CHAPITRE X. m
et du prince d'Omura; mais les larmes qui y l'urenl ré- [>andues firent plus d'honneur à la mémoire de ces deux grands princes , que les magnifiques mausolées qu'on leur érigea et que les éloges dont on orna leurs tombeaux.
D'un autre côté, le roi de Bungo, Constantin Joscimon, qui , depuis son baptême jusqu'après la mort du glorieux roi son père, s'était toujours conduit en chrétien , apostasia lâchement , et se fit persécuteur, pour imiter l'empereur et obtenir ses bonnes grâces. Ainsi les premiers martyrs que la persécution du Japon ait donnés à l'Eglise , périrent par l'ordre d'un roi chrétien.
Le premier de ces illustres confesseurs fut un vieillard qui avait long-temps servi sous le règne précédent; le feu roi, qui l'estimait, s'était donné la peirje de l'instruire luimême; il se nommait Joram Macama : on lui trancha la tète , et son corps fut exposé aux fourches ; mais les chrétiens l'enlevèrent et lui donnèrent une sépulture digne d'un confesseur de Jésus- Christ. Le roi fit ce qu'il put pour découvrir les auteurs de cet enlèvement ; il n'y réussit pas, et il en fit porter la peine aux parents et à quelques amis du défunt, qui furent décapités. Un autre chrétien , appelé Joachim, qui , depuis le départ des missionnaires , s'occupait avec IMacama à fortifier la foi des fidèles , reçut la même récompense de son zèle ; on ne put avoir son corps, mais celui de Macama l'ut secrètement transféré à Arima, où les fidèles lui rendirent tous les honneurs qui lui étaient dus. Le Ciel fit en même temps connaître combien la mort de ce vertueux catéchiste avait été précieuse devant Dieu : le délateur dont on s'était servi [)Our le perdre , fut frappé , peu de jours après , d'un ulcère à la langue qui, après la lui avoir rongée et pourrie jusqu'à la racine, le fit expirer dans les douleurs les plus aiguës, accom[mgnées d'une infection insupportable. Le sort d'un idolâtre fort entêté , et qui avait eu la confiscation du saint martyr, fut bien différent ; à peine fut-il entré en possession du logis qu'avait occupé le saint martyr, que, changé lout-à-coup en un autre homme , il n'eût point
de repos qu'il n'eût été instruit et baptisé ; ensuite, se jugeant indigue d'habiter la maison d'un saint, il en lit une chapelle, et alla se loger ailleurs.
Un prince du caractère dont était Joscimon , est beaucoup plus à craindre qu'un tyran, par la raison qu'un tyran, parmi plusieurs nuiuvaises qualités, en a d'ordinaire quelques bonnes dont on ressent de temps en temps les etVets ; au lieu qu'un roi faible et inconstant se livrant toujouia aux conseils les plus pernicieux de ses courtisans, ou peut dire qu'il a en (pielque sorte tous leuis vices, et qu'il est capable de tout ce que chacun en particulier peut taire de mal. Cela parut évidenmient dans le roi deBuugo; mais, malgré tous ses efforts, ce prince s'aperçut bientôt qu'il ne serait pas aisé d'exterminer le christianisme de ses états. L'action d'une femme de ijualilé l'en persuada d'une manieic qui lui fut bien sensible : cette dame parut un jour en public un chapelet au cou -, le roi en colère lui demanda qui l'avait rendue si téméiaire , pour oser se montrer en ctl état devant lui . « Seigneur, répondit-elle, c'est nu présent que vous m'avez fait; je ne pensais pas qu'il y eût de l'insolence à se parer des bienfaits de son prince. »
La reine Julie, veuve de Civandono, et les princesses Thècle et Maxence , sœurs du roi, ne tirent pas moins paraître de fermeté. Joscinon n'omit rien pour les engager à sacrifier aux idoles, connue il faisait lui-même au giand scandale des fidèles , et il les menaça d'exil si elles ne se lendaient à ses instances; mais ces trois princesses déclarèrent ouvertement qu'il n'y avait rien qu'elles ne fussent dans la disposition de sacrifier à leur foi, et le roi n'osa les pousser : il alla plus loin à l'égard de Scingandouo , et d'un autre grand seigneur nommé Léon-, il conlisqua leurs biens, et les réduisit à une extrême pauvreté , qu'ils souffrirent avec joie.
Ce fut vers ce temps-là que l'empereur , sur la nouvelle de l'arrivée d'un navire portugais à Firando, renouvela ses ordres touchant rembarquement des missionnaires. Dominique Montéro, qui commandait le vaisseau, ne crut pas