‹ Le Christianisme et l'Empire romain de Néron a ThéodoseChapitre 132 sur 176 · Bull» délia comin* arch» corn* di Roma, 1892, p · texte numérisé non relu

Bull» délia comin* arch» corn* di Roma, 1892, p

officiellement païenne. L'enlèvement de cette statue faisait cesser toute équivoque. Il blessait moins la conscience des sénateurs païens que son maintien, pendant de longues années, n avait blessé celle des sénateurs chrétiens. Gratien, en l'ordonnant, brisa pour 1^ seconde fois le lien qui avait uni le paganisme à TÉtat.

Une troisième mesure, prise également en 382*, rendit la rupture complète. Jusqu'à Gratien, même les princes qui légiféraient contre le paganisme continuaient à l'entretenir. Constance n'avait pas seulement fait acte de souverain pontife en nommant des prêtres, mais encore il avait ouvert le trésor public en faveur des temples et des cérémonies sacrées. Gratien fut plus logique : sa politique religieuse se déduit avec la rigueur d'un théorème. Puisque l'empereur refusait d'être désormais le chef de la religion païenne, et puisque le symbole de celle-ci avait disparu du sénat, il ne restait qaà faire d'elle un culte privé, libre de vivre, mais non plus de puiser la vie aux subsides officiels. Ce fut l'œuvre d'une ou plusieurs ordonnances, dont le texte est perdu, mais dont les dispositions sont citées dans les écrits de Symmaque, de saint Ambroise, et dans une loi postérieure insérée au Code Théodosien. Elles suppriment les privilèges et

1. Celte mesure, rappelée par une loi d'Honorius, Code Théod., XVI, X, 30, est certainement de l'année 389, ainsi que l'établit De Rossi, Roma toUerranea, t. III, p. 603^

TA LE CnmiSIUXISlU ET iXMlttE BOVAOL

eix'mplîofiâ des prêtres païens, partagent entre le trésor public et la caisse da préfet du prétoire les soounes annuelles josqne^ consacrées aux frais des sacrifices, affectent à Tentretien des postes impériales les appointements payés aux Vestales et à divers senriteors des aotels, rendent an fisc les terres possédées par les temple et les collèges sacerdotaux, déclarent caducs les dons ou legs d^immeubles faits aux temples ou à leurs desservants, autorisant seulement en leur faveur les libéralités mobilières ^

Quand il avait refusé la robe pontificale, Gratien était à Trêves', livré probablement à ses seules inspirations. Mais les actes qui, à la fin de son règne, complétèrent cette première démonstration sont datés de Milan, où il séjournait alors, dans les rapports les plus intimes avec saint Ambroise. Celui-ci, à la fois homme d'Église et homme d'État, en fut visiblement Tinspirateur. C'est le premier évoque qui ait eu place dans les conseils d'un souverain. Constantin avait successivement donné sa confiance à Osius de Cordoue, puis à Eusèbe de Nicomédie ; Constance traînait à sa suite de nombreux évèques de cour ; mais ces princes ne leur

1. Symmaque, £pM X, 3; SAINT Ambroise, Ep, 17, 18, 37; Code Thédosien, XVI, x, «0.

t. Voir GoTÀU, Chron, de Vempire romain, p. Ji49. -- Plusieurs historien.^ placent oe refus en S9i ou 383, ce qui parait peu Traitemblable*

demandaient avis que sur les affaires religieuses. Sous Gratien et ses successeurs, Ambroise aura une tout autre situation. Sans titre officiel, on le voittantôt consulté pour la rédaction des lois, tantôt intermédiaire entre une fraction du sénat et le consistoire impérial, tantôt choisi comme ambassadeur dans les cas désespérés, tour à tour conseiller prudent, négociateur habile, dominateur des foules ou protecteur des princes. Avec son expérience d'ancien magistrat, la rigueur et la précision de son esprit, son dédain des transactions et des nuances, sa connaissance de Taristocratie romaine,, dont par la naissance et les relations il faisait partie, Ambroise vit clairement le point où les circonstances présentes permettaient d'atteindre le parti païen. L'ancienne religion ne subsistait que par l'appui de l'État. Elle ne vivait que de privilèges. Il ne restait plus en elle assez de foi pour s'accommoder du droit commun. Quelques-uns de ses adhérents, plus sincères ou plus obstinés, tenteront de se passer des faveurs officielles : tel ce patricien qu'une inscription montre « ayant cons- . truit un antre mithriaque sans le concours du trésor romain, » et se vantant « de préférer, avec les âmes pieuses, la disgrâce à la prospérité *. » Mais « l'homme capable de partager son héritage avec les habitants du ciel , » selon la belle expres-

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