CHAPITRE X
récompense de ses veilus. Dans le peu de temps qu'il avait été chrétien, il élait parvenu à une si sublime perfection , qu'il était l'admiration des fidèles : on peut dire qu'après l'Apôtre de TOrionl , personne n'a pins contribué que Civandono à la conversion des Japonais. Ce qu'on mandait tons les ans en Europe des soins qn'il se donnait pour la propagation du christianisme, faisait renouveler à chaque fois les vœux qu'on formait pour la conversion d'un prince qui était presque apôtre avant d'être chrétien. Enfin , le P. Aquaviva , général de la Compagnie de Jésus , ordonna des prières publiques dans fout son Ordre , pour obtenir du Ciel une chose qu'il croyait devoir être si avantageuse à la ndigion, et le pape Grégoire \ni accorda, à la même intention , une indulgence plénière en forme de jubilé. Le roi de Bungo élait bien persuadé du tendre et sincère attachement que les Jésuites avaient pour sa personne, et du zèle qu'ils témoignaient pour son salut éternel; c'est pourquoi, après son baplême, il avait coutume dédire qu'il était enfant de la Compagnie de Jésus. S'il disait vrai à l'égard de toute la Compagnie , nui l'avait véritablement enfanté a Jésus-Christ, les Jésuites du Japon pouvaient avec autant de justice l'appeler leur Père; car jamais il ne s'épargna en rien quand il fut (juestion de leur donner des marques efficaces de sa bonté et Ton ne se pourra jamais figurer jusqu'où allait son attention à rechercher toutes les occasions de leur faire plaisir. Quant aux vertus particulières de cet incomparable prince, on peut dire qu'il eut, dans un degré éminent, toutes celles qui font les plus grands saints. Ses austérités étaient extrêmes, son oraison continuelle; sa patience invincible, sa douceur inallérable. iNoiis avons dit qu'il s'était engagé par vrru à obéir aux moindres avis de ses confesseurs, en ce qui concernerait le salut de son âme; il fut d'une fidélité étonnant<3 à s'acquitter de cette obligation qu'il s'était si généreusement imposée. Sa dévotion pour la Reine des anges était des plus tendres; tous les jours au matin, il assemblait sa maison pour réciter en commun et à genoux la troisième partie du rosaire , et il achevait le reste en son particulier.
Tout son temps était ré^\é : il se confessait el il communiait tous les jom^s : el chaque année; il se retirait l'espace de huit jours au noviciat des Jésuifes de Vosuqui , pour y faire les exercices de Saint- Ignace. On |>eul juger de son zèle pour le salut des âmes par ce que disaient les missionnaires qui l'avaient le plus connu , qu'il y avait peu de chréliens au Japon dont il n'eût procuré directement ou indirectemeu! la conversion ; par le nombre des temples d'idoles el des maisons de bonzes qu'il renversa quelques-uns le font monter à trois mille , et par ce que lui-même assurail, qu'il n'était point de nuit qu'il ne s'éveillât eu pensant à de nouveaux moyens d'élendre la religion. La pureté et la vivacité de sa foi passèrent tout ce qu'on en peut dire; mais ce qui fit son caractère dominant, et ce qui lui a mérité une place si distinguée parmi les héros du christianisme, c'est son inébranlable constance dans les plus grandes adversités. Pendant la dernière guerre que le roi de Saxuma fit au prince son fils , la peste s'élant mise dans la citadelle de Vosuqui, qu'il avait conservée, ou le vit quelque temps obligé d'errer presque seul, comme un autre David, dans les bois et les montagnes, plus touché de voir son fils révolté contre Dieu . qu'il ne l'était de voir *ia famille et tous ses états à la merci d'un ennemi cruel, et d'avoir à essuyer les rejiroches el les malédictions de plus d'un Sémeï.
Après la réduction du Ximo , il se retira avec le P. François Laguna, son confesseur, pour ne plus vaquer qu'à Dieu dans la solitude; mais son âme, épurée par tant de tribulations, était un fruit mùr pour le ciel. Le chagrin qu'il avait eu de voir de toutes parts les églises renversées, les pasteurs en fuite et le troupeau dispei-^é, contribua à avancer ses jours ; el Dieu se hâta sans doute de l'attirer au ciel , pour lui épargner la vue des malheurs qui menaçaient la chrétienté du Japon. On peut dire que sa mort fut précieuse devant Dieu et devant les hommes , et les merveilles ipii se sont faites à son tombeau, ont fait penser à lui rendre les honneurs des saints ; au reste , on n'épargna rien pour rendre célèbres les obsèques du roi de Bungo