‹ Le Christianisme au JaponChapitre 83 sur 108 · CHAPITRE .WIV. 2To · texte numérisé non relu

CHAPITRE .WIV. 2To

Xuquctîtlaiii , |jariil tur luic espèce (Je li i!)uual coitvcil des plus beaux lapis de la (ihine, et a peine tut-il placé, (pi'il (!onna ordre qiroii eoinmeiieal rexéculion.

Aussilôl ceux (|ui devaieiil èlie hiùlés furent liés à leurs pitleaux , (;t a^aut qu'on niit le l'eu au bois ou se mit eu devoif tie décapiter les autres. Dans ce iriomenl le P. Spinela , ([ui était placé le pieuiier du côté de cette troupe de leniuies et d'enfants, aperçut Isabelle Fernande/, cliez laquelle il avait été arrêté : il se souvint alors que, la veille du jour qu'il fut plis, il avait baptisé un des enfants de cette femme , et qu'il l'avait nommé Ignace , parce qu'il était \enu au monde le jour de la fête du saint fondateur des Jésuites. L'enfant était derrière sa mère , et le père ne le voyait point, ce qui lui fit craindre qu'on ne l'eût caché. X Où est mon petit Ignace ? s'écria-t-il en s'adi'essanl a Isabelle; qu'en a-t-on fait? — l.e voilà, reprit la mèi'e , prenant son tils entre ses bras et le montrant au saint homme ; je n'ai eu garde de le priver du seid boidieur que je suis en état de lui procurer. » Puis elle dit à l'enfant : u Mon fils, voilà celui qui vous a fait chrétien , demandezlui sa bénédiction. « L'enfant aussitôt se mit à genoux et joignit les n)ains ; ce qu'il fil d'un air si touchant, ([ue , comme sa beauté et l'action de sa mère avaient attiré de ce LÔté-là les yeux des s|)ectaleurs, il s'éleva tout-à-coup un bruit confus de cris et de gémissements dont on appréhenda les suites.

On commença l'exécution , et dans l'instant on vil voler deux ou trois tètes , qui allèrent tomber aux pieds du petit Ignace : il n'en p'ariit pas plus étonné. On vint à sa mère : il en vit sauter la tète connue celle des autres, et il ne changea pas même de couleur. Entin , avec une intrépidité qui surprit et attendrit tout le monde, il reçut le coup de la mort sans avoir donné la moindre manpie de faiblesse. On rap- |)orte de cet admirable enfant (jue ses parents, au moment de sa naissance, l'avaient oITert au Seigneur pour le ser\ir dans la Compagnie de Jésus. On ajoute qu'à la nouvelle de la mort de son père , qui fut brûlé vif avec Léonard (j'ihnu-

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la , il je mil à critM' en be^Mxaiil nu'il serait aussi inailyr. Puis , se lounianl du côte de sa mère : Oui , rtprii-il, je serai martyr, et vous aussi , ma Uès-chere mère ; mais ma sœur ne le sera poiut. Pretiiclion que révèneiueul ^erijia en tout point. Sa mère avait eu aussi le mèine presseulimeul dès son enlanee , et toute sa Nie n'avait été qu'une préparation au niartyie. Elle entra au lieu du combat tenant d'une main un eniciiixet un chapelet de l'autre , en chantant le psaume Laudafc Dominuin , uinnes gtntvii. Dès ijue cette première bande eut consonnné son sacrifice, on plaça les tèles vis-avis de ceu\ qui devaient être brûles, et on alluma le l'eu : il était éloigne de vingt-cinq pieds des ptsti aux , et tellement disposé que le l'eu ne gagnait que l'oit lentement; on avait même soin de leteindre quand on Miyait iju'il gagnait Ir'^p vite.

Tout t'tatii ainsi dispose, le P. Spiuola doiiua rab-ululiou à Lucie Fraïte/, qui se trouva atiiicliee a côte de lui , comme elle l'avait fort souhaite ; puis, se tournant du côté de Xuquendaïu . il lui dit d'un ton assez haut qu'il voyait bi»^n en ce moment ce que les r«digieu\ de l'Europe venaient chercher au Japon, et (]ue leur joie , au milieu d'un si aflreux supplice, devait lever pour toujours les soupçons dont on s'était laisse préxenir. Il fit ensnite a l'assemblée une courte exhortation : il avertit i[ue ce l'eu ipti les brûlait n'était que l'ombre de celui dont le vrai Dieu punira éternellement ceux qui auront rel'usi' de le reconnaître , ou qui, après l'avoir reconnu , l'auront mal ser\i. Enfin, le l'eu commençii a s'approchei' . et les martyrs en ressentirent les plus vives atteintes : a les \oir. les yeux doucement élevés \ers le cieJ et l'esprit connue abîmé eu Dieu . ou aurait dit que le Seigneur leur a\ait ôlé tout sentiment de doideur. An bout d'une heure et demie . un petit \ent s'éleva et pous.-a quelques charbons ardents sur le P. Spiuola : sa soutane s'enflaunna , il parut tout eu feu ; ses liens se brûlèrent, et, ne pouvant plus se soutenir, il tomba et expira dans Pinstant.

Apres la mort du P. Spinola , le feu s'approcha peu à peu des autres, et ce ne lut qu'apiès trois heuies de soulfrances.

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>\uo le \*. Oiiinuiin ri nn noninn'' Antoine Santra , tjui élaif-nt a Tauli»' exlrrniilt^ , obliiirenl la palme ; c'est ce (\ue rapportèrent des personnes diornes de loi , qni mesurèrent le temps avec des sahles. Il ne manquait rien a la Lrloire de la rrligjoii , s'il n'ét.iil arrive a cette «glorieuse troupe ce (pii arriva aux quarante marl\r« de Sét»aslr; : trois Japonais, appelés JJoininiqiie Tandii , Uié^o Kindtaie et Paul Nangavi , ions lioi? religieux du nieme orrlie, Iroulilereid la joie de cette journée. Des la pcisoii, le P. Spinola , (pii les \il IVul entêtés sur une chose tout-à-l'ail dérai-ounatde , se ciid obligé <ie leur taire une pelile eoriection , d'autant plus cpTil s'agissait d'une désobéissance à l'égard de leur supérieur, qui était {)ri«onnier avec eux ; ils n'eiueut jtas plus d'égard a la remontrance du saiul honuue , (ju'ils n'en avaient eu à l'ordre de , celui f|ui leur tenait la place de Dieu : ce qui lit dire au P. Spinola qu'il elail bien a craindre (pie ces jeunes leligieux ne parvinssent point à la gloire du martyre. On a su celte circonstance dun garde de la prison d'Omura, qui entendit cette menace du Père , et qui , après en avoir vu 1 acconiftlissement , conçut une liante idée du serviteur de Dieu ; il juiblia même partout cette prédiction , ce qui servit beaucoup à consoler les tidèles. Q'joi qu'il eu soit , ces troi> mallieuremii commencèrent à peine à sentir un peu viveTnent 1 impression du lèu , (pi'on les aperçut taire mille grimaces et mille contorsions. Lu des jeunes jésuites , nommé Louis Cavara , qui se trouva auprès d'eux , fit tous ses efforts pour les anim.er k la con.stance; plusieurs chréliens même s'avancèrent pour seconder Cavara : mais tout fut inutile; de la sensibilité ils lombèn^nt bientôt dans l'inqiatience , et de I inqjatience dans le désespoir : il;> rompirent leurs cordes , ce qu'on avait exprès rendu fort aisé a lou? ; ils coururent de toutes leiu's forces vers le président, et le supplièrent de leur donner la vie au noiiid'Amida, qu'ils inxoquèrent le plus haut qu'ils pouvaient. On n'entendit pas Nangavi donner ce signe abominable d'apostasie , et presque tous ont écrit qu'il était retoiirné de lui-même à .son poteau , et qu'il v avait achevé avec constance le sr.crifice volontaire de sa

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\ie -, mais, pour les denx autres, iis furent bien étonnés lorsque Xuquendaïu, contre la parole qu'il en avait donnée, les fit rejeter dans le feu : ils eurent beau crier et se lamenter ; le président fut inexorable , et il leur en coiMa autant pour gagner l'enfer ', qu'aux autres pour mériter la couronne de gloire. Tou«î les historiens du Japon , excepté le P. Bartoli, assurent que Xangaxi était un séculier, et mettent sa femme, nommée Thècle, parmi ceux qui furent décapités ce jour-là.

On n'est pas d'accord sur le jour oii cette exécution eut lieu , qui fut nommée le grand martyre , à cause du nombre et de la qualité de ceux qui signèrent la vérité de leur sang ; les mis la mettent au "2 septembre , les autres au 10. Cependant le feu était [)res([ue éteint partout , et le P. (Juimura était encore debout attaché à son poteau , le l'eu n'ayant point du tout approché de lui. Dès le commencement , il avait toujours paru comme abîmé dans une douce contemplation ; seulement au bout de trois heures, on l'aperçut qiii baissait la tète en jetant un soupir : alors la plupart, persuadés ([u'il expirait , [ioussèrent au ciel des cris de bénédiction , comme pour accompagner sa grande âme an trône de Dieuj mais quel([ues-uns ont cru qu'on avait fuis un simple évanouissement pour un dernier soupir, et cela sur la parole des soldats , qui dirent (|ue la nuit suivante , tandis ipi'ils étaient de garde au lieu du supplice , ils avaient entendu du côté du Père une voix qui prononçait JV,«//s , Maria. Quoi (pi'il en soit , les martyrs ne donnaiit plus eancun signe de vie , les soldats, selon l'ordre qu'ils en avaient reçu, entourèrent le lieu du supi)lice, et gardèrent l'espace de deux ou trois jours les corps , dont on voulut faire un spectacle d'horreur; ensuite ils mirent en un monc<;au tous ces corps, les poteaux , et jusqu'à la terre, (pii se trouva teinte de sang, V mirent le feu , et , après que tout fut consumé, ils jetèrent les cendres au vent. On donna toutefois aux tidèles le corps de Marie Ouinnn-a , veuve du saint martyr André Tociian , parce qu'elle était nièce de Feizo; et, dans la confusion avec laquelle tout cela F(^ lit, il ne fut pas possible d'empécîier

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que les fidèles n'enlevasseni bien des reliques. Mais tandis que les infidèles l'aisaient tous leurs efforts pour abolir la mémoire de ces saints , le Ciel relevait leur ploire par plusieurs prodiges.

L'an 1630, Emmanuel de Sosa , Portugais, interrogé

juridiquement au tribunal de l'archevêque de Manille, qui

avait commission du Saint-Siège pour faire les informations

touchant la vie et la mort du I*. Charles Spinola, attesta par

serment que le jour de ce martyre, sur les huit ou neuf

heures du soir, lui et Simon Paëz avaient aperçu une grande

lumière sur le lieu de rexéculion ; qu'elle dura au moins

deux heures-, que, la nuit suivante, ils l'avaient encore

aperçue , et qu'après l'avoir attentivement considérée et fort

long-temps, ils s'étaient retirés lorsqu'elle brillait encore. 11

ajouta qu'on avait publié dans Xangazaqui comme une chose

constante, que la nuit ({ui suivit le grand martyre quelques

pêcheurs chrétiens, étant dans leur barque en pleine mer,

environ à un ([uart de lieue de terre , virent sur la sainte

montagne beaucoup de lumières qui [)araissaient marcher

par ordre , et que parmi les autres, ils en distinguèrent une

qui jetait uu éclat merveilleux; que sur leur rapport, les

habitants de Xangazaipii avaient demandé aux soldais qui

gardaient le lieu du supplice s'ils n'avaient rien vu , et que

i.euv-ci avaient lait réponse que, la même nuil, ils avaient

aperçu tous les cor|»s des martyrs se relever, ceux même

qui avaient été décapités, s'élant tout-à-coup trouvés dans

leur entier; ({u'ils portaient tous un llambeau allumé, que

celui du P. Spinola leur avait semblé plus éclatant (jue les

autres , et (pi'ils avaient formé une procession , eu chantant

les louanges du Dieu des chrétiens; ([ue cela avait duré

quelque tenqts, après (pioi tous les (lambeaux s'étant éteints,

les corps s'étaient remis à leurs places et dans l'élat où ils

titaient au[»aravanl. Sosa dit en outre (pi'après le témoignage

de ces soldats, ce l'ail courut tout le pays, el conune il

causait de gr.'mdes rumeurs , (îon/oco appela les soldats, el

leur défendit, sous peine de la vie, de parler jamais de ce

qu'ils avaient vu. Telle fut la déposition de ce Portugais. Elle

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