‹ Le Christianisme et l'Empire romain de Néron a ThéodoseChapitre 11 sur 176 · Suétone, Domit · texte numérisé non relu

Suétone, Domit

supposer que quelque méfiance politique ne fut pas étrangère à sa mort. Selon Suétone , Acilius Glabrio fut frappé aussi comme « machinant des choses nouvelles » , molitor novarum rerum. Cette expression n'est pas incompatible avec la malveillance qui s'attachait aux chrétiens et voyait en eux des « ennemis du genre humain » , c'est-à-dire , à bien entendre ce mot, des adversaires de Tordre établi : plus ils étaient d'un rang élevé, plus ils devaient donner prise à des accusations de ce genre. En tout cas, la religion des personnages cités par Dion n'est pas douteuse : indépendamment des termes employés par lui, assez transparents sous la plume d'un écrivain qui évita toujours systématiquement de nommer les chrétiens, on sait qu'une catacombe fut creusée dans un domaine de Domitille, à l'époque même de la dynastie flavienne, et que vers le même temps, dans une autre catacombe, exista le caveau funéraire des Acilii ^ .

A première vue, l'on serait tenté de considérer ces exécutions de chrétiens nobles comme un épisode de la lutte de Domitien contre l'aristocratie. Celle-ci lui fit, pendant tout son règne, une vive opposition, à laquelle répondirent de nombreux procès , intentés devant le sénat tremblant par des délateurs aux gages du prince. L'aristocratie de

i. De Rossi, Bull di arch. crist,, 1865, p. 40 et suiv.; 1875, p. 39 et suiv.; 1888-1889, p. 15-66, 103-133.

rintelligence, qui se montrait sévère pour ses vices, ne fut pas plus épargnée que celle du sang : Domitien fit périr beaucoup de stoïciens et proscrivit même d'une manière générale les philosophes. On comprend qu'il se soit montré impitoyable pour les hommes et les femmes de grande naissance qui avaient embrassé le christianisme. Son regard inquiet voyait partout des complots, et dans les rangs des chrétiens nobles plus peut-être qu'ailleurs. Suélone, en quelques mots, nous l'a laissé entendre, en insistant sur la futilité des soupçons. La qualité de ces convertis a pu surprendre et alarmer le tyran. Elle révélait d'une manière inattendue l'importance des conquêtes opérées par le christianisme. Ce n'était plus seulement le nombre , mais la valeur sociale de ses adhérents qui frappait les yeux. Sans cesser de se recruter parmi les petits, ils venaient maintenant aussi des plus illustres maisons, des familles sénatoriales ou consulaires. Cette découverte fut peut-être pour quelque chose dans les rigueurs de Domitien à l'égard des fidèles. Il ne faudrait pas cependant que la noblesse des condamnés désignés par Dion ou Suétone fit illusion. La persécution de Domitien n'atteignit pas seulement des aristocrates. Elle s'étendit aux fidèles de toute condition et de tout pays.

La communauté chrétienne de Rome fut assez éprouvée pour que le pape Clément n'ait recouvré que vers 96 le loisir et la liberté d'esprit néces-

saires pour répondre à une lettre depuis longtemps reçue de TÉglise de Corinthe. « Les malheurs, les catastrophes imprévues qui nous ont accablés tour à tour sont, dit-il, la cause de ce retard ^ » Un écrit d'un tout autre genre porte plus vive encore Tempreinte de la persécution. Saint Jean a lui-même souffert pour le Christ, avant d'être exilé à Patmos^. Il a vu Rome ou, comme il dit, la grande Babylone ivre du sang des martyrs ^. Il connaît ceux qui ont été décapités pour rendre témoignage à Jésus ^. Il écrit V Apocalypse au milieu même de la tourmente, quand beaucoup de chrétiens ont déjà péri, et que beaucoup doivent périr encore ^. Parmi les Églises d'Asie auxquelles il s'adresse, il en est une, Smyrne, dont plusieurs fidèles vont être mis en prison*, une autre, Pergame, qui a déjà eu un martyr ^. « Il fut tué chez vous, là où Satan habite, » dit-il aux chrétiens de cette ville , en parlant d'Antipas.

On remarquera cette expression. Pergame est la première cité de la province d'Asie où la flat-

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