‹ Le christianisme et les temps présents (volume 4)Chapitre 2 sur 68 · PARIS J DE GIGORD, EDITEUR · texte numérisé non relu

PARIS J DE GIGORD, EDITEUR

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Une longue maladie a retardé, plus que je n'aurais voulu , la publication de ce quatrième volume. Peutêtre en a- 1 -elle accru l'opportunité. Je l'achève à une de ces heures sombres ou, malgré soi, on s'effraye de l'avenir. Brisée par la guerre étrangère , meurtrie sur vingt champs de bataille, on aurait pu croire que la France allait se retremper dans la foi de son berceau , et y retrouver ces vertus antiques dont l'absence explique seule de si étranges catastrophes. Mais non ; semblable à ces malades affolés qui mordent la main du médecin qui les soigne, au lieu de se frapper la poitrine, la voilà qui se jette sur l'Église, qui chasse ou qui laisse chasser ses religieux, qui menace ses évêques et ses prêtres; le nom de Dieu l'exaspère : elle ne veut plus qu'on le prononce , même devant ses petits enfants. C'est donc le moment d'aimer la France plus tendrement, plus respectueusement que jamais, comme un pis au lit d'une mère en délire. C'est le moment aussi d'aimer l'Église, d'étudier ses forces divines, sa toute-puissance de guérison, comme on s'informe de la grande réputation d'un médecin qui, dans une crise suprême, est la dernière espérance. L'Éylise a des ressources infinies. Elle guérira la pauvre malade sans elle, au besoin malgré elle; ou,

si celle-ci s'obstinait à mourir, elle la ressuscitera. On reverra la belle scène si bien décrite par Chateaubriand à la fin des invasions barbares : « Quand la poussière qui s'élevait sous les pieds de tant d'armées, qui sortait de l'écroulement de tant de monuments, fut tombée; quand les tourbillons de fumée qui s'échappaient de tant de villes en flammes furent dissipés; quand la mort eut fait taire les gémissements de tarit de victimes; quand le, bruit de la chute du colosse romain eut cessé, alors on aperçut une croix, et au pied de cette croix un monde nouveau. Quelques prêtres, l'Évangile à la main, assis sur des ruines, ressuscitaient la société au milieu des tombeaux, comme Jésus-Christ rendit la vie aux enfants de ceux qui avaient cru en lui ■ . »

1 Chateaubriand, Études historiques, p. 471.

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