‹ Le Christ rejetéChapitre 14 sur 20 · CHAPITRE YI Le peuple trompé · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI Le peuple trompé

Parmi les liorames du peuple, plusieurs ont su et cru pleinement que Jt'^sus était le Messie, et ils lui sont demeurés fidèles. On peut nommer : Lazare, Zachée, Marthe, Marie, les saintes femmes de Galilée, l'aveugle-né, le centurion de Gapharnaum et toute sa maison, le lépreux reconnaissant, bon nombre de Samaritains, l'aveugle de Jéricho, beaucoup de malades guéris, soit en leur corps, soit en leur âme.

Mais le gros de la foule, composée de gens simples et ignorants, qui ne connaissaient pas les mystères des Ecritures, n'a jamais pleinement su que Jésus fût le Messie. Elle s'en est doutée dans plusieurs circonstances, éblouie qu'elle était par la doctrine sublime de Jésus et par la multitude de ses miracles. A la spontanéité do l'instinct, venait s'adjoindre, ])Our l'accroître.

la rumeur des affirmations catégoriques de Jésus, divulguées, ici, par i'aveugle-né, là, par les gens de Sama'ie, exempts, les uns et les autres, de l'obligation du silence imposée aux Apôtres. Laissée à ses bons instincts, la foule était donc entraînée par la pente du cœur, à voir, à reconnaître, en Jésus, le Messie qu'elle attendait. Les acclamations du jour des Rameaux en font foi. Mais comme, d'autre part, ces pauvres gens n'étaient pas éclairés, ils se sentaient en même temps tenus en suspens par les menaces du Sanhédrin, par l'opposition qu'il faisait à Jésus, et les calomnies qu'il répandait sur sa personne; en sorte qu'ils se demandaient, avec hésitation : N'est- ce pas celui-là quils cherchent à faire nioiD-ir'^. Cependant^ le voilà qui parle devant tout le monde sans qu'ils lui disent rien. Nos chefs auraienl-ils donc reconnu qnil est véritablement le Messie ^ ?

Dans une telle perplexité, on comprend qu'il ne fut pas difficile aux scribes et aux pharisiens de faire revenir le peuple de son bon mouvement.

A partir du jour des Rameaux, non-seulement toutes les menaces, précédemment fulminées contre quiconque oserait prononcer que Jésus était le Messie, sont de nouveau édictées; mais, nous voyons encore les membres du Sanhédrin s'emparer de la foule, agiter les esprits pour amoindrir le grand effet que produi-

* Joau , vu, 25-5G,

saicnt les derniers discours de Jésus, dans le Temple ou sous ses portiques.

L'antique erreur nationale, à l'endroit du Messie conquérant, pour s'être afTaiblie, n'était pas éteinte. Les noms magiques des Machabées, d'Ezécliias, de David et de Salomon, prononcés avec adresse et à propos, rappelaient de trop séduisants souvenirs.

Salomon avait étendu les frontières juives jusqu'à la mer Rouge et à l'Euphrate;... et, sous ce Jésus, qui se portait comme le grand Prophète, la Judée, plus que jamais, gémissait captive !

Salomon ne paraissait on public qu'étincelant de pourpre et de pierreries;... et le Nazaréen avait pour tout vêtement une tunique ; une corde pour ceinture ; il n'avait pas même une tanière comme lesrenco'dsde la forêt^.

Salomon avait fait aflluer de si grandes richesses à Jérusalem que, de son temps, For et l'argent y ('(aient communs comme lea 2)ierres^ ...F^t son trône d'ivoire avec les douze lions de marbre qui en gardaient les degrés, et ses palais de bois do cèdre, et sa vaisselle d'or, et ses écuries, et ses chevaux, et les présents des peuples !... Allez donc lui comparer le fils de Joseph, né, on se le rappelle, dans une étable, sur de la paille, parce que l'obscur charpentier, son père, n'avait pu même être reçu dans la dernière hôtellerie!

1 Malh., viii, 20, ' I Paralip., i, 15.

Et tandis que, de la sorte, on amoindrissait directement la personne du Messie; d'autre part, on achevait d'éteindre le prestige de ses miracles, en les attribuant soit à Béelzébub ^, soit à des pratiques de magie -.

Il n'en fallait pas tant pour réveiller, dans l'âme du peuple, et y ressusciter l'antique erreur. Elle reparut donc plus forte, plus vivante, plusexigeante que jamais. Il ne lui manquait qu'une dernière secousse, une occasion de se produire. Cette occasion lui fut donnée le jour du Vendredi-Saint.

Lorsque Jérusalem, tout entière, se trouvait massée au pied du tribunal de Pilate, il y eut un moment où le gouverneur romain, entièrement convaincu de la parfaite innocence de Jésus, haletait d'efforts pour le sauver. Tout à coup, un éclair d'opportunisme passa dans son âme : le parallèle entre Jésus et Barabbas!...

S'adressant donc à la foule :

C^cst la couiuine parmi vous que je vous délivre un criminel à la Pdque: lequel voulez-vous que je vous délivre, Barabbas ou Jésus qu on appelle le Messie^?

Il y eut un instant de solennel silence.

L,e peuple n'avait que peu de temps pour faire so:i

i Marc, m, 22 ; Malli., ix, 34.

2 Pour affaiblir Ja portée des miracles de Jésus, les rabbins les ont encore attribués à la vertu du nom ineffable de Jé/tova dont Jésus aurait su dérober la véritable prononciation, en pénétrant secrètement dans le Saint des Saints, ouvert au feul grand Prêtre, une (Vis l'an. — Ceci se lit dans le livre Tholedot-Yrschu (Histoire de Jésus), en hébreu-rabbinique, ouvrage le plus blasphématoire qui ait été écrit sur Jésus-Christ.

3 Joan., xviu,, o9; Matth., xxvii, 17. j

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choix et se prononcer entre les deux; mais ce temps suffît aux pharisiens et aux autres membres du Sanhédrin pour s'emparer de tous les esprits. On les vit, comme des serpents d'enfer, courir à travers l'immense foule. Bientôt chacun de ceux qui la composaient fut atteint de leur venin...

Deux cris retentirent :

OteSf ôtez celui -ci. . . .

Délivrez-nous Barabbas !

C'était fini... L'erreur nationale avait si puissamment repris son empire, qu'à défaut de Salomon, le peuple se décidait à accepter, pour Messie, un chef de bandes, pourvu qu'à sa main appariit et brillât un glaive *.

C'est ainsi que le Sanhédrin, Assemblée nationale de

1 Chose très singulière ! Barabbas, ainsi préféré à Jésus, est devenu, par une permission divine, comme le tyjjc des faux Messies sur les pas desquels les Juifs, haletants, accablés de fatigues et de déceptions, devaient courir durant tant de siècles. Presque tous ces faux Messies ont été des chefs de bandes. Ils sont au nombre de vingt-cinq. En voici les noms :

1. T/ieudcLs, en Palestine, Tan 45. 10. Un autre, en France, l'an 1137.

2. Simon le Magicien, en Pales- 11. Un autre, en Perse, Tannée suitine, de l'an 34 à l'an 37. vante.

3. Ménandre, même époque. i2. Un autre, à Gordoue, l'an 1157.

4. Dosit^'e, en Palestine, de l'an 50 13. Un autre, dix ans plus tard, ù à l'an eO. Fez, l'an 1167.

5. iîar-7voc/i&as, en Palestine, l'an 14. Vers la même époque, un autre. 138. en Arabie, 1107.

0. Moïse, dans l'Ile de Crète, l'an 15. Peu après, un autre, vers l'Eu- 43 i. phrate.

7. Julien, en Palestine, l'an 530. 1(). \'n autre, en Perse, l'an 1174.

. 8. Un Syrien, sous le règne de 17. David-Almusser, en Moravie, Léon TLsauiien, l'an 721. l'an 1170.

'.'. Sérénus, en Esjjagne, l'an 724.

la Judée, a trompé et dévoyé les tribus d'Israël, les fils de Jacob, nos pauvres frères ! . . Grand enseignement pour les nations qui confient leurs destinées à des assemblées représentatives ! l'avenir, c'est-à-dire la Religion et la Patrie dépendent des hommes qu'on choisit pour aller siéger.

Le peuple juif, dans ses espérances messianiques, a donc été trompé et perverti par ses chefs.

Lorsqu'on rapproche le Vendredi- Saint du jour des Rameaux, l'esprit demeure stupéfait et confondu. C'est là certainement, parmi les revirements populaires, l'un des plus étranges, des plus subits, des plus inouïs. Cependant en France, mieux que partout ailleurs, nous sommes à même de le comprendre et de l'admettre. Car ce n'est pas seulement à Jérusalem qu'il y a eu des hommes féconds en artifices, qui ont trouvé le moyen de séduire et de pervertir le peuple!

Notre pauvre peuple fut tellement retourné dans ses

18. Un autre, durant la vie du R. 22. Un autre, en Espagne, l'an 1534. SaL Adrath, l'an 1280. 23. Un autre, dans les Indes-Orien-

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