‹ Le Christianisme et l'Empire romain de Néron a ThéodoseChapitre 15 sur 176 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

LE CHRISTIANISME ET l'EMPIRE A l'ÉPOQUE DES ANTONINS.

§ 1. — lie rescrit de Trajan.

A première vue, il semble qu'une entente eût pu s'établir, au second siècle, entre le christianisme et TEmpire. Rome voit alors se succéder des princes supérieurs par l'intelligence comme par la valeur morale aux deux dynasties qu'elle a déjà usées. La période des Antonins marque le point culminant du régime impérial. Quatre souverains d'une intelligence hors ligne et d'une égale aptitude aux affaires, se remplaçant l'un l'autre, non au hasard de l'hérédité, mais à la suite d'adoptions mûrement réfléchies, gouvernent avec une modération jusque-là sans exemple le monde civilisé. Trajan, par le sérieux de sa politique, par la continuité de ses desseins, renoue l'ancienne tradition romaine. La légèreté et le scepticisme d'Hadrien restent sans effet sur sa conduite publique

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et ne Tempêchent de remplir aucun de ses devoirs de souverain. Antonin est simple, laborieux et bon. Mapc-Aurèle porte sur le trône les vertus d'un philosophe. Devant des princes si dignes de la comprendre, la religion chrétienne, où toutes les conditions sociales sont maintenant représentées, ne reste pas sans avocats. Elle est désormais sortie de Tombre, et se sent assez forte pour s'adresser directement à l'opinion des honnêtes gens. Des lettrés ou des philosophes convertis plaident sa cause. Ils essaient moins de dissiper les préjugés du vulgaire que d'éclairer la raison des empereurs. Ceuxci, après avoir lu leurs écrits, doivent être convaincus de l'innocence et de la loyauté politique des chrétiens. D'autres voix, plus discrètes et plus timides, s'élèvent dans le même temps en leur faveur. Sans intercéder directement pour eux, de hauts magistrats ont laissé entendre qu'il pourrait y avoir quelque excès ou quelque injustice dans la manière dont on les traite. De tous côtés il semble qu'un rapprochement ait été préparé. Mais le rapprochement ne se fera à aucune époque du second siècle. Ni Trajan, ni Hadrien, ni Antonin, ni Marc- Aurèle n'y donneront ouverture. De tant d'efforts et de conjonctures en apparences si favorables une seule chose résultera, due moins à ces efforts euxmêmes ou à l'apparente faveur des circonstances qu'à l'esprit politique des souverains : plus de clarté, des formes plus précises dans la procédure

criminelle appliquée aux sujets de TEmpire accusés de christianisme.

On raconte que Domitien*, tout à la fin de son règne, avait fait cesser la persécution dirigée contre l'Église ^ Cela ne veut pas dire qu'il ait effacé le principe posé sous Néron, d'après lequel on pouvait être « puni comme chrétien *, » la profession de christianisme constituant à elle seule un fait délictueux, même sans être accompagnée d'aucun délit. Demi tien mit un terme à la persécution, en ce sen<» qu'il renonça probablement à faire rechercher lé? chrétiens, ou à soumettre à une épreuve comme celle de la participation forcée au culte de Rome et d'Auguste les gens soupçonnés d'avoir embrass ; la religion nouvelle. Mais la proscription générale édictée contre les adorateurs du Christ subsista, comme une sorte d'axiome de droit : selon les circonstances, il fut loisible aux magistrats investis" du droit de glaive de condamner un chrétien à cause de sa religion, comme aussi de laisser les fidèles vivre sans être inquiétés.

Un épisodecontemporain de Trajan fait comprendre cette situation légale. Il est certain que Trajan ne promulgua aucun édit contre les chrétiens : la lettre de Pline où il est question d'eux, écrite vers 112, le montre clairement. Cependant un fait de martyre

1. HÉGÉsiPPE, dans Eusèbe, Hist. EccU, m, 20, 5; Tbrtullien, ApoL, 6.

S. Saint Pierre, I Ep.y iv, 16.

est signalé sous son règne ^ . Cest la condamnation de Tévêque d'Antioche, saint Ignace, envoyé de cette ville à Rome pour y souffrir dans Tamphithéâtre, et, « moulu sous la dent des lions, y devenir le froment de Dieu, » selon son admirable expression ^. L'histoire du voyage, telle qu'elle est donnée dans sa correspondance, nous renseigne sur l'état des chrétiens. Dans les villes asia^tiques traversées par le condamné et son escorte, des évoques, des prêtres, des fidèles, soit des lieux mêmes, soit députés par leurs Églises, viennent lui rendre hommage ^, Ces démarches ne peuvent être secrètes, puisque Ignace est accompagné d'une troupe de dix soldats, qui le tiennent à la chaine * ; cependant, aucun des nombreux visiteurs n'est puni, et deux chrétiens seuls, Zosime et Rufus, probablement arrêtés à Antioche en même temps qu'Ignace, partageront son sort. Rien n'éclaire mieux la position juridique des disciples de l'Évangile : le glaive demeure suspendu sur tous, mais ne s'abat que sur quelques-uns, désignés à la sévérité des magistrats par des circonstances spéciales, telles qu'une émotion populaire ou leur importance personnelle.

i, La date traditionnelle est 107 (Eusèbe, Chron,; Ruinàrt, Acta sincera, 1689, p. 606, 707. Cf. De Rossi, Inscr, christ.^ 1. 1, p. 6). Light* FOOT, S. Ignatitts and S. Polycarp, 1889, t. II, p. 472, la laisse flotter entre 100 et 118.

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