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Un nouveau Cours de pédagogie, p

298 LE GHRISTIANISMB ET L iLYENIR

en progrès? N'est-il pas navrant de voir, chez la nation que le monde s'est habitué à Tcg-arder comme la plus profondément pénétrée des vertus chevaleresques, des légions d'instituteurs qui se font de Tantipatriotisme une gloire, et ne s'y est-il pas rencontré hier un misérable qui, réalisant un geste oratoire d'un apôtre de la morale et de l'intérêt, a planté le drapeau d'un régiment français dans Timmondice?

Ne vous semble-t-il pas, après cet exposé, que la preuve expérimentale que nous demandions à l'histoire contemporaine est complète, et ne sommesnous pas autorisés à conclure, avec le Concile du Vatican, que la Révélation divine et les secours positifs de la Rédemption du Christ sont nécessaires à la conservation morale des sociétés?

Mais alors, n'aurons-nous donc qu'à nous laisser périr et, pareils aux disciples de l'Islam, à attendre que l'inexorable destin suspendu sur nos têtes nous voue prochainement à la ruine?

C'était là, paraît-il, le jugement que Taine, parvenu à la fin de sa carrière, portait sur son pays : « Nous assistons, disait-il, au suicide de la France ! »

Taine, en observateur consciencieux des événements sociaux, mais dépourvu des lumières surnaturelles que seule la Foi peut donner au croyant, devait en juger ainsi. Taine ne savait pas, ne pouvait naturellement savoir que, par delà la superficie des choses que voient nos yeux et que palpent nos mains, par delà les réalités invisibles que notre raison est capable de discerner et sur lesquelles spécule la sagesse humaine, il y a un monde,

le plus profond des mondes, aussi réel que ceux qui se dévoilent à nos sens ou sont accessibles aux investigations de la philosophie^ un monde que l'œil de Thomrae ne voit point, que son oreille n'entend point et que Dieu a préparé aux âmes qui Taiment et qui ont foi en son autorité.

Lorsque, il y a 19 siècles, l'empire romain recouvrait le mondé de la puissance de ses armées; lorsque Auguste, Tibère, entourés d'une élite de patriciens, tenaient sous leurs pieds, tremblantes, inertes, avilies les foules esclaves chargées de pourvoir à leurs délassements raffinés, nul assurément parmi eux, s'il se fût avisé de jeter un regard vers l'avenir, n'eût songé qu'une petite pierre se détachait, à ce moment, d'une humble colline de la Judée et que, sous son choc, le vieux colosse païen serait, après une violente résistance de trois siècles, couché dans la poussière.

Conçoit-on rien de plus stupéfiant que cette merveille, qui est l'histoire primitive du christianisme, sur laquelle nous avons peine à arrêter longuement nos regards, tant elle nous est devenue familière, mais qui n'en reste pas moins le renversement de toutes les prévisions humaines : Douze hommes illettrés, ils ne connaissent que l'industrie grossière de la pêche ; sans ressources, ils se sont défaits même de leurs filets et de leur barque; étrangers au monde, ils n'ont pas quitté le voisinage de leur lac de Génésareth ; douze artisans, disciples d'un Maître que ses compatriotes ont honni, bafoué, pendu ignominieusement, entre deux criminels, à un gibet sur lequel il a rendu l'âme ; ces hommes viennent dire qu'ils ont revu, après

trois jours^ ce Maître qu'Israël avait crucifié, et qu'illdura dit : «c Allez, enseignez toutes les nations de la terre ; je demeurerai avec vous jusqu'à la consommation des siècles, yè

Et les douze partirent, et versèrent leur sang en confirmation de la foi qu'ils prêchaient ; et de nombreux disciples firent comme eux et, comme eux, vécurent de privations, de souffrances et subirent le martyre ; et les trente-trois premiers papes, de saint Pierre à saint Sylvestre, l'un après l'autre, durant trois siècles, tombèrent martyrs jusqu'à ce qu'en 313, l'édit de Constantin attestât solennellement le triomphe de la petite phalange des douze messagers galiléens sur toutes les forces réunies du paganisme de la Rome impériale.

« Ne savez-vous pas, avait dit le Christ, qu'il suffît d'un léger levain pour soulever une masse considérable de farine? »

« N'avez-vous pas remarqué, ajoutait-il, qu'une graine, à peine perceptible, déposée en terre, germe, se développe et donne naissance à un arbre aux larges et vigoureuses frondaisons, qui abritent les oiseaux du ciel ? »

Dites-moi, Mesdames et Messieurs, sommes-nous moins bien partagés que les premiers apôtres, les premiers papes, les premiers évêques, les premiers fidèles du christianisme naissant ?

Ne sentez- vous pas le levain qui vous travaiUe ? Ne voyez-vous pas les germes qui poussent, les plantes qui croissent, les moissons qui lèvent ?

J'ouvre les Annales des Missions Catholiques ^ et

1. Missiones catkolica cura S, Cong. de propagamia fide descriptae, Romae, 1907. Tabulae descrîptivae missionum, pp. 4<M4,

j'y lis que, de 1901 à 1907, donc dans le court espace de six années, le nombre des prêtres missionnaires s'est élevé de 31.889 à 42.922 ; celui des églises et des sanctuaires nouvellement érigés en pays de missions, de 37.713 à 46.868 et celui des fidèles convertis au catholicisme, de 25 millions 852.209 à 30.619.768.

Nous assistons à cette merveille, qui est nouvelle dans l'Eglise, de la femme missionnaire.

Ces humbles filles, les Sœurs de la Charité, les Sœurs du Sacré-Cœur de Marie de Berlaer, les Sœurs Franciscaines de Gand, les Sœurs de Notre- Dame, lès Ursulines, les Filles de la Croix, les Franciscaines de Marie, les Sœurs de Marie Réparatrice, les Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d'Afrique, pour ne citer que nos principales congrégations belges, s'en vont là-bas, intrépides et sereines, à Madagascar, en Birmanie, au Japon, en Chine, au Congo, soigner la lèpre ou la maladie du sommeil et dissiper, parmi les races dégénérées, les ombres de la mort.

Le matérialisme gangrène, il est vrai, certains tissus profonds du corps social et étale à sa surface les plaies répugnantes ou odieuses de la prostitution, de rinfécondité, du luxe, du jeu, de l'obscénité : mais il est douteux que jamais l'Eglise ait compté dans ses asiles plus d'âmes saintement éprises du besoin de prier et de s'immoler; dans ses hôpitaux et ses lazarets, au chevet des malades, dans les écoles populaires, plus de dévouement ; dans l'épiscopat, dans le clergé, chez l'élite de ses fidèles, plus de désintéressement, de pureté, de vie apostolique.

302 LE CHRISTIANISME ET l'aVENIR

La déchristianisation officielle des nations les désagrège, c'est vrai, et l'individualisme révolutionnaire met sens dessus dessous les couches sociales, c'est vrai encore ; mais admirez combien la communion des saints resserre les âmes restées fidèles à l'Eglise !

Où trouver aujourd'hui dans le monde, oîi trouver dans l'histoire des siècles écoulés, un spectacle comparable à celui des foules qui, de * toutes les régions de la catholicité, vont affirmer devant leur Père commun, Léon XIII ou Pie X, à Saint-Pierre de Rome, l'unité de leur foi et de leur amour?

Où trouver une organisation comparable à celle de ces 265 millions de fidèles et de prêtres, unis indissolublement aux mille évêques qui se partagent la juridiction du globe, et qui, comme un seul homme, s'inclinent non seulement devant les dogmes de l'Immaculée-Conception ou de l'Infaillibilité pontificale, maisju8q^e devant les décisions disciplinaires et même les désirs augustes du Souverain Pontife ?

Le catéchisme vous a appris que la véritable Eglise du Christ se reconnaît à son unité, sa sainteté, sa catholicité, son apostolicité. Eh bien, ditesmoi, la concevez-vous plus une dans sa foi catholique, plus fermement attachée à la succession apostolique, et ne jugez-vous pas que sa sainteté, qui évidemment ne peut être que relative dans des créatures humaines, est plus éclatante chez ses enfants fidèles qu'à aucune autre époque de l'histoire, réserve faite, peut-être, de l'ère de ses premières origines ?

Et cet autre signe de la divinité de l'Eglise du

Christ, le signe rouge de la persécution et de la haine, lui raanque-t-il aujourd'hui ?

Je ne parle pas des persécutions de TArménie ou de la Chine, je parle de celles des nations occidentales qui chantent des dithyrambes à la liberté et à la fraternité.

Confucius et Bouddha, Mahomet, Luther et Calvin sont couverts du respect, sinon de la bienveillance de la libre pensée : seul le catholicispae a le perpétuel honneur d'être haï par elle.

Qu'un religieux, un prêtre, traître à ses vœux, s'insurge contre le célibat; qu'un savant catholique sacrifie sa foi à une hypothèse éphémère, ils sont aussitôt sacrés pour le panthéon rationaliste.

La scène du Calvaire se renouvelle à tous les tournants de l'histoire.

Le Christ est élevé en croix entre deux larrons ; tandis que l'un des deux le maudit, l'autre fait appel à sa miséricorde.

Judas a empoché ses trente deniers ; la plupart des apôtres ont fui ; mais de saintes femmes prient et pleurent ; Jean recueille le testament de Taraour rédempteur et la Sainte Vierge Marie souffre le martyre de devoir survivre à son fils crucifié.

Il en est toujours ainsi, ô mon divin Jésus : la date de votre naissance est la date centrale de l'histoire ; votre doctrine est la pierre de touche des civilisations ; votre tombeau glorieux est le rendez-vous des controverses et votre Personne adorable est l'objet de la concentration de la haine et de l'amour. Seul, vous portez au front ce privilège sacré, seul vous êtes Dieu.

Naguère, un journaliste me demandait une réponse en deux mots à la question suivante : ce Le catholicisme a-t-il, selon vous, gagné ou perdu depuis un sîêcle ? »

Je lui répondis, — et je vous livre ma réponse pour ce qu'elle vaut — qu'à mon humble avis l'Eglise, depuis la Révolution française, a perdu en extension, mais a gagné indiscutablement en intensité.

La déchristianisation officielle est une occasion de scandale pour les faibles» et ceux-ci sont le nombre, mais elle trempe indirectement les meilleurs qui font à Notre-Seigneur Jésus-Christ un corps d'élite de premier ordre.

Le règne du Christ oscille comme un pendule.

Les oscillations sont tantôt plus amples, tantôt moins étendues, mais toutes sont isochrones.

Lorsque la prédication de l'Evangile et la morale chrétienne trouvent moins de sujets récepteurs, il semble que la vie se ramasse, se concentre plus puissante en ceux qui en sont les détenteurs privilégiés...

L'avenir de la patrie et de l'Eglise, dans notre pays, est donc en vos mains.

Vous êtes la race dont il sera dit dans l'avenir que vous aurez sauvé Israël : de semine virorum illorvm per quos salus facta est in Israël^.

Et en même temps que vous travaillerez à la prospérité morale de notre pays, vous travaillerez au proBt de l'Eglise universelle. Car, dans la* communauté invisible des âmes, chaque degré de vertu

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