‹ Le christianisme en Korée. [microform]Chapitre 2 sur 9 · LE PAYS · texte numérisé non relu

LE PAYS

§ 1. Géographie.

En 1889, des journaux du Canada répandaient la nouvelle que la femme d'un docteur missionnaire en Korée avait été jetée en prison et devait être pendue pour avoir prêché l'Evangile. Un vénérable pasteur, ému par cette détresse, pria le dimanche matin pour cette sœur en péril et il ajoutait : (( Tu sais, Seigneur, que la Korée est une île dans l'océan Pacifique... » (4). L'auteur d'un ouvrage important sur la Korée (2), avant de quitter l'Amérique en 1894, fit deviner à ses amis la position géographique de cette terre lointaine ; la mer Noire et la Méditerranée revenaient souvent dans leurs réponses, il leur semblait vaguement que la Korée était dans l'archipel de Grèce !

(i) Feitwick : The Church of Christ in Korea, p. 9. New- York, 191 1. (3) IsABELLA BiRD BiSHOP : Koreaond lier Neighbors. Londres, 1897.

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LE CHRISTJANISME EN KORÉE

Ces petites erreurs nous font sourire aujourd'hui, car, pendant la guerre russo-japonaise, nous avons été habitués à regarder une carte d'Extrême-Orient, et nous savons que la presqu'île de Korée, située environ «ntre les 34' et 48" degrés de latitude nord et entre les 122° et 128° degrés de longitude est, se trouve rattachée au nord à la Mandchourie, et s'avance vers le sud, séparant la mer du Japon à l'est de la mer Jaune à l'ouest.

L'ignorance dont la Korée a été l'objet, s'explique en partie si l'on songe que ce pays est resté strictement fermé à toute influence étrangère jusque vers 1880. Cet état d'isolement complet dans lequel les Koréens se sont maintenus depuis des siècles leur a valu le nom de (( nation ermite )>.

(( Le nom de Korée (1), usité en Occident, est la survivance d'une dynastie tombée en 1391. Le nouveau roi, le général Yi-Taï-tjo, en s'installant à Song-do, la capitale d'alors, envoya une ambassade en Chine pour expliquer son accession au trône, et demander un nouveau nom pour son royaume. 11 voulait appeler le pays (( Terre de la Clarté matinale », puisqu'il se trouve à l'orient asiatique, ou a Pays de la Paix harmonieuse ». Mais la cour de Chine répondit que l'ancien nom de

(i) L'orthographe des noms propres est variable à l'infini, chaque auteur a la sienne, cependant pour la Korée le K est employé par la grande majorité, et nous nous y sommes conformés.

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(( Chosen » qui datait du temps de Tane-Koun (personnage mythique qui commence l'histoire de Korée en 2332 av. J.-C), était préférable » (1). C'est ce nom qui tend maintenant à devenir officiel. Des expressionspoétiques comme (( pays de la fraîcheur matinale m servent souvent encore à désigner cette contrée.

L'aspect accidenté du pays frappe tous les voyageurs ; les collines succèdent aux collines, (( san way you san san pool chin » disent les Koréens, ce qui veut dire : (( par delà les collines, collines encore, collines sans nombre » (2). L'orographie générale de la presqu'île est cependant très simple. Au nord, le Paik-tu-san (montagne à la Tête blanche) est le point de départ d'une chaîne de montagnes qui se répand vers le sud, suivant d'assez près la côte est, puis bifurque vers la pointe sudouest. Tandis que le versant oriental est assez abrupt, du côté de l'occident s'étalent de nombreux contreforts^ qui donnent au pays cet aspect houleux.

Le Paik-tu-san donne naissance à deux fleuves qui forment la limite nord de Korée ; l'un, le Tumen, se dirige vers le nord-est, tandis que le Yalu vient se jeter au sud-ouest dans la mer Jaune. Sauf le Tumen, les principaux fleuves sont sur le versant occidental : le

(i) Bourdaret: En Corée, p. 34. PIon-Nourril. Paris, 1904.

(a) Jamks s. Gale: Korean Sketches, p. 11. New-York, Fleming H. Réveil C», 1898^

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tE CHRISTIANISME EX KORÉE

Nak-Tong, qui se jette dans le détroit de Korée, près de Fusan ; le Han, qui passe h Séoul, et le Taï-Tong, qui arrose Pyeng-YaDg. Les fleuves du nord, en raison des forêts denses, ont un régime constant, tandis que ceux du sud sont sujets à des crues considérables et rapides pendant la saison des pluies.

Les voies de communications ne sont pas encore très nombreuses, elles sont pourtant suffisantes pour mettre Séoul en rapport direct avec le monde entier. Une voie ferrée traverse la Korée dans toute sa longueur, de Fusan à Wi-ju, passant par Séoul et Pyeng- Yang et se reliant au nord avec le Transsibérien, de sorte que Séoul se trouve maintenant à environ 13 jours de Paris. Un tronçon unit la capitale à son port Chemulpo, sur la mer Jaune ; un autre tronçon la fera bientôt communiquer avec Won-san, excellent port sur la mer du Japon.

En dehors des chemins de fer, on voyage à cheval ou à pied sur des routes qui ne méritent pas ce titre tant elles sont mauvaises, couvertes en été d'une épaisse couche de poussière qui se transforme l'hiver en une boue immonde. Souvent, ces routes sont de simples pistes suivies par des animaux et utilisées par les hommes. Les ponts sont rares, et quand il y en a, ils ne résistent pas longtemps à la violence des crues.

La navigation fluviale n'est pas très développée,

LE CHR^STIA^aSME EN KORÉE

les fleuves n'offrent que de petits parcours au trafic des sampans ou des jonques, seul le Han serait susceptible, avec quelques travaux pour couper des rapides, de présenter une voie navigable de 250 kilomètres.

Un réseau télégraphique complet couvre le pays, il a supprimé un usage antique et pittoresque : à la nuit, on voyait s'allumer de colline en colline un feu, et cette longue chaîne de lumières vacillantes, partie de Séoul, gagnait les extrémités du royaume, disant ainsi au roi que ses sujets reposaient en paix.

Les villes sont peu nombreuses, quelques ports sur les côtes et, échelonnés sur la voie ferrée, plusieurs centres importants d'origine ancienne.

Séoul devint capitale en 1394. Le roi Yi-Taï-tjo, qui succéda à la dynastie de Ko-ryo (Korée), désirait non seulement changer le nom de son royaume, mais encore avoir une capitale bâtie par lui-même. Le choix d'une capitale est chose délicate, de même que pour l'emplacement d'une tombe, il faut s'en référer à la science desgéomanciens. Après plusieurs tâtonnements, le bonze Mou-hak, chargé de désigner la nouvelle capitale, indiqua Han-Yang, la Séoul (1) actuelle, comme étant le point favorable. <( En règle générale, pour qu'une ville soit dans une situation heureuse, il faut

(i) Séoul est employé à tort pour désigner Han-Yang ; il signifie simplement « la capitale ».

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qu'elle s'étale dans le fond d'une vallée traversée par un fleuve, de préférence coulant à l'est ; qu'elle soit •dominée par une montagne au nord, une autre au sud, et des collines à l'est et à l'ouest. Séoul réalise toutes ces -conditions.

Dès la fm de l'année 4394, le palais de Kiong-bok, ainsi que le temple des Tablettes ancestrales étaient terminés, et la cour venait s'installer à Han-Yang, à 80 kilomètres au sud de Song-do, l'ancienne capitale.

Immédiatement, avec le concours de deux cent mille hommes, les murs de la capitale furent élevés sous la direction de Cho-Cheung, en neuf ou dix mois. Ce sont les murs actuels qui donnent à la ville un air de forteresse imprenable » (i). La muraille est percée de huit portes qui, chacune, a un nom spécial : à l'ouest, porte de la Ferme-Droiture ; à l'est, porte de l'Humanité-Élevée ; au sud, porte de la Haute-Cérémonie ; au nord, porte de la Solennelle-Tranquillité ; au nord-ouest, porte de la Brillante-Loyauté ; au sud-est, porte des Morts, ou porte de la Royale- Splendeur ; les deux suivantes sont seules autorisées au passage des convois funèbres, c'est la porte de la Sortie-de-la-Royale-faveur à l'est, et la petite porte de la Droiture-Éclatante à l'ouest, par laquelle doivent passer les condannés aux exécutions.

(l) BOUHDARBT, Op. Cit., p. 36,

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(( Celui qui arrive à Séoul par la colline du Nam- San aperçoit, entre les arbres, un grand village aux toits de chaume. Il a d'abord peine à croire que ces cabanes enfumées soient la capitale de la Korée. Mais l'immense étendue qu'elles couvrent et la ceinture de remparts et de portes monumentales qui les enveloppe ne laisse aucun doute : Séoul est à nos pieds, et c'est une paysanne qui ne paye pas de mine. Pourtant, les chaumières ont un air bon enfant ; elles annoncent une grande pauvreté, mais ne sont pas tristes. Une lumière extrêmement pure et délicate baigne ce visage de pauvresse et en détaille tous les contours.

(( Epaisses et basses, les couvertures des toits se recroquevillent au soleil comme des chattes, elles semblent couver de très douces vies familiales ; les rues font des détours capricieux, et les angles des logig les font dévier ; quelques grandes chaussées traversent de part en part la capitale et tracent dans les quartiers confus de belles lignes droites (1). »

Sous l'influence des idées modernes d'hygiène, Séoul a subi de grandes transformations. Dans deux chapitres intéressants (2), Mrs. Bischop montre la capitale telle qu'elle l'a vue pour la première fois en 4894, et telle qu'elle l'a retrouvée trois ans plus tard, complète-

Ci) g. Ducrocq : Pauvre et douce Corée, p. i.

(a) BisHOP, op. cit., ch. I., p. 4o, et ch. XXXVl, p. 435-437.

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ment changée. Les rues, tortueuses et étroites, dans lesquelles deux animaux chargés ne pouvaient se croiser, où croupissaient des eaux destinées à un égout absent, qui servaient aux ébats d'une multitude d'enfants à moitié nus, ont été remplacées par des voies plus larges et plus saines. Les Koréens ont eu le bon goût d'opérer ces améliorations urgentes sans abandonner leur architecture et leur caractère ; à part le quartier des légations étrangères, où sont aussi les sièges des Sociétés missionnaires, Séoul ne s'est pas européanisée. Mais elle a cependant adopté l'usage de l'électricité : tramways électriques, lumière électrique, téléphone, tout cela fonctionne dans la capitale. Malgré ces progrès réels, la malpropreté de la ville frappe encore désagréablement les étrangers. Le missionnaire Gale écrit en 1898 : « Vue de loin, Séoul est considérée comme une des villes les plus pittoresques d'Extrême- Orient, mais vue en détail, elle contient une foule de choses qui font frissonner (1). » A maintes reprises, M. Bourdaret, qui écrit en 1904, signale l'état lamentable de la voirie (2) .

Le centre de Séoul est occupé par le quartier marchand de Chong-no, où se trouvent, outre les nom-

(i) J. Gale : Korean Sketchcs, p. i5.

(a) Depuis l'annexion de la Korée par le Japon, les traraoK d'assainissemeni; ont fortement progressé.

î>reuses boutiques, deux curiosités remarquables:: la pagode de marbre apportée vers 4330, exécutée à Nanking et offerte par un roi de la dynastie mongole au roi de Korée, à l'occasion de son mariage avec sa fille. La (( grosse cloche » qui a toute une histoire. Installée dans une cage de bois rouge coiffée à la chinoise, sur le carrefour central, elle a, pendant cinq siècles, ouvert et fermé les portes de la ville et fait entendre sa grande voix aux habitants. On raconte que, pendant la construction de la muraille, on découvrit une petite cloche ; Yi-Taï-tjo, fondateur de la dynastie actuelle, ordonna la fonte d'une grande cloche qui, placée au centre de la ville, servirait à perpétuer le souvenir de son règne, et à rappeler pendant dix mille fois dix mille ans que Yi-Taï-tjo fut le premier, le grand roi de la dynastie.

(( Les magistrats dans les districts reçurent Tordre de percevoir un impôt spécial sur tous les habitants, hommes et femmes, afin de couvrir les frais de ce grand travail. Pendant la collecte de cet impôt, il se trouva une maison dans laquelle l'homme préposé à cet office vit une pauvre femme avec un petit enfant de trois ou quatre ans. A sa demande, elle répondit:: (( Je n'ai que lui au monde ; voulez- vous donc que je vous le (tonne ? )) Le collecteur se retira et raconta l'incident. Quand on eut recueilli l'argent nécessaire, on fondit la cloche avec

tous les soins possibles, mais elle se fendit à l'air. On recommença, elle se fendit encore. Finalement, le roi offrit une grande récompense à celui qui pourrait couler la cloche sans accident. Quelqu'un s'offrit, mais à la condition que l'on rechercherait la femme qui n'ayant pu donner des sapèques avait proposé son enfant. On la trouva et elle dut donner son fils qui fut précipité dans le métal en fusion. Cette fois, l'opération eut un plein succès, la cloche fut terminée sans autres incidents et placée à Chong-no. Mais les habitants disent que, lorsqu'elle fait entendre sa voix profonde dans la cité silencieuse, on entend distinctement l'enfant crier : « He mi lei, He mi lei ! » ce qui veut dire : (( C'est la faute de ma mère !»

{( Depuis la guerre japonaise, les Koréens, hommes et femmes, peuvent sortir librement en ville, tandis qu'auparavant, une heure après le coucher du soleil, la cloche sonnait vingt-huit coups, et en les entendant, les hommes hâtaient le pas vers leur demeure, sinon les inspecteurs de police les arrêtaient, les gardaient une nuit en prison, et ne les relâchaient le lendemain qu'après une distribution de dix coups de bâton. Cette mesure avait pour but de livrer la ville aux femmes qui, n'ayant plus à craindre la rencontre des hommes, devenaient pendant quelques heures les maîtresses de la cité. A minuit, la cloche sonnait de nouveau trente-trois

coups, les portes de la ville se rouvraient, et la journée nouvelle commençait (1). »

De Chong-no part la rue du Sud, une des artères principales de la ville ; là, au milieu des flâneurs innombrables, se croisent les tramways électriques eit les bêtes de somme nonchalantes, chargées de lourds fardeaux, tandis que, dans les boutiques, c'est un va-et-vient constant d'acheteurs ou simplement de badauds. Chaque métier occupe, comme chez nous au moyen âge, une place spéciale. Les chaudronniers ont leur rue, ainsi que les quincailliers ; il y a la place des chapeliers et le marché aux soies ; les cordonniers se divisent en plusieurs branches : ceux qui font de simples espadrilles, ceux qui cousent des souliers de soie, et ceux qui taillent dans le bois les hautes galoches, (( les patins contre la boue, qui obligent les Koréens à traverser les rues avec la lenteur et la gravité des cigognes (2). »

Si nous avons insisté un peu longuement sur Séoul, c'est qu'on peut bien dire en un sens que Séoul est la Korée. Elle n'est pas seulement la capitale, la ville la plus peuplée avec ses 450.000 habitants, et le siège du Gouvernement, mais elle est le centre de toute l'activité, tant artistique et littéraire que commerciale. Pour permettre son trafic important, Séoul est en relation étroite

(i) Bcvrdàret, op. cit., p. 91.

(j) DucHOGQ, op. cit., p. a4.

avec son port, Ghemulpo. D'un accès difficile et ne présentant pas une sécurité absolue, il est cependant appelé à occuper une place de premier ordre en raison de son voisinage avec la capitale.

Fusan, au sud, est le point terminus du chemin de fer, et forme le trait d'union avec le Japon.

Wonsan enfin, sur la côte orientale, offre aux navires un abri sérieux dans la mer du Japon et a, sur Vladivostok, l'avantage de ne pas être bloqué par les glaces.

Quand on arrive à Song-do, l'ancienne capitale, on pourrait se croire dans une mauvaise réduction de Séoul ; grande ville aux toitures basses, entourée de murailles. Mais à part son marché important de céréales et de ginseng, on sent une ville déchue de sa grandeur passée ; les temples bouddhistes, nombreux du x' au xiv^ siècles, ont été détruits, et l'ancien palais en ruines disparaît sous les champs de ginseng. Les habitants de la ville conservent encore une rancune inaltérable vis-àvis de la dynastie actuelle. Leur mécontentement se manifeste par le port du grand chapeau de paille réservé en général aux paysans.

Citons enfin, comme ville importante, et présentant un grand intérêt historique, Pyeng-Yang. Située au nord, sur la rive droite du Taï-Tong, la cité s'élève sur les rochers qui surplombent le fleuve ; elle est enve-

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loppée de murailles qui, parties de la rive, escaladent les collines et, par un long arc de cercle, reviennent s'appuyer à la rive.

(( C'est par ce fleuve, sillonné maintenant par de nombreuses jonques de commerce et de bateaux à vapeur, que Ki-tse, le grand civilisateur, vint établir sa capitale à quatre-vingts kilomètres de l'embouchure. Jusqu'au x' siècle, Pyeng-Yang fut la capitale du royaume de Ko-kou-ryo. De tout temps elle fut le théâtre de sanglantes batailles. Au xvf siècle et au xix% Mandclious, Chinois et Japonais s'y livrèrent des combats meurtriers (1). ))

Pyeng-Yang compte actuellement 50.000 habitants; c'est une ville assez corrompue, on dit que c'est elle qui fournit à la capitale ses meilleurs soldats, son mobilier et ses danseuses pour les fêtes de l'empereur.

Le climat de Korée n'est pas ce que laisserait supposer sa situation géographique. Fusan se trouve sous la même latitude que Tanger, et Wonsan sous celle de Madrid environ. L'été est très chaud et l'hiver très froid ; le thermomètre passe à Séoul de + 2o° à — 7°, en janvier il peut même atteindre — 23°, Le sud de la péninsule et la côte est sont doués d'un climat moins rigoureux. La baie de Wonsan est libre de glaces, tandis que les fleuves gèlent sur la côte occidentale. La saison des

(l) BOURDARET, op. Cl7., p. 3 lO.

pluies (juillet) dure six à huit semaines, pendant lesquelles c'est un déluge. Mais ce climat rigoureux et continental est cependant extrêmement sain, l'atmosphère est pure et lumineuse.

Les ressources économiques sont encore peu connues et mal exploitées. La nature volcanique du pays et les quelques affleurements de gisements miniers ont cependant permis la découverte d'un certain nombre de minerais : or, argent, plomb, cuivre, fer, étain, manganèse, mercure et anthracite. Le caractère sacré des collines et des montagnes, résidences de mauvais esprits, avait empêché les Koréens de procéder à une exploitation quelconque. Depuis l'arrivée des blancs, il n'en est plus ainsi, et peu à peu, le pays dévoile les richesses qu'il avait conservées cachées, même pour ses habitants.

La culture est en somme la grande ressource des Koréens et ici il faut mettre en première ligne le riz. (( La Korée, dit M. Gale, est le pays du riz. On trouve des haricots, des lentilles, du millet, du blé et d'autres céréales ou légumes, mais ils passent inaperçus à côté du riz (1). » Pendant longtemps, les impôts ont été payés en riz. Les fruits sont variés et abondants, mais en raison des fortes pluies de l'été, ils ont un goût insipide et aqueux. Une culture très spéciale à la Korée, et

(i) J.-S. Gaxe : Koreain transition, p. 8. New- York, igog.

qui fait la richesse de la région de Song-do, est celle du ginseng. Le ginseng rouge est spécialement recherché par les Chinois ; cette plante, si appréciée en Extrême-Orient, est considérée comme le meilleur des toniques ; la racine seule est utilisée. Cette culture a été monopolisée par le gouvernement de Korée qui en tire de gros revenus. Les Koréens ont toute la journée une petite pipe très longue à la bouche, le tabac est donc aussi un objet de culture.

Grands amateurs de fleurs, ils possèdent toutes les variétés possibles. Pendant la saison, les champs sont émaillés de primevères de Chine, de lis de différentes espèces, de pivoines et de plantes inconnues en Europe. Au printemps, les collines deviennent rouges de rhododendrons et d'azalées. Il est remarquable de voir combien tous, jusqu'aux plus pauvres, veulent avoir une plante, et avec quels efforts ils lui conservent la vie. On peut dire que chaque chaumière a sa fleur.

Pour le seconder dans ses travaux, le paysan possède du bétail, une race magnifique de bœufs. Ils servent à labourer, à porter de lourdes charges et à tirer les chariots ; il est à remarquer que les Koréens ne font pas usage du lait de vache, pas plus que du lait de chèvre. L'élevage du mouton est interdit, seul l'empereur en a un certain nombre pour les sacrifices. Par contre, les porcs pullulent. Un animal domestique qui

ne passe pas inaperçu est le poney. De petite taille, très vif, très entêté, parfois même méchant, il a le pied merveilleusement sûr dans les montagnes. Il constitue, avec la chaise portée à bras d'hommes, le seul moyen de transport en dehors de la voie ferrée. C'est à dos de poney que les voyageurs et les missionnaires font leurs tournées dans le pays. Nombreuses sont les aventures qui arrivent avec ces bêtes au caractère étrange.

Les animaux sauvages tiennent aussi leur place en Korée ; le tigre, redouté ajuste titre, commence à disparaître ; on le trouve encore dans les montagnes. Lorsqu'il est affamé, il vient rôder autour des villages et pénètre même dans les huttes, emportant ce qu'il trouve ; on raconte que des tigres sont entrés à plusieurs reprises dans les murs de Séoul. Les léopards sont surtout dangereux pour la basse-cour. Il y a aussi des animaux qui, pour être petits, n'en sont pas moins désagréables aux voyageurs obligés de s'arrêter la nuit dans des auberges malpropres : ils y sont la proie d'insectes de toutes sortes et de vermine. L'unanimité sur ce point est absolue chez tous les auteurs. Les côtes sont très poissonneuses, des pêcheries importantes se sont constituées et les barques arrivent de Chine et du Japon pour pêcher pendant la saison.

Disons, pour terminer ce rapide aperçu géographique, que la population est estimée au minimum à

10 millions et au maximum à 14 millions. Jusqu'en 1898, le pays était divisé en 8 provinces ; à cette époque, le nombre des provinces a été porté à 13, comprenant un total de 130 comtés.

§ 2. Histoire.

Les grandes étapes de l'histoire koréenne peuvent en somme se ramener à trois noms de villes : Pyeiig- Yang ; Song-do ; Han-Yang (Séoul).

C'est à Pyeng-Yang que, suivant la légende, le Créateur du ciel vint se fixer en 2333 av. J.-C. et régna environ mille ans. C'est à Pyeng-Yang que vint aborder, en 1122 av. J.-C, Kitse, un ministre de Chine sage et intelligent, chassé par une révolte du Palais. Il était suivi de fidèles amis et il fonda le royaume de Chosen. Il apporta, avec les premiers éléments de la civilisation, une ébauche de gouvernement ; il donna au pays une loi qui fît régner la paix et l'ordre. Ses descendants dirigèrent le royaume jusqu'en 193 av. J.-C. A cette époque, une querelle avec la Chine obligea Kijun, le dernier roi, à s'enfuir vers le sud de la péninsule, divisée alors en trois tribus vivant à l'état sauvage. Sous l'influence de la civilisation venue du nord, ces tribus se développèrent et des États se constituèrent aux environs de l'ère chrétienne : Silla, à l'est, en ^7 av. J.-C. ; Korai, au

nord, en 3o av. J.-C, et Pekche, à l'ouest, en 16 av. J.-C.

L'histoire de ces trois royaumes va être jusqu'en 935 l'histoire de toute la Korée.

Korai, d'abord, profitant de l'anarchie qui régnait en Chine, grandit en puissance ; mais elle est envahie à plusieurs reprises par les hordes chinoises. Elle cherche alors à s'allier à sa voisine Pekche pour combattre Silla qui subissait l'influence de la Chine. Cette aventure ne réussit pas à Pekche qui perd son indépendance ; dans un dernier effort, Pekche essaie de se libérer du joug chinois en appelant les Japonais à son aide, mais cette tentative aboutit à un désastre et Pekche disparaît en tant que royaume ; ses habitants émigrent en masse vers le Japon.

Korai, à son tour, prise entre la Chine et Silla, ne tarde pas à tomber aux mains de la Chine. La plupart des habitants, préférant le joug de Silla à celui de la Chine, vinrent se fixer dans le sud et fournirent ainsi un puissant contingent de soldats à leur ennemie de la veille.

Restée seule dans la péninsule, Silla eut des démêlés avec la Chine, mais sa ruine fut surtout causée par la décadence morale de sa cour. Des aventuriers surgissaient sur tous les points du royaume ; l'un d'eux avait sous ses ordres un jeune lieutenant, Wang Kien, descen-

dant de l'ancienne maison royale de Korai. Un prêtre bouddhiste, débauché et cruel, s'était emparé du pouvoir. Les soldats se mutinèrent, le firent disparaître et proclamèrent roi des provinces du nord Wang Kien leur chef. Une courte lutte avec les provinces du sud laisse bientôt Wang Kien roi incontesté de toute la péninsule. A partir de cette date, 93o, la Korée se trouve constituée avec ses frontières actuelles. La capitale choisie par le premier roi de la dynastie des Wang fut Song-do.

Pendant 4o0 ans environ, Song-do resta la capitale jusqu'à ce que la dynastie des Wang fut changée par celle de Yi.

(( Wang Kien se montra non seulement bon général, mais aussi habile administrateur. Il organisa le pays, fit des réformes utiles, institua le système d'examens en vigueur jusqu'à ces dernières années, s'occupa de protéger les agriculteurs et les commerçants, et favorisa l'expansion du bouddhisme (1). » Ce fut l'âge d'or du bouddhisme koréen ; les prêtres de cette religion devinrent de plus en plus puissants et abusèrent même de cette autorité, commettant parfois des actes de violence. Opposés à cette force cléricale, se trouvaient les mandarins civils et militaires, dont les sympathies religieuses allaient graduellement vers le confucianisme qui pénétrait peu à peu de Chine en Korée. Les succes-

(i) JosEPH-H. LoNGFORD : The Story of Korea, p. io4. Londres, ign.

seurs de Wang Kien n'eurent pas tous ses qualités, et la misère était assez grande dans le pays ; mais la situation de la péninsule devint surtout lamentable par les invasions successives qu'elle eut à subir. La plus importante fut celle de Genghis Khan, en 1213 ; le roi de Korée se déclara vassal du grand chef mongol. (( Pendant plus d'un demi-siècle, le pays fut sous la domination mongole. En 1281 , le petit-fils de Genghis Khan entraîna de force les Koréens dans une expédition malheureuse contre le Japon. De là date la haine des Japonais à l'égard de leurs voisins ; ils eurent constamment des pirates pour faire la chasse aux jonques koréennes (1). »

Au contact de la cour mongole, la dynastie des Wang était tombée dans une décadence complète. Un changement de dynastie s'était opéré en Chine, un Ming était au pouvoir, et cet événement devait faciliter le changement inévitable qui se produisit en Korée l'année 1392.

Yi-Taï-tjo, chef des armées koréennes, s'occupait très activement de préserver les côtes contre les incursions constantes des pirates japonais, tandis que le roi végétait misérablement. Au cours d'une expédition dans le nord, follement envoyée pour attaquer la Chine, il conspire, revient à Song-do, dépose le roi, traite avec l'empereur de Chine, et installe sa dynastie sur le trône.

(i) Dakikl Gifford : Everr day life in. Korea, p. 33. Chicago, «897.

Il change de capitale et choisit Han-Yaiig (Séoul).

Aussi sympathique que Wang-Kien, Yi-Taï-tjo fonda une dynastie qui devait durer jusqu'à nos jours. Il fit d'importantes réformes, et ses successeurs immédiats, au lieu de détruire son œuvre de relèvement, surent la poursuivre avec intelligence.

C'est ainsi que l'un d'eux, en 1403, alors que l'imprimerie était déjà connue en Korée, bien avant l'Europe, eut l'idée de perfectionner cet art on utilisant des caractères en cuivre et fit faire des essais à ses frais. <( 11 est nécessaire, disait-il, que l'instruction puisse se répandre largement (1). »

Pendant deux siècles, les souverains de Korée se montrèrent forts et capables ; vassaux de la Chine sans doute, mais indépendants. Ils avaient fait régner la paix, que les incursions des pirates japonais avaient seules troublée. La civilisation avait fait de grands progrès ; l'instruction était répandue dans toutes les classes élevées, tandis que les artisans atteignaient un degré de rare perfection dans leurs différents travaux. Le peuple vivait dans l'aisance et dans une sécurité absolue. Trop grande, peut-être ; l'armée était négligée. L'état du Japon était au contraire, à cette époque, bien différent ; en proie aux guerres civiles, gouverné par un empereur, mais en fait, livré aux mains d'un grand

(i) LoNGFORD, op. cit., p. ia8.

aventurier, Hideyoshi. Son autorité une fois établie, il fallait trouver une occupation pour ses troupes avides de nouveaux combats, c'est alors qu'il songea à conquérir la Chine -, la Korée ne devait être qu'un incident dans cette conquête. Ses armées débarquent dans la péninsule en 4o92, l'une commandée par Kato, général dévoué à la religion bouddhiste, l'autre par Konishi, général converti au catholicisme romain qui, depuis la venue de saint François-Xavier, avait de nombreux adeptes au Japon. Ces deux généraux, animés d'une grande rivalité, firent une véritable course à travers la Korée, qui n'opposa du reste aucune résistance. La cour s'était enfuie de Séoul et avait gagné en toute hâte Pyeng-Yang. Privés de renforts par une défaite navale que l'amiral Yi-Sun-sin avait infligé à leur flotte, les Japonais ne pouvaient prolonger leur marche triomphale. Parvenus à Pyeng-Yang, ils durent battre en retraite et les débris de leur armée regagnèrent le Japon. En lb97, nouvelle invasion pour punir la Korée ; cette tentative ne fut pas plus heureuse que la première, elle aboutit à un désastre naval au cours duquel Yi-Sun-sni fut mortellement blessé, mais, avant de mourir, il vit son pays victorieux débarrassé de ses ennemis.

A la suite de ces événements, quelques navires japonais furent autorisés à venir chaque année à Fusaii apporter leurs marchandises.

Au xvii' siècle, une puissance nouvelle prend placeen Extrême-Orient : les Mandchous. D'abord en lutte avec la Chine, ils envahissent en 1627 la Korée, puis font une alliance avec elle. Alliance de courte durée car, en 1636, la péninsule subissait une seconde invasion, mémorable par les actes de sauvagerie des Mandchous.

Au cours du xvm* siècle, le calme revint et l'année 1730 fut marquée par de nombreuses réformes sociales. C'est pendant ce siècle que le catholicisme pénétra dans le pays ; nous donnerons plus loin quelques détails sur son installation et les persécutions dont les chrétiens furent l'objet.

La Korée conserve son attitude vis-à-vis des étrangers ; en 1847, deux vaisseaux de guerre français, la Gloire et la Victorieuse, viennent échouer sur la côte koréenne ; les équipages sont recueillis, soignés et nourris, puis aussitôt renvoyés sur un vaisseau anglais qui se trouvait dans ces parages. Peu de temps avant cet incident, la France avait écrit pour demander réparation de la mort de plusieurs prêtres exécutés au cours d'une persécution. Le gouvernement répondit que ceux-ci ayant revêtu un costume et pris un nom koréens, il les avait jugés comme des sujets ; qu'au reste on leur avait demandé de se retirer, mais qu'ils s'y étaient refusés. Légalement, ces raisons étaient valables. La France, néanmoins, ne se déclara pas satisfaite, et elle

aurait envoyé une expédition sans les événements de

A la mort de Chul-Jong, la reine Cho nomma roi un enfant de 12 ans qui régna jusqu'à l'annexion de la Korée par le Japon. Son père, Taiwunkun fut régent ; homme d'une forte personnalité, mais violent, il était incapable de discerner les signes des temps. Ses deux grandes erreurs furent de croire qu'il pourrait extirper le christianisme par la force, et qu'il parviendrait à empêcher l'accès du royaume aux étrangers. La première de ces erreurs amena la grande persécution de 1866. A cette époque, une expédition française fut repoussée. En 1871, ce fut le tour d'une expédition américaine. Un monument fut élevé h Séoul sur lequel étaient inscrits des anathèmes contre quiconque proposerait la paix avec une puissance étrangère (1871) .

C'était le temps oiî le Japon s'ouvrait d'une façon merveilleuse à la civilisation occidentale, ce mouvement eut un contre-coup en Korée et le régent dut se retirer et laisser le roi, devenu majeur, prendre la direction du royaume. Une ère nouvelle s'ouvrait.

En 1876, un premier traité étranger est signé avec les Japonais, les deux pays font échange d'ambassade. En 1880, une fraction dite de radicaux, formée de jeunes enthousiastes, pensait, sous l'influence des Japonais, transformer en peu de temps leur pays. C'était là

une erreur, la famille Min, au pouvoir depuis la majorité du roi, tout en étant à la tête du mouvement progressiste, ne voulait pas brûler les étapes. Voyant que les radicaux s'appuyaient sur les Japonais, elle se tourna vers la Chine et c'est ce conflit d'influences chinoise et japonaise, et plus tard russe en Korée, gui amena la guerre de 4895 et celle de 1904-d. Les événements se succèdent presque avec la régularité d'un pendule.

En 1882, une mutinerie militaire donne à la Chine l'occasion d'intervenir ; une petite troupe sous les ordres de Yuan-Shi-Kaï délivre la reine et expulse le régent qui avait reparu.

L'année suivante, des traités sont signés avec les Etats-Unis, l'Allemagne et l'Angleterre.

En 1884, un coup de main du parti radical tente de donner l'influence au Japon, mais il échoue et, jusqu'en 1894, la Korée reste sous la direction de la Chine. L'influence éducatrice qui, à cette époque, est la plus importante, se trouve sans aucun doute être celle des missionnaires protestants établis depuis 1887 dans le pays (1), Au point de vue commercial, les grands ports sont ouverts aux bateaux étrangers. Un grand nombre d'écoles sont construites.

La guerre sino -japonaise supprima définitivement l'influence chinoise ; dès lors, le conflit subsiste entre la

(i) Hulbsrt: The Passing of Korea, p. ia6. Londres^ 1906.

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diplomatie russe et japonaise. En octobre 1895, la reine est assassinée, le régent revient au pouvoir, et le roi s'enfuit à la légation de Russie où il demeuré deux ans. En 4897 le roi, ayant repris de l'assurance pendant son séjour sous l'égide russe, veut affirmer l'indépendance absolue de son pays et se fait proclamer empereur. Cependant, l'influence russe se faisait toujours sentir, surtout depuis les progrès du Transsibérien qui amenait des intérêts toujours plus considérables dans ces régions. Le Japon s'émut de cette influence grandissante et protesta avec énergie contre les empiétements des Russes et leur non-observation des traités signés. La guerre russo-japonaise éclata en 1904. Dans le traité de Portsmouth, la Russie (( reconnaissait les intérêts prépondérants au point de vue politique, militaire et économique, du Japon dans l'empire de Korée et s'engageait à n'opposer aucune résistance aux mesures de protection ou de contrôle que le Japon trouverait nécessaire de prendre en Korée, d'accord avec le gouvernement koréen ».

Un Résident-Général japonais fut installé en 4905 et, en 4907, son pouvoir devint pratiquement celui du souverain ; il avait le contrôle complet de toute fonction législative et executive. Le premier Résident-Général fut le marquis Ito, le grand homme d'Etat qui avait en partie fait la grandeur de son pays. En 4907, l'empe-

reur, impuissant devant la pénétration japonaise, envoya une ambassade à la Conférence de La Haye pour implorer l'intervention des puissances. L'ambassade revint sans résultat ; l'empereur dut abdiquer cette même année en faveur de son fils et, trois ans plus tard, le 22 août 4910, le dernier pas était franchi, la Korée était purement et simplement annexée par le Japon.

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