‹ Le christianisme et l'empire romain: de Néron à Théodose (volume 2)Chapitre 9 sur 164 · LES CHRETIENS ET LES EMPEREURS DU PREMIER SIECLE · texte numérisé non relu

LES CHRETIENS ET LES EMPEREURS DU PREMIER SIECLE

§ 1. — Les religions k Rome.

La religion de I'ancienne Rome etait fort simple. Les dieux latins ne furent pas autre chose que les forces de la nature, personnifiees par Timagination d'un peuple agriculteur et guerrier. Feu a pen, ce pantheon primitif s'elargit. La conqufite y fitentrer des divinites nouvelles. Les Romains croyaient vraies toutes les religions nationales. Aussi s'empressaient-ils de s'approprier les divinites des peuples vaincus et de transformer ainsi des ennemis en protecteurs. De la sorte, aux dieux du Latium s'ajouterent, Tun apres Tautre, ceux des diverses contr^es de Fltalie, et tout agrandissement

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du territoire de Rome primitive fut en m^me temps un agrandissement de sa religion. D'autres causes vinrent successivement enrichir celle-ci. N'ayant point ridee d*une religion universelle, les anciens, dans les calamit^s publiques, ^taient portes k s'adresser a des divinites ^trangeres, qu'ils jugeaient capables d'ecarter les ileaux dont leurs dieux indigenes n'avaient pas su les preserver. C'est ainsi que, par I'influence des oracles sibyllins, les principaux dieux de la Gr^ce se virent a leur tour introduits dans Rome. Mais, a mesure que la puissance romaine s'etendit a Test, d'autres formes religieuses furent revelees au peuple conquerant. Le mysticisme troublant et sensuel de TOrient eveilla des besoins nouveaux dans les Ames. Les divinites de TEgypte et de I'Asie eurent k leur tour des pr^tres a Rome , et trouverent des devots chez tons ceux dont la simplicite fruste des religions italiques, la mythologie trop humaine de rhellenisme, ne satisfaisaient plus les aspirations religieuses.

Ces divers cultes ne furent pas tout de suite accueillis au m6me titre. Les uns resterent quelque temps relegues en dehors de Tenceinte de Rome ; d'autres regurent aussitot droit de cite. Quelquesuns rejetes d'abord, proscrits m^me a diverses reprises, furent enfin introduits par une poussee irresistible du sentiment populaire. Beaucoup virent leur admission favorisee par des ressemblances

accidentelles entre leurs dieux et ceux de Rome : on arriva vite a les identifier. Ainsi so forma peu a peu une religion faite d'annexions successives, d'assimilations, de compromis, telle que nous la voyons au commencement de I'Empire romain, apres les reformes d'Auguste. Laplupartdes dieux de TEtat ne sont plus que des composes hybrides, oii les elements latin, italien, grec, asiatique, se sont combines, la Grece imposant presque toujours la perfection de sa forme plastique. Le petit nombre des divinites etrangeres qui se sont montrees refractaires a cette fusion n'a point pris place dans la religion officielle. Mais, demeurees Tobjet de devotions privees, elles continuent a beneficier d'une large tolerance. Cette tolerance pour toutes les formes de la piete ou de la superstition cessera dans deux cas seulement : quand I'Etat croira devoir intervenir au nom de I'inter^t public ou de la morale; quand une religion pretendra a la domination exclusive des intelligences et des volont^s. On se tromperait en attribuant a une theorie metaphysique Tintolerance que, dans cette seconde hypothese, montrera TEtat romain. Sa religion n*a rien de doctrinal. C'est, comme nous I'avons dit, un assemblage de morceaux de provenance diverse, une mosaique assez het^roclite, a laquelle le temps, la coutume, I'instinct po^tique ou populaire, ont seuls donne une cohesion apparente et uneteinteharmonieuse. Mais, de touteson histoire,

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Tesprit romain a garde ane disposition quele cours des siecles, une suite presqae ininterrompue de victoires et de conqu^tes, ont fortifiee au lieu de rafTaiblir. La fortune de Rome lui a paru li^e a sa religion. Les plus raflines des contemporains d*Augusteou de Tibere n'etaientpas moins p^netr^s de cette pensee que les grossiers habitants de la ville primitive du Palatin. Du fond mfeme de cette religion, de sa certitude absolue ou de ses origines historiques, ils se souciaient peut-^tre mediocrement. Plus d'un eHi volontiers repet^ la parole indifferente ou decouragee de Pilate : « Qu'est-ce que la verite? » Mais I'int^r^t politique, et une toute-puissante superstition, dont les plus sceptiques eux-m^mes ne cherchaient pas a se defendre, leur rendaient sacres les dieux nationaux. M^me ceux dont Tadoption etait recente et la nationalite diverse se trouvaient, par une fiction aisement acceptee, mfilesaux fondements seculairesde T^tat. Prier d'autres dieux etait permis; mais professer qu'eux seuls avaient droit k Tadoration, qu'ils existaientseuls, etaient seuls vrais d'une verite absolue, paraissait une attaque a la puissance romaine. On croyait que celle-ci serait 6branl^e le jour oil croulerait sa religion traditionnelle. Cette conception est tellement inherente au paganisme romain qu'elle se retrouvera sans changement chez ses derniers sectateurs, contemporains de saint Ambroise ou de saint Augustih.

Parmi les religions etrangeres, une seule, avant raveneirient du christianisme, semblait a premiere vue appeler sur elle, de ce chef, les foudres du pouvoir civil. En honorant son dieu pr^fer^, un sectateur d'Isis ou de Mithra ne songeait point a refuser seshommages aux personnages sacres adores publiquement a Rome. Moins encore il n'aurait eu la pensee de contester leur caractere divin. Plus tard, quand les cultes exotiques furent devenus a la mode et compterent parmi leurs adherents des membres considerables de I'aristocratie, on vit ceux-ci tout a la fois rev^tus des sacerdoces officiels et investis des titres les plus bizarres des devotions orientales. Tout autrement en est-il du judal'sme. Cette religion est essentiellement monotheiste, par consequent exclusive. II n'existe a ses yeux d'autre dieu que le sien. Pour elle, les dieux des nations n'ont point de realite, ou sont des demons malfaisants. Elle les raille, ou les a en horreur. Ce trait des Juifs est note par les historiens antiques. C'est, disent-ils, une race celebre par son mepris des dieux, et qui considere comme profane tout ce qui, chez nous, est sacred Ce caractere du judaisme etait encore aggrave par Tesprit de proselytisme, qu'il avait en commun avec les autres religions orientales, mais qui, chez lui, prenait quelque chose de particulierement blessant, puisqu'il detachait de

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