‹ Le christianisme et l'empire romain: de Néron à Théodose (volume 2)Chapitre 140 sur 164 · Corp, inscr. lat.y t. VI · texte numérisé non relu

Corp, inscr. lat.y t. VI

sion du me^me paien, etait rare parmi ses coreligionnaires. L'opposition paienne commenQa de se desagr^ger quand les membres de Taristocratie romaine, qui en formaient le plus solide noyau, ne furent plus retenus par les immeubles et les revenus des hauls sacerdoces, jusqu'alors apanage presque hereditaire des families palriciennes. Cessant d'etre un des grands proprielaires de T Empire, le clerge paien verra peu a peu s'eclaircir ses rangs. II ne pourra se resigner a vivre, comma vivaient alors les pretres chreliens, sans traitement de TEtat.

C'etait la force de I'Eglise d'avoir besoin de la liberie seule pour exister; c'etail la faiblesse du paganisme de se senlir blesse a mort des que sa silualion de religion privilegiee elait menacee. En fait, Gralien ne fit rien de plus que de la lui enlever. II n'essaya pas de donner au christianisme une revanche complete en realisant, en face del'alliance brisee de I'ancien culte et de TEtat, cetle union intime de I'Eglise et de TEtal vers laquelle tendront les ages suivants. Non seulementil n'y a pas sous son r^gne un budget du culte chretien, mais m6me des lois restrictives ne sont pas encore abrogees. Sur plusieurs points, les prelres du Christ demeurent dans une position moins favorable que les minis- Ires des dieux : le curiale ne pent entrer dans les ordres sacres sans faire abandon de ses biens : dans certaines circonstances les ecclesiastiques ne

-- >^ -. » .^i*lM«— <J^^^fcMll

peuvent recevoir des legs, m^me mobiliers. Gralien ne songea pas k faire disparaltre ces inegalites : la separation des cultes et de TEtat, lei est, en attendant mieux, le seul resultat de sa politique religieuse. Mais s'il n ameliora point la situation materielle de I'Eglise, ce que le desinteressement d' Ambroise ne lui demanda jamais, il donna a celui-ci une satisfaction meilleure par de nombreuses lois, qui t^moignent de ses sentiments orthodoxes : soit qu'il efface, dans les provinces orientales, toule trace de la persecution de Valens * ; soit qu'il oblige les donatistes a restituer aux catholiques les eglises dont ils s'etaient empares^; soit qu'il reprime sur tous les points de I'Empire la propagande de I'heresie ^ ; soit quMl exempte des charges personnelles les divers ordres du clerge ^ ou modere I'impot du chrysargire en faveur des clercs qui font le commerce^; soit qu'il libere les filles chretiennes de comediens du lien hereditaire de leur profession^. Une loi de 383 est curieuse : elle punit les Chretiens qui se rendraient coupables d'apostasie"^. Cette loi parait en contradiction avec le principe ailleurs proclame par Gratien de la liberte des

i. SOCRATE, V, 2; SOZOMENE, VII, 1.

Page 1