Tertullien, Ad Scap.y
\, 6. Philosophumena^ IX, 11.
stable, une évolution de ce genre dut s'opérer. La chose, cependant, n'allait pas sans difficulté. On a vu que les chrétiens vivaient sous la perpétuelle menace d'une accusation de religion illicite, et que les conversions au christianisme, du temps de Septime Sévère, entraînaient même des poursuites d'office contre les convertis. Comment la collectivité des chrétiens put-elle avoir une sorte d'existence légale et jouir même du droit de propriété? La difficulté, presque insurmontable en apparence, fut peut-être, dans la pratique, assez aisément tournée. La législation sur les associations funéraires semble en avoir fourni les moyens. Celles-ci étaient vues favorablement par la politique impériale. Au lieu que les autres corporations avaient besoin d'une autorisation spéciale pour exister, les sociétés formées en vue de garantir à leurs membres les honneurs funèbres purent se constituer sans l'intervention de l'autorité publique , à Rome dès la fin du premier siècle et le commencement du second , en province au temps de Septime Sévère, et en vertu d'un rescrit de cet empereur. Considérées comme des « collèges de petites gens, » collegia tenuiorum, des « collèges salutaires, » collegia salutaria, elles eurent leurs terrains sépulcraux, leurs lieux de réunion, leur caisse, leurs dignitaires et administrateurs. Comme les cotisations des pauvres, des affranchis ou des esclaves, qui les composaient en grande partie, n'eussent pas tou-
jours suffi aux frais exigés par leur destination funéraire et aux repas de corps qui réunissaient assez fréquemment les associés, elles recrutèrent aussi parmi les riches des bienfaiteurs {patroni) dont le rôle correspond à peu près à celui des membres honoraires dans nos modernes sociétés de secours mutuels. Ce cadre, variable à Tinfini et reproduit sur toute la surface de TEmpire romain à des milliers d'exemplaires, convenait parfaitement à la situation matérielle et à l'organisation économique des Églises chrétiennes.
Comme les collèges funéraires, elle mettent au premier rang de leurs devoirs celui d'assurer la sépulture de leurs membres, et c'est même pour accomplir ce devoir qu'il leur est indispensable d'acquérir le droit de propriété collective. Comme les collèges funéraires, elles sont composées en majeure partie de petits et de pauvres, et admettent à leurs réunions les esclaves. Comme les collèges, elles ont des bienfaiteurs, des patrons dans les riches chrétiens qui répandent sur leurs frères le superflu de leur fortune : les inscriptions relatant le don à une Église d'un cimetière ou d'une chapelle ressemblent à celles où est mentionné le don à un collège d'un terrain funéraire ou d'un lieu d'assemblée ^ Comme les collèges encore, les Églises ont des chefs nommés à l'élection, mais, à la diffé-
4. Comparez les deux inscriptions de Césarée de Mauritanie citées plus haut avec Orelli, 2417, 4092, 4093, 4121.
rence des collèges, ces élections sont désintéressées, et l'argent n*y joue aucun rôle*. Comme les collèges, les Églises ont des réunions à certains jours anniversaires; mais un calendrier pieux remplace pour elles Vordo cœnarum, et, au lieu de célébrer par des festins les natalitia des dieux ou de leurs bienfaiteurs, elles célèbrent par des prières et par Foblation du saint sacrifice les fia^a/t/ta de leurs martyrs *. Comme les collèges, elles reçoivent, un jour de chaque mois, la cotisation de leurs membres {stips menstrua die) ; mais, à la différence des collèges où cette cotisation est exigée sous peine de déchéance ', dans l'Église elle est payée par ceux qui le peuvent ou le veulent *. Comme les collèges, les Églises ont un administrateur du temporel *, qui dans les collèges s'appelle l'acteur ou syndic *, dans
I. Praesident probati quoque seniores, honorem istum non pretio, sed testimonio adepti ; neque enim pretio ulla res Dei constat. Etiam si quod arcae genus est, non de honorarla summa, quasi rcdempt» religionis, congregatur. TERTCLLiEN,iipoI., 39. — La«timma honoraria, rappelée quelquefois dans les inscriptions, était la somme que devaient débourser les magistrats des villes ou les dignitaires des collèges pour prix de leur élection.
t. Comparez le férial du collège d'Esculape et d'Hygie, du collège de Sylvain, du collège de Diane et d'Antinous (Orelli, 3I17; Orelli- Henzen , 6085, e066) avec les depositiones episcoporum et les depoêitiones martyrum du calendrier pliilocalien. Voir aussi f'p.ecd. Smyrn, de martyrio Polycarpi, 18, et Tertullien , De corona, 3.