‹ Le christianisme et l'empire romain: de Néron à Théodose (volume 2)Chapitre 58 sur 164 · EUSEBE, Hiil. Eccl.., VlII · texte numérisé non relu

EUSEBE, Hiil. Eccl.., VlII

tout la securite materielle s^affirmait par des signes exterieurs : en beaucoup de villes, de spacieuses basiliques remplaQaient les eglises obscures ou les etroites chapelles des premiers temps ^ A Rome, cependant, la prevoyance des papes continua de maintenir les lieux de culte loin du centre mondain et tumultueux de la cite, et parait avoir employe surtout a I'agrandissement des catacombes la liberte laissee a leur zele ^. lis semblent avoir vu que cette liberte serait courte et que la paix demeurait fragile.

Le troisi^me siecle, cependant, ne s'achevait pas sans avoir modifie favorablementles rapports de I'Eglise avec I'fitat remain. Pendant la premiere moitie du siecle, I'Eglise avaitreussi, en se faisant accepter soit comme college funeraire legalement autorise, soit au moins comme association de fait, k constituer le patrimoine necessaire pour le culte, la sepulture et tons les besoins materiels ou spirituels d'une societe organisee. Toute fiction legale avait m^me fini par devenir inutile, puisqu'une decision imperiale, aux environs de Tan 225, avait traite I'Eglise de Rome comme une corporation reconnue, et m^me comme une religion licite , en lui concedant un terrain avec permission d'y adorer Dieu. 11 fallut Ic cruel ^dit de Dece pour rendre de nou-

i. EusEBE, Hist, Eccl., YlII, 1.

"l. De Rossi, Roma soUerranea, t. I, p. 203; t. HI, i>. 45, ^, 49, (il-64, 71-73, 423 423, 425, 487, 488.

veau illicite la religion chrelienne; mais, meme alors, la situation de I'Eglise comme corporation proprietaire ne fut point ebranlee. Cette situation etait encore si forte au milieu du siecle que Valerien la prit pour but principal d'une persecution nouvelle, et s'usa en vains efforts pour dissoudre I'association chr^tienne. L'echec de sa tentative amena une seconde reconnaissance de I'Eglise, plus formelle encore que la premiere, par Gallien. De nouveau, cette reconnaissance fut abrogee par I'edit de persecution d'Aurelien. L'Eglise retomba alors dans la situation juridique qui avait ete la sienne au siecle precedent, jouissantle plus souvent d'une paix precaire, que des accusations individuelles ou m^me de nouvelles persecutions generales pouvaient interrompre a tout moment. Mais au moins, I'experience a ete faite : il a ete demontre que le pouvoir imperial pent s'entendre avec I'Eglise, et que le droit d'adorer un autre Dieu que les divinites officielles pent etre accorde sans peril

pour I'Etat. Par deux fois, I'antique legislation religieuse de Rome a ete mise en ecliec. Si dures que soient les epreuves encore reservees a la societe cliretienne, les bases de la pacification definitive sont des a present jetees.

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CUAPITRE QUATRIEME

UEK.MEDE Pl^riSECUT]

- De r^talilissenient de la tetrarcbie k Tabdication de Diocl6tien.

I. a pais religieuse eitt probablemenlete maiiite- 1IUC, si Dioclelien elait demeure seul empereup Ce qu'on sail de son caractere ct ce qu'on connait , de son entourage inlime permel de le aupposer. Mais un juste sentimenl des nocossiles du temps I'amcna vile a so choisir des coUegnes.

AlLentif a la lecon donnee naguere par la periode dite dea trente tyrans, Diocletlen comprenait qu'une division hierarchique et regiiliferede I'Em- 1 piro serail le seul moyen de rempScher de so fractionncr de nouveau, En s'obstinanl a lui conserver I'unite apparenle, on courrait lu risque do le voir '' plus ou moins tot so rompre en dc'bris. soit au gre d'ambilions revolutionnaires , soit par les neceasites de la defense locale, soit mi^me en vertu de I'instinct national qui s'agitail deja confusement an Bein des divers peoples soiimis it I'lidgemonit; de Rome. A vrai dire, dans le mondo romain

presse de tous c6t^s par les Barbares, Rome n'etait plus qu'un centre historique. L'autorile effective ne s'exercerait desormais qu'a la condition de se rapprocher des frontieres et de se faire multiple eomme elles. C'est ce qu'avait commence Diocletien des 285 , s'adjoignant Maximien Hercule en qualite de Cesar, puis d'Auguste , et le preposant a la garde de I'Occident, tandis que lui-m^me se reservait I'Orient. II acheva de realiser en 292 ^ cette pens6e prevoyante, et crut perfectionner le systeme par Tetablissement de la tetrarchie, qui divisait encore les fonctions et subordonnait, avec le titre de C^sar, en Occident Constance Chlore k Maximien Hercule , dans 1' Europe orientale Maximin Galere a Diocletien. Sous I'autorite directe du premier des Augustes devait rester I'Asie, avec ses dependances naturelles, I'Egypte, qui en etait comme le prolongement , la Thrace , qui assurait ses communications avec I'Europe; le second rassemblait sous son sceptre I'ltalie, I'Afrique, et probablement I'Espagne. Auxiliaire de celui-ci, Constance Chlore recevait la Gaule et la Bretagne ; dans Forbite de Diocletien devait se mouvoir Galere, souverain des provinces danubiennes.

Galere fut I'instigateur de la reprise des hostilites centre I'Eglise.

On vit alors I'influence qu'un esprit grossier,

1. Ou 2!)3; voir la note de Goyau, Chronologie de V Empire romain. 1891, p. 316, note 6.

mais energique et tenace, acquiert facilement sur une nature plus distinguee, par cela meme moins entiere dans ses opinions. Le portrait que tracent de Galere les auteurs paiens et Chretiens — Aurelius Victor aussi bien que Lactance — montre un rude soldat, un bon general , barbare d'origine et de moeurs, alliant, comme beaucoup de ses pareils, a la violence du temperament I'astuce la plus deliee, et sachant, sans I'avoir appris, manier les hommes. Par instinct naturel comme' par tradition de famille il ha'issait les Chretiens. li n'essaya pas de determiner tout de suite Diocletien a les persecuter. Mais il s'avanga vers ce but, d'une marche calculee. Sous pretexte de raffermir la discipline militaire, il obtint de son collegue, sur lequel des victoires recentes lui donnaient de I'ascendant, I'autorisation de retablir dans I'armee, pour tons les ofTiciers, Tobligation de prendre part aux sacrifices. A cette mesure resisterent beaucoup de Chretiens, qui furent casses de leurs grades. Une epuration generale suivit. EUe atteignit jusqu'aux soldats, qui pouvaient elre prives de leurs droits a la v^terance. Quelques refus plus energiques furent punis par le supplice. Mais le sang, dit Eusebe, coula peu, m^me dans les provinces soumises directement a I'autorite de Galere ^ II y eut,

1. Eusebe, llisl. Eccl., VllI, I, 4, 18; Chron. (voir Micne, Pair. Grace, t. xnr, col. 305, note i). — Acta S, Julii, dans Ruinart,, p. 616; Acta SS. Marciani et Nicandri, ibid., p. 618.

122 LE CURISTIAINISME ET L'EMPIRE HOMAIN.

si Ton en croit des pieces hagiographiques , ua petit nombre d'executions dans les Etats de Maximien Ilercule ^ Les pays gouvernes par Constance Chlore n'en virent probablement aucune ^, Diocletien, en Asie, se contenta d'exclure de I'armee et des milices palatines les officiers et les soldats qui professaient le christianisme : mais il s'abstint de toute violence ^.

Le premier pas etait fait, cependant : il sera facile ensuite d'entrainer plus loin la volonte encore hesitante de Tempereur. Si Lactance est bien renseigne, Galere mit dans ce but tout en oeuvre, insinuations, menaces, assemblees de fonctionnaires gagnes d'avance a ses desseins. Constantin, alors a la cour, racontera plus tard que le coup decisif fut porte par I'oracle d'ApoUon a Milet, qui, en termes ambigus, mais suffisamment clairs, denonga les Chretiens. Diocletien, en consentant a la persecution, voulut au moins qu'elle ne flit pas sanglante. 11 fit raser la cathedrale de Nicomedie, et, le 24 fevrier 303, afficher dans cette ville un edit ordonnant : 1° la cessation des assemblees chretiennes; 2° la destruction des ^glises;

i. Acta S. Marcelli cenlurionis, dans Huinart, p. 3li. — Prudence, Peri Stephanon, I (si le marlyre d'Emeterius cl Chelidonius se rapporte a cette phase de la persecution).

2. Si, comrae nous Ic pensons, TEspagnc ct la Maurilanie, auxquelles se lapportent les pieces citees a la note pr6ccdentc, ctaient du doniaine d'Hercule, ainsi que raffirmc Lactance, De mort. pcrs.y 8.

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