‹ Le Christ rejetéChapitre 15 sur 20 · Le rabbin Lemlen, en utriche, l'an · texte numérisé non relu

Le rabbin Lemlen, en utriche, l'an

Le dernier de ces faux messies, Zahathaï Tzévi, est enterré à Dulcigno, la ville qui a failli mettre le feu aux quatre coins de l'Europe, il y a quelques mois. I! y fut interné par le gouvernement ottoman, ])0ur mettre fin aux agitations qu'il provoquait parmi les Juifs. Son tombeau s'y voit encore. Longtemps après sa mort, la secte des Zabatliiens propagea ses doctrines et continua à le reconnaître comme messie. (Arch. Israël, 1881,

idées, qu'à l'heure où il renia Jésus, toutes ses lueurs, tous ses pressentiments, tous ses bons mouvements d'autrefois avaient complètement disparu : à cette heure delà négation, il ne croyait pas que Jésus fût le Messie.

La foule juive, trompée par ses chefs, a donc méconnu le Messie par ignorance. Elle se persuada que Jésus n'était pas le Messie et elle n'a pas su qu'il était le Fils de Dieu. Et c'est pourquoi, saint Pierre a pu lui àÀve: Je sais, mes frères, qu'en cela vous avez agi par ignorance...', et Jésus, sur la croix : il/o/i Père, IKirdonnez-leur, car ils ne savent cequils font !

Cependant la foule, ainsi précipitée dans l'ignorance par les manoeuvres du Sanhédrin, n'a pas été exempte de péché. Elle est restée responsable de sa négation et de la mort du Messie.

Elle est restée responsable ; car, pour qu'elle pi^it suppléer à la connaissance des Ecritures, et résister aux pièges et aux entraînements du Sanhédrin, la Providence, toujours attentive au salut des âmes, lui avait ménagé de nombreux et très puissants secours.

Elle avait eu, à sa disposition, les traditions orales, constatées, reconnues par M. Havct lui-même : « On a c)'u que Jésus avait fait des miracles parce qu'on a cru que Jésus était le Christ, et qu'on croijail que le Christ devait faire des miracles^, »

* Revue des Deux Mondes^ p. 587*

Elle avait eu, devant ses yeux, la démarche so lennelle et non suspecte des rois Mages, puis toutes les fidélités qui restèrent religieusement attachées à la personne et aux enseignements de Jésus !

Elle avait eu, au milieu d'elle, la grande mission de Jean-Baptiste dont la voix, semblable à celle d'un lion, avait ébranlé toutes les collines, et jusqu'aux déserts de la Judée !

Elle avait eu, durant trois ans, tous les discours de Jésus, tous ses voyages, toutes ses fatigues, toutes ses prières, toutes ses larmes, sa vie surhumaine, les nombreux bienfaits qui avaient marqué chacun de ses pas !

Elle avait eu, en maintes occasions, ses paroles tonnantes contre les pharisiens et les scribes; ses avertissements, si souvent répétés, de se tenir en garde contre leur levain !

Elle avait eu, devant le prétoire, les aveux et les efforts de Pilate qui, par trois foiï^, lui avait déclaré qiCil ne trouvait rien de réiwéhensible en cet homme \

Elle avait eu aussi la voix des Anges, au-dessus du berceau de Bethléem ; la voix de Dieu lui-même, près des bords du Jourdain, au début du ministère de Jésus ; en pleine Jérusalem, aux derniers jours de ce ministère !

Elle avait eu enfin, et surtout, les éblouissants miracles de Jésus lui-môme : miracles sur la nature, miracles sur la maladie, miracles sur la mort. Jésus les avait multipliés, parce que les miracles ont tou-

jours été une preuve décisive, en faveur du pauvre peuple qui ne sait pas les mystères- des Ecritures... Après la mort de Bar-Kochbas, fils du mensonge, il pcD'ut clairement, a écrit Maïmonide, qu'il n'était point le Messie; mais pour le reconnaître , les sages n'avaient exigé ni signes ni miraclesK Ces mots terribles contre nos rabbins ont certainement échappé à Maïmonide... Mais ces signes et ces miracles, Jésus, sans qu'on les lui demandât, les avait donnés 1

Après tout cela, après tous ces secours et tous ces signes, la poule, méprisée et reniée, pouvait bien dire, en repliant ses ailes : Mon peuple, ô monpeuple, n'aije pas tout fait poui' te rassembler'^.

La faute où le peuple juif s'est trouvé engagé par les menées du Sanhédrin, lui reste donc imputable : A l'opposé des ténèbres amoncelées par les hommes de mal, il y avait trop de clartés, trop de lueurs ménagées du côté du Ciel !

Cette faute, la plus grave dans son genre, parmi toutes les fautes d'ici -bas,, elle porte un nom à part. Ce n'est ni un homicide, ni un fratricide; ni un parricide, ni un régicide : parce qu'elle a atteint dans sa Personne, Celui qui, Messie dans le temps, est Fils de Dieu dans l'éternité..., elle se nomme le Déicide 1

Encore une fois, voilà dans quel abîme do malheurs,

1 Maiinoniilo, des lîoiSf cap. ii, au mil.

le Sanhédrin, cette mauvaise Assemblée, a précipité la nation juive, précipité notre pauvre peuple !

Cependant à cette faute, si énorme soit-elle, il y a eu toujours devant Dieu, et il y aura toujours devant Dieu, en faveur du peuple, une circonstance atténuante : V ignorance, quoique vincible, causée par le Sanhédrin . C'est cette ignorance que Jésus, sur la croix, a jetée, comme une clameur de miséricorde, du côté du ciel : Mon Père, pardonnez-ïeur, car ils ne savent ce qiCils fonl\ C'est d'elle, aussi, que s'est emparé saint Pierre, lorsque, excitant nos pères à la pénitence, il s'efforça de rendre à leurs cœurs, baissés et inclinés vers la terre, la confiance qu'ils avaient perdue : Mes Frères, je sais quen cela vous avez agi par ignorance. . . Failesdonc pénitence, afin que vos péchés soient effacés !

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