‹ Le Christianisme et l'Empire romain de Néron a ThéodoseChapitre 10 sur 176 · J6iU · texte numérisé non relu

J6iU

est attesté par des documents du premier et du deuxième siècle ^et qu'une tradition à peu près unanime dit avoir péri sous Néron. Après la mort de ce, prince, les chrétiens eurentunlongintervallede paix. Mais leur situation juridique, Tespèce de mise hors la loi prononcée contre eux, ne fut pas modifiée. Dans la rescision de tous les actes de Néron , cette seule «institution néronienne » subsista^. La tranquillité dont ils jouirent sous ses trois éphémères successeurs, puis sous les deux premiers Flaviens, resta donc précaire, à la merci d'un réveil de soupçon ou de fanatisme. Leur existence propre était maintenant bien connue. On les regardait comme les frères des Juifs, mais des frères ennemis^, si bien qu'ils partageaient l'impopularité de ceux-ci, accrue encore au temps des Flaviens par la terrible révolte où s'abîma leur nationalité, et n'avaient plus la ressource de s'abriter sous la tolérance dont le judaïsme , considéré comme religion , ne cessa pas d'être couvert. Aussi la persécution qui éclata de nouveau contre les chrétiens, à la fin du règne de Domitien, vint-elle les affliger sans les surprendre :

i. Saint Clémikt, Cor.^ 5, 6; saint Denys dk Cohinthe, dans EusÈBB, Hist. EccL, II, 35, 8. — Cf. saimt Ignace, Rom,, 4; Ouigène, dans EcsÈBE , HisL EccL, III, i. S; Tertullien, De praescr.j 36; Scorp,, 15; Caius, dans Eusèbe, HisL Eccl,, II, 25, 7.

3. Permansit, erasis omnibus, bocsolum institutum neronianum. TiRTULLiBN, Ad, nat, 1, 7.

3. Voir le discours de Titus à ses officiers pendant le siège de Jérusalem, dans Skptimk Séyèri, II, 30, reproduisant probablement nn passage perdu de Tacite.

pendant vingt-sept ans d'une paix instable, ils n'avaient pas cessé d'y être exposés , et il n'y eut besoin, pour les y soumettre de nouveau, d'aucun changement dans les lois ni même dans la politique générale de l'Empire romain.

On a cherché , non sans vraisemblance , l'occasion de ces nouvelles rigueurs dans les rapports de Domitien avec les Juifs. En exigeant d'eux plus épremcnt que n'avaient fait Vespasien et Titus l'impôt du didrachme, autrefois tribut volontaire au temple de Jérusalem, maintenant tribut forcé à ceux du Capitole, l'avide empereur y voulut peutêtre soumettre soit des Juifs convertis au christianisme, soit même des fidèles d'origine païenne, auxquels leur éloignement de l'idolâtrie donnait Tair de « mener la vie juive, » selon une expression du temps ^ . Leur refus peut avoir excité la colère du tyran, et, répété par un grand nombre, avoir révélé à son œil méfiant le progrès fait en un quart de siècle par la population chrétienne. Cette origine de la persécution de Domitien semble indiquée dans le double reproche adressé à beaucoup de ses victimes : l'adoption des mœurs juives et l'athéisme** Suivre les mœurs juives n'était pas punissable; mais rejeter la religion officielle des Romains sans avoir l'excuse de la religion tolérée des Juifs était

il. Suétone, Domit,, H, % Dion Cassius, LXVII, 4.

proprement Tathéisme légal : dans celle formule abrégée semblent avoir été résumés, à la fin du premier siècle, tous les griefs des gouvernants et du peuple contre les chrétiens.

C'est au moins ce qui paraît ressortir d'un récit de Dion Cassius. Racontant les faits de Tan 95^ « Domitien, dit-il, mit à mort, avec beaucoup d'autrès, son cousin Flavius Clemens, alors consul, et la femme de celui-ci, Flavia Domitilla, sa parente. L'accusation d'athéisme fut portée contre tous deux. De ce chef furent condamnés beaucoup d'autresqui avaient adopté les coutumes juives : les unsfurent mis à mort, les autres punis de la confiscation. Domitilla fut seulement reléguée dans l'île de Pandataria^ L'empereur fit aussi périr Glabrio, qui avait été consul : il l'accusait du même crime que les autres^. » Suétone parle aussi de l'exécution de Clemens et de Glabrio, mais dans des termes un peu différents ^. Il dit que Clemens était méprisé pour son inertie, reproche souvent adressé aux fidèles, à qui l'on imputait de ne pas prendre intérêt aux affaires publiques. Maisilajoute queClemensfut condamné « sur un très léger soupçon , » ce qui fait

1. Snr une seconde Dorailille, nièce de Clemens et reléguée comme chrétienne dans Tile de Pontia, voir Eusèbe, Chron., ad olympiad. 218; saint Jérôme, Ep. 108. U. de Rossi {BulL diarch, crist,^- 1865, p. 17-24; 1875, p. 69-77) a défendu , avec raison selon moi, 1» distinction des deux Domitille, contestée aujourd'hui encore par de nombreux critiques.

Page 1