EusÈDE, Hist, EccU, X
une sentence du proconsul d'Afrique déchargea alors sa mémoire du crime « d'avoir brûlé les livres divins *. » Quand, en 314, Tobstination des donatistes oblige Fempereur à convoquer un concile à Arles, les lettres écrites à cette occasion ne laissent aucun doute sur la religion qu'il professe. Dans" celle qu'il adresse au vicaire d'Afrique, il se plaint des donatistes qui « ne veulent considérer ni l'intérêt de leur propre salut, ni, ce qui est plus grave encore, le respect dû au Dieu tout-puissant, » et « donnent occasion de médire à ceux qui afTranchissent encore leurs sens de la très sainte observance de cette religion. * » Il ajoute ces mots, qui prouvent à la fois la sincérité de sa croyance et l'élément grossier d'intérêt personnel qui s'y mêle encore: «Certain que vous êtes, vous aussi, un adorateur du Dieu suprême, je confesse à votre gravité que je ne me crois pas permis de tolérer ou de négliger ces scandales qui peuvent irriter la divinité, non seulement contre le genre humain, mais contre moimême, puisque, par un acte de son bon plaisir céleste, elle m'a confié la terre entière à gouverner ; émuecontre moi, elle pourra prendre quelque autre décision. Je ne pourrai donc être réellement et pleinement tranquille, et me promettre un bonheur complet de la bienveillance du Dieu tout-puissant,
i. Gesta proconsularia quibus absolutus est Félix (à la suite du t. IX des Œuvres de saint Augustin, éd. Gaume, p. 1088). 2. Letire à Ablavius, ibid., p. 1090.
que lorsque je verrai tous les hommes, réunis dans un sentiment fraternel, rendre au Dieu très saint le culte régulier de la religion catholique *. » Sa lettre de la même année à Chrest, évéque de Syracuse, contient les mêmes plaintes contre les obstinés qui « oublient et leur propre salut et la vénération due à la très sainte foi, et, se déchirant entre eux par une honteuse et détestable division, donnent occasion de railler à ceux dont les sentiments sont éloignés de la sainte religion^. » L'appel des donatistes contre les décisions du concile lui inspire une autre lettre, adressée aux évêques qui y siégèrent, et dans laquelle se montre, plus ardente que jamais, l'expression de ses convictions chrétiennes. « Ils demandent mon jugement, s'écrie-t-il, moi qui attends le jugement du Christ!... mais, je le dis en vérité, le jugement des prêtres doit être reçu comme si Dieu en personne était assis sur leur tribunal pour juger. Car il ne leur est pas permis de penser et de juger autre chose que ce qu'ils ont appris par l'enseignement du Christel » On sait les péripéties qui suivirent : les donatistes protestant contre les décisions épiscopales, et persistant à réclamer des juges civils; Constantin consentant, par lassitude ou par faiblesse, à instruire de nouveau l'af-