ et leur enseignant à observer tout ce que je vous ai commandé,^ — Il agit en Dieu : Ce que mon Père fait, je le fais également.^ — Il pardonne en Dieu: Mon ami, vos péchés vous- sont remis. ..Et afin qu£ vous sachiez que le Fils de Vhomme a sur la terre te pouvoir de remettre les péchés : Levez-vous y dit-il au paralytique y je vous le commande.^ — Il juge en Dieu : Celui qui croiî^a et qui sera baptisé sera sauvé : mais celui qui ne croira pas, sera condamné.^ — Il promet en Dieu : f^ous recevrez la vertu du Saint-Esprit qui descendra sur vous , ^ l'Esprit de vérité qui procède du Père, et que je vous enverrai de la part de mon Père; il rendra témoignage de moi,^ et vous me rendrez témoignage jusqu'aux extrémités de la terre. ^
Il exige pour lui le culte suprême , il veut pour lui la foi , l'espérance et lamour : — la foi : f^ous croyez en Dieu, CROYEZ DONC EN MOI ;*® — Tespérance: Tout ce que votes demanderiez à mon Père en mon nom , je le ferai , afin que le Père soit glorifié dans le Fils. Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai;** — l'amour : Si vous m'aimez, gardez mes commandements; **
(4) Marc. \ . 22. (2) Matlh. 5. 21. (8) Hdatlh. 28. 19.
(4) Joan. 5. 17-19. (5) Luc. 5. 20-24. (6) Marc. 16. 46.
(7) Act. 1 . 8. (8) Joan. 1 5. 26. (9) Act. 4.8.
(lOj Joan. 14. 1. (11) Joan. 44. 13. (12; Ibid. 4S.
— Il veut être aimé en Dieu , par-dessus toutes choses : Celui qui aime son pèf^e et sa mère plus qv^e moi, nest pas digne de moi : et celui qui aime son fils et sa fille plus que moi, nest pas digne de 7noi. Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas , nest pas digne de moi. Celui qui conserve sa vie la perdra : et celui qui aura perdu sa vie pour l'amour de moi , la retrouvera.^
11 récompense en Dieu : « Mes brebis entendent ma voix : je les connais et elles me suivent : je leur donne la vie éternelle .^ »
Enfin , il veut pour lui Thonneur qui n est dû qu'à Dieu seul : c( Afin que tous honorent le Fils , comme ils honorent le Père.' »
Vous le voyez : ceux qui ne trouvent la Divinité de Jésus-Christ que dans deux ou trois textes * de la Bible, ne savent pas lire ce qui est écrit dans la Bible; et ceux qui disent : Les premiers ennemis du Christianisme ont remarqué avec la clairvoyance de la haine que rien dans les paroles de Jésus-Christ n'indique qu'il se soit cru Dieu, * sont des aveugles qui prennent d'autres aveugles pour des voyants.
Mais continuons :
Pourquoi les scribes et les pharisiens accusent-ils Jésus- Christ de blasphème ? Parce qu'il parle en Dieu.
(1) Matlh. 40. 37-39. (2) Joao. 10. S7. (3),Joan. 5. 23.
(4) Channing. Principes de runitaritme.
(5) M. Laurent. Etudes , tom. 4. p 395.
• Ecoulez : •
(( On lui amena un paralytique qui était porté par quatre hommes. Mais la foule les empêchant de le lui présenter, ils découvrirent le toit de la maison * où il était, et y ayant fait une ouverture , ils descendirent le lit où le paralytique était couché. Jésus voyant leur foi, dit au paralytique : Mon Fils, vos péchés vous sont remis. — Or, il y avait quelques scribes assis au môme lieu , qui s'entretenaient de ces pensées dans leur cœur : Que veut dire cet homme? Il blasphème. Qui peut remettre les péchés, hormis Dieu seul ? Jésus connut aussitôt ce qu'ils pensaient, et il leur dit : Pourquoi vous entretenez- vous de ces pensées dans vos cœur3 ? Lequel est le plus aisé de dire à ce paralytique : Vos péchés vous sont remis, ou de lui dire : Levez-vous, emportez votre lit et marchez ? Or, afin que vous sachiez que le Fils de Thomm^ à le pouvoir de remettre les péchés ,^ il dit au paralytique : Levez-vous, je vous le' commande, emportez votre lit, et allez en votre maison, — Il se leva au même instant, emporta son lit, et s'en alla devant tout le monde : de sorte qu'ik furent tous saisis d etpnnement; et rendant gloire à Dieu , ils disaient : Jamais nous n'avons rien vu de semblable.* »
Vous l'entendez : Jésus-Christ ne dit pas seulement qu'il a reçu le pouvoir de remettre les péchés, mais qu'il a ce pouvoir , et il prouve cette divine puissance de deux manières à la fois : en lisant dajis les cœurs de ceux qui en doutent, et en faisant a leurs yeux d^s osuvres que Dieu seul peut faire.
(1) On sait que les toits, en Judée , étaient en plate-forme. L'escalier qui y con- . dui»ait était souvent hors de- la maison. (2) Marc. 2. 3-42.
Ecoulez encore :
« Les juifs s'assemblèrent autour de lui^ et lui dirent : Jusques à quand nous tiendrez-vous Tesprit en suspens? Si vous êtes le Christ, dites-le-nous clairement. »
Il va le dire trop clairement pour ceux d'entre eux qui résisteront à la lumière :
« Jésus leur répondit : Je vous parle et vous ne me croyez pas. Les œuvres que je fais au nom de mon Père rendent témoignage de moi : maïs pour vous , vous ne croyez pas , parce que vous n êtes pas de mes brebis. Mes brebis entendent ma voix. Je les connais et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle y et elles ne périront jamais, et nul ne les ravira d'entre mes mains; ce que mon Père m'a donné est plus grand que toutes choses , et personne. le saurait ravir de la naain de mon Père, mon
PÈRE ET MOI NOUS SOMMES UNE MÊME CHOSE. . — ; ÂlorS leS jutfs
prirent des pierres pour le lapider. Et Jésus leur dit : VaX fait devant vous plusieurs bonnes œuvres par la puissance de mon Père, pour laquelle est-ce que vous me lapidez.? — Les juifs répondirent : Ce n'est pas pour aucune bonne œuvre que nous vous lapidons , mais à cause de votre blasphème ^ et parce qu'étant homme vous vovs faites Dieu. —Jésus leur répartit : N'est-il pas écrit dans votre loi : J'ai dit que vous êtes des dieux?* Si donc elle appelle dieux ceux à qui la parole de Dieu était adressée , et que l'Ecriture ne puisse être détruite, pourquoi dites- vous que je blasphème, MOI que mon Père a sanctifié ^i qu'il a envoyé
(4) Au Psaume &1 , Dieu parle à ceux qui ont la charge de juger le peuple et qu'il ' a ainsi revêtus de son autorité sur la terre , qu'il a constitués ses représentants , ses images terrestres.
dans le monde, parce que j*ai dit : Je Suis le Fils de Dieu?^ »
Entendez-vous ? on a pu appeler des dieux ceux qui , sur la terre, ont seulement participé à sa puissance et reçu sa parole, et moi qui suis descendu des deux ,^ moi que mon Père a envoyé dans le monde, moi à qui la parole de Dieu n'a pas été seulement adressée, mais qui suis sa parole , son Verbe,' et dont Thumaniléa été sanctifiée par lonction suprême de lunion personnelle avec la divinité, moi qui Suis le Verbe fait Chair, ^ le Fils unique,^ vous dites que je blasphème parce que je me dis le Fils de Dieu?
« Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne me croyez pas. Mais si je les fais, quand vous ne me voudriez pas croire , croyez à mes œuvres , afin que vous connaissiez et que vous croyiez que mon Père est en moi et moi dans mon Père. — Les juifs tâchèrent alors de le prendre...; mais plusieurs disaient : Jean n'a fait aucun miracle : et fout ce que Jean a dit de celui-ci s est trouvé véritable. Et il y en eut beaucoup qui crurent en lui.® »
Ecoutez toujours :
(c Cependant les princes des prêtres et tout le conseil cherchaient un faux témoignage contre Jésus pour le faire mourir : et ils n'en trouvaient point qui fut suiEsant , quoique plusieurs faux témoins se fussent présentés. Enfin il vint deux faux témoins qui dirent : Celui-ci a dit : Je puis détruire le temple de Dieu, et le rebâtir en trois jours. —
(1) JoAn.40. 2<-37. ,ijJoan.3. 43. ^3; Joon. 1-14.
(4) Ibid. 44. i5; Ibid. 48. (6) Ibid. 40. 87-4t.
Alors le grand prêtre se levant lui dit : Vous ne répondez rien à ce qu'ils déposent contre vous. — Mais Jésus gardait le silence. Et le grand prêtre lui dit : Je vous adjure, par le Dieu vivant y de nous dire si vous êtes le Christ le Fils de Dieu? — Jésus lui répondit : f^ous l'avez dit : Je le suis: et vous verrez un jour le Fils de V homme assis à la droite de la majesté de Dieu y et venant sur les nuées du ciel. — Alors le grand prêtre déchira ses vêtements en disant : // a blasphémé. Qu'avons-nous besoin de témoins? Vous venez vous-mêmes d entendre le blasphème. Qu'en jugezvous? — Ils répondirent : Il a mérité la mort.* »
Le Fils de l homme est donc mort parce qu'il s'est déclaré le Fils de Dieu. Oui , et il est mort parce qu'il est Fils de Dieu , le Dieu fait homme pour nous racheter par sa mort , et nous délivrer de la mort éternelle.
La rédemption du monde dépendait de cette union de la nature humaine et de la nature divine en la personne du Verbe. Tout l'Evangile est dans celte union suprême, personnelle ou hypostatique, en vertu de laquelle le Fils unique offre son humanité à son Père et répare ainsi dignement , c est-à-dire divinement , l'outrage fait à l'infinie majesté de Dieu par le péché. Encore une fois , tout l'Évangile découle de l'incarnation du Verbe, de la double nature du Fils de l'homme et du Fils de Dieu. Jésus-Christ ne dit-il pas qu'il est moindre que son Père et qu'il est Y égal de son Père : Pater major me est^^ Ego et Pater unum sumus ?^ Il est inférieur à son Père comme Fils de l'homme, et comme tel, il renvoie à Dieu seul les louanges de
(1) Matlb. 26. 50-66. ^i^ Joan. U. 2S. .3; Joan. 10. 1
ceux qui ignoraient encore la divinité du Christ : « Pourquoi , leur dit-il , pourquoi m'appelez-vous bon ? il n'y a que Dieu seul qui soit bon;^ » mais il est l'égal de Dieu comme Fils , comme Verbe engendré de toute éternité dans le sein du Père. De là , le mystérieux mélange de puissance et d'infirmité, d'abaissement et de grandeur , d'humiliation et de gloire, qu'on rencontre partout en Jésus-Christ. II s'incarne dans le sein d'une vierge , pour être véritablement Fils de l'homme, et du sang d'Adam , mais il s'incarne par un acte immédiat de cette toute-puissance qui forme par elle-même le nouvel homme , comme par elle-même elle avait formé le premier. Il naît dans une élable , repoussé des siens, ^ mais il attire à sa crèche les prémices des nations et les concerts des cieux.' 11 n a pas où reposer la tèt^ ,* et il marche sur les flots irrités. Il se laisse charger de liens par les hommes , et il enchaîne lui-même les éléments , commandant à la mer et aux tempêtes .' Il rend la vue aux aveugles , la santé aux infirmes , la vie aux morts , et à l'heure de sa passion il est lui-même sans défense , il souffre sans mesure et meurt sans consolation , abandonné dans sa peine ^ des hommes et de Dieu, c'est-k-dire de luimême, le Verbe laissant privées de sa divine influence les puissances sensibles de son humanité sainte. Mais dans cet abandon que souffre le cœur de l'homme , éclate encore la force de Dieu : il parle dans son agonie et chacune de ses paroles est une source de lumière;^ il vide goutte à goutte son trop amer calice, mais l'œil fixé sur les prophéties qu'il achève d'accomplir; ilexpire avec puissance, Focemagnay^
( I ) Malth. 19.17. (2) Joan. 1.11. (3J Luc. 1.13.
\k) Matth. 8. 20. (5) Ibid. 8. S6. (6) Ibid. 27. 46.
(7; Ibid. 27. Marc. 18. Luc. 23. Joan. 19. (8) Matth. 27. ftO.
DANS LES ÉCRITURES. o9 .
et en mourant fait prendre le deuil à la nature , ^ et il ne s'endort du dernier sommeil que pour voir sortir de son côté avec Teau et le sang ' de la rédemption , TÊglise son épouse , la vraie Mère des vivants. Enseveli dans la mort, il transforme son sépulcre en source de, vie , sort du tombeau à Theure qu'il a lui-même marquée,.^, apparaît à ses disciples effrayés et ravis , et transforme ces hommes qui. tremblaient naguères devant de faibles femmes , en témoins invincibles de la vérité chez toutes les nations : Domino coopérante et sermonem confirmante sequentibus signis. *
Le Christ avait permis que leur foi fût ébranlée par le spectacle lamentable de la passion de leur maître, qu'elle fût comme engourdie par l'excès de leur douleur , afin que la nôtre s'affermit à la vue du prodigieux réveil de l'apostolat. Ils s'étaient cachés , ils avaient fui , ils tremblaient réunis par la même crainte. Leurs ennemis au contraire étaient triomphants : // a sauvé les autres y disaient-ils 9 mais il n'a pu se sauver lui-même. ^ Aveugles ! ils ne comprenaient pas qu'il avait sauvé le monde ! Mais voilà que tout à coup la scène change : les triomphateurs sont consternés ; une parole inattendue les jette dans l'épouvante , et cette parole de qui vient-elle? De ceux-là mêmes qui tremblaient d'abord dans un lâche silence. Qu'est-il donc arriva? Ah 1 c'est qu'ils l'ont vu.!
Si la garde qui veille à la porte du palais des rois ne peut empêcher la mort d'y entrer , la garde qui veillait au tombeau du Christ n'a pu empêcher la vie d'en sortir.
(t) Matth. S7. 4S. :S} Joan. 19. 34. (3) M.itlh 27. 63.
[ki Marc 16. SO. (5) Matth. 97. 42.
ce Sur le soir du même jour, qui était le premier de la semaine , les portes du lieu ou les disciples étaient assemblés par la crainte des juifs étant fermées , Jésus vint au milieu d'eux et leur dit : La paix soit avec vous , et il leur montra ses mains et son côté. Les disciples eurent donc une grande joie de voir le Seigneur. Et il leur dit une seconde fois : La paix soit avec vous. Comme mon Père m'a envoyé , je vous envoie. — Ayant dit ces mots il répandit sur eux le souffle de sa bouche et leur dit : Recevez le Saint-Esprit; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez , et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez,
D Or, Thomas l'un des douze apôtres, appelé Didyme, n'était pas avec eux lorsque Jésus vint. Les autres disciples lui dirent donc : Nous avons vu le Seigneur* — Mais il leur dit : Si je ne vois dans ses mains les marques des clous qui les ont percées , etsi je ne mets mon doigt dans le trou des clous , et ma main dans la plaie de son côté , je ne le croirai point. — Huit jours après , les disciples étant encore dans le même lieu, et Thomas avec eux, Jésus vint, les portes étant fermées , et se tenant au milieu d eux leur dit : La paix soit avec vous. — Il dit ensuite à Thomas : Portez ici votre doigt, et considérez mes mains; approchez aussi votre main et mettez-la dans mon côté , et ne soyez plus incrédule, mais fidèle. — Thomas répondit et Fui dit : Mon Seigneur et mon dieu! — Jésus lui dit : Vous avez cru Thomas, parce que vous m'avez vu : heureux ceux qui, n'ont pas vu et qui ont cru. — Jésus a fait, à la vue de ses disciples , beaucoup d'autres miracles qui ne sont pas écrits dans ce livre; mais ceux-ci sont écrits, afin que vous
croyiez que Jésus est le Christ y le fils o£ dieu , et qu'en croyant vous ayez la vie en son nom.< »
Ce que Thomas dit à Jésus ressuscité : Mon Seigneur et MON DIEU ! Pierre le lui avait dit déjà avant la résurrection : Vous clés le Christ , le Fils du Dieu vivant! * Mais cet acte de foi qui est la source de vie : Radix et fundamentum omnis justificationis ^ ^ cette confession de foi que firent les apôtres , dans le secret de Tintimité divine de leur maître, ils devront la faire désormais, revêtus de la force d'en haut , en face du monde et au prix de leur sang.
Le prince des apôtres, le premier qui confessa la Divinité de Jésus-Christ dans le collège apostolique, et qui pendant la passion fut si timide et si lâche, Pierre confirmé dans la foi pour toujours, sera encore le premier à la confesser publiquement. Il venait aussi d'opérer le premier miracle de la puissance dont il allait être l'instrument privilégié, lorsqu'il prononça ces admirables paroles :
« 0 Israélites , pourquoi vous étonnez-vous de ceci , pourquoi nous regardez- vous , comme si c'était par notre vertu , ou par notre puissance, que nous eussions fait marcher cet homme? Le Dieu d'Abraham , le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob , le Dieu de nos pères a glorifié son Fils Jésus que vous avez livré et renie devant Pilate qui l'avait jugé innocent. Vous avez renoncé le Saint et le Juste; vous avez fait mourir l'auteur de la vie : mais Dieu l'a ressuscité d'entre les morts; et nous sommes témoins de sa
ii) Joan. %0. < 9-81 . («] Matth. 16.16. (8) Conc. trid.
62 JÉSUS-GtfR[ST
rcsurreclioli. C'est sa puissance qui par la foi en son nom a niffermi les pieds de cet homme, que vous avez vu boiteux et que vous connaissez : et la foi qui vient de lui a fait devant vous tous ce miracle d'une parfaite guérison. Cependant , mes Frères , je sais que vous avez agi en cela par ignorance, aussi bien que vos chefs. Mais Dieu a accon^li de cette sorte ce qu'il avait prédit par la bouche de tous ses prophètes, que son Christ souffrirait. Faites donc pénitence , et convertissez-vous , afin que vos péchés soient effacés. .. .
» Tous les prophètes, qui ont prophétisé depuis Samuel, ont prédit ce qui est arrivé en ces jours. Vous êtes les enfants des prophètes , et de l'alliance que Dieu a établie avec nos pères , en disant à Abraham : Toutes les nations de la terre seront bénies en votre race. C'est potir vous preinièrement que Dieu a suscité son Fils , et il vous l'a envoyé' pour vous bénir , afin que chacun se convertisse de sa mauvaise vie.^»
ce Lorsque les apôtres parlaient au peuple, les prêtres, le capitaine des gardes du temple et les sadducéens survinrent. Ne pouvant souffrir qu'ils enseignassent le peuple , et qu'ils annonçassent la résurrection des morts en la personne de Jésus. Et les ayant arrêtés, ils les mirent en prison jusqu'au lendemain , parce qu'il était déjà tard. Or, plusieurs ;de ceux qui avaient entendu le discours de Pierre, crurent : et le nombre des hommes fut d'environ cinq mille.
» Le lendemain les chefs du peuple, les sénateurs et les scribes s'assemblèrent dans Jérusalem , avec Anne le grand
(1) Act. 8. !î-19.-««.
prèlre, Caïphe, Jean, Alexandre, et tous ceux qui étaient de la race sacerdotale. £t ayant fait venir au milieu d eux Pierre et Jean /ils leur dirent : Par quelle puissance, ou au nom de qui avez-vous fait cette action? — Alors Pierre rempli du Saint-Esprit leur dit :
» Princes du peuple, et vous sénateurs, écoutez-nous : puisqu aujourd'hui on nous demande raison du bien que nous avons fait à cet homme (perclus dès je sein de sa mère,*) et de la manière dont il a été guéri, nous vous déclarons à vous tous , et à tout le peuple d'Israël , que c'est au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ de Nazareth, que vous avez crucifié^ et que Dieu a ressuscité d'entre les morts , que cet homme a élé guéri , et qu'il est debout devant vous. Cest cette pierre^ que vous autres architectes avez rejetée y c'est elle qui a été faite la pnncipale pierre de Vangle : et il n'y a point de salut par aucun autre; car nul autre nom sous le ciel n'a été donné aux hommes par lequel nom devions être sauvés ^ »
Jésus-Christ par la parole de Pierre convertit les multitudes, mais il va aussi'à la recherche des âmes dans la solitude:
<c Pierre et Jean ayant rendu témoignage au Seigneur et annoncé sa parole , retournèrent à Jérusalem après avoir prêché l'Evangile aux Samaritains. Or, l'Ange du Seigneur parla à Philippe , et lui dit : Levez-vous , et allez au midi dans la voie qui descend de Jérusalem à Gaza , qui est déserte. — Et se levant il s'en alla. Or, un Ethiopien eunuque, l'^in des premiers oJïîciers de Candaee, reine
(l'Ethiopie, et surintendant de tousses trésors, était venu
1)Acl.3. î. .î) Act. 4. f-^2.
64 XÉSUS-GHRIST
à Jérusalem pour adorer.^ Il retournait, assis sur son char, et lisait le prophète Isaïe. Alors, TËsprit dit à Philippe : Avancez, et approchez-vous de ce char. Aussitôt Philippe accourut, et ayant entendu que Teunuque lisait le prophète Isaïe , il lui dit : Croyez-vous comprendre ce que vous lisez ? — Comment le pourrais-je, répondit-il , si qnelquun ne me VexpUqueP — Et il pria Philippe de monter et de s'asseoir près de lui. Or, le passage de TEcrilure qu'il lisait était celui-ci : Il a été conduit comme une brebis à la boucherie , et il n'a point ouvert la bouche , non plus qu'un agneau qui se tait devant celui qui le tond. Dans son abaissement, il a été délivré de la mort à laquelle il avait été condamné. Qui pourra raconter sa génération, car sa vie sera retranchée de la terre? L'eunuque dit donc à Philippe : Je vous prie de me dire de qui le prophète parle ici , si c'est de lui-même ou de quelqu'autre? — Alors Philippe prenant la parole , commença par cet endroit de l'Ecriture à lui annoncer Jésus. Après avoir marché quelque temps, ils rencontrèrent de l'eau, et l'eunuque lui dit : Voilà de l'eau, pourquoi ne serais-je pas baptisé? — Philippe lui répondit : Vous pourrez l'être si vous croyez de tout votre cœur. — Il lui répartit : Je crois que Jésus- Christ est le fils de dieu. — Il commanda aussitôt qu'on arrêtât son char, et ils descendirent tous deux , et Philippe baptisa l'eunuque. Etant remontés hors de l'eau, l'Esprit du Seigneur enleva Philippe, et l'eunuque ne le vit plus; mais il continua son chemin plein de joie.* »
( t } Le vrai Dieu , on le voit , avait ses adorateurs cbez les nations. Dans le temple de Jcrusalem , se trouvait , d'ailleurs , le parvis des gentils.
. iî) L^officier de la reine d'Ethiopie n'avait pas Torgueil protestant. Aussi, le Dieu qui aime les humbles , lui fit entendre la voix de l'apostolat » de l'Eglise enseignante. (3) Act. 8. 25-89.
Vous len tendez : Tapostolat parle comme son chef, el prêche Jésus y Fils de Dieu, auteur de la vie.
Ecoutons le disciple bien-aimé :
c< Nous vous annonçons la parole de vie qui était dès le commencement , que nous avons entendue , que nous avons vue de nos yeux, que nous avons regardée avec attention , et que nous avons touchée de nos mains. Car la vie même s'est rendue visible , nous l'avons vue , nous en rendons témoignage, et nous vous annonçons cette vie étemelle qui était dans le Père , et qui est venue se montrer à nous.* »
« Quiconque croit que Jésus est le Christ , est né de Dieu ; et quiconque aime celui qui a engendra, aime aussi celui qui a été engendré. Nous connaissons que nous aimons les enfants de Dieu , quand nous aimons Dieu , et que nous gardons ses commandements ; parce que l'amour que nous avons pour Dieu , consiste à garder ses commandements; et ses commandements ne sont point pénibles. Car tous ceux qui sont nés de Dieu , sont victorieux du monde, et cette victoire par laquelle le monde est vaincu, est l'effet de notre foi. Qui est celui qui est victorieux du monde , sinon celui qui croît que Jésus est le Fils de Dieu? C'est ce même Jésus-Christ qui est venu avec l'eau et le sang, non-seulement avec l'eau , mais avec l'eau et avec le sang. Et c'est l'esprit qui rend témoignage , que JésuS'Christ est la vérité. Car il y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel : le Père, le Aer&eet le Saint- Esprit; el ces trois sont une même chose. Et il y en a trois
(t)l.Jo«n. 1.4.
qui rendent témoignage sur la terre ; l'esprit, leao et le sang , et ces trois sont une Dfièrae chose.
» Si nous recevons le témoignage des hommes, celui.de Dieu est plus grand. Or c'est Dieu même qui a rendu ce grand témoignage en faveur de son Fils. Celui qui croit au Fils de Dieu, a dans soi-même le témoignage de Dieu. Celui qui n'y croit pas, fait Dieu menteur, parce qu'il ne croit pas au témoignage que Dieu a rendu à son Fils. Et ce témoignage est, que Dieu nous a donné la vie éternelle, et c'est en son Fils que se trouve cette vie. Celui qui a le Fils a la vie. Celui qui n'a point le Fils, n'a point la vie. Je vous écris ces choses, afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui croyez au nom du Fils de Dieu.* »
Saint Jean prouve ici que Jésus est le vrai Fils de Dieu , le Verbe incarné , le Christ annoncé par les prophètes , le Sauveur du monde qui nous a rendu la vie éternelle par sa mort, et il le prouve par le témoignage que Dieu lui-même a rendu à son Fils sur la terre et du haut du ciel. Sur la terre où Jésus-Christ fut divinement manifesté comme Christ et comme Sauveur par l'eau et le sang qu'il répandit sur la croix en qualité de grand sacrificateur et de grande victime du Nouveau Testament,' et par l'esprit de grâce qu'il répandit dans nos âmes;' du haut du ciel d'où le
■1) I.Joan. 5.1-13.
1 2} a Le premier Testaoïent tnéme ne fut confirmé qu^avec le sang. Car Mok»e ayant lu ^.tout le peuple tous les commandements de la loi , prit du Mang des victimes avec de Veau.,., et en jeta sur le livre môme , et sur tout le peuple en disant : Voici le sang du Testament que Dieu fait en votre faveur. » (Hebr. 9. 49-20.)
(S) Cet etprit de grâce , fruit de refTusion de son lang , Jésus-Christ le répand en nous par Veau sanctifiante du baptême , de sorte qu'en ce sens encore » l'esprit^ l'eau et le sang sont une même chose ou manifestent une môme chose : la vérité de l'iocarnation et de la rédemption .
Père, le Verbe et le Saint-Esprit attestèrent la mission et la divinité de Jésus-Christ : le Père, quand il fît entendre sa voix en disant : Celui-ci est mon Fils bien-aiméy écoutez-le; ' le Verbe, en se manifestant lui-même dans le Christ par la toute-puissance de ses œuvres : Ipsa opéra qiUB ego fado y testimonium perhihent de me*, et si mihi non vultis credere, operibus crédite, ut cognoscatis et credatis quia Pater in me est et ego in Pâtre ;^ TEsprit-Saint, lorsqu'il descendit visiblement sur lui en forme de colombe, et sur ses apôtres en langues de feu , les remplissant de sa lumière , de son amour et de sa force. C'est ainsi que Dieu , dans son indivisible Trinité , a ' rendu témoignage au Fils unique, et que celui qui croit au Fils dé Dieu a dans soi-même le témoignage de Dieu.
Après avoir entendu le prince des apôtres et le disciple bien-aimé, écoutons le persécuteur des premiers chrétiens , Paul ravi à l'incrédulité par Jésus-Christ ressuscité. Il va porter aux juifs et aux gentils le nom de son divin maître, et leur manifester la grandeur du mystère de l'incarnation , de ce « mystère d'amour qui s'est fait voir dans la chair , a été justifié par l'esprit, découvert aux anges , prêché aux nations, cru dans le monde, reçu dans la gloire.^ »>
(c Dieu, dit-il, ayant parlé autrefois à nos pères en divers temps et en diverses manières par les prophètes, vient enfin de nous parler en ces derniers jours par son propre Fils qu'il a fait héritier de toutes choses, et par qui il a créé les siècles. Et comme il est la splendeur de sa gloire et timage parfaite de sa substance, et qu'il^ou-
:4;MaUh. d. 17: — 17. 5. (S) Joan. S. 86.
(3j Joan. 10. 3S. (f) I. Tim. 3. 49.
tient tout par a puissance de sa parole , après nous avoir purifiés de nos péchés, il est assis au plus haut des Cieux à la droite de la souveraine Majesté , aussi élevé au-dessus des anges, que le nom qu'il a reçu est plus excellent que le leur. A quel ange^ en effet. Dieu a-t-il jamais dit : Vous êtes mon Fils, je votis ai engendré aujourcChui ? — Et ailleurs : Je serai son Père et il sera mon Fils. Et lorsqu'il introduit de nouveau son premier-né dans le monde, il dit : Que tous les anges de Dieu ï adorent. — Aussi TEcriture dit en parlant des anges : Dieu se sert des esprits pour en faire ses ambassadeurs et ses anges, et des flammes ardentes pour en faire ses ministres. — Mais il dit à son Fils : Votre trône, ô Dieu/ sera un trône éternel : le sceptre de votre empire sera un sceptre d équité. Vous avez aimé la justice, et vous avez haï l'injustice : c'est pourquoi , ô Dieu ! votre Dieu vous a sacré d'une huile de joie en une manière plus excellente que tous ceux qui participent à votre gloire. — Et ailleurs : Seigneur, vous avez créé la terre dès le commencement du monde , et les cieux sont l'ouvrage de vos mains ; ils périront , mais vous demeurerez : ils \aeiIliront tous comme un vêtement, et vous les changerez comme un manteau , et ils seront changés , mais pour vous , vous serez toujours le même, et vos années ne finiront pas. — Enfin , à quel ange le Seigneur a-t-il jamais dit : Asseyezvous à ma droite jusqu'à ce que j'aie réduit vos ennemis à vous servir de marche-pied ? — Tous les anges ne sont-ils pas des esprits destinés à servir , étant envoyés pour exercer leur ministère en faveur de ceux qui doivent être les héritiers du salut ?^ »
MjHebr. i.
Les anges sont donc des serviteurs, et Jésus-Christ est le Maître :
« Le Christ est au-dessus de tout, le Dieu béni dans tous les siècles.^ »
« En Jésus-Christ habite réellement {corporaliter) la plénitude de la Divinité.^ »
C'est en lui que l'amour de Dieu s'est surtout manifesté envers le genre humain : « Nous avons vu l'humanité et la bonté de Dieu notre Sauveur,^ »
Et c'est de lui que nous espérons la justice et la vie : « Attendant la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ,^ »
«Il est l'image du Dieu invisible; né avant toutes les créatures. Car tout a été créé par lui dans les cieux et sur la terre, les choses visibles et les invisibles : soit les Trônes, soit les Dominations, soit les Principautés, soit les Puissances , tout a été créé par lui et pour lui. Il était avant tout, et toutes choses subsistent en lui. Il est le chef et la tète du corps de l'Eglise. Il est comme les prémices , et le premier-né d'entre les morts , en sorte qu'il est le premier en tout, parce qu'il a plu au Père que toute plénitude résidât en lui, et de réconcilier toutes choses en lui , ayant pacifié par le sang qu'il a répandu sur la croix , tant ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux.* »
(4) Ron. ». 5. ,î) Coloss. «. ». [S] Tit. 8. 4.
(4} Ibid. 2. 1S. (5} Golo83. i . 15-20.
70 JÉSDS-CHRIST
a Jésus-Christ le pontife des biens futurs y étant donc venu dans ce monde, est entré une seule fois dans le sanctuaire (du ciel) par un tabernacle plus grand et plus excellent (que celui de la loi , c'est-à-dire par son corps) qui n'a pas été fait par la main des hommes, qui n a pas été formé par la voie commune et ordinaire , Non manu factum, id est y non hujus ereationis^ et il y est entré, non avec le sang des victimes (comme le pontife du sacerdoce figuratif), mais avec son propre sang, nous ayant acquis une rédemption éternelle.^ »
Et c'est après que saint Paul a dit de Jésus-Christ quil est le Dieu béni dans tous les siècles; * qu'en lui habite réellement ' la plénitude de la Divinité; qu'il est notre grand Dieu-Sauveur; que tout a été créé par lui et pour lui ; iiu'il était avant tout, et que toui^s choses subsistent en lui; qu'il est la splendeur de la gloire de Dieu et Vimagc
(4)Hebr.9. H.
(2) « On conteste , dit le P. Gratry , Tauthùnticité d'une virgule dans ce texte de aaint Paul : Jevoudraië être anathime pour tnet fréret Ua hraéliUa.,, deëquelt en iorti U Chriêt $elon la chair ^ étant \à ov) par-dettus tout U Dieu béni dant tout lee iiècle». Pour ne pas voir ici la divinité de Jésus-Christ, il faut détruire la phrase, il faut mettre un point au lieu d'une virgule entre les mots la chair et étant. Il s'est trouvé un éditeur allemand pour mettre ce point. Alors la phrase est détruite , et la seconde moitié s'en va de son c6té sans verbe. C'est égal. Peu importe que cette phrase ait un verbe ou n'en ait pas ; ce qui importe , c'est que ce témoignage de la Divinité de Jéaus-Christ soit eflacé. » [Etude *ur la tophittique contemporaine ^ p. SOO-SOI.) — Mais à quoi sert d'effacer ce texte quand il en reste une foule d'autres qui affirment la divinité de Jésus-Christ avec la même force et là même clarté?
(3) ff !n ipto inhabilcU omnie plenitudo divinitcUia corporaliter: *id ett^ realiter ^ dit saint Thomas d'Aquin. Corpua enim dicitur contra umbram , infra, eodem : « Qum aunt umbra futurorum, » et aie Deum contingit dupliciter inhabitare , vel tecundum umbram^ vel corporaliter ^ ideat, realiter; primo modo inhabitavit in veterilege, aed in Chriêlo inhabitabat corporaliter, idest, realiter, et aecundum veritatem (In hune loc,]
DANS LES ÉCRITURES. 7i
de sa substance , né avant toutes les créatures^ c est-à- (lire lé Verbe engendré de toute éternité ; c'est après cela que les romanciers de la critique affectant la finesse et 1 érudition, viendront nous dire que saint Jean, en affirmant que « le Ferbe est Dieu- lui-ménie, » énonce une pensée nouvelle par rapport à saint Paul ! ^
Pour nous , en entendant les paroles de l'apôtre sur la divinité de Jésus-Christ, sur la génération éternelle du Verbe, sur son incarnation, son sacrifice, son sacerdoce, son Eglise sur la terre et dans les cieux , nous comprenons que le f^ase d'élection se soit écrié dans sa reconnaissance : i<J'ai reçu, mot qui suis le plus petit d'entre tous, cette grâce d'annoncer aux gentils les richesses incompréhensihks de Jésus-Christ!^ » Nous comprenons qu'il ait dit encore : « Je fléchis les genoux devant le Père de Notre- Seigneur Jésus-Christ afin qu'il vous fasse comprendre quelle est l'élévation, l'étendue et la profondeur de ce mystère, et qu'il vous découvre l'amour de Jésus-Christ envers nous, amour qui surpasse toute intelligence, Supereminentemsdentiœ charitatem Christi.^ »
Aùsisi voyez corynnént saint Paul caractérise l'amour manifesté par l'incarnation :
c< Jésus-Christ ayant la nature de Dieu , s'est affirmé sans usurpation l'.égal de Dieu : mais il s'est anéanti luimême en prenant la nature de serviteur,* en se rendant semblable aux hommes , et en se montrant sous Terme
il) BîMi,' de l'école d'Alexandrie, tom. 1 . p. 194-195. ,8/ Epbtf. 8. 8.' (dj ibid. 14-19,
humaine. Il s'est rabaissé lui-même , se rendant obéissant jusqu'à la mort , et jusqu'à la mort de la croix. »
Exinanivit semetipsum , il s'est anéanti en prenant la nature humaine ! Quel autre nom ^ en effet , trouver dans la langue des hommes , que celui d'anéantissement, pour exprimer un abaissement infini? Le Créateur, celui qui est par lui-même , ne s'esl-il pas revêtu d'une nature créée qui par elle-même n'est pa^? Il a donc franchi par l'incarnation la distance qui sépare l'être du néant , et cet abime infini , c'est son amour qui l'a comblé ! Comprenez-vous maintenant pourquoi cet amour est incompréhensible : Supereminentem Scientiœ charitatem Christi?
§nî.
Dieu était donc dans le Christ se réconciliant le monde, non-seulement pajr sa puissance, mais par sa bonté. L'incarnation est un mystère de grandeur, puisque toute la Majesté de Dieu est réellement en Jésus-Christ , mais c'est encore plus un mystère d'amour , puisque ce Dieu de Majesté s'est incliné jusqu'à nous pour nous élever jusqu'à lui.
Si le chef d'un grand empire, louché de compassion pour un soldat jeté dans les fers par l'ennemi , se déguisait afin de prendre la place du pauvre prisonnier, de se charger de ses chajnes , de le rendre à la liberté et à ceux qu'il aime, quel cœur ne révélerait pas une pareille charité? Que serait-ce cependant , en comparaison de l'amour que nous a prouvé celui qui est descendu des cieux et qui , pour
:i;Phn.« 6 8, ;
DANS LES ÉGKITURES. 73
nous saaver , s*est anéanti jusqu'à prendre notre nature : Qui propter nos homines et propter nostram salutem descendit de cœlis, et incamatus est de Spiritu Sancto ex Maria Firgine, et homo foetus est 9
Mais Dieu ne s'est pas contenté de nous prouver son infinie bonté par l'incarnation. II a vu combien la plaie faite à notre àme par le péché la rend aveugle et ingrate , et il a voulu nous rendre son amour plus sensible encore, en couronnant ses prodigieux abaissements par la souffrance volontaire. Comme c'est l'amour que nous lui portons qui nous rend véritablement justes; comme c'est l'amour qui nous fait accomplir toute la loi; comme c'est Famour qui nous rend heureux et qui nous sauve en déposant dans nos âmes le principe , le germe de la vie éternelle; Celui qui n'a pas besoin de notre amour , mais qui veut nous rendre heureux et nous faire participer à sa vie et à sa gloire , notre Créateur a voulu être aussi notre Sauveur , notre Père a voulu être notre Frère , et après nous avoir donné la vie par sa puissance , il a voulu nous la rendre par sa faiblesse , usant ainsi , pour gagner nos cœurs, de la seule violence compatible avec notre liberté^ de la violence de la charité, de la passion d'un Dieu fait homme : Charitas Christi urget nos.^ — Il a soif d'être aimé parce qu'il a soif de notre salut , et il a désiré ardemment de souffrir pour nous, parce qu'il savait qu'en souffrant, il se ferait aimer de nous. Je suis venu apporter le feu sur la terre, dit-il , et que désir é-je , sinon qu'il s'allume9Je dois être baptisé d'un baptême (de sang) , et combien me sens-je pressé jusqu'à ce qu'il s'accom-
'l)U. Cor. 5. U. 4
plisse?^ Qtuind f aurai été élevé de la ienTe, f attirerai tout à moi. Ce qu'il disait pour marquer de quéUemort il devait mourir.'^
Il est certain que THomme-Dieu , en offrant à son Père une larme , une prière , un soupir , un regard d'amour , eût réparé dignement et surabondamment Toutrage fait à la majesté de Dieu par la révolte de la nature humaine ; mais ce qui suffisait à notre rédemption ne suffisait pas à son amour y et le Verbe incarné voulut nous sauver en portant dans son humanité sacrée la peine due à nos péchés y la souffrance 9 la mort, l'abandonnement , afin de rendre plus sensibles à nos yeux et à nos cœurs sa justice et sa miséricorde , sa grandeur et âa bonté : Quoniam Deus qui dixii de tenebris luce^n splendescere, ipse illuxit in cordUbus nostrisad illuminationem sdentiœ claritatis Dei, in fade Christi Jesu.^
La Passion du Sauveur est la grande révélation des perfections divines : « Elle nous découvre l'infinie miséricorde qui a fait mourir un Dieu pour sauver les pécheurs. Elle nous découvre l'infinie sagesse de ce Dieu par le dessein même de l'incarnation et de la rédemption, car si|Jésus- Chrisl n'avait eu que la nalure divine, il n'eût pu satisfaire pour l'homme , Dieu ne pouvant souffrir et expier par luimême; et il ne l'eût pu davantage s'il n'avait eu que la nalure humaine^ l'homme étant incapable de réparer l'immense injure faite par le péché à la Majesté de Dieu.* » Etf^erbum caro factum est, et habitavit in nobis : voilà la solution de celte difficulté infinie.
(1; Luc. i%. 50. (2) Joan. H. 38-38. ,3 II. Cor. 4. 6.
^4, S. Alph, de Liguori. De la Pattion.
a Le Verbe, le Fils unique de Dieu, vrai Dieu commt son Père , se revêtit de la nature humaine , afin que son humanité satisfit par sa mort à la justice diviae , et que sa personne divine rendit cette satisfaction digne d'un Dieu.
» La Passion nous a fait connaître aussi YinûmejmHce. L'enfer, dit saint Jean Cbrysostôme, nous la révèle moins que la vue de Jésus en croix ; car , dans lenfer , les créatures souffrent pour leurs propres fautes , tandis que , sur la eroix, on voit un Dieu souifirant pour expier les péchés des hommes. » .
Mais la Passion est surtout la grande révélation de Vamour divin : « Quelle obligation Jésus-Christ avaitril de mourir pour nous? Aucune : Ohlatm est quia ipse voluit.^ Il pouvait en toute justice abandonner l'homme à sa ruine volontaire; mais son amour ne le lui a pas permis , et par amour il s'est livré pour nous : Dilexit nos et tradidit semetipsum pro nobis.^ Il a donc voulu que le décret de notre condamnation à la mort éternelle fût attaché à la croix même où il est mort , et fût ainsi effacé par son propre sang : Delens quod adversus nos erat chirographum decretiy quod erat contrarium nobis, et ipsum tulit de medio , affigens illud cruci.^
» Aussi Jésus-Christ, en mourant sur la croix pour satisfaire à la justice divine , ne parla-t-il que de miséricorde : Pater ^ dimitleillis; nonenim sciunt quidfaciunt: Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. Il voit le genre humain dans la personne du disciple bienaimé, et nous donne pour Mère sa propre Mère : Dicit
> I; Is. 59. 7. (1) blpb. 1. 2. ;3) Col. 9. t4.
disctpulo : Ecee mater tua.^ Il se déclare heureux d'avoir accompli notre rédemption , et il achève son sacrifice en disant : Tout est consommée »
C'est donc ainsi que Dieu a aimé le mande; ' c'est ainsi que. Yamour de Jésus-Christ nous presse ^ * afin que nous ne vivions plus pour nous-mêmes , mais pour celui qui est mort pour nous : Pro omnibus mortuus est Christus, ut qui vivuntjam non sibi vivant, sed ei qui pro ipsis mortuus est.^ « Il s'échappe, en effet, de la croix, un souffle divin qui allume en nous un saint désir du sacrifice, et nous fait oublier les choses de la terre pour Youer toutes nos affections à ce bon Maître qui a voulu mourir pour l'amour de nous.*»
N'allons pas croire cependant, que la tendresse divine pour sa créature ne se soit manifestée en Jésus-Christ que par ses souffrances et par sa mort. Toute sa vie ne fut qu'un acte d'amour et de tendre compassion pour les pauvres, les infirmes, les faibles, les petits, les pécheurs, et on ne vit jamais en lui d'indignation que contre les superbes , les hypocrites et les obstinés.
La première d^ paroles qu'il fit entendre à la foule fut pour les pauvres : Bienlieureux les pauvres, s'ils le sont de coeur et de gré, car le royaume des deux leur appartient.^ Les enfants repoussés par ses disciples encore aveugles , sont attirés et accueillis par lui avec une douceur ineffable : On lui présenta des enfants, afin qu'il leur
(1) Joan. 49. 27. (2) Ibid. 80. - S. Alph. Je Liguori : Dt ta PaitUm,
(3) Joan. 8.46. (4) H. Cor. B. 4 4. (5) Ibid. 0. 4 5.
(6) S. Alph. do Ugoori. (7) Matth. 5. S.
imposât les mains et qu'il priât pâur eux; et comme ses disciples les éloignaient rudement, Jésus leur dit : N'empêchez pas ces petits enfants, et laissez-les venir à moi, car le royaume du ciel est pour ceux qui leur ressemblent.^ — hà^ malades le suivaient partout, et tout le peuple tâchait de le toucher, parce qu'il sortait de lui une vertu qui les guérissait tous.^
Jésus était ému de toutes nos. douleurs : « II allait dans une ville appelée Naïm ; et ses disciples raccompagnaient avec une grande foule de peuple. Et lorsqu'il était près de la porte de la ville, il arriva qu'on portait en terre un mort, qui était fils unique de sa mère, et cette femme était veuve; et il y avait avec elle une grande quantité de personnes de la ville. Le Seigneur l'ayant vue, fut touché de compassion : Misericordia motus super eam, et il lui dit : Ne pleurez plus, —Et s'approchant , il toucha le cercueil. Ceux qui le portaient s'arrêtèrent. Alors il dit : Jeune homme, levez-vous, je vous le commande. — Aussitôt le mort se leva, parla, et Jésus le rendit à sa Mère.' »
ccll y avait un homme malade , nommé Lazare, qui était du bourg de Béthanie , où demeuraient Marie et Marthe sa sœur. Cette Marie était celle qui répandit sur le Seigneur une huile parfumée , et qui lui essuya les pieds avec ses cheveux : et Lazare qui était alors malade était son frère. Ses sœurs envoyèrent donc dire à Jésus : Seigneur celui que vous aimez est malade.
» Ce que Jésus ayant entendu il dit : Cette maladie ne Va point à la mort, mais elle n'est que pour la gloire de
(1) Marc. 40. 43. (9} Luc. 6. 49. (8) Luc. 7. 41.1ft.
7§ JÉSUS-CflRiST
Dieu , et afin que le Fils^e Dieu en soit glorifié. Or Jésus aimait Marthe , et Marie sa sœur , et Lazare. Ayant donc entendu dire qu'il était malade , il demeura encore deox jours au lieu où il était. Et il dit ensuite à ses disciples : Retournons en Judée. Ses disciples lui dirent : Maître, il n'y a qu'un moment que les Juifs vous voulaient lapider , et vous parlez déjà de retourner parmi eux? Jésus leur répondit : N'y a-t-il pas douze heures au jour ? Celui qui marche durant le jour, ne se heurte point, parce qu'il voit la lumière du monde : mais celui qui marche la nuit, se heurte , parce qu'il n'a point de lumière. Il leur parla de la sorte et ensuite il leur dit : Notre ami Lazare dort; mais je m'en vais l'éveiller. Ses disciples lui répondirent : Seigneur, s'il dort, il sera guéri. Mais Jésus entendait parler de sa mort : au lieu qu'ils crurent qu'ils leur parlaient du sommeil ordinaire. Jésus leur dit donc alors clairement : Lazare est mort : et je me réjouis pour vous de ce que je n'étais pas là, afin que vous croyiez. Mais allons à lui. Sur quoi Thomas, appelé Didyme, dit aux autres disciples : Allons aussi nous autres, aGn de mourir avec lui.
» Jésus étant arrivé, trouva qu'il y avait quatre jours que Lazare était dans le tombeau. Et comme Béthahie n'était éloigné de Jérusalem que d'environ quinze stades , il y avait quantité de juifs qui étaient venus voir Marthe et Marie, pour les consoler de la mort de leur frère. Marthe ayant donc appris que Jésus venait, alla au devant de lui, et Marie demeura dans la maison. Alors Marthe dit à Jésus : Seigneur si vous eussiez été ici , mon frère ne serait pas mort : mais je sais que présentement même Dieu vous accordera tout ce que vous demanderez. — Jésus lui répondit : Votre frère ressuscitera. — Marthe lui dit : Je suis
qu'il ressuscitera en la résurrection qui se fera au dernier jour. — Jésus lui répartit : Je suis te résurrection et lu vie : celui qui croit en moi , quand il serait mort, vivra. Et quiconque vit et croit en moi, ne mourra point à jamais. Croyez-vous cela? — Elle lui répondit : Oui, Seigneur, je crois que vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant, qui êtes venu dans ce monde, — Lorsqu'elle eût ainsi parlé, elle s'en alla, et appela tout bas Marie, sa sœur, en lui disant : Le Maître est venu , et il vous demande. — Ce qu'elle n'eût pas plutôt ouï, qu'elle se leva, et l'alla trouver : car Jésus n'était pas encore entré dans le bourg; mais il était au même lieu où Marthe l'avait rencontré. Cependant les juifs qui étaient avec Marie dans la maison , et la consolaient , ayant vu qu'elle s'était levée si promptement, et qu'elle était sortie, la suivirent, en disant : Elle s'en va au sépulcre pour y pleurer. — Lorsque Marie fut venue au lieu où était Jésus , l'ayant vu , elle se jeta à ses pieds , et lui dit : Seigneur , si vous eussiez été ici , mou frère ne serait pas mort. — Jésus voyant qu'elle pleurait, et que les juifs qui étaient venus avec elle pleuraient aussi, frémit en son esprit, et se troubla lui-même. Et il leur dit : Où l'avez-vous mis? — Ils lui répondirent : Seigneur, venez et voyez. — Alors Jésus pleura. Et les juifs dirent entre eux : F oyez comme il V aimait, — Mais il y en eût aussi quelques-uns qui dirent : Ne pouvait-il pas empêcher qu'il ne mourût, lui qui a ouvert les yeux à un aveugle-né? — Jésus frémissant donc de rechef en lui-même , vint au sépulcre : c'était une grotte; et on avait mis une pierre par-dessus. Jésus leur dit : Otez la pierre, — Marthe, qui était sœur du mort, lui dit : Seigneur, il sent déjà mauvais; car il y a quatre jours qu'il est là. — Jésus
80 J<SUS-CBRI8T
lui répondit : Ne vous ai-je pas dit que si vous croyez, vous verrez la gloire de Dieu? — Ils ôtèrent donc la pierre; et Jésus élevant les yeux , dit ces paroles : Mon Père y je vous rends grâces de ce que vous m'avez exaucé. Pour moi , je savais que vous m'exaucez toujours ; mais je dis ceci pour ce peuple qui m'environne, afin qu'ils croient que c'est vous qui m'avez envoyé. — Ayant dit ces mots, il cria à haute voix : Lazare veni foras ! — Et à l'heure mémo le mort sortit, ayant les pieds et les mains liés de bandes, et son visage était enveloppé d'un linge. Alors Jésus leur dit : Déliez-le, et le laissez aller.\ »
Mais ce ne sont pas seulement nos souffrances, nos douleurs et notre mort qui émurent le cœur du Dieu fait homme , c'est encore et c'est surtout l'infirmité ou la mort de nos âmes , c'est le malheur souverain où tombent les pécheurs. Voyez comme il attend la Samaritaine au puits de Jacob , et comme il supporte , éclaire, attire divinement cette âme encore aveugle , image de tant d'autres : « J'ai soif, lui dit-il , donnez-moi à boire. » Et puis : « Si vous saviez le don de Dieu, et qui est celui qui vous dit : donnez-moi à boire, vous le lui eussiez demande à lui-même et il vous eût donné de Veau vive, » — Et puis encore : « Quiconque boit de cette eau-ci, aura encore soif : mais celui qui boira de Veau que je lui donnerai, n'aura plus soif à jamais, parce que Veau que je lui donnerai deviendra en lui une source jaillissant à la vie éternelle^ »
S'il attire ainsi les âmes égarées , comment accueillera- Iril celles qui reviennent? Ne nous l'a-t-il pas dit dans les divines paraboles de l'Enfant prodigue , de la Drachme et
(liJoan. M. <-44. (â) Joan. 4. 7, 40, 48, U.
DANS LES ËGRITURIS. 81
de la Brebis retrouvées? N'a-t-il pas révélé sa bonté pour Tâme repentante lorsque les pharisiens lui amenèrent la femme coupable qu'ils voulaient lapider? Qui n'a goûté l'onction de l'adorable parole dite à la Madelaine purifiée de ses souillures par la flamme de l'amour divin : Beau^ coup de péchés lui sont remis parce qu'elle a beaucoup aimé P ^
Et Jésus-Christ ressuscité, Jésus-Christ dans sa gloire et sa Majesté , aura-t-il perdu peut-être quelque chose de sa tendresse? L'Evangile va nous le dire :
<( Les disciples quittèrent le sépulcre, mais Marie y demeura et elle pleurait. Elle s'inclina de nouveau pour regarder dans le tombeau, et vit deux anges vêtus de blanc , assis au lieu où avait été déposé le corps de Jésus , l'un à la tête et l'autre aux pieds. Ils lui dirent : Femme , pourquoi pleurez-vous? — Elle leur répondit : C'est qu'ils ont enlevé mon Seigneur , et je ne sais où ils l'ont mis. — Ayant prononcé ces paroles, elle se retourna et vit Jésus debout, mais sans le reconnaître (Car il se voilait à ses yeux sous une figure étrangère.). Alors Jésus lui dit : Femme , pourquoi pleurez-vous? Qui cherchez-vous? — Elle, pensant que ce fût le maître du jardin , lui dit : Seigneur, si c'est vous qui l'avez enlevé , dites-moi où vous l'avez mis , et ]C l'emporterai. — Jésus lui dit : Marie! — Aussitôt elle se jeta à ses pieds en disant : Mon Maître!^
Oui , l'Evangile est plein d'amour , plus encore que de puissance , et nous comprenons que parmi les grands désirs qui s'emparèrent du cœur de saint Augustin lorsqu'il
(1; Luc. 7. 47. (î) Joan. SO. <0-46.
revint à la foi et à la vie , il ait éprouvé celui de voir Jésus conversant avec les hommes , Jesum inter homines conversantem. Ce n était cependant là , comme il le confesse lui-même, que le désir d'une àme encore faible, à peine ouverte à la lumière. Jésus-Christ, en effet, n'a pas voulu que nous eussions rien à envier aux premiers disciples , puisque l'acte où son cœur s'est révélé avec le plus de tendresse, dure encore et durera jusqu'à la fin des temps. C'est au moment des divins adieux qu'il accomplit ce miracle d'amour en nous laissant le vivant souvenir qui seul pouvait consoler le monde après le passage de l'Agneau de Dieu sur la terre :
«Quand l'heure fut venue, il se mit à table, et les douze apôtres avec lui. Et il leur dit : J'ai désiré d'un grand désir de manger cette pâque avec vous avant que je souffre. Car je ne la mangerai plus désormais jusqu'à ce quelle soit accomplie dans le royaume de Dieu. — Et après avoir pris la coupe, il rendit grâces, et leur dit : Prenez-la et distribuez entre vous. Car je vous dis que je ne boirai plus le fruit de la vigne jusqu'à ce que le règne de Dieu soit arrivé ; * jusqu'au jour où je le boirai nouveau (î7/w^? novum) dans le royaume de mon Père.* )>
Ce sont les adieux du Christ : Nous ne serons plus ainsi réunis à la même table, dit-il , jusqu'à ce que vous deveniez les convives du festin éternel que je vais vous préparer et où Dieu fera toutes choses nouvelles : Et dixit qui sedebat in throno : Ecce nova facio omnia^ Le Ciel est comparé à un festin , parce que Dieu s'y donne luimême comme l'aliment de la vie éternelle, et y rassasie
1 * Luc. S2. t4-l6. i) Matth. 26.29. (3; Apoc. 2t 5.
par le même amour les âmes réunies à cette table de vie : Amen dko vobis quod prœcinget se, et faciet illos diseunU^ere, et transiens ministrabit iUis.^
Mais en attendant ce jour éternel , Jésus-Christ va leur en donner le gage : immédiatement après avoir prononcé les paroles d'adieux que nous venons de rapporter. Il prit le pain, et ayant rendu grâces, il le rompit, elle leur donna en disant : Ceci est mon corps, qui est donné pour vous, faites ceci en mémoire de moi. — // prit de même le calice après la Cène, en disant : Ce calice est la nouvelle alliance en mon sang qui sera répandu pour vous.^
C'est donc après la célébration de l'ancienne pâqué , de l'ancienne cène (Luc. c. 22. v. 16, 17, 18.), après la manducation de la victime de l'ancien sacrifice, de l'agneau pascal, cette saisissante figure de l'Eucharistie, que Jésus-Christ établit (v. 19, 20.) l'oblation perpétuelle du sacrifice du Nouveau Testament, la pâque de la nouvelle alliance , la communion de l'Agneau sans tache :
Po8t agnum typicum , expletis ejmlis , Corpus Dominicum datum discipulis , Sic totum omnibus quod totum singulis, Ejus fatemur manihus,^
Comment regretter après cela de n'avoir pas été témoin des actions de Jésus-Christ pendant sa vie mortelle, puisqu'il nous est toujours présent en personne par un acte d'amour qui a dépassé tous, lès autres et qui ne passe pas lui-même ? Et puis, la majesté, la beauté, la tendresse du
•1, Luc M. 37. 'î; Luc. îi. t9-î0.
3; S. TbomUs J'Aquift ^ dans l'Once tfb t^iin Socfèmen/.
Fils de Dieu élaiént^clles sans voile pendant son passage sur la terre ? N'est-ce pas en mourant pour nous qu'il a surtout révélé son cœur et attiré le nôtre, et cet amour même-, ainsi que les autres trésors cachés en sa personne^ les a-t-il pleinement révélés aux apôtres , et par eux au monde entier, avant d'être remonté aux cieux? S'il a permis quelquefois que des rayons de sa gloire perçassent le voile de son humanité volontairement humiliée, comme il l'a fait sur le Thabor, ce n'a été que dans une vision rapide, parce que la terre n'est pas le lieu de la vision et de la récompense, mais de la foi et de l'épreuve, et encore a-t-il voulu que la nature de cette gloire un instant entrevue , ne fût complètement découverte à ses disciples que par l'esprit de grâce et de vérité qu'il leur communiqua après son Ascension. — Ce fut un grand bonheur pour Marie-Madclaine , sans doute, d'avoir pu baiser les pieds du Sauveur , et pour le disciple bien-aimé de s'être reposé sur la poitrine de son maître, mais ce bonheur fut infiniment moindre que celui qu'ils eurent tous les deux comme nous , de recevoir dans leur cœur par la communion eucharistique le Christ vivant et ressuscité. L'Eucharistie est le ciel voilé. Jésus-Christ s'y donne sous la figure de l'aliment terrestre pour nous faire entendre combien est étroite, • intime, substantielle, l'union qu'il contracte avec nous, et pour nous redire à jamais en esprit et en vérité , et jusque par le signe sacramentel lui-même : Je suis la xne,^ Je suis le pain vivant descendu des cieux, ^ Celui qui mange ce pain vivra éternellement.^ Il ne lui a donc pas suiQ de se donner à l'humanité en général par l'incarnation , il a voulu se donner encore à chacun de nous en particulier par
li ) Joan. 14.6. (S) Joan. 6. 51 . (8) Ibid. 51.
TEucharistie , et consommer ainsi legrand mystère d'amour. C'est là que les cœurs fidèles ont toujours puisé la vie, et c'est en goûtant ce don ineiTable qu'on obtient surtout l'intelligence de ce mot de saint Paul : Jésus-Christ est la révélation de l'amour divin pour nous , Yapparition par excellence de la bonté de Dieu notre Sauveur et de son amour pour les hommes : Benignitas et humanitds apparuit Saivatoris nostri dei.*
ARTICLE II
JésuM^hrbi dans les Ecritures de l'Ancien Testament , et dans rharnionie des deux Testaments.
Mais cette apparition du Christ était-elle inattendue? Jésus-Christ a répondu lui-même à cette question : Je ne suis pas venu changer, mais accomplir.^ — Accomplir quoi? La grande promesse primitive, les figures, la loi, les prophéties, l'attente des nations, l'œuvre de la grâce, la révélation de la vérité.
Interrogez les Ecritures, disait-il , ce sont elles qui rendent témoignage de moi.^ Et commençant par Moïse, et parcourant tous les prophètes, il leur expliquait ce qui y avait été dit de ItU^
Mais il ne faut pas séparer cette parole du récit évangélique toujours incomparable en grandeur et en simplicité, toujours plein de ce caractère unique qui s'appelle
(<)ïit. a.-4. («)Malth.5.47.
(8)Joan.B. 89. (4) Lac. i4. 27.
86 JÉ^S-GHRIST
onction et qui rend inexcusable^ ceux qui le lisent en vain :
«Ce jour-là (Celui de la résurrection.), deux d'entre eux s'en allaient à un bourg nomme Emmaiis, éloigné de soixante stades de Jérusalem ; et ils parlaient ensemble de tout ce qui s'était passé. Et il arriva que , pendant qu'ils s'entretenaient ainsi , et qu'ils raisonnaient ensemble, Jésus lui-même vint à eux, et se mit à marcher avec eux. Mais Ieur3 yeux étaient retenus (te7iebantur) de sorte qu'ils ne pouvaient le reconnaître. Et il leur dit : De quoi vous entretenez-vous ainsi en marchant , et pourquoi étes-vous tristes? — L'un d'eux, nommé Cleophas, lui répondit : Etesvous seul si étranger à Jérusalem , que vous ne sachiez pas ce qui s'y est passé ces jours-ci? — Et quoi? leur dit-il. — Ils répondirent : Touchant Jésus de Nazareth , ce prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple ; et de quelle manière les princes des prêtres et nos sénateurs l'ont livré pour être condamné à mort, et l'ont crucifié. Cependant nous espérions qtie ce serait lui qui rachèterait Israël; et après tout cela néanmoins voici le troisième jour que ces choses se sont passées. Il est vrai que quelques femmes de celles qui étaient avec nous , nous ont effrayés , car ayant été de grand matin à son sépulcre , et n'y ayant point trouvé son corps, elles sont venues dire qu'elles ont vu des anges qui disent qu'il est vivant. Et quelques-uns des nôtres ayant aussi été au sépulcre, ortl trouvé toutes choses comme les femmes les leur avaient rapportées ; mais pour lui , ils ne l'ont pas trouvé.
» 0 insensés ! leur dit alors Jésus, que votre cœur est lent à croire tout ce qui a eiè dit par les prophètes! Ne fallait-
il pas que /e Christ fieuffrit tout cela, et qté'il entrât ainsi dans sa gloire?
» Ensuite , commençant par Moïse, et parcourant tous les prophètes, il leur expliquait tout ce qui a été dit de lui dans toutes les Ecritures.
» Et comme ils approchaient du bourg où ils allaient, il fit semblant d'aller plus loin. Mais ils le forcèrent de s'arrêter, en lui disant : Demeurez avec nous, car il se fait tard et le jour est sur son déclin : Mane nobiscum, quoniam advssperascit, et inclinata est jam dies. — II entra donc avec eux.
» Et comme il était avec eux à table , il prit le pain et le bénit; et l'ayant rompu, il le leur donna. En même temps, leurs yeux s'ouvrirent, et ils le reconnurent; mais il disparut de devant leurs yeux.
» Et ils se dirent l'un à l'autre : N'est-il pas vrai que notre cœur était brûlant en nous, lorsqu'il nous parlait en c/iemin, et nom expliquait les Ecritures 9
)>Et se levant à l'heure même, ils retournèrent à Jérusalem, et it^ trouvèrent les onze, et ceux qui demeuraient avec eux qui étaient rassemblés , et qui disaient : Le Seigneur est vraiment ressuscité , et il est apparu à Simon (Pierre.). Ils leur racontèrent aussi eux-mêmes ce qui leur était arrivé en chemin , et comment ils l'avaient reconnu à la fraction du pain. Et pendant qu'ils s'entretenaient ainsi, Jésus se trouva au milieu d'eux, et leur dit : La paix soit avec vous, ne craignez point, c'est moi.^ »
r Luc. 94. 18 89.
Jésus-Christ montre en lui les prophéties accomplies , et se fait reconnaître surtout comme la grande victime promise au commencement, comme le médiateur éternel dont le sacrifice consommé sur la croix va être offert à perpétuité selon le rit du grand prêtre do la paix : Melchisedech rex Salem proferens panem et vinum , ef^at enim SAGERDOS Deialtissimi.^
« Et il leur dit : Voilà ce que je vous disais étant encore avec vous , qu'il fallait que tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les prophètes et dans les psaumes, s'accomplit. — Alors il leur ouvrit lesprit, afin qu'ils entendissent les Ecritures. Et il leur dit : Il est écrit, et il fallait que le Christ souffrit ainsi , qu'il ressuscitât le troisième jour, et qu'on prêchât en son nom la pénitence et la rémission des péchés à toutes les nations.^ » .
Le Christ a été l'attente des nations depuis leur origine , depuis que Dieu promit à l'homme tombé que le Fils de la femme triompherait de celui qui l'avait vaincue et qui , par elle, avait vaincu l'humanité dans son chef : Etait Domir nus Deus ad serpentem : Inimicitias ponam inter te et mulierem, et semen tuum et semen illius : ipsa conteret caput tuum^ La chute originelle et la rédemption ont été toujours et partout le fond de la foi du genre humain. Pendant la première époque du monde , malgré la profonde corruption des mœurs qui attira sur la terre les eaux vengeresses de la justice de Dieu , la foi ne fut pas reniée. La famille humaine était encore trop près de sa source et la vie des patriarches trop prolongée. La foi au Dieu créateur , à sa justice envers l'humanité coupable , et à sa miséricorde
(i;Gen.14.18. (t; Luc. $4. 44-47. (3,)G6n. 1. 44.
dans la rédemption du monde , ne reçut même aucune atteinte pendant les premiers siècles qui suivirent la dispersion des hommes. Mais peu à peu les rivalités nationales envahirent le domaine de la religion et s'unirent aux passions et à rignorance pour aider l'esprit de mensonge à mêler à la vérité les fables qui ne purent toutefois la voiler tout entière, nous le verrons. Cependant , Dieu éleva dès la naissance de Terreur , un monument à la vérité au confluent des grands peuples, et ce monument vraiment divin fut lui-même un peuple , peuple prodigieux qui n'a pas passé comme les autres , mais qui a été , est et sera jusqu'à la lin le témoin irrécusable de la révélation primitive et de la rédemption^ comme il est le gardien le plus manifestement désintéressé des prophéties accomplies en Jésus-Christ.
Ce peuple ne parait que comme un point au milieu du flux et du reflux des empires , mais comme un point lumineux , comme un phare qui domine les mers , c'est-à-dire les peuples que l'Ecrilupe appelle les grandes eaux : Àquœ quas vidisti, populi sunt et gentes et lingtiœ,^ Ce foyer de lumière s'alluma en Egypte quand la superstition commença à altérer la foi, et sa flamme brilla partout, car les Assyriens, les Perses, les Grecs, les Romains, passèrent tous chez ce peuple, et ce peuple à son tour passa chez eux.
C'est au père de ce peuple , au Père des croyants, que Dieu dit cette parole : <( Toutes les nations seront bénies en Celui qui sortira de toi.* » Et en promettant ainsi à Abraham que le Messie sortirait de sa race, Dieu voulut que le fils du Patriarche , qu'Isaac fût comme l'avait été Abel
•1; Apoc. 17. -15. (2) Gen. tï. 48.
première victime du monde, la figure manifeste de Jésus- Christ. II voulut que le Fils de la promesse portât lui-même le bois de son sacrifice sur la montagne où mourut le Christ,* et qu'il y trouvât la vie dans l'offrande de sa mort. Enfin , il lui redit la grande parole dite à son père : « En Celui qui sortira de toi , seront bénies toutes les nations.^ »
Le petit-fils d'Abraham , le père des douze tribus , Israël mourant dévoila l'avenir à ses enfants. Arrivé au chef de la grande tribu y de celle qui , après la captivité , devait réunir sous son autorité les restes des tribus dispersées et donner son nom à toute la nation , Jacob s'écria : « Juda, tes frères te loueront , ta main sera sur le col de tes ennemis; les enfants de ton père se prosterneront devant toi. Juda est un jeune lion. Mon fils, tu es allé au butin , (u t'es reposé comme un lion et comme une lionne. Qui osera te réveiller? Le sceptre (l'autorité') ne sortira point de Jtidd; et on verra toujours des capitaines et des magistrats nés de sa race , jusqu'à ce qv^ vienne Celui qui doit être envoyé y et qiii sera V Attente des peuples.^ »
L'histoire vérifie l'oracle à la lettre. Lorsque Jésus naquît à Bethléem , les Juifs , étaient pour la première fois privés de la souveraine puissance, et Bérode le p7'emier étranger qui régna en Judée, y avait reçu le pouvoir du sénat et du peuple romain. Trente-huit ans après la mort du Christ, les restes de la constitution de la nation juive périssaient
(1)Gen. t6.4.
(2) Il y a un grand nombre de passages de TEcritare où le mot traduit ici par sceptre est pris , comme il Test à cet endroit , dans le sens général d'aptorité , de puissance, de magistrature. (8) Gen. 49. 8-10.
avec la ville sainte et le temple, pendant que le règne du Désiré des nations, l'empire de la foi prenait racine dans l'univers : In universo mundo}
Mais les temps du Messie marqués dans la prophétie de Jacob par ces deux grands faits : la ruine du peuple juif et Tavénement de la grande famille des peuples réunis sous la loi du Christ , sont déterminés dans Daniel par d'autres circonstances encore , et avec une plus grande richesse de vision. Le prophète exilé à Babylone priait pour la délivrance de son peuple , et pensait aux soixante et dix ans de captivité prédits par Jérémie , . quand les années fixées pour la délivrance de la captivité du genre humain dont la première n'était que l'image, lui furent tout à coup révélées :
« Lorsque je parlais encore, dit-il, et que je priais, et que je confessais mes péchés et les péchés d'Israël mon peuple, et que dans un profond abaissement, j'offrais mes prières en la présence de mon Dieu pour sa montagne sainte : avant que je n'eusse achevé ma prière, Gabriel, que j'avais vu au commencement dans la vision ,- vola tout à coup à moi , et me toucha au temps du sacrifice du soir. Il m'instruisit , il me parla et me dit : Daniel je suis venu maintenant pour vous enseigner et pour vous donner l'intelligence. Dès le commencement de votre prière j'ai reçu cet ordre , et je mis venu pour vous découvrir toutes choses, parce que vous êtes un homme de désirs : soyez donc attentif à ce qxie je vais dire , et comprenez cçtte vision :
(4)Col.<.6.
93 • i<8Usk:hkist
» Dieu a déterminé (fixé) soixante et dix semaines pour votre peuple et pour votre ville sainte, jusqu'à ce que la prévarication soit abolie, que le péché trouve sa fin, que t iniquité soit effacée, que la justice éternelle arrive, que les visions et les prophéties soient accomplies, et que le Saint des saints reçoive l'onction.
» Sachez donc ceci et gravez-^le dans votre esprit : depuis tordre qui sera donné pour rebâtir Jérusalem, jusqu'au Christ, il y aura sept semaines et soixante deux semaines. Et les places et les murailles seront rebâties parmi des temps fâcheux et difficiles. Et après ces soixante deux semaines (qui suivront les sept premières) le Christ sera mis à mort; et le peuple qui doit le renoncer ne sera plus son peuple. Cest pourquoi un peuple avec son chef qui doit venir détruira la ville et le sanctuaire : ainsi elle finira par une ruine entière; et après la fin de lu guerre, arrivera la désolation qu'elle a méritée. Cependant le Christ confirmera son alliance avec plusieurs dans la dernière semaine : et a la moitié de la même semaine les hosties et les sacrifices anciens seront abolis : l'abomination de la désolation sera dans le temple; et la désolation durera jusqu'à la fin et la consommation des siècles.^ »
De qui parle ici le prophète? Quel est ce Christ qui doit paraître et qui doit être mis à mort?
Christ veut dire Oint du Seigneur. Tous ceux qui reçoivent Fonction sacrée, les pontifes et les rois, sont appelés christs dans TEcriture. Mais il s'agit ici du Pontife par
■fOflniol. 9.
DANS LES ÉGK1TCRE8. 93
excellence , du Roi dont le règne en ce monde n'est pas de ce monde y dn Messie dont l'attente fait tout le fond de la loi et des prophètes.
II s'agit du Christ qui recevra l'onction suprême ou la souveraine communication de la puissance par l'union de la nature humaine avec la nature divine dans la personne du Verbe : Adstiterunt reges terrœ^ et principes convene7nint in unum adversus Dominum et adversus Christum ejus. Conyenerunt enim vere in eivitate ista adversvs sanctum puerum tuufn Jesum quem unxisti;* il s'agit enfin du Sauveur du monde. Comment s'y tromper? Qui , hormis lui seul doit accomplir les prophéties, effacer Viniquité, faire paraître sur la terre la justice éternelle , recevoir cette Onction unique en vertu de laquelle il portera un nom que nul autre n'a jamais porté , le nom de Saint des saints f^
Mais quand viendra-t-il ?
c< Au lieu des soixante et dix années prédites par Jérémie, Daniel voit soixante et dix semaines, à commencer depuis l'ordonnance donnée par Artaxercès-Longue-Maih, h vingtième année de son règne , * pour rebâtir la ville de Jérusalem. Là est marquée en termes précis, sur la fin de ces semaines « la rémission des péchés , le règne éternel de la » justice , l'entier accomplissement des prophéties et l'onc- » tiondu Saint des saints. » Le Christ doit faire sa charge et «
(OAct. 4. 20.
2) Spiritui ionetui iupervenitt in <e, el virtut AUiuitni obumbrabit tibi. Idtoqvê et quod ncucetur ex te Sanctoii vocabitw Filiut Dei. (Luc. 1 . 85.) Voilè le moment de l'onction ou de rincarnation. (9) lI.Esdr. t. 4.
paraître comme conducteur du peuple après soixante-neuf semaines. « Après soixante-neuf semaines (car le prophète le répète encore) le Christ doit être mis à mort : » il doit mourir de mort violente ; il faut qu'il soit immolé pour accomplir les mystères. Une semaine est marquée entre les autres et c'est la dernière et la soixante et dixième , grande semaine où le Christ sera immolé , où <c raUiance » sera confirmée , et au milieu de laquelle l'hostie et les sa- » orifices de la loi seront abolis » par la mort de Celui qui en accomplit toutes les figures. Après cette mort du Christ et l'abolition des sacrifices on ne voit plus qu'horreur et confusion ; on voit : la ruine de la cité sainte et du sanctuaire; un peuple et un capitaine qui vient pour tout perdre; l'abomin'ation dans le temple; la dernière et irrémédiable désolation du peuple ingrat envers son Sauveur.* »
Mais comment tant d'événements, la reconstruction d'une ville forte, l'avènement, la vie, la mort du Christ, son alliance avec les nations , l'arrivée d'armées ennemies pour combattre l'ancien peuple de Dieu , le siège et la destruction de sa capitale , la ruine entière de ce peuple , comment tant et de pareils faits ont-ils pu s'accomplir dans l'espace de 70 semaines? C'est que la semaine ou la Settaine (Hebdomas i.e. Septenarius.) s'appliquait également chez les Hébreux aux jours et aux années , comme on le voit dans bien des endroits de l'Ecriture, par exemple dans cette prescription du Lévi tique qui regarde la cinquantième année ou l'année du jubilé : «Vous compterez aussi sept semaines d'années, c'est-à-dire sept fois sept, en tout 49 ans.*»
(<) Dise, tur rhiit. univ. II« part (2) Lev. 25. 8.
Les soixante et dix semaines de Daniel comprennent donc 490 ans.^
Les 490 ans doivent s'écouler , dit le prophète depuis Tordre qui sera donné de reconstruire Jérusalem jusqu'au Christ. Cet ordre fut donné à Néhémias la vingtième année du règne d'Artaxercès , comme le rapporte Esdras. Or, cette vingtième année d'Arlaxercès coincide avec la dernière de la 81® Olympiade, ou avec Fan 300 de Rome et l'an 3550 du monde, car il est constant par le témoignage de Thucydide, de Charon de Lampsace , des Annales persanes, de Cornélius Nepos et d'Eusèbe, qu'Artaxercès commença son règne la dernière année de la 76® Olympiade ou l'an 280
(1) «Les soixante et dix semaines de Daniel sont des semaines sacrées, telles que les reconnaissait la loi des Juifs ^ et composées chacune de sept ans, comme nous les voyons établies dans le 3« livre de Moïse (Sa. 8.) , et chez d'avtretpeupletf chez les Etrusques, par exemple, et les Romains. Le Talmud fait une mention expresse de ce genre de semaines. Au reste, les rabbins eux-mêmes , malgré leur aveuglement , n'ont jamais entendu autrement les semaines dont parle Daniel , comme on peut le voir dans les commentaires des rabbins Saadia Gaon et Abben Esra sur ce prophète.
. » De môme que la semaine ordinaire se compose de sept jours , que termine un jour de fôte et de repos , ainsi sept années chez les Juifs formaient une semaine , qui finissait par une année sabbatique et sainte , où Ton ne pouvait ni labourer ni ensemencer, et qui était spécialement consacrée au repos et aux fêtes. Par la môme analogie et dans un ordre supérieur , sept semaines d'années ou 19 ans formait une autre semaine plus considérable , un cycle , une épacte que terminait une année sabbatique plu* solennelle encore. Cette année achevait l'époque de 50 ans , et s'appelait le grand sabbat, ou la sainte année jubilaire , dans laquelle toutes les propriétés retournaient à leurs anciens maîtres , tous les esclaves obtenaient leur liberté , et la nation toute entière fôtait , pour ainsi dire, son renouvellement. C'était une image de la grande restauration du genre humain par Jésus-Christ. Outre cela ,' tous les sept ans , c'est-à-dire après six ans de service , l'escUve juif devenait libre et tous les débiteurs obtenaient la rémission de leurs dettes. ~- Les soixante et dix semaines de Daniel sont donc des semaines d'années , composées chacune de sept ans , et formant un tout de 490 ans jusqu'au moment où la délivrance devait avoir lien. 9 (Vie de Notre-Seignewr Jésus-Christ , par le docteur Sepp. )
96 j£sus*OHRiSf
de Rome , puisqu'ils aiBrment que Thémistocles victime de l'ostracisme à Athènes s'adressa cette année-là même à Artaxercès qui venait de monter sur le trône. La vingtième année de son règne est donc bien l'an 300 de Rome.^
« Ainsi; le compte des semaines est aisé à faire, ou plutôt il est tout fait , dit Bossuet ; il n'y a qu'à ajouter à 453 ans, qui se trouveront depuis l'an 300 de Rome et la 20** d'Artaxercès , jusqu'au commencement de lere vulgaire, les trente ans de celte ère qu'on voit aboutir à la quinzième année de Tibère et au baptême de Notre-Seigneur; il se fera de ces deux sommes 483 ans : des sept qui restent encore pour en achever 490, le quatrième, qui fait le milieu, est celui où Jésus-Christ est mort; et tout ce que Daniel a prophétisé est visiblement renfermé dans le terme qu'il s'est prescrit. On n'aurait pas même besoin de taat de justesse; et rien ne force à prendre dans cette extrême rigueur le milieu marqué par Daniel : les plus difficiles se contenteraient de le trouver en quelque point que ce fût entre les deux extrémités : ce que je dis afin que ceux qui croiraient avoir des raisons pour mettre un peu plus haut ou un peu plus bas le commencement d'Artaxercès , ou h mort de Notre-Seigneur , ne se gênent pas dans leur calcul ; et que ceux qui voudraient tenter d'embarrasser une chose claire par des chicanes de chronologie , se défassent de leur inutile subtilité.*»
(4) 11 était dans l'usage des Perses que le roi associât sod fils à l^Mipire. Cest ce que fit Xercès à l'égard d'Artaxercès. Selon divers auteurs , c'est du premier couronnement d'Artaxercès par son père qu'il faut compter les 20 ans dont parle Esdraa. (Voy. Liebermann . /n«<. theohg.f tom. I.)
(8) Disc, tur rhiat. iiniv. h part.
Le docteur Sepp qui a si savamment refuté Strauss dans sa Vie de Notre- Seigneur Jésus-Christ où l'histoire évangélique est continuellement mêlée h
<c Dieu a tranché la difSculté, s'il y en avait» par une décision qui ne souffre aucune réplique. Un événement manifeste nous met au-dessus de tous tes raffinements des ehronotogistes; et la ruine totale des Juifs » qui a suivi de si près la mort de Notre-Seigneur , fait entendre aux moins clairvoyants Faccomplissemeot de la prophétie.^ »
Ce n'est pas , en effet , une simple vue générale de ces grands événements qui a été. donnée au prophète : la lumière de Dieu les lui a montrés dans leur détail » dans leur terrible et divin enchaînement : le (^rist est mis^à mort; le peuple qui le rejette n'est plus son peuple; un autre peuple , instrument de la justice divine arrive avec son chef et détruit la ville et le sanctuaire; les sacrifices de la loi disparaissent avec le temple; la nouvelle alliance commence avec le nouveau sacrifice; et pendant qu'elle s'étend aux nations , la ruine de Juda se consomme sans retour.
Est-ce une prophétie ou est-ce de l'histoire?
Ceux qui résistent à la lumière de la foi souhaiteraient que tout le livre de Daniel ne fût qu'une histoire écrite après
rbÎBtoire profane, fait partir les soixante-dix semaines de Daniel non de Tordre donné il Nebemias , mais du premier ordre donné h Esdras par ^ mémo Artaxerc^s, Van S96 de Rome. Cependant comme le docteur Sepp démontre d'une manière qui semble irréfutable que Tannée de la naissance de Notro-Seigneur est Tan 74T de Rome , sept aosplàs ld< que le porte la chronologie ordinaire, ses calculs revieiment à ceux d^ Bossuet , et prouvent que la mort de Notre-Seigneur Jésus-Christ est arrivée vers le milieu de la 70« semaine de Daniel.
« On ne convient pas, dit Bossuet (Ibid. 10» époque.) de Tannée ^icUe où Jésos- Cbrist vint au monde ^ tî on convient qut sa vraie naieeanee devance de quelquee anniee notre ire vulgaire, »
Le docteur Sepp , encore ane foM, nous paratt avoir mie ce point hors de doete.
(f/DoeBWt»09.cit. U^ptrt.
coup j mais cette divine histoire était déjà traduite en grec par les Septante sous Ptolomée Philadelphe , et le juif Josèphe rapporte qu'elle avait été auparavant montrée à Alexandre-le-Grand lorsqu'il vint à Jérusalem , et que le fameux capitaine y vit par d'autres endroits de la même prophétie , que nous citerons tout à Theure , comment y était marquée l'heure de son passage en ce monde.
 de longs siècles de distance , Jacob et Daniel ont ainsi annoncé les mêmes événements , mais en les caractérisant par des circonstances diverses qui se sont toutes réunies dans leur accomplissement, et d'une manière prodigieuse , surhumaine , manifestement divine.
Dans la parole dite à Abraham , le Christ est montré comme la bénédiction des peuples ; dans la parole dite à Jacob, le Christ est appelé l'attente des peuples; dans la parole dite à Daniel , le Christ apparaît comme le lien des peuples , comme l'auteur de l'universelle alliance. Le grand caractère de son Règne va nous être annoncé dans d'autres prophéties encore où Daniel ne s'attache plus à l'histoire du peuple juif, mais à l'histoire générale, à la succession des grands empires et à leur relation commune avec Celui de Jésus-Christ :
Lisons donc l'ïiistoire du monde écrite d'avance :
« La seconde année du règne de Nabucodpnosor^ Nabucodonosor eut uti songe dont son esprit fut extrêmement 'eflPrayé ; et ensuite il l'oublia entièrement.
» Le roi commanda en même temps qu'on fit assembler les devins , les mages, les enchanteurs, et les chaldéens, afm qu'ils lui déclarassent quel avait été son songe : ils
vinrent donc et se présentèrent devant lui; et le roi leur dit : J'ai eu un songe , et je ne sais ce que j'ai vu , parce que rien rie m'en est resté dans l'esprit, qu'une idée confuse. — Les chaldéens répondirent au roi en langue syriaque : 0 roi , vivez à jamais; dites à vos serviteurs le songe que vous avez eu, et nous Tinterpréterons. — Le roi répondit aux chaldéens : Mon songe m'est échappé de la mémoire : si vous .ne me déclarez ce que j'ai songé , et ce que mon songe signifie, vous périrez tous , et vos maisons seront confisquées. Mais si vous dites mon songe et ce qu'il signifie , je vous ferai des dons et des présents , et je vous élèverai à de grands honneurs : dites-moi donc et interprétezmoi ce que j'ai songé. — Les chaldéens lui répondirent pour la seconde fois : S'il plait au roi de déclarer son songe à ses serviteurs, nous lui en donnerons l'interprétation. — Le roi leur répondit : Je vois bien que vous ne cherchez qu'à gagner du temps, parce que vous savez que j'ai oublié mon songe. Mais si vous ne pouvez me dire ce que j'ai songé, c'est une marque que vous lui auriez donné une interprétation trompeuse et pleine d'illusion , pour m'entretepir de paroles, jusqu'à ce qu'il se fût passé beaucoup de temps. Dites-moi quel a été mon songe , afin que je sache aussi que l'interprétation que vous lui donnerez sera véritable. — Les chaldéens répondirent au roi : Seigneur il n'y a personne sur la terre qui puisse faire ce que vous nous commandez; et il n'y a point de roi quelque grand et puissant qu'il soit , qui ait jamais exigé une telle chose des devins , des magiciens et des chaldéens. Car ce que vous commandez , ô roi , est si difficile, :qu il ne se trouvera personne qui puisse vous satisfaire , excepté les dieux qui n'ont point de commerce avec les hommes. — Après cette réponse le roi
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entra en fureur; et dans son extrènie colère il eomnianda qu'on fit naourir tous les sages *de Babylone.
» Cet arrêt ayant été prononcé, on allait faire mourir les sages y et on recherchait Daniel et ses compagnons pour les faire périr aussi. Alors Daniel voulant savoir quelle était la cause de cette loi et de cette ordonnance, s'en informa d'Ariach , général des armées du roi, qui se préparai ta faire mourir les sages de Babylone. Car c'était lui qui avait reçu cet ordre du roi. Daniel lui demanda donc quel était le sujet qui avait pu porter le roi à prononcer une sentence si cruelle. Ariach ayant dit toute la chose à Daniel, Daniel se présenta devant le roi, et le supplia de lui accorder quelque temps pour lui donner 1 éclaircissement qu'il désirait. Et Daniel étant entr^ dans sa maison , déclara ce qui se passait à ses compagnons , Ananias , Misael, et Azarias , afîn qu'ils implorassent la miséricorde du Dieu du ciel pour la révélation de ce secret, et pour que lui Daniel et euxmêmes ses compagnons ne périssent pas avec les autres sages de Babylone. Alors ce mystère fut révélé à Daniel dans une vision qu'il eut pendant la nuit, et Daniel en bénit le Dieu du ciel , et il dit : Que le nom du Seigneur soit béni dans tous les siècles, comme il l'a été dés le commencement; parce que la sagesse et la force sont à lui. C'est lui qui change les temps et les empires, qui transfère et qui établit les royaumes, qui donne la sagesse aux sages et la science à ceux qui ont l'intelligence et la lumière. C'est lui qui révèle les choses les plus prof ondes et les plus cachées, qui connaît ce qui est caché dans les ténèbres , et la lumière est en lui. C'est à vous , ô Dieu de nos pères que je rends grâces , c'est vous que je loue, parce que vous m'avez donné la sagesse et la
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force 9 et que vous m'avez fait voir ce que nous voua avons demandé , en nous découvrant ce que le roi désire de nous.
» Daniel alla ensuite trouver Âriach , à qui le roi avait ordonné de faire mourir les sages de Babylone, et il lui dit : Ne faites point mourir les sages de Babylone, menez-moi au roi et je lui donnerai 1 éclaircissement qu'il désire.
» Âriach aussitôt présenta Daniel au roi, et lui dit : J'ai trouvé un homme d'entre les captifs des enfants de Juda qui donnera au roi l'éclaircissement qu'il demande. — Le roi répondit , en se tournant vers Daniel surnommé Balthasar : Croyez-vous pouvoir me dire véritablement ce que j'ai vu en songe, et m'en donner Tinterprétalion? — Daniel répondit au roi : Les sages , les mages , les devins et les augures ne peuvent découvrir au roi le mystère dont il est en peine. Mais il y a dans le ciel un Dieu qui révèle les mystères les plus cachés , et c'est lui qui vous a montré, 6 roi , les choses qui doivent arriver dans les derniers temps : voici donc quel* a été votre songe , et les visions qui vous ont passé dans l'esprit , lorsque vous étiez dans votre lit. Vous pensiez, ô roi, à ce qui devait arriver après ce temps; et celui qui révèle les mystères vous a découvert les choses à venir.
» Ce secret m'a été aussi révélé , non jmt une sagesse naturelle que fai, et qui ne se trouve pas dans le reste des hommes, mais afin que le roi sût l'interprétation de son songe , et que les pensées de son esprit lui fussent connues. Voici donc, ô roi, ce que vous avez vu : il vous a paru comme une grande statue : cette statue grande et haute extraordinairement , se tenait debout devant vous, et son regard était effroyable. La tète de celte statue était d'un or très-pur; la poitrine et les bras étaient d'argent:
le ventre et les caisses étaient d'airain , les jambes étaient de fer, et une partie des pieds était de fer et 1 autre d'argile. Vous étiez attentif à cette vision , lorsqu'une pierre fut détachée de la montagne sans la main d'aucun homme j et que, frappant la statue à ses pieds de fer et d'argile, elle les mit en pièces. Alors le fer, l'ârgile, l'airain, l'argent et l'or se brisèrent tout ensemble, et devinrent comme la menue paille que le vent emporte hors de l'aire pendant leté; et ils disparurent sans qu'il s'en trouvât plus rien en av^mn lieu^ mais to pierre qui avait frappé la statut devint une grande montagne qui remplit toute la terre.
» Voilà votre songe , ô roi , et nous l'interpréterons aussi devant vous. Vous êtes le roi des rois , et le Dieu du ciel vous a donné le royaume , la force, l'empire et la gloire : il vous a assujetti les enfants des hommes et les bêles des champs, en quelque lieu qu'ils habitent; il a mis en votre main les oiseaux nièmes du ciel : et il a soumis toutes choses à votre puissance : c'est donc vous qui êtes la tête d'or. II s'élèvera après vous un autre royaume moindre que le vôtre ^ et qui sera d'argent : ensuite un troisième royaume qui sera d'airain, et qui commandera à toute la terre, le quatrième royaume sera comme le fer ; il brisera et réduira tout en poudre , comme le fer brise toutes choses.
D Mais comme vous avez vu que les pieds de la statue et les doigts des pieds étaient en partie d'argile , en. partie de fer, ce royaume , quoique prenant son origine du fer, sera divisé, selon que vous avez vu que ce fer était mêlé avec la terre et l'argile. Et comme les doigts des pieds étaient en partie de fer et en partie de terre, ce royaume aussi
sera ferme en partie et en partie faible et fragile. Et comme vous avez vu que le fer était mêlé avec la terre.et Targile, ils se mêleront aussi par des alliances humaines^ mais ils ne demeureront point unis , comme le fer ne peut se lier ni s'unir avec Targile. Dans les temps de ces royaumes, le Dieu du ciel suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit , un royaume qui ne passera point à un autre peuple , qui renversera et qui réduira en poudre tous ces royaumes, et qui subsistera éternellement, selon que vous avez vu que la pierre qui avait été arrachée de la montagne sans la main d'aucun homme, a brisé l'argile, le fer, l'airain, l'argent et l'or : c'est ainsi que le grand Dieu a fait voir au roi ce qui doit arriver à l'avenir : car votre songe est véritable, et l'interprétation en est très-certaine.* »
Voilà l'empire des Assyriens, l'empire des Perses , l'empire des Grecs et enfin l'empire de3 Romains qui s'assujettit et s'allie les peuples, mais par des liens qui doivent être brisés. Ces quatre empires n'en font réellement qu'un seul, l'empire de la force, lempire de l'homme; il passe d'une nation à une autre, mais il ne change pas, et l'or, largent, l'airain et le fer ne sont que le même colosse aux pieds d'argile.
L'empire de la grâce et de la vérité vint donc frapper à la base cet empire de la force. La pierre détachée de la montagne sans aucune assistance humaine, le Christ né de notre race, fils de l'homme, fils du genre humain, mais par un acte immédiat de la toute-puissance de Dieu , a brisé le colosse de l'empire idolâtre et fondé l'empire spirituel, l'Eglise universelle à qui l'autorité ne sera pas ravie : Portœ inferi non prœvakbunt adversus eam.^
(4) Daniel, s. (S)Mattb. 46. 48.
Cette suite des empires ^ ou de lempire de ce monde , jusqu'au règne du Christ , fut révélée à Daniel sous udb autre figure encore :
«La première année de Balthasar, roi de Babylone, Daniel eut un songe et une vision :
» Je voyais dans une vision pendant la nuit : et voilà » les quatre vents du ciel se combattaient sur la grande mer : et quatre grandes bétes sortaient de la mer y différentes les unes des autres. La première était comme une lionne, et elle avait des ailes d'aigle ; et comme je regardais, ses ailes lui furent arrachées; elle fut ensuite relevée de terre, et elle se tint sur ses pieds comme un homme, et un cœur d'homme lui fut donné.
» Et voici une autre bête, la seconde, semblable à un ours, et elle se tint sur un côté ; elle avait dans sa gueule et entre ses dents trois grandes défenses , et on lui disait : Lève-toi, rassasie-toi de carnage.
» Après cela, je regardais, et en voilà une autre, comme un léopard, qui avait sur le dos quatre ailes, comme celles d'un oiseau ; celle bêle avait aussi quatre tètes , et la puissance lui fut donnée.
9 Je regardais ensuite dans cette vision nocturne, et voilà une quatrième bêle, terrible, épouvantable, el prodigieusement forte : elle avait de grandes dents de fer, et elle mangeait, et elle broyait, et elle foulait aux pieds ce qui restait; elle était fort différente des autres bètes que j'avais vues avant elle, cl elle avait dix cornes. Mais pendant que je considérais ces cornes, voilà qu'une autre petite corne s'élevait d'entre elles , et trois des premières cornes furent
arrachées de devant sa face ; cette corne avait des yeux comme des yeux d'homme , et une bouche qui disait de grandes choses.
» Je regardais jusqu'à ce que des trônes furent placés et que TÂncien des jours s'assit; son vêtement était blanc comme la neige , et les cheveux de sa tète comme une laine trèspure; son trône était des flammes ardentes ^ et les roues de ce trône un feu brûlant. Un fleuve rapide de feu se répandait de devant sa face. Un million le servaient , et mille millions étaient debout devant lui. Le jugement se tint» et les livres furent ouverts.
» Je regardais attentivement à cause du bruit des grandes paroles que cette corne prononçait; et je vis que la bête avait été tuée , $on corps détruit et livré au feu pour être brûlé , et que la puissance des autres bêtes leur avait été ôtée ; car la durée de leur vie leur avait été donnée jusqu'à un temps et un temps.
» Je regardais dans cette vision de nuit» et je vis comme le Fils de Thomme qui venait sur les nuées du ciel » qui s'avança jusqu'à l'Ancien des jours; et on le présenta devant lui» et il lui donna la puissance, et l'honneur, et le royaume; et tous les peuplei^ » toutes les nations et toutes les langues le serviront : sa puissance est une puissance éternelle qui ne lui sera point ôtée , et son royaume est impérissable.
» Alors mon esprit frémit; moi» Daniel» je fus épouvanté» et ces visions me jetèrent dans le trouble. Je m'approchai d'un des ass||fbnts et lui demandai la vérité sur tout cela. Il me parla et m'enseigna la signification de ces choses.
)) Ces quatre grandes bètes sont quatre grands royaumes qui s'élèveront de la terre; mais les saints du Très-Haut obtiendront Tempire et le posséderont jusque dans les siècles des siècles.* »
Ces quatre bètes qui sortent de la mer sont donc les quatre grands empires figurés dans la précédente prophétie par For , Targent , l'airain et le fer , mais caractérisés dans celle-ci d'une manière plus frappante encore. Ils sortent des grandes eaux qui sont les peuples de la terre : Aquœ quas vidisti popuM sunt et génies et lingtice.^ C'est en effets de leur flux et de leur reflux, c'est des agitations qu'y causent les orages du temps, que naissent, sous la conduite de Dieu, les puissances qu'il donne au monde dans sa justice ou dans sa bonté. Le lion et l'aigle représentent l'empire d'Assyrie; l'ours de l'Iran , celui des Mèdes et des Perses ; la panthère ou le léopard aux quatre ailes et aux quatre têtes , les rapides conquêtes d'Alexandre dont l'empire se partagea en quatre monarchies ; la quatrième et formidable bète enfin, qui broie, qui dévore, qui foule aux pieds le reste, c'est la grande Rome, maîtresse des nations. Mais ce que le prophète avait vu auparavant comme une pierre détachée de la montagne sans le secours de l'homme, et qui, après avoir brisé le fer, l'airain, l'argent et l'or de la statue de Nabucodonosor , devint une grande montagne qui remplit toute la terre , il l'appelle ici le Fils de l'homme^ et son règne, le royaume des saints du Très- Haut^ l'empire spirituel qui naura point de fin. Il n'en aura point en eflet , puisqu'après avoir duré sur la terre
(1; Daniel. 7. 1-t8. (8; Apoc. 47. 45.
DANS LES ÉCRITURES. i07
jusqu'à la fin des temps, TËglise militante passera à TEgiise triomphante dans les cieiix.^
C'est ravénement de cet empire ou de ce règne du •Christ, que Yange même envoyée Daniel annonça ainsi à la nouvelle Eve , à la mère du nouvel homme, du chef du genre humain régénéré :
« Je vous salue , ô pleine de grâce : le Seigneur est avec vous : vous êtes bénie entre toutes les femmes.... Ne craignez point, Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu. Vous concevrez et vous enfanterez un fils, à qui vous donnerez le nom de Jésus. Il sera grand, et sera appelé le Fils du Très-Haut, et son Règne naura point de fin. ^»
C'est aussi sur ce règne que s'établit un jour le colloque suivant entre les deuX^ puissances :
(1) Daniel n'a pas seulement annoncé la iuite des quatre grands empires , mais il est entré à leur sujet dans des détails dont Taccomplissement est vérifié par l'histoire, comme le montrent tous les interprètes. II a décrit, en particulier, « les conquêtes rapides d'AIexandre-Ie-Grand , sa mort précipitée et le partage de son empire; la puissance d* A ntiochus, son orgueil et son impiété, sa cruauté , et sa mort qui devait être l'effet de la vengeance divine ; les guerres des Rois d'Egypte et d'Asie , leurs alliances , leurs ruptures , leurs fausses réconciliations et leurs artifices. Il parle de ces événements futurs avec tant de clarté , que quelques-uns ont osé avancer que le livre qui porte son nom n'était point de lui , mais d'un auteur qui vivait du temps d'Antiochus. Ils tâchaient ainsi d'afiaiblir l'autorité de ce livre divin , irritét qu'iU étaient d*y voir ii clairement marqué le tempe de la wnuê du Meisie^ ta mort, l'établissement de son règne et sa puissance étemelle. Mais il est aisé de réfuter ces calomnies. Ce livre a été reçu chez les Juifs longtemps avant Antiochus ; les Septante l'ont traduit ont ans avant lui , et selon Joeiphe même [Ant. 1. 2. c. 8.) , on le montra à Aleiandre-le-Grand pour lui faire voir ce que Daniel avait écrit de lui. » [Carrières.)
(S} Luc. 1.28,80,33.
Le représentant à jamais célèbre du dernier empire, « Pilate rentra dans le palais, fit venir Jésus, et lui dit : Etes-vous roi des Juifs? — Jésus lui répondit : Dites-vous cela de vous-même, où d'autres vous Tont-ils dit de moi? -^ Pilate lui répliqua : Ne savez-vous pas que je ne suis pas juif? Ceux de votre nation et les princes des prétras vous ont livré entre mes mains : qu'avez-vous fait? — Jésus lui répondit : Mon royaume n'est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour m'empècherde tomber entre les mains des Juifs : mais mon royaume n'est point d'ici. — Pilate lui dit alors : Vous êtes donc roi? — Jésus lui repartit : Oui ^ je suis roi. C'est pour cela que je suis né, et que je suis venu dans le monde afin de rendre témoignage à la vérité : quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. — Pilate lui dit : Qu'est-^ce que la vérité? — Et ayant dit cqs mots il sortit encore pour aller vers les Juifs , et leur dit : Je ne trouve aucun crime en cet homme.* »
Jésus-Christ affirme donc qu'il est Roi , et que le règne qu'il vient établir en ce monde, n'est pas de ce monde, n'est pas d'ici , mais d'en haut , puisque c'est le règne de la vérité. La politique demande : Qu'est-ce que la vérité? et puis s'en va sans attendre la réponse.
Nous ne savons s'il est dans l'Evangile quelque chose de plus saisissant que la suite de ce colloque. Le gouverneur romain avait présenté aux Juifs Jésus flagellé et couronné d'épines , espérant voir leur haine enfin assouvie par ce lamentable spectacle, mais « ils se mirent à crier, en disant : Crucifiez-le, crucifiez-le 1 — Pilate leur dit : Pre-
(!) Joan. 48. 3348.
nez-le et crucifiez-lo vous-mêmes ; car pour moi je ne trouve en lui aucun crime. — Les Juifs répondirent : Nous avons une loi, et selon cette loi, il doit mourir, parce qu'il s'est fait le Fils de Dieu. — Pilate ayant entendu ces paroles , craignit encore davantage. Et étant entré dans le prétoire, il dit à Jésus : D'où êtes-vous? — Mais Jésus ne lui répondit plus. ^ »
Quelle crainte, quelle question , et quel silence !
« Alors Pilate lui dit : Vous ne me parlez point? Ne savez- vous pas que j'ai le pouvoir de vous faire attacher à une croix, et que j'ai le pouvoir de vous délivrer? — Jésus lui répondit : Fous n'auriez aux^un pouvoir sur moi, s'il ne vous avait été donné d'en haut. C'est pourquoi celui qui m'a livré à vous est coupable d'un plus grand péché. —