AuRELius Victor, Epitome^ 41 ; Zosimb, H
LE CHRISTIANISBIE ET UEMPIRE ROMAIN. 179
cette circonstance sa haine du paganisme. Autant, avec quelques excès sans doute, mais vite réprimés par lui-même, Constantin avait utilement servi la cause de Torthodoxie contre les donatistes, autant, dans la question autrement grave et capitale de l'arianisme, il en vint peu à peu à gâter ce qu'il y avait eu de salutaire tout d*abord dans son intervention. Celle-ci débute heureusement. Elle procède des sentiments montrés naguère dans Taffaire des donatistes. Sans comprendre probablement toute rimportance doctrinale du nouveau débat, Constantin est ému de trouver la division des esprits là où devraient seules se rencontrer l'unité de la foi et la simplicité de la croyance. Dans la lettre de 323 par laquelle il s'efforce de réconcilier Arius avec Févéque d'Alexandrie, il y a comme un cri d'angoisse : « Rendez-moi mes jours tranquilles et mes nuits sans inquiétude... Comment aurais-je l'esprit en repos tant que le peuple de Dieu, le peuple de mes frères dans le service de Dieu, est divisé par un injuste et profond dissentiment ^ ? » Quand sur sa convocation s'ouvre le concile de Nicée, il adresse aux évéques un discours de bienvenue, se proclame « leur frère dans le service de Dieu, » et confesse que « les divisions de l'Église lui ont paru plus terribles et plus redoutables qu'aucune guerre *. » Après la décision du concile,
d. SOCKATE, HUt, BccL, I, 7.
3. EusÂBE, De vUa CoMt., in, 13; Sozomèmi, HisU Eecl , 1, 17.
il sévit contre Arius et ses livres \ puis envoie aux Églises, et particulièrement à celle d'Alexandrie, une lettre enthousiaste et joyeuse ^. Prenant ensuite congé des évêques, il leur recommande d'éviter les disputes, « qui prêtent à rire à ceux qui guettent toujours pour la calomnier la loi divine. C'est à ceux-là, ajoute-t-il, qu'il faut penser, car nous pouvons les gagner, si tout ce qui se fait parmi nous demeure irréprochable. ' » Avec une sollicitude touchante , Constantin veille sur la foi qui est devenue la sienne comme on veillerait sur un trésor précieux et fragile. Il voudrait la voir maîtresse de l'Empire, et souffre jusqu'à l'impatience de tout ce qui compromet son bon renom ou retarde ses conquêtes. Mais bientôt le sentiment de sincère et naïve bonne volonté qui le faisait se proclamer lui-même « l'évêque du dehors '• » l'entraînera, mal conseillé, à d'étranges abus. Docile aux flatteries intéressées d'Eusèbe de Nicomédie, on le verra pencher à son tour vers l'arianisme, ou au moins en favoriser les fauteurs, au risque de compromettre toute l'œuvre de Nicée. Dans l'ivresse du pouvoir absolu, il se croira tout permis, tranchera du dictateur religieux, enjoindra à Athanase de recevoir Arius, et le menacera de le déposer de