LES MACAIRE ET SCHNOUDI
tous sont des laïcs. Les travaux manuels et la prière font leur principale occupation ; ils fabriquent des chaises et des couvertures ou tressent des nattes. La maison ne renferme d'ecclésiastiques que ce qu'il en faut pour assurer les services du culte. Pacôme s'adresse même à des prêtres du voisinage : il juge préférable de n'avoir aucun prêtre parmi ses moines, afin de leur enlever jusqu'au moindre prétexte de rechercher les honneurs K
' [S. Antoine est muit en o56.1 —S. Pacôme, à Tabenne depuis 317, est mort en 348 ou 345. Orsisi et Théodore continuent son œuvre. Ses visions l'ont un moment rendu suspect [concile de Latopolis] : lire sa Règle, P. G.. 34, lO'JU ou 67 1072; nous en avons une version latine faite par Jérôme en 404. Nous avons aussi une vie grecque de P., malheureusement remaniée. Voir Amélineau : Élude historique sur S. P., Le Caire. 1887; Histoire (le S. P..., Paris, 1889 : Griitzmacher : Packornius... 1896, Freiburg ; Ladeuze : Étude sur le cénobitisrne pa/,/iomien, Louvain.
Schnoudi. né en 334, mort à 118 ans. s"est fait moine à 9 ans; en 388. il est devenu abbé du monastère Blanc, près Alripé en face d'Akhmin. Comme Antoine, c'est un Copte.
Macaire l'Égyptien, né vers 300, vit dans le désert de Scété de 330 à 390 environ. Macaire d'Alexandrie vivait dans le désert de Nitrie jusque vers 395. Ammon s'y est fixé vers 325. Nous avons de l'un d'eux cinquante Homélies pneumatiques, P. G., 34, 405. Voie Stoffels : Die mystiche Théologie Makariv.s des jEgypters. Bonn, 1908.
Apollo, mort très vieux en 395, fonde le monastère de Baouit. près Hermopolis. Voir J. Clédat : Le monastère et la nécropole de Baouit, 1906.
Mais, sur le monachisme d'Egypte et de Palestine, nous avons d'autres documents encore, aussi précieux. En 394, un moine de Jéru.salem, Timoliiée, qui n'était pas évêquc, visita les monastères d'Egypte en compagnie de six autres personnes; Timothéo écrivit vers 400 un récit de son voyage, 'il /.a-:' Arrjr.-ryj zilr^ uova/ojv iTTopîa : c'est ce livre que traduisit librement Rufin. vers 410, et auquel il donna le titre de Historia Monachorum in
134 i; EGLISE IMPÉIUALE : LA VIE CHRÉTIENNE
Lo j)rostigc des moiiK^s de Thébaïde et de Nilric suscite i)arLoiil des monastères. Les femmes s associiMit à ce mouvement j)ieux : elles étaicMit préparées de lonf^ue dat(^ à la vie rénobitique par l'habitude, familière aux vierges chrétiennes, de s'obliger par vœu à pratiquer l'ascétisme. Les femmes des solitaires, leurs mères, leurs soeurs, les ont parfois suivis; les vierges accourent auprès d'elles, telles Alexandra et Ruphrosyne ; il arrive même que des courtisanes, saisies de dégoût, se joignent à elles. — En Palestine, la vie cénobitique est introduite par Hilarion, un élève de saint Antoine. Après avoir donne ses biens aux pauvres, il s'établit sur le flanc dune montagne, dans une cabane de joncs, près dune citern(^ qu'il creuse de ses mains. Il bé(di(\ il chante, il prie, il jeune, il tresse des corbeilles, il lutte contre les tentations du démon. Il établit les disci])les qu'attire sa renommée dans de
jEqyplo. Lo to.xto grec do Timoihéo so lil dans Prouschoii : Pallad'ius inul liufinus, Giossen, 1897.
V(M\s ;>S8-3;)9, Palladiii.s. évôquo d'IIclcnopoIi.«; on Bilhynio, fit un voyago en Kgypti» du nirmo gonro : vers 4-(i, il ccrix il aussi un rJ'cit de son voyage, qu'il dôdia au riche Lausus, chambellan de Thi'odose II : il l'intitule TiocoaoE'.io; ou H'!o; Ttuv -aTÉptov ; on rap|)elle vulgairement \llisfoire lausiaque. Il a été souvent traduit en latin, notamment peut-être par Paschasius. Le texte grec de i'alladius a été publié |)ar Butler: T/ie Idiisiac liis/ory of Palladii/s, Il (l'JÛJi. Cambridge. — La version latine de Palladius et la version latine de Timotliée se lisent dans Migii(\ P. L.. t\, 3S7 et 74. 2i?,.
[Au cours des siècles, on a souvent combiné le livre de Timothée avec le livre i\e. Pallarlius. Voir ainsi P. L.. 73, 106o. — Cf. Nau : Histoire des solitaires égyptiens, Revue de l'Orient latin. l'J07 ft l'JOS et Duchesne, II, 48.j.]
HILARIOX ET BASILE 135
petits ermitages (laures) dispersés près de Jérusalem et de Bethléem; puis dans les campagnes sauvages de Chypre. Saint Basile joue en Asie Mineure le rôle dlïilarion : il a visité l'Kgypte. la Palestine, la Syrie, et il s'est retiré dans le domaine que sa famille possède dans le Pont, avec ses deux frères et des amis dont le nombre s'accroît toujours, tandis que sa mère et sa sœur, de lautre coté de l'Iris, vivent dans une égalité complète avec leurs servantes et d'autres vierges pieuses. Devenu évêque, il réunit en monastères réguliers tous les moines épars, ouvre de nombreux couvents de femmes, et leur trace une règle de vie. Il semble avoir surtout pour but dunir la vie active à la vie contemplative et de rapprocher les moines des clercs et des fidèles pour quils en deviennent la lumière et la force; le travail lui apparaît comme lo pivot de la vie monastique, parce que c'est la orande loi de la vie chrétienne ^
' L'œuvre monastique de saint Basile est très mal connue. Il semble avoir rédigé un 'Xz/.r-:yAi [Jérôme : Vir. ilL, 116: Photius : codd. 14i, 191] ou même plusieurs: Photius connaissait un r.zp\ xo'uaTo; Beoj, un -zp\ -•.rzzLoç, 80 règles ou 'HO'.yâ. oo Opo: Ax-U -li-.o^ et 31.3 "opoi xaT 'z-'-ouçj. Il est possible que tout cela soit perdu [Batiffol : Liff. grecque, 2fi01. — Un contemporain de Basile, Evagrios de Pont, diacre de Grégoire de Nysse, vécut à CP, visita Jérusalem. IKgypte et la Nitrie : il écrivit plusieurs écrits ascétiques que nous avons conservés : un Movayô.; r, T.izl TTpax.T'.v? ; lin 'Av-:'.spT,T'./.ô-. un tso^ toù- aova/oj;, un -zo; T/.v rapbÉvov. Voir p'. G.. 40. 1214. El'ter : Gnomica,'l. 1892 : Zoeckler : Evaguris Pon tiens, Munchen, IS'.tS: Batiffol : op. laud..îL%\\ — SurPascétisme en général, voir Zoeckler :.4.<fAe.çe und Mônchtum; Schiewitz : Das morgendUindisc/ie Mônchlum. Mayence, 1904.
A coté de ce monachisme organisé, tel que Ta conçu Pacômo
136 L Kr.LISE IMPÉRIALE : LA VIE CHRETIENNE
L'Occident voit également fleurir le nionachisme. Lorsqii'Alhaiiase vient à lîonie invo(]iier la protection du pape Jules, il a amené deux moines avec lui : Ammonius qui ne daigne voir que les tombeaux de l^ierre et Paul, Isidore qui gagne tous les cœurs par son aimalde simplicité. Leurs récits enflamment les
en l'^gyple ot (iiir Basile a voulu riiititxliiirr en Asie Mineure, à côté (Je 1 anaelioretisme, plus libre, des disciples d'Antoine et d'Aninion. il est un monachisme d'ordre inférieur, né en Asie Mineure et en Syrie, de la fusion des praticpies païennes et de la foi chrétienne. Ce sont des ascètes voyageurs, i)rompts aux pèlerinages, groupés par deux ou trois, vivant dans les villes, auprès d'un sanctuaire (à Jérusalem, Bethléem. Néo-Césarée, Nazianze, Iconium): ils portent, par-dessus une tunique grossière, un long manteau noir ou jâxxoc fait de ])oils de chèvres; ils occupent à l'église des places spéciales et jouent un grand rôle dans les cérémonies liturgiques (surtout dans les vigiles); ils pratiquent des jeûnes de toute une semaine: ils vivent d'aumônes, ou des produits de leur travail. On les appelle Monazontes, ou Sarahailes (Cassien), ou Remoboth (Jérômei, ou Massaliens ; les plus austères parmi eux sont dénommés Apotacliles.
Des pratiques plus ou moins suspectes, des idées plus ou moins hérétiques se glisseront chez ces ascètes : le plus souvent leur culture est nulle. Outre l'outrance de leurs jeûnes, on signale que certains condamnent le mariage, la viande et le vin [Cyrille do Jérusalem : Cal. IV. P. G., 33, 488-489: deux lettres canoniques de S. Basile, P. G. 32,664 et 7:21) sur les Hydroparastates qui, dans l'Kucharistie, remplacent l'eau par le vin]. Les Manichéens, pour se dissimuler, se faufderont dans leurs rangs [Code Tliéo- (losien, XVI, v. 7 et 9, 381]. Rien de i)lus représentatif de ce monachisme |)opulaire glissant vers le dualisme et l'hérésie, que riiisloire d'Ku.slalhe de Sébaste et les textes du concile de Gangres. 340 [Kustalhe se corrigea et de\ int le maître de Basile] et surtout l'histoire des [Massaliens d'Adelphius. vers 370 [concile d(; Sidè]. Voir Loofs : Euslalhiiis von Sebaste und die Clironolof/ie der liasilius-Uriefe, Halle, 1898. et dans Ilerzog-Ilauck, V, 6:27: Laml)ert dans Cabrol, I, 2, 2 604: llefele-Leclercq. I, -2, 10:29: Ficker : A/jip/ulochiana, I, 19U6. Leijizig (fragment d'Iconium).