DEPUIS GELA PILATE CHERCHAIT UN MOYEN DE LE DÉLIVRER
Il est évident qu'un rayon de la lumière de Dieu frappait encore l'oeil du juge, et lui faisait entrevoir qu'un grand mystère passait devant lui. Mais la politique qui l'avait rendu indifférent à la vérité , jusqu'à lui mériter le silence de la Vérité vivante , la politique va lui dérober ce reste de lumière :
« Les Juifs criaient : Si vous délivrez cet hoinmc, vous n'êtes point l'ami de César; car quiconque se fait roi , se déclare contre César. — Pilate ayant entendu cette parole, mena Jésus hors du prétoire, s'assit à son tribunal au lieu appelé en grec Lithostrotos, et en hébreu Gabbalha. C'était le jour de la préparation de la pàque, et il était environ la sixième heure; et il dit aux Juifs : Voilà votre roi. — Mais
(«) Joao. 19. 6-8. f2) Joan. ibid. 10-tl.
ils s'écrièrent : Otez-^Ie, ôtez-Iedu monde, crucifiez-le. — Pilate leur dit : Crucifierai-je votre roi? — Les princes des prêtres lui répondirent : Nous n'avons point d'autre roi que César. — Alors, il le leur abandonna pour être crucifié.* »
La croix est le trône où le chef du nouvel empire veut monter pour « attirer tout à lui.* »
Il faut maintenant entendre les prophètes nous annonçant d'avance les caractères de cette royauté nouvelle. Il faut voir la grande figure du Christ dessinée par ces mains que conduisait la droite de Dieu. Les prophètes n'ont pas seulement tracé les grands traits de la divine victime de notre rédemption, mais ils sont descendus jusqu'aux détails et jusqu'aux ombres :
<( Et toi, Bethléem, tu es petite entre les villes de Juda; et cependant c'est de toi que sortira celui dont la génération est dès le commencement, dès l'éternité.' » *
Vous avez ici le lieu obscur de la naissance temporelle du Christ , mais vous avez en même temps le lieu splendide de sa naissance éternelle In sinu Patris.^
Mais comment naîtra-t-il en ce monde? « Une Vierge concevra, dit Isaïe, et elle enfantera un fils à qui on donnera le nom d'Emmanuel :' » c'est-à-dire Dieu avec nous.* *
f<; Joan ibid. 13-16. (2) Joan. 12. 32. '3} Mich. 5. 2.
(4; Joan. 1. 18. (5) h. 7. 44. (6) Matth. 4. 23.
Et quelle sera la vie de cet enfant né d'une vierge, de ce Dieu avec nous?
« Je suis rOint du Seigneur, envoyé pour annoncer la vérité aux humbles , guérir les âmes blessées , délivrer les captifs, prêcher le temps de la miséricorde.* »
« Oui , dit encore le prophète. Dieu lui-même viendra et vous sauvera : c'est alors que les yeux des aveugles s'ouvriront , que le sourd entendra , que le boiteux bondira comme le cerf, et que la langue des muets sera déliée.' »
Et cependant , celui qui exercera une telle puissance , sera plein de douceur et d*amour :
« Il ne foulera pas aux pieds le roseau déjà brisé , et n éteindra pas la mèche qui fume encore.' »
Mais cette miséricorde que les prophètes ont vue dans la vie du Christ, ils l'ont vue briller de tout son éclat dans la Passion du Sauveur. — Ils ont vu la victime volontaire vendue comme l'agneau du sacrifice :
« Trente pièces d'argent furent alors comptées pour ma récompense. Et le Seigneur me dit : Allez jeter à l'ouvrier en argile cet argent qu'ils ont estimé ma valeur aussi , lorsqu'ils m'ont mis à prix .^ »
Ils ont vu ses humiliations, ses souffrances et sa mort, comme ils ont vu la gloire dont elles devaient être suivies :
(8) 18.42. 8. (4) Zach. 44.12-18.
« Qui a cru à notre parole , s'écrie Isaïe , quand nous avons annoncé la grande œuvre de Dieu?
» Il s'élèvera comme un faible arbrisseau et comme un rejeton qui sort d'une terre aride. II est sans beauté et sans éclat. Nous l'avons vu , et nous ne l'avons pas reconnu. 11 nous est apparu comme un objet de mépris, comme le dernier des hommes , comme l'homme de la douleur et des souffrances. Sa face nous était comme cachée ; il semblait méprisable , et nous l'avons méconnu. // a véri^ tablement pris sur lui nos langueurs et s'est chargé luimême de nos peines. Et nous l'avons considéré comme un lépreux y comme un homme que Dieu a frappé et humilié Mais il a été couvert de plaies pour nos iniquités, et il a été brisé pour nos crimes. Le châtiment qui devait nous procurer la paix est tombé sur lui, et nous avons été guéris par ses meurtrissures. Nous nous étions tous égarés comme des brebis errantes ; chacun avait suivi sa voie : et Dieu Va chargé lui seul de t iniquité de nous tous. Il a été offert en sacrifice parce que lui-même Va voulu, et il n'a point ouvert la bouche pour se plaindre : il sera mené à la mort comme une brebis qu'on va égorger ; et comme un agneau devant celui qui le tond , il gardera le silence. Condamné au dernier supplice , il est mort au milieu des douleurs : mais qui dira sa génération ,* la nombreuse postérité enfantée par sa mort, lorsqu'il aura été retranché de la terre des vivants? Je Vai frappé, dit
(1 Co Tut lie ces paroles d'isaïe que VEsprit-Saint se servit pour amènera la foi eu Jésus-Christ le ministre de la reine d'Ethiopie , comme nous l'avons vu à la page 64 , où nous avons suivi , avec Carrières, Pinterprétation d'un grand nombre de Pérès qui traduisent : Qui ntm* raconiera fa génération , ta naittance divine, ton étemelle origine? La traduction dont nous nous servons ici parait la plus conforme au texte hébraïque.
le Seigneur, à cause des crimes de mon peuple. ... Le Seigneur Ta donc voulu briser dans son infirmité, parce qu'en donnant sa vie pour le péché ^ il enfantera une ra^e durable, et fera accomplir la volonté de Dieu sur la terre,
» Il verra le fruit de ce qu'il aura souffert , et il en sera rassasié. Mon Serviteur est juste^ dit le Seigneur, et il justifiera par sa doctrine un grand nombre d'hommes , et portera sur lui la peine due à leurs iniquités. C'est pourquoi je lui donnerai les multitudes pour partage , et parce qu'il a sacrifié sa vie , qu'il a voulu être mis au nombre des coupables, qu'î7 a porté les péchés de tous, et qu'il a prié pour les pécheurs, il s'emparera des dépouilles des puissances ennemies. Rcjouissez-vous donc (Eglise des nations) , stérile , qui n'enfantiez point; chantez des cantiques de louange, et poussez des cris de joie vous qui n'aviez point d'enfants , parceque celle qui était abandonnée est maintenant plus féconde que la première épouse. Prenez donc plus d'espace pour dresser vos tentes , car vous vous étendrez à droite et à gauche ; votre* postérité aura les peuples pour héritage , et elle habitera les villes désertes. Ne craignez plus , vous ne serez plus confondue , vous ne rougirez plus , il ne vous restera plus de sujet de honte , parceque vous oublierez la confusion de votre jeunesse , et vous perdrez le souvenir de l'opprobre de votre veuvage. Car celui qui vous a créée sera votre Seigneur ; son nom est le Dieu des armées : et votre rédempteur, le Saint d'Israël, s'appellera le Dieu de toute la terre. ^ »
Voilà comment Isaïe annonce les triomphes du Christ, après en avoir décrit les douleurs, avec une précision qui a
(4)l0 i<»3et54.
il4 JÉSUS-CHRIST
fait donner à sa prophétie le nom d'Evangile de l'Ancien Testament.
Les autres prophètes n'ont pas été moins divinement clairs :
« Ils m'ont donné du fiel pour nourriture, dit encore le Psalmisle, et ils m'ont offert du vinaigre pour étancher ma soif.* » — « Us ont percé mes mains et mes pieds, on pourrait compter tous mes os. Ils m'observent et me considèrent avec attention : ils ont partagé entre eux mes vêtements, et ils ont jeté ma robe au sort.* » — C'est ainsi que le prophète-roi parle au nom du Sauveur dans le Psaume même dont Jésus-tlhrist en croix adressa les premières paroles à son Père au moment suprême de notre rédemption : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné? ^ » — c< Je suis Topprobre des hommes , dit-il encore dans le même Psaume, je suis l'opprobre des hommes et le mépris du peuple. Je suis l'objet de leurs railleries, et ils secouent la tête en disant : Il a mis sa confiance dans le Seigneur, que le Seigneur le délivre.* »
Vous le voyez : la scène du Calvaire était écrite mille ans d'avance : t( Ceux qui passaient par là le blasphémaient en secouant la tête et lui disaient : Toi qui détruis le temple de Dieu, et qui le rebâtis en trois jours, ^ que ne te sauvestu toi-même ? Si tu es le Fils de Dieu , descends de la croix.® »
(3J Ps. 21 . — M atth. 27. 46. — Marc. 1 3. 34. (4) Ps. 24 . 7-9.
(5) Jéaus avait ainsi parlé du templo de son corps. (Joan. 2. 49-21 ) (6] Matth. 27. 39-40.
Mais il est un autre chant de David que Jésus-Christ s'est encore appliqué lui-même, et oii le prophète royal, dans un sublime colloque entre Dieu et son Christ, a tout dit du Verbe incarné :
Sa passion : // boira dans son passage de l'eau du torrent; sa gloire : C'est pour cela quil élèvera la tête; sa puissance : // jugera les nations; son sacerdoce perpétuel et jusqu'au rit de son sacriûce : Tu es prêtre pour toujours selon le rit de Melchisedech (Car Melchisedech offrit le pain et le vin parce qu'il était le prêtre du Très-Haut.*) ; sa filiation divine enfin : Jehovah a dit a mon maître : Asseyezvous à ma droite.^ C'est en parlant de cette prophétie, que Jésus-Christ, nous l'avons vu , adressa aux pharisiens cette question qui les réduisit au silence : Si David l'appelle son Seigneur, comment le Christ estAl son fils P
Enfin, le Verbe de Dieu a fait annoncer avec une souveraine clarté le sacrifice universel du Nouveau Testament , de la victime une fois immolée sur le Calvaire , et qui devait être offerte en tout lieu par le nouveau Sacerdoce : Je prendrai, dit-il, des prêtres de toutes les nations,^ et ce n'est plus seulement à Jérusalem, mais partout que mon nom sera glorifié par loffrande du sacrifice sans tache : Ah ortu enim solis usque ad occasum, magnum est nomen meum in gentibus : et in omni loco sacrificatur, et offertur nomini meo oblatio munda : quia magnum est nomen meum in gentibu^s, dicit Dominus exercituum.^
Voilà donc ce qui était écrit de Jésus-Christ des siècles avant l'incarnation I Et dans quel livre? Dans le livre que
(1) Geo. 44. K%. (2}P8. 409. (3) Matth. 22. 45,
(4) U. 66. 24. (5) Mal. 4.44
il6 JÉSUS-CHRIST
conserve avec un soin jaloux le peuple ennemi du Christ , peuple unique, seul vivant des anciens peuples , mort lui-même comme peuple , mais vivant comme témoin des preniiers jours, vieillard aveugle et quarante fois séculaire, que toutes les puissances du monde ne pourront séparer du monument biblique autour duquel il veille et sur lequel son aveuglement est écrit comme tout le reste !
Les chefs des empires, les grands capitaines, les hommes célèbres, ont eu leurs historiens pour redire au monde leurs noms et leurs vies , mais lequel d'entre ces grands hommes a pu faire écrire son histoire par tous les siècles qui Tout précédé? Aucun , hormis Notre-Seigneur Jésus- Christ. Cest qu'au commewement était le Ferhe, que le Ferhe était en Dieu, et que le Ferbe était Dieu, * et que ' seul, par conséquent , il a pu dire par la bouche de ses prophètes, l'œuvre qu'il voulait accomplir en prenant notre nature et en habitant parmi nous.^
§ ly.
Mais s'il a fait écrire d'avance sa naissance, sa vie, sa passion , sa mort , son triomphe , il a surtout parlé luimême de la grande œuvre pour laquelle il est n^ort :
(c Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez donc et. instruisez tous les peuples ; les baptisant au nom du' Père, et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer toutes les choses que je vous ai commandées. Et voilà que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation dés siècles.' »
(«) Joan. 1.4. (t) Ibid. 14. (8) Matth. i8. 4g-20.
Qui parle ainsi? Est-ce un homme?
S'il n'était qu'un homme, sa parole serait insensée. Tout passe en ce monde : les peuples et les rois , les lois et les cultes y les hommes et les choses ; et tandis que les empires renversés les uns sur les autres ne nous font voir dans Thisloire Jiumaine qu'une longue succession de ruines, voilà qu'un homme se présente , qui prétend fonder un empire éternel : .
« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise , et les forces de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle ! * »
Encore une fois, si cette parole était d'un homme seulement, elle n'exprimerait qu'un vain rêve. C'est parce qu'elle est d'un Homme-Dieu que nous la voyons se réaliser depuis vingt siècles. « Et qu'on ne dise pas que ces promesses demeurent encore en suspens , et que comme elles s'étendent jusqu'à la fin du monde, ce ne sera qu'à la fin du monde que nous pourrons nous vanter d'en avoir vu l'accomplissement : car , au contraire , ce qui s'est passé nous assure de l'avenir. Tant d'anciennes prédictions si visiblement accomplies nous font voir qu'il n'y aura rien qui ne s'accomplisse.^ »
Jésus-Christ apparaissant à ses apôtres après sa résurrection leur avait dit :
« Ce que vous voyez est l'accomplissement de ce que je vous avais annoncé lorsque j'étais encore avec vous , qu'il était nécessaire que tout ce qui a été écrit de moi dans la
(1) Matth. 46. 48 ^ ' (3) Bossuet. Due, tur VMtt. univ. H* put.
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loi de Moïse, dans les Psaumes et dans les Prophètes, fût accompli. — En mêjne temps il leur ouvrit resprit,afin qu'ils entendissent les Ecritures ; et il leur dit : C'est ainsi qu'il est écrite et c'est ainsi qu'il fallait que le Christ souffrit et qu'il ressuscitât d'entre les morts le troisième jour , et qu'on prêchât en son nom la pénitence et la rémission des péchés à toutes les nations, en commençant par Jérusalem.* »
« Tune aperuit illis sensum : Il leur ouvrit l'esprit , il leur donna l'intelligence. — Donnez, Seigneur, dit saint Augustin , donnez aussi l'intelligence à ceux qui doutent du Christ , ouvrez-leur l'esprit et le cœur , afin qu'eux aussi voient comme ont vu les premiers disciples. Jésus se tenait au milieu d'eux , ajoute le saint Docteur ; ils l'avaient vu souffrir; ils l'avaient vu attaché à la croix; et puis ils le virent présent et vivant après sa résurrection. Les disciples virent cela, mais il est une chose qu'ils ne virent pas. Qu'est-ce donc qu'ils ne virent pas? Le corps, c'est-àdire, Y Eglise. Ils virent tout le reste; mais pour le corps ils ne le virent point. Ils .virent l'époux , mais l'épouse était encore cachée. Il la leur avait aussi annoncée d'avance ; car il a été écrit : <c C'est ainsi que le Seigneur devait souffrir , » et le troisième jour ressusciter d'entre les morts. » C'est là l'époux, et que dit-il de l'épouse? « Et en son nom la péni- » tence et la rémission des péchés seront prèchées à toutes » les nations, à commencer par Jérusalem. » C'est ce que les apôtres ne voyaient pas encore. Ils ne voyaient pas l'Eglise répandue par toutes les nations. Ils virent la tète, et par la tète ils crurent au corps : par ce qu'ils voyaient, ils
(t) Luc. S4. 44-47.
DAlfS LES ÉCRITURES. 119
croyaient à ce qu'ils ne voyaient pas. Noas sommes comme eux; nous voyons quelque chose qu'ils ne voyaient pas. Qu'est-ce que nous voyons qu'ils ne voyaient pas? L'Eglise répandue par toutes les nations. Qu'est-ce que nous ne voyons pas et qu'ils ont vu ? Jésus-Christ sous la forme humaine. Or , de même que ceux-là en voyant cela crurent au corps, c'est-à-dire à l'Eglise; de même, nom qui voyons le corps ^ nous croyons à la tête. Que ce que nous voyons nous soutienne aussi dans la foi ! La vue de Jésus-Christ les soutenait et les faisait croire à l'Eglise qui devait se former dans l'avenir ; que la vue de l'Eglise nous soutienne de même, pour nous faire croire à Jésus-Christ ressuscité. Leur foi a été accomplie ; la nôtre le sera à son tour. Leur foi à l'Église a été vérifiée ; la nôtre en Jésus-Christ se vérifiera aussi. Jésus-Christ tout entier leur était connu comme à nous; mais ils ne l'ont pas vu tout entier, pas plus que nous ne le voyons tout entier. Ils ont vu la tète, et ils ont cru au corps, nous voyons le corps; et nous croyons à la tète.* » *
Résumé et Conclusion.
Jésus-Christ a affirmé sa divinité; il l'a fait annoncer à toute la terre; il l'a prouvée par ses œuvres^ et par les deux témoins que Dieu seul peut prendre : le passé et l'avenir ; il a manifestement fait servir tous les temps à sa gloire; il est seul en vérité , le Roi immortel des siècles.
Que font , après cela , ceux qui croient se donner des airs de science, en parlant de Jésus-Christ comme d'un
(1}Senn.446. Ed. Ben.