A PARAITRE SUR LA TERRE
n D OU IL BST Ami OK COMPUICIWE Q0EL9 BOUT LBS CIRQ 6BANM EMPIAGS 81
CBLiBREs DA1V8 LES PRoraÈTB» (particulièrement dans la prophétie même dont il 8 agit ici) , et qui doivent se succéder et naUre Fun de Taulrt depuis le déluge jusqu*à la fin des siècles , sayoir , lempim des liABi uh
RIEHS , DBS PeBSBS , DES GbECS , DES ROMAIIIS , ET ENFIN DE L^AhTECBBIST , tOUS
ennemis du peuple de Dieu , et qui tous , après I avoir persécuté , tant par Tanimosité de leurs peuples que par Tautorité de leurs empereurs , ont enfin produit un dernier persécuteur plus méchant que les autres , dans lequel ils ont comme réuni et déposé toute leur fureur pour exterminer les fidèles ; ce qui » par un effet conlraire , a enfin aitiré leur propre ruine , ainsi qu on a vu dans Nabuchodonosor , Aqtiochus Epipbanes» Dioclétien et Julien, et qu'on verra dans l*Antecbrist, que saint Jean nous représente dès le quatrième âge de l'Église , où il commence ^ paraître , et à venir annoncer , par soir empire qui naît , la mort de Tempire romain , qui disparaît , et la fin du monde k laquelle il aboutit , et qu il traîne après lui , quoique non si tôt ni si promptement qu'on se Tétait imaginé.
» Un passage de saint Jérôme peut encore beaucoup éclairer ceci ; il est pris de son commentaire sur le chapitre vu de Daniel : « Disons
donc , CE QUE TOUS LES ÉCRIVAINS ECCLÉSIASTIQUES NOUS ONT TRANSMIS , qU^à
la fin du monde, lorsque l'empire romain sera près d*étre détruit, il t
AURA DIX ROIS QUI PARTAGERONT ENTRE EUX CET EMPIRE , ET Qu'iL s'eN ÉLÈVERA UN ONZIÈME FIGURÉ PAR CETTE PETITE CORNE dont parle Daniel, ErGO DICAMUS
QUOD OMNES SCRIPTORES ECCLESIASTICI TRADIDERUNT : In consummationb mundi , QUÀNDO REGNUM DESTRUENDUM EST ROMANO- RUM, DEGEM FUTUR05 REGE5 QUI ORBEM ROMANUH INTER SE DIVIDUNT; ET UNDECIMUM SURRECTURUM , ESSE REGEM PAR- VULUM. »
> Or, ils sont venus ces dix rois, et on les voit paraître au chapitre XVII (de l'Apocalypse); ils ont démembré et partagé l'empire romain. Il faut donc, SI L'ON VEUT ENTRER DANS L'ESPRIT ET LA TRADITION DE TOUS LES PREMIERS CHRÉTIENS QUI ONT ÉCRIT SUR CETTE MATIÈRE , reconnaître que l'empire anticbrétien , on celui
d'où doit SORTIR l'ArTECHRIST , A PARU DANS CETTE CONJONCTURE, c'eST-A-DIRB DÈS LE COMMENCEMENT DU SEPTIÈME 8IÈCLB , lOPSque pOU dO tomps Sprès Is
dernière ruine des Romains par les Lombards , commence à paraître
APPCifoJCE. 593
Mahomet,^ qui , comme une petite corne , cotNU rAKTULVN , s'eet élevé du miUe<|i des dix rois deslructeurs de l'empire romain , et a porté ses conquêtes et ses blasphèmes au-dessus de tous les autres , selon la prédiction de Daniel. » (Bible de Yence, loc. cit.)
Mahomet n'aurait donc pas été seulement Tun des précurseurs de rAntechrist, mais le fondateur même de la puissance ou de Tempire à la tête duquel paraîtra le dernier fondateur d'un faux culte, le dernier persécuteur de l'Eglise.
Après ce que nous venons d'entendre du sentiment général des premiers siècles , et ce que nous avons vu des caractères de l'islamisme où se vérifient d'une manière si frappante ceux qu'avait attribués Daniel au futur empire antichrétien, est-il étonnant que le grand pape Innocent III dans la Bulle qu'il donna en 4243 pour la sixième Croisade» ait dit de la puissance du mahométisme , qu'elle est la bête de l'Apocalypse dont le nombre est six cent soixante-six? Il faut avouer qu'outre les raisons qui appuient ce sentiment et que nous venons de rappeler , il existe en sa faveur un argument singulier, mais qui n'en est pas moins remarquable : c'est que , d'un côté, il est certain que l'Apocalypse fut écrite en grec, et que , d'un autre côté , il n'est pas moins certain que le nombre du nom de la bête (666) , se trouve précisément dans le nom grec de Mahomet :
Il est vrai que le même nombre se trouve dans le mot grec Apostat, mais ce titre n'est pas le nom d'un homme , comme le veut la prophétie.
(I) AlMa , roi det Lmterds , vient •«éubttr dtiia l*IUlic en I6t. Ven ce temp*^ nAme mq«tt Mahonet ; ttc*eMaiil6jalllel6aS4ae nanMaetU ftmeuc épofM de ,rM|ii«, qal <gt te cwwwwe nwt 4e m M** MMi et d0Mm «Bpifc Vejei rilM: KeoU de Flcury, Ut. S4. u, 30, et Ut. Il» «. 1. ctmiT,
Il est vrai encore qae ce nombre se retrouve dans le nom de Julien , tel qu il s^écrivail sUp les médailles et dans les inscriptions : C F. Julianus, Cas. Aug. (Giaudius Flavius etc.), mais encore une fois c*est là plus que le nom d*un homme » et d^ailleurs toute la suite de la prophétie de saint Jean convient si imparfaitement à ce temps-là , qu*on ne peut voir dans Julien que Timage du futur restaurateur du dernier empire antichrétien.
Uauteur des dissertations de la Bible de Vence fait observer enfin » que le prince ottoman qui subjugua Tempire des Grecs portait aussi le nom dQ Mahomet , et que le dernier chef de Tempire anlichrétien pour^ rait bien encore porter le même nom.
Ces conjectures paraîtront moins fondées aujourd'hui que Tempire turc no vit plus que par la tolérance ou la jalousie des puissances européennes ; mais il ne faut pas oublier que le mahométisme n est pas restreint à cet empire. Celui-ci n est qu*un des membres du cor*ps de rislamisme. Les Indes, la Perse, PAsie centrale, TAfrique ne connaissent pas de force supérieure à celle des musulmans. On le sait généralement pour ce qui concerne TAsie , mais on ignore presque aussi généralement rétonnant prosélytisme des Mahométans dans Tintérieur de l'Afrique. Leur fanatisme semble ainsi préparer TOrient à la lutte contre le monde chrétien, et il faudrait avoir Tesprit bien léger pour affirmer sans hésitation que jamais rien ne pourra sortir de là contre TOccident divisé et affaibli par le refroidissement de la foi. Ce qui eut lieu déjk peut se renouveler sur une plus grande échelle , et avec plus de succès , parce que les alliances autrefois impossibles ne le seront plus aux temps de la grande apostasie.
La puissance qui s'est emparée de la seconde Rome , peut donc un jour 8 emparer aussi de la première , et y reconstituer Tempire antichrélien, selon ces paroles de saint Ambroise rapportées par Nicolas de Lyra : Non priùs veniet Dominus quam Romani imperii (Spiritualis juxta S. Thomam.) defectio fiât, et appareat AtUichristus qui interficiet sanctos, RBDDiTA ROIIAKI.S LiBERTATE , 8U0 tattien nomine, (Confr. S. Thom. De Adv. ArUich. Leodii , 48i). p. %^. Not.)
D'après ce sentiment, le faux prophète de l'Antéchrist qui affectera la ressemblance de V Agneau, mais parlera comme la bêle et comme le dragon, serait quelque puissance chrétienne tombée dans l'apostasie , quelque
roi-poDtife, quelqu^antipape sorti de Tun des grands schismes de )a chrétienté , et qai livrerait saint Pierre de Rome au naturalisme rationaliste et théui^ique, comme le mahométisme a livré sainte Sophie de la seconde Rome au naturalisme du Coran.
D'autres sont plutôt portés è penser que la reconstitution même de Tempire antichrétien se fera par une puissance moderne , et que celle-ci gagnera TOrient par son alliance avec Hslamisme qui deviendrait Ik le faux-prophéte de la grande unité de la négation personnifiée dans TAntechrist. (Voy. pp. 403-405. sup.)
Dans les deux cas » les deux Romes seraient alliées contre Jésus-Christ et contre son Eglise persécutée tout entière avec son chef. L'apostasie , en effet, naura pas détruit la catholicité, et la foi rendue auparavant à une grande partie des Juifs , sera glorifiée par d'innombrables martyrs de toutes les nations. (Voyez pp. 428-430. sup.)
Mais on demande quels seront ces deux témoins du Dieu vivant (Apec. c. 41 .) , ces deux grands prophètes qui soutiendront alors avec puissance la foi de la chrétienté ?
a Circa ilîud judieium , dit Saint Augustin , has res didicimus esse tTfntitras, Eliam Thesbilem, fidem Judaorum, Antichristum persecuturu^ , Christum venturum. » [De Civil. Dei, 1. SO. cap. ult ) Tous les Pères tiennent le même langage , et toute la tradition a reconnu que les deux témoins dont parle saint Jean (Ap. 44 . 3 et seqq.) sont Hélie et Hénocb qui rendront témoignage à Jésus- Christ au nom de la révélation mosaïque et de la révélation primitive.
)ft L'objet de leur mission sera de s'opposer à l'Antéchrist , qui est représenté par cette béte qui monte de l'abîme, et par laquelle ils doivent être mis à mort. Et en effet ces deux prophètes sont les seuls dont l'Ecriture nous apprenne la conservation , et dont elle nous annonce le retour. Moïse nous apprend qu'Hénoch ayant vécu sur la terre pendant trois cent soixante-cinq ans , et ayant marché devant Dieu , ne parut plus, parce que Dieu l'enleva : Non apparuit, quia tulit eum DeusA L'auteur du iv** livre des Rois nous apprend qu'Elie étant prêt d'être
(1) Ces. s. M.
596 Af^PENDICfi.
enlevé au ciel, était avec son disciple Elisée, lorsqu'on char de feu et des chevaux de feu les séparèrent tout d'un coup lun de Vautre , et Elie monta an ciel étant élevé par un tourbillon : Et ascendit Elias per turbinem in cœlum^ L'auteur du livre de TEcclésiastique nous déclare qu'Héno;ch ayant plu à Dieu a été transféré dans le paradis pour faire entrer un jour les nations dans la pénitence : Translatuê est in paradisum, bT Dc;r GENTiBus poBiftTBRTiAM.* Et pLus loitt , en parlant d*Elie , et s'adre^-
gant même à lui , il dit : Qui peut se glorifier comme vous ? vous
qui avez été enlevé au ciel dans un tourbillon de feu , et dans un char trainé par des chevaux ardents; vous qui avez été destiné pour reprendre les prévaricateurs dans le temps prescrit, pour' apaiser la colère du Seigneur avant que sa fureur s'enflamme , pour réunir le cœur des pères et des enfants , et pour rétablir les tribus de Jacob : et rbstitubrb TRIBUS Jacob. 3 Le Seigneur dit aussi par la bouche du prophète Malachie, en s*adressant aux enfants d'Israël et de Juda : Je vous enverrai le prophète Elie avant que le grand et terrible jour du Seigneur arrive, et il réunira les cœurs des pères avec leurs enfants, et des enfants avec leurs pères, de peur que je ne vienne, et que je ne frappe la terre d*anathème.^ Et Jésus-Christ même dit à ses disciples : Il est vrai qu'Elie doit venir, et il rétablira toutes choses : Elias quidem venturus est, et restituet OMHA.B Tels sont les textes sur lesquels les saints Pères ont été fondés è dire que ces deux prophètes sont les deux témoins que saint Jean annonce dans TApocalypse. » (Bible de Yeoce.)
lU. Nous ne terminerons pas cette dissertation sans dire un mot de quelques erreurs relatives k la fin du monde.
4 . L*une de ces erreurs est celle des chrétiens qui pensent entrer parfaitement dans lesprit de TÉvangile en disant qu'on ne peut rien .présager sur la fin des temps , parce que Notre-Seigneur Jésus-Christ a dit : a De die autem Hla et hora nemo scit, neque angeli cœlorum, nisi solus Pater: De ce jour et de cette heure , nul n'en sait rien , pas même les anges des cieux; c'est le secret de mon Père. » (Matth. 21. 36.) Secret tellement réservé à la Divinité , que Jésus-Christ lui-même ne le savait que comme Dieu, et non par la science communiquée k son humanité : Nemo scit, neque angeli incœlo, neque Filius, nisi Pater. (Marc. 43. 33.)
(I}iv. Reg. 3. 11. (}} Ecdi. «4. H. (s) Ecdi. 48. 4.
(4) Mal 4. S-4. (i)Hallh.17.ll.
AI^PENDIG?. 597
Maïs ils ne font pas attention que Jésus-Christ ne parle ici que de la connaissance précise du grand jour du jugement, et que loin de donner à entendre que l'on ne pourra reconnaître la fin des temps, il dit justement le contraire. En effet , après avoir parlé tout èi la fois de la ruine de Jérusalem et de la fin du monde , parce que l'une était Timage de Tautre, et après avoir donné tes signes précurseurs de toutes les deux , il ajoute : «Apprenez lusage que vous devez faire de tous ces signes par une^ comparaison prise du figuier : quand ses branches sont déjà tendres , et qu*il commence à pousser ses feuilles , vous savez que Télé est proche : ainsi , lorsque vous verrez toutes ces choses , sachez que le Fils de rbomme est près , et qo*iI est à la porte, o
Il dit encore : « Il arrivera à Tavénement du Fils de Thomme ce qui arriva au temps de Noé ; car comme un peu avant le déluge les hommes, mangeaient et buvaient, se mariaient et mariaient leurs enfants , jusqu'au jour où Noé entra dans Tarche , et quMIs ne pensèrent au déluge que lorsqu'il survint , et lés fit tous périr ; il en sera de même à Tavénement du Fils de Thomme. » (Matth. Si.)
Il est donc clair qu'il y aura des signes qui avertiront les hommes de la fin des temps , et Jésus-Christ annonce que les hommes légers et incrédules n y croiront pas plus que Ion n'a cru aux avertissements de Noé avant le déluge.
C'est dans le même sens que Jésus-Christ disait encore aux Pharisiens et aux Sadducéens : « Le soir vous dites : Il fera beau demain, car le ciel est brillant : et 1^ matin vous dites : Il y aura aujourd'hui de l'orage , car le ciel est sombre et rougeâtre. Vous savez donc bien discerner ce que présagent les diverses apparences du ciel , et vous ne savez pas reconnaître les signes des temps. » (Matth. 46.)
Jésus-Christ parle ici des temps du premier avènement, mais les paroles citées précédemment regardent les signes précurseurs du second. Le divin mattre veut donc qu'on fasse attention aux signes des temps , et il reproche aux hommes l'oubli des choses divinement annoncées pour les y préparer.
l^ais quels seront les signes précurseurs des derniers temps? Les saintes Ecritures vont nous répondre.
4 '^ « Cet Évangile du royaume des cieux sera: prêché k toute la terre, pour servir de témoignage à toutes les nations (du soin que Dieu a pns de leur faire annoncer la doctrine du salut) ; et alors la fin du monde arrivera. » (Màtth. Si. 4 4.)
« Quelques commentateurs , comme Eulyme et Théophilacte , diaprés Tautorité de saint Hilaire et en partie de saint Jérôme et de saint Anselme , disent qu il ne faut pas regarder ce signe comme devant précéder immédiatement le jugement dernier , puisque la prédication de rÉvangile par toute la terre a été commencée par les apôtres : Jn omnem terram exivit sonus eorum. (Rom. 4 0.) Mais saint Augustin, Origène, saint Damase, saint Cyrille , Théodoret, saint Grégoire, Béda, saint Thomas et Suarez (Tom. XVIJ. disp. 56. sect. 4 .) , affirment positive^ ment le contraire ; les paroles de saint Matthieu : Et tune veniet consum^ matio, dit ce dernier, doivent rigoureusement s'entendre de la fin du monde, puisque la fin du monde doit suivre la prédication générale de l'Évangile. Le mot Consummatio signifie proprement la destructiou du siècle , non celle de Jérusalem , comme quelques-uns le prétendent ; puisique cette prédication par tous les lieux de la terre ne s^accomplira quàia fin des temps : In testlmonium omnibus gentibus.v (Mattb. — Saint Alph. de Lig. Diss, sur les fins dernières.]
t"" a Que personne ne vous séduise , en quelque manière que ce soit, car le jour du Seigneur ne viendra point que V apostasie ne soit arrivée auparavant, et qu'on n'ait vu paraître cet homme de péché, cet enfant de perdition , qui , s'opposant à Dieu, s'élèvera au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu , voulant lui-môme passer pour un Dieu. » (II. Thess.2.)
Il faut donc qu'il y ait avant le jugement, une grande apostasie , une grande défection des nations chrétiennes , préparant les voies au dernier chefdelempire anlichrétien , à l'Antéchrist.
Par ce mot Discessio (Grasc : Apostasia.) il faut entendre selon saint Thomas , labandon de lunité de 1 Église , la séparation des fidèles de Tobéissance du Saint-Siège. (Voy. p. 383. sup.) Saint Léon pense de môme (Serm. 4 . de Apost, Petr.)\ et saint Augustin (De Civit Dei, I. tO. c. 47.) dit que celle défection doit précéder U venue de TÂntechrist. Il ajoute cependant que tous les fidèleâ ne perdront pas la foi.
APPEIVDIGE. S99
3<* Nous avons déjà va qaela prédication prodigieuse des deux témoins de Dieu coïncidera avec la fin du règne de rAntechrist, c'est-à-dire avec la grande persécution. (P. 428-430. sup.)
i*" Les signes prochains de la fin du monde , ceux qui précéderont immédiatement le jugement seront Fébranlement général de la nature dans ses relations avec notre globe , et la conflagration môme du monde. (Matlh. Î4. — IL Petr. etc.)
2. Trois choses sont certaines diaprés les saintes Ecritures et les enseignements de la foi : c est que le monde finira , qu il finira par le feu , et qu'il ne sera pas anéanti , mais transformé et comme glorifié.
Sur ces trois vérités, comme sur toutes les autres, Torgueil etTignorance ont enfanté des erreurs. La plus fière et la plus niaise tout en.semble , est celle du rationalisme qui sourit quand on lui parle de la fin du monde. A ses yeux , les choses ont toujours été et resteront comme elles sont ! C est qu'il ne les a jamais bien regardées. L'écorce et les entrailles de notre globe racontent sa formation successive; et tout ce qui le couvre , lenveloppe , l'éclairé et l'attire ou le met en mouvement, nous découvre comment la sagesse du Créuleur l'a préparé pour les besoins de l'homme. Les six jours de cette œuvre de la Providence ont précédé le septième qui est le nôtre, le jour du genre humain, celui seul dont la Genèse n'a pas marqué le soir. Mais ce soir viendra comme les autres, sans aucun doute , et mettra un terme à la grande semaine de Dieu et à l'épreuve do l'homme. Celui qui ne voit pas que ni l'humanité , ni le globe qu'elle habite , ne sont arrivés à leur fin . a des yeux pour ne point voir. Non , l'état actuel de notre monde n'est pas son état définitif, et la science est encore une fois ici d'accord avec la foi. Des physiciens et des astronomes illustres, parmi lesquels il sufiQt de nommer Copernic, trouvent, en effet, dans la nature, de quoi présager la terrible révolution dont est menacé l'univers, comme le rapporte Grotius cité par la Bible de Vence. (Tom. 23.)
Ce n*est pas cependant qu'il faille attendre ce résultat du simple concours des causes secondes, mais c'est que les causes secondes sont elles-mêmes préparées selon les fins de la première , et que celle-ci , en agissant, dispose de celles-là comme de son œuvre. Celui qui a déjà renouvelé le monde en ouvrant les cataractes du ciel et les sources de
600 APPENDIG£.
Tablme, saara bien trouver le fea où il a trouvé l'eau : Quoniam dixU et facta 8unt.
A la foi et à la science répondent les traditions générales , non-seulement sur la fin du monde , mais sur la manière dont il finira.
Heraclite^ croyait que le monde serait un jour embrasé par les flammes» et qu ensuite il renaîtrait du milieu du feu. Les stoïciens soutinrent dans la suite le même sentiment ; et Cicéron la marqué d*une manière très-expresse dans son second livre de la nature des dieux : Ex quo eventurum ut ad extremum omnu mundua ignedceret, eum, humore conswnptOt neque terra ali posset, neque remearet aer, cujus orlus, aqua omni exhausta, esse non posset : ita relinqui nihil prœter ignem; a quo rursum animante, acDeo, renovatio mundi fieret, etc.^ LocainS Ta exprimé de même, en apostrophant Jules César: «Il est inutile, 6 prince , de s^empresser k brûler ces corps : le temps viendra où ils seront consumés par les flammes, avec le reste de la terre.»
Hoi , CtMtoT , pojmlot ti fitinc non uêterit igniê , Uret cum territ , urtt cum gurgifis porUi : Communit mundo tupereit rogut.
Et Lucrèce^ fait remarquer k Ménénius que le monde, étant composé de trois éléments aussi contraires que le sont Teau , la terre et le feu , sera un jour détruit et renversé :
Tria talia teœta
Una dii* dabit exitio ; tnultotque per anno$ Stutintata ruêt molet, $t machina mundi,
Ovide' parle de Tancienne tradition des peuples qui croyaient qu^un jour la terre , la mer et les cieux seraient embrasés , et que toute la machine du monde serait prête à retourner dans son chaos :
(1) Slaididiii CSmhhmiiI. Ib Arblot lib. De Corio, llb. 1. e. 9. HpiultlTOÇ ol TTOrè fièv
ri^aTCTeoflai çwi tov xo^jxov, irorè ii ht irupoç aiîôiç auvioraaOat. TavT>K àï TTJç doSyjç v^npov kyivovro oi irotxoi.
(S)Tiitt.JteJV«t4«OTwii,Lll,B.lit. (3) Lutta. L y. (OUcrctl.*.
(5)Owtt.Jlfiite«ovfà..t.
E»Êe quoque in falis retniniscitur adforf iempv» . . Qvo mare , quo teîlut , correptaqùe regiù arti Arafat , et mundi mole» operona iaboret.
1^8 passages des divines Ecritures qui prouvent que le monde finira par le feu , sont trop nombreux pour ôtre cités ici ; ce texte sufiSra . Le jour du Seigneur viendra comme un voleur, et alors, dans le bruit (^utie effroyable tempête, les deux passeront,^ les éléments embrasés se dissoudront, et la terre , avec tout ce qu'elle contient , sera consumée par h feu. (ll.Petr. 3.40.)
Le monde ne sera pas détruit mais transformé. Il a été fait pour rhomme , et celui-ci devant être glorifié non-seulement en son âme , mais dans son corps, il faut, dit saint Thomas d'Âquin (Sppp. p. 3. q, 74.), que le monde suive la condition de Thomme.
UEcriture nous en donne la certitude : Ecce enim ego creo cœhs novos, et terram novam, et non enmt in memoria priora , et non amendent super cor. (Is. 65. 47.)
Novos vero cœlos, et novam terram secundum promissa ejus expeclormus, in quibus justitia habitat. (II. Petr. 3. 42.)
Vidi cœlum novum, et terram novani; primum enim cœlum, et prima terra abiit, et marejam non est. (Apoc. 14 . 4 .),
Ces paroles ne doivent pas s'entendre d une nouvelle création , comme le pensait Origène, mais d'une transformation, d'une restauration, d'une glorification du monde. N'estrce pas ce que saint Paul a dit clairement \k son tour : Les souffrances de la vie présente n'ont pas de proportion avec la gloire qui nous est réservée. Toutes les créatures sofit cotnme dans l'attente de cette gloire des enfants de Dieu. Elles semblent souffrir d^étre assujetties à la vanité, et espérer la délivrance de cet asservissement à la corruptioti, pour pauticipeii a la glorieuse liberté des ENFANTS DE DIEU. Cov nous savons que pefidant la durée du siècle présent.
( 1 ) Par le del , talat Aogaflln emend l« dd •tnotpbérique. — Rom limons oaiein dire que Dten nom pari« coame noue parloiu ncus-mémcs. Toatee In vérUé« •tlronomiquei ne nous empteheroni Jsniais de dire que le soleil te 1ère et se couche , parre quil se lève et se coût be à nos jeni. Jusqu'à Is fin , on s'exprimera comme Jostt^ , e( on aura raiion. — Cent ainsi qu'à I a fin de nofre nuinde , les deux passeront et s'éraiioninmi i noSTeux.
touies les créatures soupirent et souffrent les douleurs de l'enfantement. Nous-mêmes qui avons reçu les prémices de V Esprit, le gage même de la gloire qui nous est préparée, nous gémissons en altendanl la pleine adoption divine qui sera la rédemption de vos coiiPS. (Rom. 8. 48-23.)
L'homme dont la nature est spirituelle et corporelle sera donc glorifié tout entier. Mais la pleine adoption dont parle saint Paul n'aura lieu qu'au jour de la résurrection. La béatitude essentielle pour Thomme est dans la vue de Dieu , dans Tunion avec Dieu , dans la participation de la vie divine qui nous pénétrera sans nous absorber, comme le feu pénètre le fer, comme la lumière pénètre le cristal. Mais à cette béatitude essentielle se joindront toutes les joies de l'immortalité , et si , selon la parole de TApôtre, notre corps transformé, spiritualisé : Resurget spiritale, doit être plus lumineux, plus délié, plus rapide que la lumière, complètement digne enfin d'une âme glorifiée; c'est parce que l'homme éternellement uni à Dieu , doit régner tout entier avec Jésus- Christ et jouir de la création comme il en a le pressentiment, lorsque de sa prison d'ici-bas , il contemple les cieux qui ne sont pas trop vastes pour sa pensée.
3. Parmi les erreurs relatives à la fin des temps, il faut compter celle des millénaires. Sa source paraît avoir été une tradition pharisaïqne, que des chrétiens acceptèrent ensuite en l'appuyant sur une fausse interprétation d'un passage de l'Apocalypse. Les millénaires croyaient qu'à la fin du monde Jésus-Christ reviendrait sur la terre et y rétablirait un royaume temporel de mille ans qui précéderait le jugement et le bonheur plus parfait du ciel. Mais il est essentiel de remarquer avec tous les historiens dignes de ce nom , qu'il y a eu des millénaires de deux espèces , les uns hérétiques dont le millénarisme était tout sensuel , et les autres orthodoxes , et parmi eux plusieurs des Pères, dont le sentiment n'avait rien qui intéressât la foi. Ceux-ci n'ont jamais prétendu transformer leur opinion en dogme, et quand ils parlent de foi k cette occasion, ce n'est que sous le rapport de la vérité de la résurrection rejetée par les gnostiques comme on le voit dans saint Irénée. {Adv. hœr. l. 5. c. 34 . n. 4 .) — Mais il s'en faut beaucoup , dit Bergier , que ce sentiment ait été unanime parmi les Pères. Origène, Denis d'Alexandrie , saint Jérôme et beaucoup d'autres ont écrit contre le prétendu règne de mille ans et l'ont rejeté comme une fable. Il n'est donc pas vrai que cette opinion ait été établie sur
la tradition apostolique. Le caractère de la foi apostolique, c'est la caiho^ licite, et les écrits des Pères, ne font autorité que parce qu'ils la consta* tent : Quod ubique, quod semper, quod ab omnibus.
Un auteur que nous avons combattu plus d'une fois , et qui a recueilli avec soin tout ce qui paraissait contredire la divine origine de la révélation chrétienne , n'a pas craint de dire que les apôtres et le Christ lui-même se sont trompés en annonçant la consommation finale I (Études sur Vhistoire, etc. par M. Laurent, tom. i. p. 429.)
Jésus-Christ et ses apôtres nous ont parlé de la même manière de la fin de l'homme et de la fin du monde. Ils ont dit de l'une et de l'autre : Vous ne sa'oe% ni le Jour ni l'heure : soyez prêts.
Mais il est deux paroles du divin maître dont M. Laurent abuse pour mettre l'erreur sur les lèvres de la Vérité même. Voici la première de ces paroles : a Je vous le dis en vérité (Jésus-Christ parle k ses apôtres), il y en a quelques-uns de ceux qui sont ici qui ne mourront point qu'ils n'aient vu le Fils de l'homme venir en son règne. Et six jours après, Jésus ayant pris avec lui Pierre, Jacques et Jean, les mena à l'écart sur une haute montagne, et il fut transfiguré devant eux. (Matth. 4 6. v. ult. et 4 7. v. 4 .) Ces paroles se suivent dans l'Evangile , et il est évident qu en parlant des quelques-uns qui verraient le Fils de l'homme dans la gloire de son règne , Jésus-Christ parlait des trois témoins de sa glorieuse transfiguration. — Et voilà la première parole qui fait dire à M. Laurent que le Fils de Dieu s'est trompé ! — Voici la seconde : Cette génération ne passera pas que tout ceci n'arrive. (Matth. ti. 3i.) Or, cette parole est a comprise , dit Bossuet , dans ce long et admirable discours ou Jésus- Christ joint ensemble la ruine de Jérusalem avec celle de l'univers. Cette liaison n'est pas sans mystère et en voici le dessein : Jérusalem , cité bienheureuse que le Seigneur avait choisie , tant qu'elle demeura dans l'alliance et dans la foi des promesses , fut la figure de l'Eglise , et la figure du ciel où Dieu se fait voir à ses enfants. C'est pourquoi nous voyons souvent les prophètes joindre, dans la suite du même discours , ce qui regarde Jérusalem à ce qui regarde l'Eglise et à ce qui regarde la gloire céleste : Cest un des secrets des prophéties, et une des clefs qui en ouvrent Vintelligence.
» Mais Jérusalem éprouvée et ingrate envers son Sauveur devait être l'image de l'enfer , ses perfides citoyens doivent représenter les hommes
infidèles ; et le jogement terrible que Jésuâ-Chrisl devait exercer sur elle était la -figure de celui qu^il exercera sur tout ^univers lorsqu'il viendra k la fia des siècles , en sa majesté, juger les vivants et les morts. Ce$t une coutume de V Ecriture, et un des moyens dont elle se sert pour imprimer les mystères dans les esprits , de mêler pour notre instruction , la figure à la vérité. Ainsi Notre-Seigneur a mêlé l'histoire de Jérusalem désolée à celle de la fin des siècles, » {Disc, sur Phist, univ. Part. Il*, ch 9.;
Nous avons déjà constaté deux fois , dans la sixième dissertation qui précède et dans celle-ci , le caractère des Ecritures prophétiques que Bossuet vient de nous rappeler. Ce caractère exprime admirablement lunilé du plan divin et Tharmonie des siècles dans la pensée de Dieu , et il est si constant et si manifeste dans les prophéties de Tancien et du nouveau Testament que Tignorance seule peut le méconnaître. Cest donc une ignorance de ne pas voir dans ces prophéties les deux objets qu'elles regardent , les deux événements qu'elles annoncent et dont Tun est la figure de lautre ; c'est une ignorance d^ ne pas savoir y discerner les paroles qui s'appliquent principalement à l'image de celles qui s'appliquent principalement k la grande réalité ; c'est une ignorance de ne pas sentir toute la fécondité de ces paroles divines qui partagent souvent elles-mêmes la nature des faits qu'elles expriment, et qui, dans leur sens littéral, indiquent le fait figuratif, et dans leur sens allégorique , indiquent le faib figuré.
Jésus-Christ , dans la grande prophétie de la ruine de Jérusalem et du monde , dit en parlant de toutes les deux k la fois : Non prœteribit gèneratio hœc, donec omnia hœc fiant, c'est-k-dire : Cette génération-ci ne passera point que toutes ces choses ne soient accomplies k son égard dans la ruine de Jérusalem où elle trouvera la punition de son infidélité ; et cette génération-ci ne passera point, cette génération des hommes, cette race humaine ne passera point que toutes ces choses ne soient accomplies dans la ruine du monde qui précédera le jugement.
Le Christ avait annoncé des choses si prodigieuses, et sur la destruction du monde , et sur le jugement du genre humain , qu^il les confirme en disant : Amen dico vobis :Je f>ous le dis en vérité, la vie du genre humain jie finira pas que toutes ces choses ne soient accomplies. Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. (Matth. Si. 34-35.'
Ecoutez donc , vous qui attribuez ë Jésus-Ghrist et k ses apôtres le sentiment erroné de la prochaine destruction du monde, écoutez le Prince des apôtres que vous avez cité à la légère , et dans ses paroles , prenez ce qui vous regarde :
« Sachez qu'en ces derniers temps il viendra des imposteurs et des séducteurs qui diront : Qu'est devenue la promesse de l'avènement du Seigneur, car depuis que les pères qui nous l*ont annoncé dorment du som^ tneil de la mort , toutes choses demeurent dans Y état où elles sont depuis l'origine. Mais c*est par une ignorance volontaire qu'ils parlent ainsi : Latet enim eos hoc violentes : ils ne considèrent pas que les cieux furent faits d'abord par la parole de Dieu , aussi bien que la terre qui sortit de Peau et subsiste au milieu de Teau ; et que le monde d'alors périt submergé par le déluge. Mais les cieuz et la terre que nous voyons aujourd'hui sont gardés par la même parole » et sont réservés au feu du jour du jugement. Or, il est une chose que vous ne devez pas ignorer, mes bienaimés , c^esl qu'aux yeux du Seigneur un jour est comme mille ans , et mille atis comme un jour. 1» (II. Pelr. 3. 3-8.)
L'entendez-vous? Aux yeux du Seigneur mille ans sont comme un jour. C'est un apôtre qui désabuse ainsi les fidèles. Direz-vous donc encore que l'apostolat s'est trompé avec Jésus-Christ ?
Mais écoutez encore :
a Ainsi le Seigneur n'est pas infidèle à sa promesse et n'en retarde pas l'accomplissement, comme quelques-uns se l'imaginent ; mais il attend tous les hommes avec patience, ne voulant pas qu'aucun périsse , mais que tous retournent à lui par la pénitence.
» Cependant , le jour du Seigneur viendra tout d*ub coup , comme le larron durant la nuit ; et alors, dans le bruit d'une effroyable tempête, les cieux passeront , les éléments embrasés se dissoudront , et la terre avec tout ce qu'elle renferme sera consumée par le feu. Puis donc que toutes ces choses doivent périr, quels devez-vous étreet quelle doit être !a sainteté de votre vie et votre piété , attendant et hâtant par vos désirs Tavénement du jour du Seigneur, d (Ibid. 9-42.)
Voilà ce que la parole apostolique dit h chacun de nous dans tous les siècles : la figure du monde passe, regardez la fin, et hâtez-vous de mériter la vie qui ne passe pas : Volât œtas, vide que tendas. (Hieron.)
Cette doctrine qui détache les hommes de ta vanité , les détacheraitelle de leurs devoirs en ce monde? Aurait- elle pour effet , comme on le dit encore , de faire compter pour rien ou pour peu de chose tout ce qui intéresse Thomme dans le temps ? Mais c*est encore une fois fermer les yeux k la clarté de la parole évangélique et apostolique. Les apôtres , en montrant aux hommes la vanité du monde, ne leur apprennent-ils pas en même temps Timportance des plus petites choses? Les lettres sublimes de saint Pierre, de saint Paul , de saint Jean , de saint Jacques et de saint Jude, ne parlent-elles pas explicilement des obligations de Thomme dans la famille et dans TËtat , et des devoirs de toutes les conditions sociales?
Et le divin Maître qui a dit : Une teule chose est nécessaire, n'a-t-il pas révélé aussi qu'un verre d'eau donné h celui qui a soif n'est pas oublié par le souverain Juge?
Tout est petit et tout est grand aux yeux du chrétien. Toutes choses sont vaines si on ne les rapporte pas à leur fin ; mais les moindres choses sont d'un prix infini quand Tamour les offre en disant : t PèreJ que votre volotUé soit faite sur la terre comme dans les deux! d L unique nécessaire comprend ainsi tout le reste.
Mais ë quoi bon rappeler ces vérités k ceux qui lisent TEvangile sans les entendre ? Un jour, « on amena à Jésus un homme qui était sourd. Jésus le tirant à Vécart lui toucha les oreilles, et levant les yeux au ciel, jeta un profond soupir et lui dit : Ephphéta, (f est-à-dire : Ouvrez -vous. (Marc. 7. 32-34.} Touchez aussi ces intelligences endurcies, Seigneur, afin qu'elles cessent de juger la parole qui les jugera.