ATTITUDE DES GERMAINS ARIENS
délivrait Rome d'un péril (|iie pour lui en susciter un autre. Ce n'est pas que ces Germains eussent pour la plupart embrassé l'hérésie arienne, c'est qu'ils ne pouvaient pas voir sans inquiétude les relations entretenues par Rome avec les églises des pays qu'ils occupaient. Les Barbares ne se souciaient pas de faire du prosélytisme, ils étaient tout disposés à laisser aux Romains leur foi catholique : ce qu'ils ne voulaient pas, ce qu'ils ne pouvaient pas admettre, c'était que des intrigues impérialistes pussent se nouer sous prétexte de religion. Seuls, les Vandales d'Afrique persécutaient les Catholiques avec une allégresse que les nécessités politiques ne suffisent joas à expliquer : les mesures de rigueur commencèrent à la prise de Cartilage et durèrent, sauf un intervalle de trois ans, jusqu'en 47.J ; elles redoublèrent au temps de Hunéric ; elles n'eurent d'autre résultat que d'enrichir le martyrologe de l'Eglise et de semer la haine des A'andales au c<>:*ur des Africains *.
jusqu'en 800, la vieille unité impériale fut théoriquement restaurée. En fait, les chefs barbares n'agissaient qu'à leur tête, tout en se considérant comme les délégués des empereurs de Byzance. [L'extinction de la dynastie théodosienne en 455, a hâté les événements]. Fustel de Coulanges : Inv. germ., lSi;»l.
* La persécution a commencé en 437, redoublé vers 460, fini en 475, après avoir ralenti de 454 à 460. L'Eglise catholique est alors réorganisée par saint Eugène, évè([ue de Carthage Furieux, les Ariens et leur patriarche Cyrilla décident Hunéric à lancer un nouvel édit, en 484, en invoquant les conciles de Rimini et de Séleucie, PL. 58, 235. Ralentie par Gontamond, 485-496, la persécution redouble avec l'hrasamond, 496-523, qui
24 l'umon de l'église et de l'occident
Les Goths étaient ariens comme les Vandales ; ils s'arrangèrent néanmoins, en général, pour vivre en bons termes avec les églises, ils tentèrent de gagner les évêques et de s'appuyer sur eux pour allermir leur autorité. Les organismes politiques qu'ils avaient formés en Gaule, en Espagne et en Italie tendaient ainsi à se doubler de groupements ecclésiastiques autonomes. L'objet de leur politique, c'est d'empêcher la suzeraineté de l'empire de devenir elVective. C'est pourquoi, s'ils tachent à remplir le mieux possible la fonction impériale qui leur est déléguée, ils tentent aussi de couper de Constantinople et de Rome les populations qu'ils dirigent. Ils déjouent avec bonheur lesetTorts d'Anthémius et de Sidoine en Gaule, comme ils brisent avec brutalité la conspiration d'Albinus en Italie ou écrasent en Espagne la trahison de Gordoue. Mais, par leurs habiles avances, ils se concilient l'épiscopat, l'attirent et le sul)ordonnent. Alaric II favorise les efforts de saint Césaire d'Arles et sanctionne par la loi civile les canons du concile d'Agde ,
exile plus de 120 évêques en Sardaigne : Ilildéric 523-530 la fait cesser (concile de Cartilage 525 . Il est renversé par les Ariens ; mais alors arrive l'armée de Bélisaire, 533. L'Afrique rentre, en fait, dans l'empire. Voir l'histoire de la persécution par un contemporain, Victor évoque de Vite, PL. 58, 180, ou éd. Halm (M. G. 1879 , ou éd. Pctschenig (C. V. ISSr ; trad. fr. dans Leclercq, Les martyrs, III, 1*J04 ; Gorres dans la deutsche Zeit. f. Gesch. iciss. 1893, II, 1, 14 et Zeit. f. wiss. Theol. 1893, III, 494 ; sur le miracle de Tipasa, G. H. Newman : Tivo essays on hihlical and on ecclesiustical miracles, 10»^ éd. 1852, 369 ; Schmidt : Geschichte der Wandalen, 1901, Leipzig.
LES EGLLnLS >AT1U>ALES NAISSANTES ^O
Théodoric protège Symmaqiie, s'appuie sur Epiphane et Ennodius ; Amalaric P'" et Athanag'ilde autorisent la réunion de nombreux synodes. En Gaule, en Italie, en Afrique, les nouveaux groupements politiques s'aiîermissent au cours du vi'' siècle, et les Eglises nationales naissent. La cour du roi devient le centre des aiïaires ecclésiastiques comme de toutes les autres : c'est de là que partent les convocations de concile et les nominations épiscopales. A la cour d'Alaric, on trouve un episcopus de palatio, sorte de patriarche en puissance ; en Espagne, Tolède devient une métropole, et l'archevêque de Ravenne. siège du gouvernement ostrogoth, voit s'accroître son influence '.
1 Anthemius, 467 ; Albinus, 526 ; Trahison de Cordoue, 572 ; Amalaric, 511-531 ; Athanairilde, 554-567. Il y eut pourtant, en Espagne, une vraie guerre religieuse. Ingonde, femme d'IIermenegild et donc belle-fille du roi Leuvigild est en butte aux persécutions de la reine Goisvinth, arienne ardente : Ingonde est franque de race et catholique. De là, colère d'Hermenegild qui abandonne l'Arianisrae et finalement se révolte, 579-5S5 ; battu, il se soumet, se révolte de nouveau et est mis à mort à Séville. Le gouvernement impérial de Constantiuople qui a suivi toute l'affaire, avec l'espoir de remettre la main sur l'Espagne, attire et garde Ingonde et son fils : elle mourra de douleur. — Sur Euric, 466-4S5 et les Catholiques, voir G. Yver, Euric, roi des Wisigoths. Mélanges Monod. 1906, p. 11. — Il n'est pas douteux en revanche, qu'Amalaric II 526-531 et Agila n'aient été très hostiles aux Catholiques. Masona, pieux évèque de Merida, est exilé par Leuvigild parce qu'il ne veut pas embrasser l'Arianisme.
>'oter ([ue les seigneurs burgondes ariens ont organisé le culte sur leurs domaines et qu'ils ont tâché de faire des recrues [S. Avit, ds M. G. AA. YI, 2, p. 35-39'.
Sur Théodoric d'Italie et les Catholiques, voir G. Pfeilschifter :
'2i) LLMON DK i/ÉGLISE ET DE l/uCCIDENT
La constitution du royaume franc ne semble pas diminuer le 2)éril. Sans doute, à la suite d'un vœu fait dans une bataille, Clovis s'est fait catholique et a reçu le baptême des mains de saint Rémi, l'évêque de Reims, ainsi que 3.000 des principaux Francs. ^lais il se forme une Eglise nationale franque, analogue à FEglise wisigothique ; le roi s'attribue la nomination des évêques et la convocation des synodes. Peu à peu le fait engendre le droit : le concile d'Orléans ' investit le roi du droit de conlirmer Félu, et c'est Sigebert III, le meilleur des rois mérovingiens, qui proclame le plus haut, dans
Der Ostgothenhônig TJieoderich der Grosse und die Katholische Kirche. Munster, 18G6, et Duchesne, édition du L. P. — Symraaque fut pape de 498 à 514 : son rival Laurent est appuyé en sous-main par Tempereur Anastase qui tient ferme à l'Hénotique et incline de plus en plus au monoj)hysisnie [voir IV, p. 277]. Après s'être un moment soumis, Laurent relève la tète en 501: il lance les plus grosses accusations contre Symmaque, un de ses partisans, Festus, occu[)e les basiliques, le tumulte dure jusqu'en 506 ; alors intervient Theodoric qui rend les basiliques à Symmaque.
Sur saint Epipliane, évrque de Pavie, mort en 497, voir sa vie écrite par saint Ennodius. Ma;.'nus Félix Ennodius est un Gaulois, qui vécut à Milan, y enseigna comme rhéteur, puis renonça au monde et devint évèque de PaAie en 513 ; il meurt en 521. Voir ses opw^cifZei, ses lettres et ses bizarres poésies. PL. 63, 13 ; ou Hartel 1882 ^G. V.}, ou Vogel 1885 M. G . Voir Tanzi : T.a cronologîa degli scvitii di M. F. Ennodio, 1889, Trieste.
L'exi^lcnce des états ariens a contribué à ramener l'Eglise à sa mission proprement religieuse ; [mais les défaillances progressives de l'empire et des états, en la chargeant de leurs fonctions, l'en détourneront vite. Contra Solmi, Storia del Dirilio italiano. 84]
1 En 549.
L LMTE Di: L iJ.LïSi: .MENACEE
une lettre à saint Didier de Gahors, le « droit » du souverain dinterdire tout concile tenu sans son aveu ^
Les royaumes Ixirbares du vr siècle, qu'ils soient ariens ou catholiques, compromettent donc et ris- ([uent de ruiner Tunitc chrétienne : les frontières politiques qui se dessinent de tous côtés la démembrent ; l'autorité suprême de Rome est menacée en Occident aussi dangereusement qu'en Orient. — Les papes ne restèrent pas inactifs : saint Hilaire centralisa à Arles, au point où l'Italie se soudait à l'Occident, la résistance de l'Eglise. « Plusieurs irrégularités commises dans la provision de certains sièges épiscopaux, à Xarbonne par les ^^ isigoths et en Viennoise par les Burgondes, lui donnèrent l'occasion d'intervenir de ce côté et de restaurer la primatie d'Arles, telle que l'avait naguère organisée Zosime. 11 délégua l'examen des affaires
1 Canon 10. — Saint Didier, mort en 6z)D. EyJst., 46. VoirFustel de Coulanges : la ^uonarchie /ranque, 1SS8, passim ; Yacandard : les élections éyàicopales sous les Mérovingieyis [Etudes de critiqueet d'histoire... Paris, 1905]: Vaes, dans \a.Bevue hist. 7*>cZ.,l905; Esmein. Cours éléra. d'histoire du droit, p. 155. Noter le conflit de Léonce Ilde Bordeaux avec Clotaire P^ puis avec Caribert, soutenant contre lui Emerius de Saintes. Les mêmes rois luttent avec l'église de Poitiers à qui ils veulent imposer comme évèque le duc Ausîrapiu?, et qui finit par faire triompher son élu, l'abbé de Saint-Maixent Pascentius. En 573, Gontran impose à Lyon Priscus et oblige l'élu .Etherius à attendre la mort de celui-ci, 5S6-5S0, pour occuper son siège. Clotaire nomme au Mans Domnolus, abbé de Saint Laurent de Paris.
28 l'union de l'église et de l'occident
contestées à l'évéque d'Arles, Léonce, en essayant de constituer une sorte de monarchie ecclésiastique qui étendît son influence sur les états contigus. Le mot est du pape lui-même, qui précise d'ailleurs les attributions de son vicaire. A lui le droit et le devoir de convoquer chaque année les autres évèques en conciles ; à lui le soin de recevoir en appel les plaintes des clercs qu'il examinera avec le concours de deux métropolitains. D'une manière générale, il ao^ira comme délégué du saint siège dans tout ce qui intéresse la religion. » Et tous ces privilèges, Hilaire le spécifie avec clarté, sont un attribut du siège d'Arles, ils ne sont pas une faveur faite à une personne '. L'institution du vicariat répondait admirablement à la situation présente : l'Afrique persécutée se tournait d'elle-même vers Rome à laquelle l'unissait la mer ; les Gaules, au contraire, dont les vastes plaines conduisaient à la fois aux églises d'Espagne, de Bretagne et de Germanie, eussent complètement échappé à l'action romaine et fussent sorties de la chrétienté, si elles n'avaient
1 Saint Hilaire, pape de 461 à 468, avait été l'archidiacre de Saint Léon. Celui-ci se souvenant de l'affaire de Chelidonius, avait toujours refusé de donner aucun pouvoir extraordinaire à l'évéque d'Arles, Ravennius ; même il avait partagé entre Arles et sa rivale Vienne la province qu'Arles revendiquait tout entière [Duchesne. Fast. episc. 1, 117-126; Dufourcq, Etude sur les Gesta Martyrum rom., II, 78-81 1.
C'est le 3 novembre 462 qu'Hilaire a écrit à Léonce pour lui reprocher son insouciance et commence de renouer la tradition de Zosime [Mamert de Vienne avait indûment ordonné l'évéque
rOLITlnUE DE LA PAPAUTÉ 29
été spécialement confiées à un vicaire pontifical : Tours accroissait peu à peu le cercle de son action lorsque l'intluence d'Arles, au temps de Césaire. la contrebalança et la romanisa. L'ég'lise bretonne échappa seule au rayonnement de Rome : il fallut plus tard la reconquérir.
En même temps que le vicariat d'Arles, la monarchie franque contribue Ijientôt à défendre l'Eg-lise . Saint Avit, se faisant l'organe de la papauté et de l'épiscopat, salue dans le peuple de Clovis l'épée de Dieu et trace, au nom de la Providence, le programme de sa mission civilisatrice. Saint Quintien de Rodez, saint Aprunculus de Langres. A'oluscanus de Tours manifestent avec tant de joie leur dévouement aux Francs qu'ils doivent fuir les diocèses qu'ils dirigent dans la monarchie gothique ; les Catholiques qui commencent de s'accommoder des Ariens, tournent parfois les veux vers les Francs. Et ceux-ci s'en rendent si bien compte qu'ils donnent leur foi religieuse comme prétexte à leurs pillages ; si Clovis se met en campagne contre les Goths, c'est qu'il « supporte avec chagrin que des)
de Die ; les Narbonnais avaient élu évèque Hermès, évèque ordonné de Béziers] : " Léonce avait peu de goût pour le rôle de patriarche » ; de fait, le vicariat ne fut pas explicitement rétabli [Duchesne, op. laud. I, 126 131J.
Sur Rome et la papauté) au v^-vie sit'cle, voir Grisar, trad. fr. : Histoire de Rome et les papes au Moyen Age. tome I en 2 parties, Paris, 1906, et les travaux de Grégoroviuset de Langen. .fe rappelle que les monuments antiques subsistent dans leur splendeur presque intacte |^cf. P. L., 65, 13i|.
30 l'umun jje l'église et de l'occident
« Ariens possèdent une partie des Gaules », et il escompte « l'aide de Dieu » pour réduire leur pays en son pouvoir. Le fait que les Francs, seuls parmi les autres Germains, sont devenus catholi({ues associe à leur fortune la cause du Christianisme ; les progrès des Francs sont les progrès de l'Eglise. Il se trouve que, au cours du vi^ siècle, les progrès des Francs s'accentuent ; l'église de Rome bénéficie donc de leur prestige '.
1 Epist. 41. P. L. 59. 257. On sait que c'est en 496, — au cours d'une bataille contre les Alaraans, qui n'est pas Tolbiac, et qui se livra dans la vallée du Rhin (Levison, JaJirb. des Vereins mn Alterth. fr. liheinlande, 1. 103) — que Clovis, voyant ses troupes flécliir, s'écria, au dire de notre vieil historien : «Jésus-Christ, loi qui es, selon (Uotilde, le Fils du Dieu vivant, secours-moi dans ma détresse ; et, si tu me donnes la victoire, je croirai en toi et je me ferai ba|)tiser. » Clotilde. filledeChildéric, roiburgondede Lyon, avait été élevée dans la foi catholique, ainsi que sa su'ur Saedeleuba (ou Chrona), par sa mère, la pieuse Carelène : Chilpéric pourtant était arien [.Noter que son frère, arien comme lui, Gondelmud roi de Vienne, entretenait de lies cordiales relations avec saint Avit]. Le mariage de Clovis date de 492 ou 493 (Soissjns ?i. Clotilde avait pris, paraît-il, beaucoup d'ascendant sur son mari et s'était proposé de le convertir : elle obtint que leur premier enfant, In.^omir, fut baptisé, mais il mourut; elle obtint encore que leur nouveau fils Clodomir fut baptisé de même • et elle eut la joie, après quelques jours datroce inquiétude oîi l'enfant fut malade, de le voir grandir. — Saint Rémi, évoque de Reims, instruisit et baptisa le roi, ainsi que ses antrustions, le jour de Noël, 25 décembre 49G. « Immense fut dans tous les milicuN; l'effet produit par le baptême de Clovis. Tous les autres rois barbares étaient ariens . Les populations catholiques du royauuie franc se sentirent du coup relevées et rassurées....; elles étaient désormais, sous tous les rapports, les égales des barbares ([ui partageaient leur foi... La journée de Reims mettait donc le sceau à la conquête de la (iaulc... » [iCurth : Clovis. Tours, 189Ô, p. 349-350-240. Voir du même : le baptrme de < 'lotis