‹ Le christianisme et l'empire (200-700)Chapitre 7 sur 110 · DES SÉVÈRE AUX VALEXTIXIEX · texte numérisé non relu

DES SÉVÈRE AUX VALEXTIXIEX

Au second quart du ni- siècle, l'Eglise chrétienne et IHtat romain sont constitués comme deux puissances distinctes et autonomes ; et ils se connaissent comme tels. Avant de montrer l'évolution de leurs rapports, et comment, devenus ennemis, puis alliés, ils luttent, puis collaborent l'un avec l'autre, il convient de jeter un coup d'œil sur leur situation respective.

A trois groupes d'églises apostoliques, de force très résistante et de large rayonnement, se juxtaposent trois autres groupes d'églises plus jeunes, mais où la vie chrétienne paraît déjà très intense.

Au premier rang brille Antioche. On peut vanter les temples d'Athènes et les écoles de Tarse : Antioche reste jusqu'à la chute de l'empire romain la métropole de rilellénisme, la plus grande ville où l'esprit grec.

L EGLISE SOUS LES SEVERE i 1

malgré l'action dissolvante du milieu oriental, soit demeuré le plus puissant. Les souvenirs qu'y ont laissés les Séleucides contribuent à son prestige ; et sa position au point précis oi^i l'Euphrate se rapproche le plus de la Méditerranée, concourt à lentretenir : c'est le centre tout indiqué de la défense romaine, lorsque, comme aujourd'hui, le péril persan va naître sur lautre rive du tieuve. Cette métropole de IHellénisme a été, après Jérusalem, la première métropole du Christianisme ; elle demeure une de ses plus brillantes capitales. Le nombre de ses fidèles, la science de son clergé sont universellement connus; parmi les évêques, Ignace et Théophile et Sérapion sont les plus fameux. Limportance politique d'Antioche se reflète dans sa situation religieuse : la plupart des éghses de Palestine et de Syrie, de Cilicie et dOsrhoène, d'Arabie et de Mésopotamie gravitent autour d'elle ^ Césarée, Tyr, Ptolemaïs, Rhossos, Tarse, Jérusalem, Emmaiis (Nicopolis), Bostra ont des chrétientés florissantes : là vivent des hommes d'une piété ou d'une science légendaire, comme Narcisse ouJulius Africanus -. L'église d'Edesse,

' Pour plus de détails, voir Harnack : Mission und Ausbreitung des Chrislenlurns in den ersten drei Jahrhiinderten. :î« Auflage, l'.iOô, II, 77 (Palestine), 98 Phénicie), 102;(Goelesyriei.ll7 (Osrhoëne et Mésopotamie', 127 lArabie), lui (Cilicie). lltj (Chypre); — Duchesne ; Histoire ancienne de VEglise, l, 19tni, 443-464.

- Soldat, médecin et architecte chrétien, riche, voyageur, chasseur et savant qui vivait dans la première moitié du iii« siècle. Né à Aelia, il travaille à Emmaiis -Nicopolis (Palestine), visite l'Egypte, l'Arménie, la Phrygie. Rome où il construit une bibliothèque près du Panthéon. Nous avons un fragment d'une lettre où il cherche à concilier les deux généalogies évangéliques

12 L ECLISE IMIM-rUALE : l.A VIF. CIIUKTIENNE

tille (lirccle (rAiitiurhc, dalr ilo là^e apostolique : et la conversion tlAbi^ar et la science de Bardesane ^ aiïcrmissenl <■( iiiiistrenl le Christianisme de ces contrées.

Les églises d Asie Mineure gardent pieusement le souvenir de saint Paul, de saint Pierre et de saint Jean. Dans la vieille province d'Asie, depuis longtemps hellénisée, comme dans les pays à demi barbares encore du Pont, de la Cappadoce et de la l^ithynie, les chrétientés se pressent, nombreuses et ardentes : c'est Kphèsc et Iconium, Smyrne, Sardes, Lystre et

[EiisM)C, I, 7]: sa correspondance avec Origène, au sujet de l'histoire de Su.sanne : des frai,Miients d'une encyclopédie médicale par lui dédiée à Alexandre Sévère [xej'o-J [P. G, 10, 3o et 11, 41]; des fi-agments de sa Chronographie, conservés dans Kusébe : les synchrunisnies qu'il établit entre l'histoire profane et l'histoire sacrée démontrent rantitpiilé de Moïse. Eusébe, Malalas, le Chronicon Paschale, Sulpice Sévère ont utilisé son travail : avait-il eu des précurseurs? [11. Geizer : Se.rtus Jidius Africanus und die hyzanlin'ische Chroiioffraphie, 3 vol.. 1885-08, Leipzig]: Duchesne : op. laud., I. 4G0-46"2 : Hardenhewer, II, 219.

.Narcisse était évé(pu> de Jérusalem à la lin du n» siècle [Eusèbe, IV, \j ; Duchesne. I. 458J.

' Sur Bardesane, voir lomr III, p. -l'à'l. n. — On a \\\. t. Il, p. 114. la conversion dizate au .ludaïsme. Le Christianisme est établi à Edesse avant l'an 170 : c'est environ ce temps que semble avoir été faite la traduction syriaque de la Bible qui s'a|)pelle la /V.s7////o|Uuval : Ull. syriaque, p. 32] : peu ajjrès. le roi Abgar IX le Grand (17'.i-214) se convertit lui-même i\ l'Evangile, peut-être à la suite de son voyage à Rome vers 202. peut-être à la suite de ses ra|)ports avec Jules Africain et Bardesane. C'est dans ces milieu.x que funMil rédigées les fameuses lett4-es d'Abgar V k Jésus et de Jésus à Abiîar. [Voir les articles d'Abgar dans Vacant, Cabrol; Diival : Histoire d'Edesse. Paris. 18'.»1 ; Ti.xeront : Origines de ieijlise d'Edesse. 1888; Lipsius : I>ie Edessenische Abcfarsar/e, 1880].

LES VIEILLES Lu LISE- 13

Derbé, Laodicée, >«icomédie et Amastris, Hiéropolis et Hiérapolis, Euménie, Synnada et surtout Césarée', Quartier général de larmée dAsie Mineure, point dappui de la politique impériale qui travaille à renouveler la face de ces pays, entrepôt du commerce qui unit la Méditerranée à lEuphrate, Césarée a silencieusement grandi au ii^ siècle tandis que se déplaçait le centre de gravité de lAsie romaine. Au début du m^ siècle. 1 influence dEphèse s'est abaissée, Césarée apparaît comme une métropole incontestée. Malgré le succès prodigieux des Montanistes, malgré la persistance des vieux cultes indigènes de Cybèle et d'Attys, malgré le développement du Mithriacismc, certaines villes de Phrygie sont presque entièrement chrétiennes ; dans divers pays, les inscriptions chrétiennes ne sont même plus cachées. La foi des tidèles est ardente : le succès du Montanisme l'atteste, et les

' Voir Harnack : op. laud . II. 1.53-19.5 et Diichesne : op. laud.. I. 4.33-444. D'après Hippolyte [in Dan., Bonwetsch. :232], une prophétesse cappadocienne, qui accomplit elle-même la liturgie, entraîne les foules vers .Jérusalem. C'est environ le temps d'Alexandre et de son dieu Glycon voir t. Il, p. 19. n. 1.]. Tous ces pays semblent s'être christianisés de bonne heure, assez facilement : voir déjà la lettre de Pline à Traian : « Neque civitates tantum sed vioos etiam atque agros superstitionis Isliiis contagio pcrvagata est... Certe satis constat prope iam desolata templa cœpisse celebrari et sacra sollemnia diu intermissa repeti » : et les inscriptions chrétiennes de Phrygie : et le nombre des chorévèques qui se trouvent à Nicée [Cumont : Les Inscr. chrét. d'Asie Min. — Mélanges.... 1895]. — On sait l'invasion des Goths de Kniva, en 251. le désastre de Déce, et la désolation dune grande partie de l'Asie Mineure aussi bien que de la Thrace [Schiller, I, 8i)6. sq.. Tillemont : Hi^f.. III. 318 .

premiers pèlerins qu'ait mis en route le désir de voir la Terre Sainte et la « Ville Royale » sont deux Asiatiques, Alexandre de Cappadoce et Abercius d'Hiérapolis. D'aulre pari, l'usage des conciles ne semble en aucun pays avoir été plus familier aux évèques. Ici encore la vie chrétienne a poussé de fortes racines. La vilalité de l'église de Rome et lattraction quelle exerce sont suflSsamment attestées par Ihistoire antécédente. La communauté romaine n'a pas perdu le point d'appui qu'elle a trouvé, dès la première heure, dans l'aristocratie locale : aux Flavii Clémentes et aux Acilii Glabriones sont venus se joindre, dans le cours du second siècle, les Ca^cilii, les .Emilii, les Cornelii. C'est maintenant la catacombe de Calliste qui l'emporte en dignité sur les autres : c'est « le cimetière » de l'église et la résidence du [)ape. Le nombre des chrétiens romains approche sans doute de trente ou quarante mille ; une quarantaine de prêtres et une centaine d'autres clercs assurent le service de la communauté. Les églises italiennes gravitent autour de Rome : très rares dans le nord, elles sont assez nombreuses, au contraire, dans le sud de la péninsule, une cinquantaine environ. Naples, ïarente, Brindes, Syracuse paraissent avoir été les principales ^' — Co-

' Sur Rome, voir Ilarnack, II. 204. C'esl au cours du 7//« siècle fjue rcf/lise rouiaine se met à parler latin : jusque-là. le grec était .sa lanpruc ofdcielic. Coineille (-■- 253) est le j)reniier pape dont nous ayons une épifaphe latine; encore écrivait-il en grec [Eusèbe, vi,'4;i. 3|.

SurlAchaïe. voir Harnack. II. 196-200.

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