INTRODUCTION
Un auteur célèbre , à qui la plupart des Eglises particulières du Nouveau - Monde , et surtout celles de Ic^ Chine et du Japon , ont des obligations essentielles , exhorte en ces termes les écrivains de ce siècle à consacrer leur plume à l'histoire de ces deux belles monarchies :
« Si Ton publie tous les jours tant de critiques , de dissertations et de remarques sur des points controversés de l'histoire ancienne et nouvelle , ecclésiastique et profane ; si tant de savants croient que ce sont des recherches dignes de leur application que d'examiner par exemple l'origine de Romulus , ou la venue d'Enée en Italie , ou les dynasties des Egyptiens , ou les contunies de Sparte et d'Athènes , et mille antiquités de cette nature : croilous-iious ({ue ce soit une cliose indigne de i'^iir ciumo--.
VI INTRODICTION.
site de vouloir connaître le génie et les coutumes (Vnue nation aussi fameuse que celle des Chinois , dont l'empire , le plus ancien qu'on ait encore \u, surpasse autant par sa magnilicence que par la multitude de ses sujets celui des anciens Romains ; d'une nation d'ailleurs qui ne le cède point ni en esprit ni en politesse aux nations les plus civilisées de l'Europe ? Je ne dis rien de l'empire du Japon , le plus puissant et le plus considérable de tout l'Orient par la qualité de ses habitants , les plus braves et les plus spirituels qu'on ait trouvés en ce Nouveau-jlonde.
» Quand donc on ne considérerait que l'histoire en général , on a sujet de dire que les personnes qui y prennent plaisir ne perdraient pas le temps qu'elles mettraient à lire celle-ci ; mais il y a quelque chose de plu? engageant pour ceux qui prennent intérêt à l'histoire de l'Eglise ; car y a-t-il aucune partie de cMte histoire plus importante dans ces derniers temps que celle de l'établissement de la foi au Japon et à la Chine? Et que trouvera-t-on de plus éclatant dans les premiers siècles du christianisme que ce qui s'est fait de notre temps dans ce pays- là? »
J'essaierai donc de retracer les merveilles de ces cou-
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qiièles du christiaiiisnie : et la curiosité purement luiniaiue , eu même temps que le /èle religieux , trouvera peut-être quelque intérêt à ce simple récit. Je sais que les difficultés se présentent en foule à l'historien , quand il s'agit de faits qui se sont passés loin de nous , et qu'il s'occupe de localités , d'usages et de noms qui nous sont complètement étrangers. Les études sont bien difficiles quand tout est nouveau. J'en ai fait l'expérience en me livrant à celle-ci; tous les noms me paraissaient semblables ; je confondais les personnes avec les lieux ; tout m'échappait sitôt que je l'avais lu. Il faut bien du temps et de la patience avant que des idées toutes nouvelles aient fait une forte impression sur le cerveau. Mais aussi quand la doctrine est liée à des faits qui frappent l'imagination , les idées sont bien plus durables. Des faits , pourvu qu'ils soient suivis et qu'ils s'enchaînent , sont plus agréables et plus utiles qu'une histoire exacte, méthodique, complète et écrite suivant les règles de l'art.
Cette vérité , qu'on pourrait assurément contester pour les histoires des peuples européens ou des grands empires de l'antifpiité , me paraît sans réplique quand il s'agit des régions lointaines (pic anus ne coiniaissous qu'impar-
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fîiitement , et surtout quand on n'a d'autre l)ut que de provoquer l'édification et d'animer la foi des chrétiens. Les relations scientifiques et les annales des empires seraient donc inutiles dans ces sortes d'ouvrages , et , indépendamment du cadre étroit qui leur est tracé et qui les enferme dans une spécialité exclusive , il serait encore à craindre que l'obscurité inséparable des excursions historiques et des longueurs de détails ne nuisît au but que se propose l'historien , et aux utiles résultats qu'il attend de ses travaux.
Ce n'est donc pas une i)iston'e du Japon que nous offrons aujourd'hui à nos lecteurs , mais l'histoire du christianisme dans cet empire. Comme elle se lie essentiellement aux faits généraux , il restera encore une connaissance suffisante des usages et des mœurs du Japon , pour qu'on puisse s'en former une idée, sans qu'il soit besoin de remonter aux relations archéologiques, qui sont d'ailleurs environnées de ténèbres.
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