‹ Le christianisme et les barbares (395-1049)Chapitre 67 sur 70 · LA FIN D UN MONDE · texte numérisé non relu

LA FIN D UN MONDE

domine toute une période de Ihistoire : elle se clôt naturellement à sa mort.

En même temps c'est une longue époque qui s'achève : le Christianisme cesse, vers le milieu du xi'^ siècle, d'être un fait uniformément et exclusivement méditerranéen. L'évolution qui l'a fait pivoter d'Orient en Occident s'atTermit à cette date ; la perte de l'Orient se confirme. Les Seldjoucides et les Almoravides rendent à l'Islam sa vigueur native et fortifient la victoire du Koran dans les pays où est né l'Evangile. L'autonomie byzantine se perpétue et s'aggrave. Le schisme ne blesse plus les consciences des Orientaux : l'habitude leur en voile le crime. Le Christianisme est chassé pour de longs siècles du pays de son enfance : la déchirure qui s'est lentement produite du iv" au viii'' siècle n'était pas un accident passager.

Dans les pays d'Occident, d'autre part, où il a cherché fortune et salut, s'il n'a pas absolument perdu sa mystérieuse vigueur, on a montré aussi jusqu'à quel point il dégénérait et semblait devoir bientôt se dissoudre tout entier. La désorganisation sociale commencée au m*' siècle s'est accélérée par saccades, ébranlant peu à peu tout le vieux monde de la mer Intérieure : voici qu'elle l'emporte à son tour. Qui sait si l'etTort des Cluniciens et de leurs émules ne va pas se perdre, comme se sont perdus les généreux efforts d'un Charlema^ne cl d'un Boniface ? Coupée en deux

336 CIII'.ISTIAMSMK ET DÉSORGANISATION SEIGNELT.TAIJ-:

tronçons, partout captive, dégradée partout, l'Eglise du Messie Jésus paraît, comme son maître, descendre au tombeau '. Saura-t-elle aussi victorieusemont en sortir?

• Nous avons conservé un magnifique symbole de ce ("liristianisuic moribond, Christianisme à demi paganisé. Je vise l'idole de Conques, fondue vers 990 : comment nommer autrement cette statue de sainte Foy, si étrange en sa raideur hiératique, «étincelante d'or et de pierres précieuses, avec ses gros yeux d'émail » En voir la reproduction dans A. Michel ; Ilist. <fe VArf I, 2 Paris. 19J5, p. 847.

J'ajoute quelques mots à ce que j'ai dit touchant la liturgie p. 51. n. 72 n. 75. n. i ; la propriété ecclésiastique i épiscopale p. 32. 48 , paroissiale p. 69, 134. n. ou monastique); les institutions charitables 134, 135. n." : l'exaltation et la transformation de l'institution épiscopale passi/n .

C'est au Yi^ siècle que les fidèles cessent, semblet-il. du moins pour la Gaule, d'apporter à l'autel l'of- Irande du pain et du vin nécessaires au sacrifice eucharistique : le clergé va les chercher à la sacristie.

Le sujet de la propriété ecclésiasticpie est l'église considérée comme personne morale (dès leA'^^s.i. Cette notion juridique s'appuie sur une notion voisine, celle de fondation = institution en vue d'un office déterminé d'une masse de biens dont le détenteur ni le dispensateur ne sont désignés^ ; cf. Vita Hilarii. 1 1 : Const. de Marcien et A'alentinien, Code Just. 1. 3. 24. Krueger. 21. — C est au \V^ siècle que la propriété ecclésiastique a pris tout son essor ; à la fin du vii'^. on peut croire que V. 22

FEglise possède le tiers des terres exploitées en Gaule. Clotaire I veut taxer les églises au tiers de leur revenu ; lui, ses frères, ses grands, commencent, malgré les protestations des conciles [Paris, 556-573; Clermont, 535; Orléans, 5il], à spolier les églises. Les précaires vcrbo régis [concessions faites à un tiers par les églises, sur l'ordre du roi] ne semblent pas antérieurs, en tant qu'institution régulière, au concile des Estinnes, canon 2 (743) : c'est la combinaison imaginée par Carloman pour rendre à l'Eglise son droit théorique de propriété sur des terres dont il ne dessaisit pas les seigneurs qui les ont volées. — Dès la lin du v'' siècle, l'Eglise tend à limiter les pouvoirs de l'évêque en tant qu'administrateur, absolus en principe : une assemblée romaine de 483 lui interdit toute aliénation [de même le concile de Rome de 502, confirmé par Théodoric, 508] ; l'usage africain lui interdit toute vente de domaines, d'esclaves et de vases ; ces usages pénètrent en Gaule vers 506-513. L'emploi des fruits et revenus est réglé de plus en plus» : en Italie, 4 parts égales [évêque, clergé, pauvres, édifices]; en Espagne, 3 parts [celle des pauvres n'étant pas garantie] ; en Gaule, au début du moins, l'évoque est libre. — Les terres sont données soit en location [à des fermiers appelés conductores], soit en précaire ; la location disparaît au vu'' devant le précaire. — D'après Lesne et Bondroit. Les patrimoines paroissiaux autonomes sont nés

du démembrement du patrimoine de l'égUse épiscopale, seul sujet primitif de toutes les propriétés ecclésiastiques à l'intérieur du diocèse : leur émancipation s"est faite vers le milieu du V^ siècle en Italie et en Afrique, vers le milieu du vi^ en Espagne et en Gaule. Les églises disséminées ont d'abord acquis le droit de recevoir les dons, de les garder pour entretenir leurs clercs Orléans, oil, o38j, etc.. : les clercs vivent du produit de leur travail, et des offrandes, et du patrimoine de l'église qu'ils desservent. — Le patrimoine monastique est né à la lin du v^. quand les monastères, pour plus de sécurité, se sont rapprochés des villes ; il est souvent accru par les évéques aux dépens même de leurs propres églises, parfois injustement accaparé par eux. Noter que ce patrimoine résiste mieux que celui des églises séculières aux diverses spoliations. — D'après Lesne : op. laud.

Les jnatricularii sont astreints à certaines pratiques religieuses : leur association suscitée souvent par une fondation Saint Léger établit à Autun une matricule de 40 pauvres^ est capable de recevoir des legs. — Les maladreries apparaissent celle de Chalnn fondée vers 600 par l'évéque Agricola^ en même temps que la lèpre Tmaladie qui parait étroitement solidaire de l'insuifîsance de la nourriture .

Les évéques d'Occident ont progressivement acquis, de par la ruine de l'autorité civile, de très grands pouvoirs sociaux et politiques, 393-1049. Le

plus ancien diplôme d'immunité ^ecclésiastifjue par son destinataire qui soit authentique et (jui nous soit parvenu est celui que Dagobert I concéda à Rebais en G3o [Pertz. loj : tous ceux du \f siècle ont disparu. — Beaucoup d'églises, à l'époque mérovin«;ienne, battent monnaie | Bordeaux, Lvon, Saint-Denis, Ang;ers...l. Ce droit n'est pas inclus dans rinmiunité. Il est né sans doute de l'usage, lusago avant été engendré lui-même par l'accumulation des métaux précieux dans les trésors des églises. La frappe de la monnaie a perdu son caractère de droit souverain, en raison de la disparition de l'empire et de l'obscurcissement de l'idée de l'autorité publique. — L'histoire de la législation matrimoniale rend très sensible la déchéance de l'état et l'exaltation de l'épiscopat appelé par l'opinion unanime des Chrétiens à s'acquitter des fonctions qu'il néglige. L'état franc juxtapose d'abord, en ces matières, à sa propre juridiction, la juridiction de l'Eglise : et il tend à n'intervenir (|ue si l'Eglise échoue ^édit de Chilbebert II, 590 ; Capit. d'Aix, 802. 33 et 3o ; édit de Pistes » j. Puis, la juridiction civile meurt ; reste la juridiction ecclésiasti(|ue, exclusive [après Réginon ; au cours du x'' s — D'après Lesne : op. laiid. et Esmein : /. riage en droit canonique. Paris. 1891.

1 Sur la juriiHction arbitrale des évt^ques, et les débuts de leur rôle politique, voir tome IV, p. 92-^4 et 304-3U5.

2 Cf. supra, \\ 321, n.

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