‹ Le Christianisme et l'Empire romain de Néron a ThéodoseChapitre 101 sur 176 · Fragm, (Tune lettre; Ep. 49; Hkrtle», p. 371, !S · texte numérisé non relu

Fragm, (Tune lettre; Ep. 49; Hkrtle», p. 371, !S

seuls à entretenir les leurs. « Apprends aux Hellènes, ajoute-t-il, à fournir leur part de ces contributions; apprends aux bourgades helléniques à offrir ces prémices aux dieux ; accoutume les Hellènes à ces œuvres de bienfaisance ^ » Le paganisme avait sur ce point toute une éducation à faire : il était tard, peut-être, pour Fentreprendre : et nul ne le pouvait essayer qu'en se mettant à Fécole des chrétiens.

Si Julien avait cherché à battre ceux-ci sur le terrain de la piété, de la vertu et de la bienfaisance, et à supplanter le christianisme en faisant produire à la religion païenne des fruits supérieurs aux siens, il se serait appliqué à une œuvre chimérique, mais au moins eût-il mis des moyens excellents au service d'une mauvaise cause. Tout spiritualiste qu'il fût, Julien n'était pas homme à suivre cette voie, et, investi du pouvoir, à négliger des moyens plus matériels et plus rapides d'atteindre son but. Son impatience voulait tout de suite des résultats. On le voit, dans ses lettres, se plaindre que le triomphe de l'hellénisme n'arrive pas assez vite. Un tel prince n'eût pas été capable de suivre la politique inaugurée au commencement du règne de Constantin par l'édit de Milan, et de tenir la balance égale entre les deux religions. Il ne se fût même pas contenté, comme Constantin, de prodiguer les faveurs à son

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propre culte, tout en observant strictement envers Fautre les règles de la justice. Mais en même temps, formé par les épreuves de sa jeunesse à une prudence qui touche souvent à l'hypocrisie, il eût craint d'imiter, h rencontre du culte chrétien, la conduite de Constance vis-à-vis du paganisme et d'ordonner la fermeture des églises comme son prédécesseur avait ordonné celle des temples. Sa marche fut tout autre. Il déclara, à plusieurs reprises, que la liberté de leur culte était laissée aux chrétiens, ou, comme il les appelle toujours, aux Galiléens^ Mais en même temps il prit soin de les accabler publiquement de tous les mépris. Ses livres, comme sa correspondance, s'expriment sur eux en termes tellement outrageants, que les copistes des âges postérieurs n'ont pas osé les reproduire tous^. Les quelques paroles dédaigneuses de Constantin à propos des païens ne sont rien, comparées à ce débordementd'injures. Faire connaître aussi ouvertement ses sentiments équivalait presque à une déclaration de guerre. Cette guerre se poursuivit par des mesures obliques, qui allaient à pousser peu à peu les chrétiens en dehors du droit commun. Quand les passions païennes, surexcitées, se donnèrent carrière, et qu'à la suite d'émeutes populaires il y eut du sang versé, Julien toléra ou réprima avec une

\.Ep.X 43,5*.

3. Voir lacunes des Ep, 51, C3, et da Fragm, (fane leUr^ n une.

mollesse significative. Lui-même, sous divers prétextes, commanda quelquefois de véritables actes de persécution. On ne sait jusqu'où la haine Teût entraîné, si la brièveté de son règne n'avait empêché les principes posés par lui de produire logique* ment toutes leurs conséquences.

§ 3. — La réaction païenne.

Julien eut pour premier soin de rétablir le paganisme Hlans sa place de religion officielle. Les sacrifices recommencèrent à être offerts par les magistrats au nom de TËtat, des provinces et des cités; des images païennes remplacèrent sur les étendards le monogramme du Christ; dans les distributions aux soldats, chacun, en s'approchant pour recevoir le présent impérial, dut brûler de Fencens devant les idoles ou devant les aigles ^ Mais Julien ne s'en tint pas à cette restauration civile et militaire de l'ancien culte. Faire de nouveau du paganisme la religion de l'État ne lui parut point suffisant, si les personnages officiels ne redevenaient en même temps païens. Des officiers furent cassés de leurs grades, et les magistrats furent mis en demeure de choisir entre leurs

1. SozoMÈNE, Hist. Eccly V, 17; saint Grégoire de Nazianze, Oratio IV, 64, 83-8*.

charges et leur foi*. C'était exercer sur les consciences, au profit du paganisme, une violence que n'avaient essayée, dans un autre sens, ni Constantin ni Constance : on sait que ces empereurs n'hésitaient pas à nommer des païens aux plus hautes fonctions : Julien lui-même, dans une lettre, loue un citoyen distingué de la ville de Batna, qui avait reçu plusieurs fois Constance dans sa maison, d'être demeuré fidèle aux dieux, malgré les efforts de l'empereur pour l'attirer au christianisme ^.

D'autres mesures de Julien montrèrent combien il était loin d'accorder aux deux cultes un traitement égal, comme avait fait Constantin. Celui-ci avait déclaré les prêtres catholiques exempts des charges municipales, et spécialement des obligations de la curie. Ce n'était pas leur accorder une faveur, mais les faire participer à un privilège dont jouissaient de temps immémorial les membres du clergé païen. Rendue à peu près illusoire par deux lois de 320 et de 326, qui enjoignaient d'admettre aux ordres sacrés ceux-là seuls que la naissance ou la fortune ne désignaient pas pour être curiales, cette immunité avait été à peu près rétablie pour les évêques, prêtres, diacres et autres clercs par une loi rendue en 361 sous Constance ^.

1. SocRATE, HisL Eccly m, i3, M; IV, 1; Sozomène, V, 18; VI, «.

S. Julien, Ep. 27.

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