‹ Le christianisme et l'empire romain: de Néron à Théodose (volume 2)Chapitre 10 sur 164 · Plink, Nat, hist., XIII^ 4j Tacite, Hist., Y · texte numérisé non relu

Plink, Nat, hist., XIII^ 4j Tacite, Hist., Y

r, LE CHRISTFANISME EX L'EHPIRE ROMAIN.

lout« autre croyance ceux qu'il attirait k la sienne ' . A sticune epoque, cependant, Rome ne songea a firoscrire la religion juive. Taut que ses sectateurs demeur^rent un corps do nation, — corps afTaibli, mutile, mais conservant un reste de vie, — celte tolerance s'explique aisement. Les Romains eurent toujours le respect des religions nationales. Auguste et sa famille combl^rent de dons le temple do J6rUBaleni. Mais quand, apres 70, la nationalite juive eut peri, ne laissant debout que la religion et la race, Rome supporta avec la m^me patience un culLeenneminatureldusien.Ellecontinuadefl^cliir en faveur de la synagogue les lois dirigees centre les associations, et d'exempter les Juifs de toutes les obligations contraires a leur conscience *. Le pros41ytisme seul leur fut plus ou moins interdit ^. Celte tolerance, a peine interrompue par quelques mesures de police, plus violentes que durables^, surprend d'abord, mais s'explique a la reflexion. \'nr cela ni6ine que la religion, chez les Juifs, etait altachee a la raccetsemblaitse con fond re avec elle, im empire universel comme celui de Rome n'en avail rien acraindre. Cette base etait trop etroite

i. TACiTE,^nn., \l,eS; tOskme„Anl.jud., XVIU, 3, *; PufLOit, Adu. f^laetum; Legal, ad Caium ; 8u*tose, Claudius, tS;Act. Apoil., xvm, l;DiON Cassius. LX, a

pour porter jamais les peuples de toute origine sur lesquels planait Taigle romaine. Ce monotheisme herisse de prescriptions minutieuses, qui formaient autour de lui comme une haie d'epines, etait trop morose pour les seduire. Aussi la politique imperiale se gardait-elle de recourir k des rigueurs inutiles, qui eussent reveille le fanatisme a peine assoupi, et mis en peril sans profit la paix publique. A des refractaires plus doux et, a son point de vue, plus danger eux etait reservee son intolerance. Comme avail fait la religion juive, le christianisme enseignait aux hommes le culte du vrai Dieu. Mais, a la difference de la religion juive, dont les exigences etaient trop grandes, le caractere national trop marque, pour attirer des convertis nombreux et durables, lui ne demandait a ses adherents d'autres sacrifices que celui de leurs erreurs et de leurs vices. Ses rites tres simples, sa morale exempte de toute singularite, s'adressaient a tous, sans distinction de nationalite ou de race. On se faisait Chretien sans cesser d'etre Romain. Cela exit du, semble-t-il, concilier au christianisme I'indulgence des politiques. Ce fut, au contraire, la cause de leur severile. En pr^chant et en rendant possible la religion universelle, le christianisme leur paraissait menacer directement la religion d'Etat, telle que la professait TEmpire. Son succ^s serait la ruine du paganisme officiel. Comme on croyait la duree de ce paganisme inseparable de cell^ de Rome, on 14-

chait d'arr^ter par tous les moyenB la propagation de la religion nou^relle. Les meilleurs empereurs, les plus soucieux des int^rdts et les plus imbus de& prdjuges romains, seront, pour ce motif, parmi les plus ardents persecuteurs.

Le christianisme etait n6 depuis assez longtemps, avant que I'Empire s'occup^t de lui. A Forigine, on le distinguait mal du judai'sme. II grandissait, comme la dit TertuUien, h Tombre de cette religion toler^e \ Les persecutions dont il fut Tobjet de la part de celle-ci parurent d*abord, aux hommes d'Etat remains, n'^tre que des conilits entre sectes juives de tendances diverses^. Dans les accusations dirig^es centre Paul et les premiers missionnaires de I'Evangile, ils ne voyaient que des querelles de mots, des discussions de discipline ou de doctrine, dont I'autorite civile n'avait pas a connaitre^. C'est avec une mauvaise humeur a peine dissimulee qu'ils recevaient les denonciateurs. Si Paul fut conduit a Rome pour 6lre presente au tribunal de Tempereur, c'est parce qu'il avait rendu cette procedure inevitable par son appel a Cesar ; car le procurateur Festus aurait voulu le renvoyer sans jugement ^. La tendance des auto-

i. Sub umbraculo religionis insignissimae, certe licitae. Apol.^

«. SuETONE, Claudius, 25; Dion Cassius, LX, G; AcL Apost,, xviii,

Page 1