‹ Le christianisme et l'empire (200-700)Chapitre 5 sur 110 · RECUL DE L EMPIRE · texte numérisé non relu

RECUL DE L EMPIRE

Comme la situation extérieure, comme la situation intérieure, la situation morale de Tempire subit, à partir du m- siècle, de graves modifications. Le prestige de Rome et de sa civilisation baisse peu à peu; l'unité du monde impérial sébranle ; le vieux droit de Rome « est envahi par des éléments provinciaux qui, au lieu de se fondre avec les éléments purement romains (comme à l'époque syncrétiste), coexistent avec eux et forment un ensemble hétérogène «^ : les vieilles nations conquises semblent renaître ; au mouvement centripète de l'époque syncrétiste soppose le mouvement centrifuge de lépoque méditerranéenne : il aboutit à la dislocation que Ton constate à la fin du x^ siècle, et que Texaltation de Ryzance et de Milan rend sensible dès la fin du i\^ Cette décadence de Rome entraine un recul de l'Hellénisme dont elle s'est constituée le champion. De là, l'offensive et la victoire des civilisations orientales- et occidentales-^ qu'attestent les transformations de toute nature'* qui s'opèrent à

' Cuq. Inst. Jurid. des Rom., II, 1908, 770..

- Syrie, Iran. Egypte.

^ Germains, Gaulois.

* L'influence orientale contribue à faire évoluer dans le sens autocratique le pouvoir impérial : elle se fait également sentir dans le domaine artistique. Consulter les travaux de Strzygowski : Orient oder Rom., Leipzig, 19Ôi : Rellenische iind koptische Kunst., 1902 ; Kleinasien, ein Xeuland der Kunst-Geschichte , i^Si : Der Dom zu Aachen.... 1904: Mschatfa, VJî)i : Kleinarmenische Miniatarmalerei, 1907: et Denk.schr. d. Kais. Ak. d. Wiss. in Wien. Ph.-hist. Klas., ;:.2. 1906 ^Die Miniaturen des serhlsclien PsaUer.s, Wien). L"art impérial, l'art romain, l'art chrétien ont pour berceau, non pas Rome, ni Byzance, mais l'Orient

8 L EPOQUE MEDITERRANEENNE

l'Orient et à rOccidont, et que couronne, ici el \l\, l'édilication des deux empires rivaux de l'empire romain, chassé de Rome, l'empire arabe et l'empire franc. De là, aussi, la niorl de la science.

Ce o-rand drame d'histoire sest déroulé en trois actes. Durant la première période (ni^ et iv*^ siècles), que j'appellerais volontiers la période romaine, le Christianisme pénètre peu à j)eu et ranime un instant la société et la pensée anticiues, telles qu'elles se sont fixées dans le cadre impérial, où elles commencent de fléchir. — Ce cadre se ])rise du v*^ au vin^ siècle : le Christianisme disparaît des régions où triomphe l'Islam, s'étiole partout où domine Byzance, se concentre et s'enracine dans le pays où se sont établis les Barbares. — A la période où il marche ainsi vers l'Ouest, c'est donc la période fraiique qui succède : dans le cadre croulant d(^ l'empire, la vie chrétienne refleurit un instant ^ Mais la révolution reprend son cours : une transformation profonde perturbe les conditions normales du développement social et de la vie chrétienne ; le passé impérial s'abolit au milieu de l'anarchie qui ne cesse de croître-. Pour avoir quasi confondu sa

hellénistiquo (Syrie, Egypte. Arménie), ciiii a. \)\us qu'on ne le croyait, retenu ses traclition.^^ nationales anlrrieures à l'Hellénisme.

* Noter que l'empire caroHiif/ien ne ressuscMc qu'en apparence l'empire romain : ses bases, ehrétienne et seigneuriale, sont tout autres.

- Sauf en Germanii» : \i\ seulement la renaissance occidentale date du .\« siècle. Mais, à vrai dire, il s'agit moins, ici. de renaissance que de naissance.

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