‹ Le Christianisme et l'Empire romain de Néron a ThéodoseChapitre 82 sur 176 · Edsèoe, De vita ConsL, II · texte numérisé non relu

Edsèoe, De vita ConsL, II

christianisme : mais, s'il se laissait voir ainsi, en toute franchise, aux chrétiens, il n'eût point encore osé ou voulu s'adresser du même style à tous les habitants de l'Empire. Maintenant il parle dans un édit public le même langage que dans une lettre à un évêque ou à un concile. La neutralité officielle a disparu même de ses discours aux païens. Il leur dit que son plus grand désir serait de voir tous ses sujets embrasser le christianisme. S'il respecte la conscience des infidèles, c'est en déplorant leur « obstination. » Il les autorise à conserver leurs rites et leurs cérémonies, mais appelle ceux-ci « les rites et les cérémonies de l'erreur, » l'œuvre de « la puissance des ténèbres. » Il leur laisse le droit de fréquenter leurs temples, mais il oppose à ces « temples du mensonge » la « splendide demeure de la vérité. »

Dans une autre pièce, qu'il est difficile de dater, mais qui se rapporte vraisembablement à ce temps, les expressions de Constantin parlant du culte païen sont plus dures encore, et vont presque jusqu'à l'injure : mais la même promesse de liberté se retrouve. Il s'agit du discours « à l'assemblée des saints ^ » sorte de conférence ou de déclamation comme Constantin, au rapport d'Eusèbe, en récitait quelquefois *. Le langage plus âpre s'explique

1. Oratio Constantini ad sanctorum cœtum\ MiG!fi, Patr. Gr. I. XX, col. 1833-1315.

S. EusÈBE, De vita Const,, IV, il, 39.

174 LE CHRISHANISHB et L'EMPIRE ROMAIN.

par ce fait, que le discours était destiné, comme son titre l'indique, à un auditoire chrétien, et probablement ecclésiastique : la conclusion libérale qui s'en dégage n'en a que plus de valeur. Même quand il parle de Tancien culte avec une sorte de passion haineuse, Constantin s'engage aie laisservivre. U faut chercher maintenant comment ces principes durent appliqués. Constantin a rappelé luimême que les païens, après l'échec de Licinius, éprouvèrentde grandes craintes. Comme ils avaient, en Orient, fait cause commune avec celui-ci, ils s'attendaient à des représailles. Des mesures contraires à leur religion leur eussent paru naturelles, et presque légitimes. Constantin se borna aux plus indispensables. En Occident, où son autorité n'avait point été menacée, et où tout au plus pourraiton signaler chez les païens quelques effervescences locales *, il n'eut à faire aucun changement. En Orient, il effaça le caractère officiellement païen que Licinius avait donné ou rendu à toute l'administration, révoqua des fonctionnaires, et, là où il n'établit pas des magistrats chrétiens, commanda aux païens laissés en fonctions de s'abstenir de tout sacrifice public^. En même temps il remit en vigueur les ordonnances de 319 et de 321 sur la divination, abrogées par son rival'. La seule mesure atteignant

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