‹ Le Christianisme et l'Empire romain de Néron a ThéodoseChapitre 95 sur 176 · LA RÉACTION PAÏENNE. — JULIEN · texte numérisé non relu

LA RÉACTION PAÏENNE. — JULIEN

§ 1. — La religion de Julien.

La rapide carrière de Julien peut se résumer en quelques mots : la mort violente de ses parents, sa jeunesse studieuse et demi-captive, son élévation inattendue au rang de César, ses brillantes victoires en Gaule et en Germanie, l'émeute militaire qui le proclame Auguste, sa rupture avec Constance, sa prise de possession de TEmpire, sa guerre malheureuse contre les Perses, sa mort près deCtésiphon. Mais dans cette vie coupée par tant de péripéties, et en apparence agitée par tant d'événements extérieurs, la postérité a surtout vu ce qui, en réalité, Ta remplie : le drame intérieur qui détacha Julien du christianisme, puis Teffort ininterrompu pour abattre celui-ci et relever le culte des dieux. Une fois entrée dans son cœur, cette pensée ne quitte plus Julien : elle l'accompagne à son départ de la Gaule, le suit dans sa marche contre Constance, inspire toute sa politique dès qu'il est seul empe-

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reur, le hante durant les préparatifs de la guerre des Perses, chemine avec lui dans cette traversée de FAsie Mineure qui le mène à son destin tragique, ne laisse qu'avec la vie le prince mourant sans avoir réalisé son dessein, et comme écrasé sous son rêve.

Il est difficile de dire comment Julien fut amené à rompre avec le christianisme. La haine contre Constance, qu'il accusait du meurtre de son père, le jeta-t-elle d*instinct dans un parti religieux opposé à celui du persécuteur de sa famille? ou Tarianisme des prêtres à qui avait été confiée son éducation religieuse \ lui laissa-t-il de la doctrine chrétienne comme de ses adhérents une idée incomplète et fausse? Tout porte à croire que des influences plus directes Fattirèrent à l'ancien culte. Son précepteur, Teunuque Mardonius, était un admirateur passionné d'Homère^. De bonne heure Y Iliade et Y Odyssée dégoûtèrent Fenfant de l'Évangile et de la Bible. La. connaissance assez étendue qu'il prit des livres juifs et chrétiens demeura tout extérieure, et ne passa point jusqu'à son âme. Il s'habitua tout de suite à considérer leurs auteurs comme des barbares. Les prophètes et les apôtres lui parurent grossiers, comparés à la brillante civilisation des Grecs. Mardonius n'était pas seulement enthousiaste des poètes : très versé dans la

i. Ammien Marccllin, XXII, 9.

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