‹ Le christianisme et les barbares (395-1049)Chapitre 48 sur 70 · LE DIXIEME SIECLE · texte numérisé non relu

LE DIXIEME SIECLE

désolée ; en Germanie la royauté demeure plus forte et l'Eglise plus pure. Un peu partout, il y a des âmes saintes qui réagissent contre l'universel affaissement, qui vivent par la foi, par l'espérance et par l'amour. — Ce Christianisme persistant entretient la vie catholique. Les maux qui ont suivi la ruine de l'organisation impériale en font sentir la nécessité aux plus humbles consciences : la légende s'empare du souvenir de Charlemagne et propage le culte de son œuvre unificatrice : l'empire renaît. Le vieux système de la recommandation à saint Pierre ', rendu inutile par l'œuvre de Charles, refleurit tout d'un coup comme aux jours sombres où il a pris naissance : la protection de lApotre vaut sans doute celle d'un seigneur : eUe est aussi efficace contre les pirates d'aujourd'hui que contre les barbares d'autrefois : la papauté survit. Des moines s'associent enfin et forment une congrégation puissante ; leur esprit catholique vivifie leur œuvre de réforme clirétienne : Cluni sauve l'avenir -.

1 Voir supra, p. 31 n.

"- Sur l'histoire économique, sociale et politique de cette tris'e époque 888-1049, voir les bibliographies naiionales.Wattenbach, Molinier, etc., et Dahlmann W'aitz, Monod, Gross, Pirenue, etc.; Réginon (813-906), Flodoard 919-9Cf5, éd. Lauer), Richer, Hariulf, etc .. ; — les histoires nationales, surtout Mûhlbacher : Deutsche Geschichte unter den Karolingern. 1896. Stuttgart ; Flach : les Origines de Vancienne France. I. Le régime seigneui'ial Paris, 1886; Fustel de Coulanges : Les transformations de la royauté pendant l'époque carolingienne 1892 ; — et les histoires particulières de Borgnet, Eckel, Lauer, Lot, H/ister, Sœhnée, Poupardin, Parisof, etc...

L'Italie, la Gaule et l'Espagne, la Germanie et TAngieterre voient également se restreindre le groupe social, s'exalter le pouvoir du seigneur et de l'évêque, 1 immunité se multiplier et... s'anémier la vie religieuse *.

' La confiscation de l'épiscopat, des abbayes, des hautes charges ecclésiastiques par les seigneurs entraîne naturellement une certaine confusion du monde laïc et du monde ecclésiastique : on revient, par des voies troublées, à la situation du ve vie siècle ; les évêques jouent un très grand rôle politique, comme les comtes, soit dans les élections des rois, soit dans les assemblées qui présentent souvent un caractère mi-laïque miecclésiastique, soit dans h.-s villes. Les évèques ne sont plus seulement de grands propriétaires immunistes « exerçant sur leurs terres la juridiction patrimoniale. En vertu de titres soigneusement conservés dans leurs archives, ils détenaient des portions souvent considérables de l'autorité publique... (Par exemple , en 908, le tonlieu et le droit de battre monnaie à Maestricht avaient été donnés aux évèques de Liège. En 948, l'église de Cambrai avait reçu le pouvoir comtal dans la ville. Celle d'Utrecht... avait obtenu successivement le droit de battre monnaie, le tonlieu dans toute l'étendue du diocèse, la pèche dans l'Amstel et le Zuyderzée » [Pirenne : Histoire de Belgique, I. 1900. 52-54. Cf. iîauck. III, 6 et 56].

Etudier à ce point de vue Notger de Liège d'après G. Kurth : Notger de L. et la civilisation au x^ siècle. Paris : 1905.

L'évêque de Verceil Léon 999-1026 joue un rôle politique important : favori d'Otton III et de Henri II, il offre la couronne d'Italie à Guillaume lY, puis à Guillaume V.

Les évèques exercent souvent les fonctions comtales en Italie, France, Germanie. Sur l'Italie en particulier, voir Silvio Pivano : Stato e Chiesa da Berengario I ad Arduino, 883-1015. Torino, 1908. Gui de Spolète donne les pouvoirs comtaux à

l'épiscopat italien 247

En Italie la disparition de la royauté favorise, au sud, les progrès des Byzantins qui échouent sans doute dans la Pouille, mais qui réussissent à occuper la Calabre et la terre d'Otrante. Les villes maritimes s'érig'ent en républiques indépendantes, Amalii et Salerne, surtout Pise et Gênes, qui trouvent la richesse dans le commerce avec l'Orient : mais, dans la majeure partie de la péninsule, des tyrans locaux se font détester.

A Rome, par exemple, une famille émerge du sein de l'aristocratie militaire, prend et garde longtemps la direction des affaires : c'est la famille de Théophylacte, « vestiaire » pontifical et duc de Ravenne, consul et sénateur de Rome. 11 pousse à la chaire de saint Pierre un amant de Marozie sa fille, Sergius 111, haineux et féroce polisson, cp.ii met à mort son prédécesseur et casse toutes les ordinations faites par le dernier défenseur de l'ordre et de l'enqnre, le pape Formose. Malgré ses vices, malgré ses crimes, Sergius dure huit ans, grâce à Marozie ; et, pour la même raison, Jean X qui lui succède garde pendant quatorze ans les clés de

Léodoin, évèque de Modène : mais les bourgeois semblent hostiles à cette politique. Hugues fait des évêques ses vassaux et s'appuie sur eux contre les seigneurs laïcs. Béranger s'appuie au contraire sur ceux-ci contre ceux-là, de même Ardouin [Sur Jean, chancelier de Béranger I, évèque de Verceil à partir de 915. voir Cipolla. dans les Atti... Accad. Lincei. série 5. XIV, 1905 ; sur Gui de Modène et ses fluctuations, Roletto dans le Hivista stor. crit. se. teol. 1907].

saint Pierre. Jean X, du reste, sait montrer quelque vigueur : il organise une habile et vigoureuse défensive contre les Sarrasins et les écrase sur le Garigliano. Seulement Théophvlacte meurt, et les désordres renaissent. Sa fille Marozie prétend régenter Rome ; elle appelle les Hongrois, soulève les Romains contre le pape, se débarrasse de celuici en l'étoullant et donne la tiare à ses créatures, d'abord à Léon, prêtre de Sainte-Suzanne, puis à Etienne, prêtre de Sainte-Anastasie, enfin à son propre iils Jean, antérieurement pourvu du titre de Sainte-Marie Transtibérine. Sur ces entrefaites, le mari de Marozie vient à mourir. Elle convole aussitôt avec le roi d'Italie, Hughes ; son Iils Jean XI ne pourra pas lui refuser la couronne impériale. Mais Hughes se prend de querelle avec Albéric, un demi-frère de Jean; Albéric le chasse, emprisonne sa mère, prend le titre de Senator et Princeps omnium Bomanorum, nomme à sa guise Léon Vil et Etienne VIII, Marin II et Agapet IL Quand il meurt, Octavien son enfant lui succède en qualité de princeps, et, trouvant inutile de déléguer à un tiers les fonctions pontificales, il se les adjuge : Octavien devient Jean XILIl a seize ans. Ses défaites militaires et ses débauches font trembler tous les croyants.

Le désordre s'accroît à la fin de son règne : les rois de Germanie qui veulent le réprimer sont détestés en raison de leur origine étrangère ; la fa-

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