LE PEUPLE
§ 1. Race, vie sociale, mœura.
(( Le problème ethnologique du peuple koréeu est encore à ses débuts ; les monuments, le folk-lore, le langage n'ont pas été assez étudiés pour donner des conclusions certaines. Cependant Oppert le premier a distingué deux types de figures : l'un franchement mongol, l'autre tendant plutôt vers le type malais. Cette distinction a été confirmée par le D' Baeltz (i). » Plusieurs anthropologues admettent aussi un certain appoint de sang aryen et expliqueraient ainsi l'apparence européenne de certaines figures, spécialement dans les classes élevées (2). Le Koréen est assez grand, mieux constitué que le Japonais ; il diffère du Chinois par ses pommettes moins proéminentes et un teint plus clair. (( On est frappé, écrit M. Bourdaret, par l'expression douce et bonne de sa physionomie oii brillent souvent des yeux fort intelligents (3). » (( Il est fin, capable
()) UULBERT, op. cit., p. 27.
(a) Constance T.vyler : Koreans at home, p. i3. Londres, i9o4. (3) Bourdaret, op. cit., p. n.
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de comprendre tout ce qu'on lui enseigne, il a l'esprit inventif ; très résistant à la fatigue, c'est un rude travailleur (1). )»
Un des traits importants de son caractère est d'être essentiellement conservateur. (( Si vous essayez de raccourcir la route en coupant à travers bois, dit un proverbe, vous risquez do tomber entre les mains des voleurs. »
Généreux, il l'est au point d'être prodigue ; il considère que l'argent est fait pour circuler, et il fait son possible pour ne pas le laisser croupir. Non content d'ouvrir sa bourse, il sail aussi payer de sa personne, il reçoit avec plaisir, son hospitalité est large et généreuse, quelles que soient les opinions de son hôte. 11 connaît la loi de la fraternité humaine et la pratique : (( Quand une maison est détruite par un incendie, une inondation ou quelque autre accident, les voisins s'em pressent d'apporter, pour la rebâtir, qui des pierres, qui du bois, qui de la paille ; et chacun, outre ces quelques matériaux, donne deux ou trois journées de son travail (2). »
Les maisons sont construites très légèrement ; une charpente reposant sur des piliers en bois, des murs formés de bambous tressés, sur lesquels on applique, à
(i) FbhwicK; op. cit., p. 48.
(3) Gh. Oaixbt: Histoire de l'Eglise de Corée, t. I, Introd., p. cli. Paris, 187/4.
LE CHUISTIANISME EN KOREE
l'intérieur et à l'extérieur, une boue préparée avec soin, qui ne craque pas sous l'influence de la chaleur ou du froid. Sur le sol on place des pierres plates qui recouvrent des tuyaux par lesquels passe la fumée du foyer, c'est ainsi que sont chauffées les maisons. Le parquet est fait en papier huile et les murs en sont aussi revêtus. Le papier sert à toutes sortes d'usages : vitres, portes, vêtements, souliers, corbeilles, etc.. Les maisons ont le grand défaut d'être très sales et infectées d'insectes, le proverbe le dit : ce Quand même la maison serait brûlée de fond en comble, ce serait encore un bienfait que d'être délivré des punaises ».
La nourriture a pour base le riz et les légumes, peu de viande, parfois du bœuf ou du chien. Riches et pauvres sont d'une voracité extraordinaire. « Beaucoup manger est un honneur, et le grand mérite d'un repas consiste non dans la qualité, mais dans la quantité des mets offerts. Dès l'enfance on s'applique à donner h l'estomac toute l'élasticité possible. Souvent les mères, prenant sur leurs genoux leurs petits enfants, les bourrent de riz, et frappent de temps en temps avec le manche de la cuiller sur le ventre pour voir s'il est suffisamment tendu. . . (1) » Ces repas formidables sont assaisonnés de piment, de moutarde et de poivre. Le
(i) Dallbt, op. cit., t. I, Introd., p. eux.
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thé est pour ainsi dire inconnu ; on boit une sorte de liqueur alcoolique distillée du riz.
Schématiquement, le Koréen peut être représenté par un triangle isocèle, cela tient à la coupe de son costume qui va en s 'élargissant vers la base ; sorte de robe de chambre en coton de couleur blanche. Le blanc est universellement adopté par toutes les classes de la société. Cependant les nobles revêtent parfois trois ou quatre robes de soie transparente aux couleurs variées. En été il porte sur la peau une espèce de carcasse en jonc, destinée à le protéger du contact de ses vêtements, et à laisser l'air circuler librement. En hiver, il se borne à revêtir un certain nombre de costumes aux couleurs sombres, plus il fait froid, plus il en ajoute. Le chapeau est, pour le Koréen, une réelle préoccupation dans son habillement. C'est un objet compliqué et coûteux, il peut atteindre soixante et soixante- dix francs. 11 y a plusieurs types de chapeaux, en général « ils rappellent nos hauts de forme, mais ils sont encore plus comiques perchés sur le sommet d'un chignon, en équilibre sur une perruque. Ils diffèrent par la qualité du crin. On porte un chapeau selon sa fortune et son rang : aux particuliers des fibres de bambou ; aux gentilshommes des soies de sanglier. Un Koréen ne s'y trompe pas : à la légèreté, à la transparence, aux reflets du chapeau il juge un homme. Pour n'en pas porter, il faut être coolie
OU en deuil, c'est-à-dire réduit à porter une grande cloche de paille. Les adolescents le portent jaune clair ; les hommes, noir; les lettrés le remplacent par un diadème de crin (1). »
Sous le chapeau, il y a les cheveux qui tiennent aussi une place importante. Les garçons portent une natte, une fois mariés, ils la relèvent et ont un chignon en forme de toupet dont l'extrémité est maintenue par un bout de corail rouge. Les femmes du peuple se servent de leur chevelure comme d'un coussinet pour les fardeaux, les élégantes portent des bandeaux collés sur le haut du front et noués sous la nuque avec une épingle d'argent. Sous l'influence japonaise, des édits furent promulgués pour interdire le port du chignon, mais cette coutume est trop profondément nationale pour disparaître par décret.
La société est organisée en castes ou classes très nettement tranchées :
« La famille impériale d'abord, puis les nobles ou <( Yangban », ce qui veut dire (( deux rangs ». C'est parmi eux que se recrutent les fonctionnaires civils et militaires ou nobles de l'ouest et nobles de l'est, d'après la place qu'ils occupent dans la cour du palais, devant la salle d'audience (2),
(i) DucROCQ, op. cit., p. 27.
(a) BOUHDARGT, Op. cit., p. la'i.
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Vient ensuite la classe moyenne qui comprend les employés de district, les copistes et les secrétaires. Après eux arrivent les travailleurs, cultivateurs, portefaix, artisans. Enfin, en dernier lieu, on trouve des esclaves.
Par leur naissance, les nobles seuls ont droit aux honneurs et aux mandarinats ; comme il n'y a pas place pour tous, il faut se démener pour obtenir une position ou végéter. <( Le seul métier qu'ils puissent exercer sans déroger est celui de libraire, mais il n'enrichit pas son homme. <( Le gentilhomme pauvre, dit le proverbe, ne peut mépriser que l'esclave. » a Noble, lettré ou mandarin, c'est tout un ; pour le peuple, c'est le maître, l'œil qui guette les écus. C'est que l'impôt et la corvée pèsent lourdement sur le pays (i). »
L'esclavage est assez spécial. Il a existé de toute antiquité, mais après la grande invasion japonaise de Hideyoshi (4592), un si grand nombre d'hommes avaient été tués qu'une loi fut promulguée interdisant l'esclavage des hommes et le maintenant pour les femmes. Cette loi était encore en vigueur en 1906. Il y a quatre moyens de devenir esclave :
Une femme malheureuse, qui ne peut subvenir à l'entretien de ses parents par exemple, ou qui veut enterrer avec honneur un membre de sa famille, peut se ven-
(i) Dlcrocq, op. cit., p. 70.
LE CHRISTIANISME EN KORfe
dre pour un prix quelconque, elle passe un contrat privé avec son maître qu'elle signe en donnant le contour de sa main.
La femme d'un gentilhomme convaincu de trahison devient esclave, elle est donnée à un haut dignitaire.
La fille d'une esclave devient esclave après la mort de sa mère.
Enfin une femme pauvre, abandonnée, peut se donner sans restriction moyennant l'assurance de son entretien journalier.
Une esclave peut se marier, son mari est libre et ses enfants aussi, sauf la fille aînée.
Avant son mariage, le Koréen est comme non-existant, mais une fois marié, il prend rang parmi les homtnes. Le mariage est toujours affaire arrangée par les parents, les intéressés n'ont rien à y voir. Les fiançailles sont marquées par la cérémonie du chignon ; le jeune homme, qui est le plus souvent un garçon de treize ou quatorze ans, porte les cheveux en tresse ; ce jour-là, entouré d'amis, on lui pratique une tonsure au sommet du crâne, et avec la couronne de cheveux, on forme le chignon connu sous le nom anglais de (( top knot )). La cérémonie se termine en annonçant aux tablettes ancestrales l'heureuse nouvelle.
La veille du jour fixé pour le mariage, le père du garçon envoie le contrat au père de la jeune fille, ainsi
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que deux pièces de soie. Ces présents sont portés par un cortège d'hommes munis de lanternes rouges ; en route, ils rencontrent des hommes porteurs de torches envoyés par la famille de la jeune lille ; un combat s'ensuit qui dégénère parfois en pugilat. C'est un moyen de reconnaître, par l'issue du combat, lequel des deux sera malheureux.
Le jour du mariage, le fiancé, revêtu de vêtements somptueux, se rend à cheval suivi d'un imposant cortège chez la fiancée. La jeune fille est dans la pièce do réception, entourée de sa famille, elle a une robe spéciale et une coiffure volumineuse, son visage a été fardé, ses cils sont collés, de sorte qu'elle ne voit rien. Alors commencent pour elle toute une série d'épreuves. Les futurs époux échangent de grands saluts et boivent le vin de l'amitié. Ensuite arrivent deux femmes qui débitent toutes sortes de bêtises qui font rire aux éclats tout le monde, y compris le jeune marié, seule la jeune fille doit rester impassible au milieu de cette hilarité.
Restée avec son mari, la jeune femme doit observer pendant plusieurs jours le mutisme le plus absolu. Celui-ci essaiera parfois de la faire parler, si elle répond le mariage est nul.
Après ces épreuves, les mariés ont un repas chacun avec leurs amis ; la jeune épouse vient ensuite visiter la maison de son mari, mais ce n'est que trois
LK CUniSTIANISME EN KORÉE
jours après le mariage qu'elle sera transportée, dans une chaise fermée, sous le toit de sa terrible belle-mère.
<( La femme koréenne, si elle est intelligente et si son mari n'est pas un débauclié, sait prendre une certaine autorité dans la maison, et souvent elle montre plus de caractère que l'homme en maintes circonstances. Elle se décourage moins vite dans la misère et l'adversité. Les femmes sont des souffre- douleur. L'idée répandue de la supériorité des hommes fait que les enfants eux-mêmes apprennent, de bonne heure, à estimer leur mère moins que leur père (1). »
La femme mariée reste confinée dans ses appartements, elle ne peut recevoir de visites qu'en présence de son mari, encore faut-il que ce soit un parent. Entre elles les amies se font des visites, mais aucun homme ne doit être présent à ces entrevues. Elles sortent rarement ; si elles sont de la haute société, elles disposent d'une chaise, si elles sont de la classe moyenne elles vont à pied, recouvertes d'un manteau qui leur laisse le visage découvert.
La première fonction de la femme est la maternité ; la femme koréenne s'écrierait volontiers, comme les anciennes Israélites : a Donne-moi des enfants, ou je meurs ». Mais là ne se borne pas son rôle ; dans toutes les classes de la société, les femmes aident à subvenir
(l) BOURDARET, op. Ci7., p. Il (>.
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aux dépenses du ménage. Une des premières occupations permises à la femme est de tenir un débit de vin, ouvert dans la maison, oii elle ne paraît pas. L'élevage des vers à soie occupe celles qui vivent à la campagne. D'autres s'emploient à l'éducation des enfants ; « une des professions les plus recherchées et qui font le plus d'honneur aux dames pauvres est celle de médecin, que ne peuvent exercer les femmes de la classe moyenne. Ces doctoresses sont entourées du respect public et interviennent dans les cas où le médecin ne peut être appelé (i). »
La classe moyenne peut se livrer à toutes sortes de métiers manuels, et l'un des plus importants est celui de blanchisseuse et repasseuse. (( Le repassage se fait en frappant rapidement le linge sur une pierre plus ou moins cylindrique, avec deux bâtons parfaitement lisses de la forme de ceux de nos agents de police parisiens, et ce battage, auquel les femmes et les filles s'exercent dès le plus jeune âge, donne à l'étoffe l'apprêt et le glacé du neuf. On entend chaque soir, chaque nuit, dans les rues de la capitale, comme on disait au temps de Taï-tjo, résonner les quarante mille pierres des quarante mille maisons (2) . »
(l) BOURDAHET, Op. cit., p. laa (a) BOURDARET, Op. Cit., p. Sq.
La vie de famille telle que nous la comprenons en Occident, n'existe pour ainsi dire pas. Il est de bon ton de réprimer toute manifestation extérieure de ses sentiments et de paraître parfaitement indifférent. Cependant, derrière cette froideur, se cache souvent une affection profonde entre parents et enfants.
Les enfants sont ardemment désirés, surtout les garçons, et accueillis avec joie. 11 faut au moins un fils pour perpétuer le culte des ancêtres. C'est cette obligation qui rend l'adoption très fréquente en Korée ; elle se fait par une simple déclaration publique, devant un cercle d'amis et de parents.
Un Koréen ne compte pas ses enfants avant qu'ils aient eu la petite vérole et s'en soient remis, tellement cette maladie est répandue et meurtrière.
(( Le grand jeu des garçons est de lancer un cerfvolant ; de ces comètes qui volent tous les jours dans le ciel au-dessus de Séoul, c'est à qui montera le plus haut : ils se passionnent pour ces joutes, et c'est une gloire sans nom pour celui qui tient le fil quand son cerfvolant majestueux dépasse tous les autres. Les filles jouent au volant, et, n'ayant pas de raquette, elles le lancent et le rattrapent avec le pied, très gracieusement (1). »
Mais à côté des jeux, il y a aussi l'éducation.
(i) DucBOCQ, op. cit., p. i8.
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(( L'idéal national, dit M. Underwood, est l'étude. » C'est de Chine que vint l'enseignement avec l'introduction de la religion et de la littérature. Pendant des siècles, réducation a simplemenl consisté à étudier le chinois et ses grands classiques.
A part quelques exceptions, il n'y a pas d'écoles publiques, c'est une affaire privée, les enfants de chaque village se réunissent dans la maison d'un particulier et là, chacun répète pour son compte les caractères chinois sous l'œil d'un maître : c'est un peu cacophonique pour qui n'y est pas habitué, mais les enfants vont selon leurs progrès, et chacun garde son individualité. Le chinois est compris partout, mais il y a aussi le koréen ou « un-muu », qui fut inventé en 1445 et méprisé parce que trop simple. C'est cependant grâce à cette langue écrite si logique et si facile à apprendre pour tous les Koréens, que l'Evangile a pu se répandre avec une rapidité vertigineuse.
Depuis une quinzaine d'années, l'éducation a pris une place officielle dans les préoccupations du Gouvernement. Des écoles primaires et normales ont été créées à Séoul, les Koréens montrent des aptitudes spéciales pour les mathématiques et les sciences ; mais, en 1906, il n'y avait pas encore d'écoles techniques et industrielles.
Les nations étrangères ont toutes des écoles où
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Ton apprend aux garçons et même aux hommes mûrs à connaître et à aimer les races occidentales.
Un des signes les plus remarquables de l'éveil koréen est cette ardent désir d'apprendre ; les livres sont vendus aussitôt parus et lus avidement.
Il faudrait encore dire quelques mots sur la cérémonie des enterrements, mais comtne c'est pins proprement une cérémonie religieuse, nous y reviendrons dans le paragraphe suivant. Disons seulement que la piété fdiale est une des grandes vertus du Koréen.
Voici ce que chante le forgeron en tapant sur l'enclume :
(( Cette barre de fer massive,
je veux Vainincir en fils telleinent longs
qu'ils atteignent le soleil et qu'ils raccrochent
et l'empêchent de se coucher,
pour cjue mes parents,
dont les tempes commencent à blanchir,
ne puissent plus vieillir d'un seul jour (1). »
Et cette chanson reflète le sentiment de tout bon Koréen. Le conte suivant, écrit dans le livre des « Cinq vertus sociales », exprime d'une façon poétique cette profonde piété filiale :
« Pendant la dynastie des Wang, vivait dans le
(i) DucROCQ, op. C(7., p. 52.
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district de Chong-song un homme appelé Tong-Yong. Son père meurt et, pour lui donner des funérailles honorables, il emprunte une forte somme, promettant de la rendre bientôt ou de se livrer comme esclave. Après la cérémonie, n'ayant pu trouver l'argent, il s'en allait tristement se donner comme esclave, lorsque soudain lui apparut une dame belle comme une reine, et qui lui demanda de la prendre pour femme. Yong, confondu, s'écrie : « Moi, un pauvre misérable, qui ne dispose plus même de ma liberté, pourquoi voulez- vous être ma femme ? » La dame lui répondit : (( Je désire être votre épouse, à cause précisément de votre humble position. » Il la prit donc avec lui et son maître interrogea la jeune femme, lui demandant si elle savait travailler, a Je sais tisser », répondit-elle. (( Eh bien, si vous me tissez trois cents ballots de soie, je vous libère tous deux )>, conclut le créancier. Il savait qu'il donnait du travail pour la vie entière. Au bout d'un mois, les trois cents ballots étaient achevés, et le maître, effrayé, renvoya bien vite ses esclaves. Comme ils passaient par l'endroit où ils s'étaient rencontrés, la femme dit à Yong : (( Il faut que je te quitte, car je suis une habitante de l'étoile des tisseuses. Le Ciel a vu ta piété filiale, et en a été ému, voilà pourquoi il m'a envoyée pour payer ta dette. » A ces mots, elle disparut et remonta dans sa demeure (1).»
(i) J.-S. Galb : Korean Skclches, p. a «8.
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§ 2. Croyances religieuses,
(( Les Koréens, disent bien des personnes, sont un peuple sans religion ; et de fait, ils ne paraissent pas très religieux à première vue : peu de temples et de sanctuaires, on ne les voit guère consacrer de temps, de pensées ou d'argent en dévotions publiques ou privées (1). » Mais cette opinion est un peu trop simpliste, le Koréen a, au contraire, trois religions, qu'il amalgame à sa manière. « Suivant les circonstances, il se rattachera au confucianisme s'il est en société, au bouddhisme s'il fait de la philosophie, et au culte des esprits quand il est dans l'angoisse (2). »
Le bouddhisme et le confucianisme furent tous deux importés de Chine dès les premiers siècles de notre ère. Le premier était trop mystique et trop philosophique pour atteindre le peuple, le second était trop froid et trop matérialiste pour toucher le côté émotif de sa nature. Tous deux, ajoutés au culte des esprits ou (( chamanisme », ont formé une religion composite. La notion religieuse la plus pure conservée par les Koréens est la croyance en (( Hananim », l'Etre suprême, qui n'a aucun rapport avec les religions précédentes. Il est séparé et très au-dessus des esprits et démons qui infes-
(i) H. Uuderwood: The Call of Korea, p. 77. New- York, 1908. (a) HuLBERT, op. cit., p. 4o3.
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tent la nature ; il laisse Bouddha lui-même loin derrière lui ; et à ce point de vue, les Koréens sont strictement monothéistes. Ils n'ont jamais essayé de le représenter matériellement et la conception qu'ils en ont est tellement élevée que les missionnaires protestants ont adopté son nom pour désigner Dieu.
Leur cosmologie sent aussi 1* influence de la Chine ; les lettrés lisent dans leur vieux classique :
« Dans la grande origine, rien n'était visible, pondérable ; dans le grand tout, la vie commence à apparaître ; dans le grand commencement, les formes se dessinent ; dans le grand début, la matière prend figure ; c'est le monde.
(( Sur la masse confuse de la terre, le ciel apparaît comme un œuf ; il est en haut, la tête en bas.
« Dans et sur la terre, l'eau s'amasse et remplit tous les vides et la masse entière tourne comme une l'eue.
(( Le ciel est l'atmosphère de la terre et de l'eau, atmosphère claire et lumineuse qui l'encercle et la couvre.
(( L'homme est l'essence concentrée du ciel et de la terre, formée des cinq éléments ; son esprit est plus développé que celui de toutes les autres choses créées (1). »
(l) BOURDARET, Op. cit., p. Si.
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Le bouddhisme et le eoiifuciaiiisme soiil Irop connus pour que nous nous attardions à les étudier ici, cela nous entraînerait hors du cadre de ce travail. Le bouddhisme, du reste, très florissant pendant la dynastie des Wang, est, au dire des missionnaires catholiques et protestants, moribond, sinon complètement mort. Au confucianisme se rattache le culte des ancêtres qui constitue, avec la crainte des démons, un des obstacles les plus sérieux à l'expansion du christianisme.
Disons quelques mots de ces deux aspects de la religion, qu'il vaudrait mieux appeler superstition (1).
Culte des ancêtres. — Les Koréens croient que tout liomme possède trois âmes et, après la mort, une va en Hadès ou circule sur la terre, une va dans la tombe et une prend sa résidence dans la tablette ancestrale.
Lorsqu'un honmie vient de mourir, la maison est profondément silencieuse. Devant la porte sont placés, sur une table, trois bols de riz et une courge rouge, à côté, trois paires de souliers en paille. Ces objets sont destinés aux trois serviteurs de l' Hadès qui viennent emporter la première âme devant les dix juges. Les souliers sont brûlés, le riz est jeté, la courge est broyée ;
(i) Nous avons consulté sur cette question :
HuLBBRT, op. cit., ci^p. XXX, Religion and superstition.
Dallet, op. cit., t. I, Introd., p. cxxxviii et suiv.
BouRDARET, Op. ctt., chap. III, Gultc des ancêtres, superstitions, p. Bg.
GiFFORD, op. cit., chap. sur les religions en Korée, p. 88.
Uhdbrwood, op. cit., chap. III, la Vie religieuse des Koréens, p. 77.
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cette dernière est destinée à amadouer le geôlier qui vivait il y a 2.000 ans et qui en était friand. Tout cela est accompli pendant la première demi-heure qui suit la mort. Un domestique agite ensuite les vêtements du défunt et l'appelle à grands cris ; au même instant, les parents et amis poussent de grands gémissements. Les habits sont finalement jetés sur le toit et abandonnés là. Voilà pour la première âme.
Il faut maintenant conduire la seconde dans la tombe. Le choix d'un emplacement est une question grave et de première importance. Sur une colline, en général, et de préférence exposé vers le sud, car c'est du sud que vient la vie, le nord n'apporte que froid et glace. Mais il y a en outre une foule d'autres considérations qui obligent la famille à recourir à un géomancien. Un emplacement bien choisi peut procurer honneur, fortune et de nombreux fils, aux enfants de celui qui y repose.
Le jour des funérailles arrive. Le corps a été déposé dans un cercueil aussi dispendieux que possible. A la nuit, le cortège s'ébranle, éclairé d'un grand nombre de lanternes aux brillantes couleurs et accompagné de pleureurs qui se lamentent bruyamment. On arrive ainsi au lieu choisi ; quand la tombe a été refermée, on procède au premier sacrifice. De petites tables sont placées devant la tombe sur lesquelles on pose les offrandes : vin.
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poisson séché, riz. Les parents, les yeux tournés vers lu tombe, se prosternent cinq fois en terre et répètent une formule exprimant des vœux de paix pour l'âme. Un sacrifice analogue est offert à l'esprit de la montagne. 11 laut invoquer sa protection pour l'âme qui vient s'établir sur son domaine.
La troisième âme a accompagné son corps jusque-là ■et maintenant elle retourne avec les pleureurs prendre sa place dans la tablette ancestrale. Dans la maison, nouveau sacrifice : on prépare un banquet dont la tablette a l'odeur et dont les parents et amis ont la jouissance.
La tablette ancestrale est formée de deux morceaux de bois ajustés de façon à ménager un certain espace et un passage pour la libre circulation de l'esprit ; sur la face interne est écrit en chinois le nom de la famille.
Le deuil dure en général trois ans ; au bout de ce temps, la tablette qui est restée enchâssée dans un gros bloc de bois, est transportée dans la pièce réservée aux autres tablettes. Pendant cette période de trois années, des sacrifices périodiques et fréquents sont offerts. Dans toutes ces cérémonies, c'est le fils aîné du défunt qui joue le rôle important. Plus tard, on célèbre l'anniverisaire de la mort de chaque ancêtre jusqu'à quatre et ^inq générations. A certaines dates, les sacrifices aux morts sont obligatoires : le premier jour de l'année
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^environ le l' février), les deux jours de deuil national (avril et septembre).
La grande importance du culte des ancêtres vient de la croyance que le bonheur du mort est en rapport direct avec la fidélité du vivant, qui lui doit un culte. Il y a cependant un certain nombre de Koréens qui pensent que la condition du mort est définitivement fixée après la sentence des dix juges et qui ne vénèrent leurs ancêtres que pour conserver leur réputation sociale et montrer qu'ils respectent T esprit de leur père.
Crainte des démons. — L'imagination populaire peuple la terre, la mer et le ciel d'esprits méchants et medicieux, capables d'un bon mouvement, mais toujours capricieux à l'extrême. Ils peuvent procurer le bienêtre matériel, mais ils se manifestent trop souvent par la ruine, la maladie, ou la possession démoniaque. Le culte des esprits ou démons a donc pour seul mobile la crainte. Ce culte coûte cher aux Koréens, le missionnaire Gifford l'estimait en 1897 à 12 millions de francs environ par an. A cette époque, Séoul comptait 3.000 (( mutangs » ou sorcières. C'est incontestablement cette croyance aux démons qui constitue la base de la religion.
Toute maison koréenne renferme dans chacune de ses pièces un « nid » à esprit. Il y a celui de la cuisine, du salon, de la véranda ; ce dernier a une grande impor-
tance, car à lui appartiennent la santé et le bonheur de toute la maisonnée. En temps d'épidémie, on pense qu'il s'est échappé, et il faut le faire revenir. Les rites pour introduire ou rappeler un esprit sont ainsi réglés : La maison est nettoyée à fond pour recevoir la (( mutang ». Celle-ci se met en chasse à la recherche du démon ; elle se munit d'un morceau de papier attaché à une branche de chêne, et circule avec cet insigne parfois assez loin de la maison ; souvent, elle fait en même temps resonner un gong. Cette promenade dure jusqu'à ce que l'esprit saisisse le bâton avec force, alors elle le conduit à sa demeure. A leur arrivée, les assistants manifestent bruyamment leur joie. Le papier qui a servi à la capture est inondé de vin, quelques grains de riz jetés dessus constituent un nid agréable à l'esprit. Sur les routes, dans les villages, partout on rencontre des résidences d'esprits ; l'un s'abrite dans un arbre, l'autre dans une pierre. Pour communiquer avec eux, les hommes n'ont que les sorcières (( mutangs » ou les sorciers « pansus » qui sont recrutés parmi les aveugles nombreux en Korée.
Le missionnaire Fenwick raconte que (( si un Koréen tombe malade en dehors de chez lui, en voyage, les gens chez qui il se trouve le mettent dans la rue. Les villageois alors s'inquiètent et craignent que quelque malheur ne tombe sur eux s'il venait à mourir là. On
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LE C.nHISTlANISME EN KOREE
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tire au sort, et ceux qui sont désignés le transportent au prochain village et s'en reviennent rapidement pour ne pas être vus et pour éviter ainsi une querelle de villages. Quand le malade est découvert, le second village^ recommence le même manège et ainsi de suite, de village en village, sans nourriture, sans une goutte d'eau, jusqu'à ce que le patient meure (1). ))
Ce fait suffit à montrer combien la crainte de& démons peut annihiler les meilleurs sentiments de ce peuple.
Dans un récent article (2) sur l'Eglise de Korée, le Rév. G. H. Jones donne un aperçu du mouvement actuel des religions païennes.
En 1851, le système Tonghak ou (( Enseignement oriental » était organisé en opposition avec le christianisme ; c'était un mélange de bouddhisme, de confucianisme et d'animisme avec un peu de christianisme ; c'était surtout un parti politique, qui fut puissant à son Iieure, mais qui, depuis l'annexion japonaise, a été dissous.
Puis, ce fut le bouddhisme japonais qui fit une tentative pour relever son frère de Korée. Des missionnaires bouddhistes furent formés à l'université de Tokio et envovés en 1906 en Korée. Ils ont utilisé les méthodes de
(i) Fe3wici, op. cit., p. io3.
(a) The International Revicw of .V(ssiori.<^ juillet 1913, p, 432.
nos missionnaires. Mais la presse japonaise a fait à ces efforts un accueil très froid, et le bouddhisme korécn semble si mort qu'aucune puissance ne paraît capable de le réveiller.
Un renouveau d'intérêt s'est manifesté ces dernières années en Chine et au Japon, en faveur du système de Confucius et a eu son contre-coup en Korée : le 15 juin 4911, le Gouverneur-Général comte Teranchi, faisait paraître dans le journal officiel une ordonnance pour régler l'organisation du ce Keigaku-In » ou Institut pour l'étude des classiques.
Telle est, à l'heure actuelle, la situation des croyances religieuses païennes en Korée. Nous allons voir maintenant quelle place le christianisme a su conquérir dans cette civilisation, à bien des égards remarquable, et au milieu de ces croyances religieuses si fortement ancrées dans la mentalité de la nation.
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