‹ Le christianisme et l'empire romain: de Néron à Théodose (volume 2)Chapitre 52 sur 164 · Acta proconsularia S, Cypnani, 2; dans Ruinart, p · texte numérisé non relu

Acta proconsularia S, Cypnani, 2; dans Ruinart, p

3. La relegatio ou bannissement n'entrainait pas ordinairement (excepte pour les Chretiens) la perte totale des biens, qui ^tait la

prenait pas la premiere place dans les calculs des persecuteurs. II en est autrement sous Valerien. Pour aider la detresse, alors tres grande, du tresor public, Fempereur se prepare a mettre la main sur les biens des Chretiens. M^me avant I'ouverture officielle de la persecution, on le voit s'inquieter de la fortune de fideles venus de Gr^ce a Rome, et signal's a I'attention de sa police par I'abondance de leurs aum6nes ^ D'accessoire la confiscation passe au rang de peine principale dans I'edit de 258. On y lit que les senateurs, nobles ou chevaliers qui professent le christianisme commenceront par ^tre depouilles de leurs biens, puis, s'ils persistent a etre Chretiens, encourront la decapitation. De m^me pour les Cesariens : non seulement ceux qui confesseront la foi dans I'avenir, mais, par un effet retroactif, ceux qui I'ont confessee dans Tune des persecutions precedentes perdront leur fortune, qui sera acquise au fisc. Dans sa h^te d'acquerir les richesses des Chretiens, I'empereur, contrairement k tous les precedents comme a toute logique, confisque d'abord, sauf a punir ensuite. On comprend qu'il n'aitpas mis moins d empressement a s'approprier le patrimoine collectif de I'Eglise. Un reste de respect pour la religion des tombeaux, si puissante

consequence des seules pcines capitales. Voir Digesle^ XLVni, xxii, 1, /*.

4. Acles des martyrs grecs, publics par De Rossr, Homa sotterraneay t. Ill, p. 202, 205.

a Rome, remp^che d'adjuger au fisc les terrains funeraires des Chretiens : il se contente de les mettre sous sequestre. Mais les aulres proprietes communes, comme les edifices consacres aux reunions du culte, sont saisies, quelques-unes peut-^lre vendues au profit du tresor ' . Plus encore sans doute que les immeubles, les richesses mobilieres de la communaute chr^tienne paraissent de bonne prise. L'histoire de saint Laurent est trop caracteristique pour avoir ete de tout point inventee. Ce premier diacre, administrateur du temporel del'Eglise romaine, est mande devant le prefet apres le martyre de saint Sixte. On le somme de livrer les tresors confies a sa garde. II accepte, et, au jour fixe, presente au magistrat une troupe de pauvres^, recrutee parmi les quinze cents indigents que nourrissait quolidiennement TEglise de Rome^. On ne pouvait dire plus clairement que les cotisations mensuelles et les aumones versees dans la caisse ecclesiastique n'y sejournaient pas, et se repandaient tout de suite sur les miserables. C'est ce qu'exprimait plus simplement saint Cyprien, ecrivant dans le m^me temps que TEglise ne faisait pas d'economies, et que tout

i. On verra plusloin la distinction entreles cimeticrcs et les autrcs « Ueux religieux > des Chretiens, faite par r^dit de restitution de Gallien; Eusede, Hist. Eccl., VII, i3.

8. Saint Ambroise, 0^., I, 41 ; II, 28; Prudence, Peri Steph., II.

3. Saint Corneille, dans Eusere, Hist. EccL, VI, 43, ii. — Cf. De Rossi, De origine, historia, indicibus scrinii et bibliothecae sedis apostolicae, p. xn, xxiv.

LE CHRISTI\NISME. 7

ce qu'elle recevait s'en allait aux orphelins et aux veuves ^ Val^rien s'elait Ironipe, quand il avail cru que les biens des associations chretiennes lui seraient une proie fructueuse. II trouvait des immeubles inalienables, comme les cimetieres, ou d'une venle difficile, comme les oratoires et les chapelles : les reserves mobilieres sur lesquelles il comptait n'existaient pas. Mais a defaut de la fortune de I'Eglise, qui dejoua les esp^rances du persecuteur, celle des riches Chretiens, visee specialement par un de ses edits, dedommagea peut-^tre sonavidite -.

§ 6. — La paix de Gallien.

Le regno de Valerien se tormina par une catastrophe, dans laquelle les chretiens virent un ch^timent providentiel. Fait prisonnier par les Perses, le prince persecuteur mourutcaptif, presque esclave, apres avoir servi de jouet a ses vainqueurs. Gallien lui succeda. Celui-ci, suivant probablement les conseils de I'imperatrice Salonine, dont la sympathie pour les Chretiens etait allee peut-etre jusqu'a embrasser leur foi, mit fin a la persecution. Il le fit d'une maniere insolite. Jusque-la, plusieurs perse-

i. Saint Cyprien, De opere et eleemosynis, 45.

2. Huic persecution! quotidie instant praefecti in Urbe, ut qui sibi oblati fuerint in eos animadvertantur, et bona eorum fisco vindicenlur. Saint Cyprien, Ep. 80.

LE CHRISTIANISME ET LEMPIRE ROMAIN. Ill

cutions avaient cesse de fait, sans que le droit ait ete change. On laissait vivre les Chretiens et tomber en desuetude les lois d'exception rendues centre eux, mais le christianisme demeurait une religion illicite, toujours punissable en theorie. Gallien semble avoir voulu effacer cette tache originelle. Un edit general rendit aux ev^ques et a leur clerge — aux magistrats du Verbe, selon son expression^ — la liberte de leur ministere. Puis des rescrits, envoyes a plusieurs ev^ques, reglerent les mesures d'execution. On a conserve I'un de ces rescrits. II est adresse a Denys d'Alexandrie et a ses coUegues orientaux, et les remet en possession des « lieux religieux » saisis par le fisc^. D*autres rescrits levent le sequestre etabli sur les cimetieres, et permettent aux ev^ques d'en recouvrer I'usage ^. L'importance de ces actes eclate k tons les yeux. Les chefs des Eglises et leurs ministres, supprimes par Valerien, regoivent de son fils une sorte d'investiture et comme un titre officiel. Les diverses categories de proprietes ecclesiastiques que Valerien a sequestrees ou confisquees sont rendues aux representants de I'Eglise. Celle-ci regoit, non plus implicitement et en vertu d'une sentence juridique, comme celle d' Alexandre Severe, mais formellement, par un edit et divers rescrits, le droit d'etre

Page 1