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OS D'ANIMAUX TERRESTRES SE MONTRENT EN GRAND NOMBRE

Ainsi, comme il est raisonnable de croire que les coquilles et les poissons n'existaient pas à l'époque des terrains primordiaux, l'on doit croire aussi que les quadrupèdes ovipares ont commencé avec les poissons, mais que les quadrupèdes terrestres ne sont venus que longtemps après «. » Voilà ce que dit la géologie, et comment ses merveilleuses découvertes ont confirmé, d'une manière inattendue et éclatante, les grandes lignes du récit de Moïse.

Je dis : les grandes lignes; et je crois devoir m'arrêter un instant sur ce mot.

Il ne faut pas se le dissimuler en effet, il reste des difficultés de détail : celle-ci, par exemple, la plus grave de toutes et la seule qui ait, à l'heure qu'il est, de l'importance :

Moïse fait apparaître la vie végétale au troisième jour ; quant à la vie animale, elle ne commence, dans son récit, qu'au cinquième. Or, en fouillant ces bancs de houille, débris des forêts primitives du troisième jour, ces couches de grès, pleines de palmiers et de fougères, on a trouvé des coquillages, des mollusques, des empreintes de petits

1 Discours sur les révolutions du globe, p. 309.

poissons. Comment sont-ils là? Toute notre théorie ne va -t- elle pas échouer ici à une objection insoluble?

Non; car on peut répondre plusieurs choses :

1° Nous l'avons vu, le récit de Moïse n'a pas la prétention d'être un exposé scientifique et complet de l'origine du monde. Ce sont de grands tableaux que Dieu fait passer sous les yeux de son prophète , et où il lui montre les traits caractéristiques de chaque période. Or, à ce point de vue, et dans ces généralités, la concordance de la science et de la Bible est parfaite.

2° En donnant l'épanouissement de la vie animale comme le grand trait du cinquième jour, ce qui ne peut pas être contesté, il semble que Moïse n'ignorait pas que déjà des essais de vie animale, dans une forme très-inférieure, avaient eu lieu. La manière dont il s'exprime, en parlant de l'œuvre du cinquième jour, est remarquable : a Et Dieu créa les monstres marins , et tous les êtres animés que déjà LES EAUX avaient produits, quam produxerant aquœ. » On eût dit que, connaissant déjà ces premiers essais et les ayant négligés comme n'ayant aucune importance au troisième jour, il voulait maintenant rattacher à l'œuvre de la création animale et y introduire officiellement ces êtres inférieurs qui déjà rampaient dans la vase.

3° D'ailleurs, nous croyons avoir dans les dépôts houillers les débris des forêts du troisième jour. Mais est-ce bien sûr? Ne serait- il pas possible que les forêts premières, celles qui ont précédé l'apparition de la vie animale, aient entièrement disparu; quelles aient été brûlées et consumées? La géologie commence à le croire. « Il n'est pas certain du tout, écrit Bischof, que les roches stratifiées inférieures, qu'on désigne par le nom d'azoiques, ou sans- 'pétrifications , appartiennent toutes et sans exception à la

période où la végétation n'existait } as encore sur la terre. Dans l'argile schisteuse d'un bleu foncé ou grisâtre qui ne renferme pas de pétrifications, et dont la couleur passe quelquefois tout à fait au noir, cette couleur vient de matières carboniques répandues dans toute la masse. Si donc tout carbone se forme par la décomposition de l'acide carbonique, il faut que la formation de ce schiste argileux ait été précédée du règne végétal ». » Vogt va plus loin. Il croit que tous les schistes et gneiss appelés métamorphiques, la plupart des granits, porphyres et diorites, sont sortis de roches primitivement stratifiées et contenant des débris de végétaux 2. »

4° Quoi qu'il en soit , dit Burmeister, la naissance d'animaux avant les végétaux est impossible, ne fût-ce que pour cette raison que les animaux ont besoin des végétaux pour continuer leur existence. Il est vrai que beaucoup d'animaux se nourrissent de la chair d'autres animaux ; mais il faut en venir enfin à des animaux qui se nourrissent de végétaux, de sorte qu'il n'entre rien dans la substance de l'animal pris comme genre, qui n'ait existé sous une forme quelconque à l'état de matière organisée. D'où il suit qu'à l'époque primitive aucun organisme animal ne peut avoir vécu avant l'existence des organismes végétaux s. »

On voit que nous approchons bien près , même sur ce point difficile, d'une pleine confirmation de la Bible par la science. En tout cas, on peut être sûr que cette difficulté sera résolue comme tant d'autres. La science ne voit pas clairement tous les détails de la succession des végétaux et

1 Bischof, Manuel, i, p. 44, 97.

2 Vogt, Ausland, 1863, p. 840.

3 Burmeister, Gesch. der Schœpfung , p. 393.

fo:

des animaux. Laissons-la achever son œuvre. Elle a <léjà, en tant de choses, été précédée par la lumière des saintes Ecritures, qu'on doit être assuré de voir un jour ce trait se concilier comme tous les autres.

En attendant, il semble que cette science si jeune, qui s'est si souvent trompée, dont les systèmes évanouis reposent les uns sur les autres comme les couches géologiques dans les entrailles dévastées de la terre, doit quelque respect à cette vieille Bible; car que de choses déjà elle en a appris! La science a dû successivement reconnaître, avec la Bible et après elle :

1° Que la terre est sphérique • (ce qu'elle avait longtemps nié);

2° Que la terre est suspendue sur le vide2 (ce qu'elle avait longtemps ignoré);

3° Que la lumière a existé et a fait vivre les plantes avant l'apparition du soleil (ce dont elle a longtemps ri, et ce qu'aujourd'hui u!e reconnaît et déclare vrai);

4° Que la lumière a paru avant le soleil (ce qui était contre toute vraisemblance et ce qui néanmoins est certain ) ;

5° Que la croûte de la terre repose sur un feu intérieur 3, et que cependant cette croûte a été longtemps couverte par les eaux et qu'elle est sortie de l'eau (double thèse dont la première est prouvée par les plutoniens, et la seconde par les neptuniens);

6° Que la terre est enveloppée d'une couche d'air, et que cet air est pesant 4 (ce que Galilée a le premier entrevu, plus de trois mille ans après Moïse ) ;

1 Isaïe, lx, 22.

2 Job, xxvi, 7.

a Job, xxvm, 5.

* Job, xxvin,25.

7° Que c'est l'air qui est chargé du travail immense de séparer les eaux supérieures et les eaux inférieures : il les laisse monter comme à travers un tamis, et il les fait redescendre comme à travers un arrosoir;

8° Que les étoiles des cieux sont en nombre immense , infini, comme le sable de la mer, bien que la science des anciens n'en comptât qu'un millier;

9° Que la vie organique a eu comme trois développements progressifs : 1° un épanouissement de vie végétale; 2° un épanouissement dévie animale (grands reptiles et grands oiseaux); 3° un second épanouissement de vie animale (bêtes domestiques et bêtes sauvages ), ce qui paraissait singulier, et ce que la science admet.

Voilà ce que nous avons déjà appris de la vieille Bible. Mais quel était-il donc, je le demande de nouveau, celui qui écrivait toutes ces choses, il y a quatre mille ans, au fond d'un désert inconnu ? Supprimez l'inspiration divine, et osez mesurer son génie, son intuition éblouissante! Mais comment supprimer ici la Divinité? Elle est partout, dans ce que Moïse dit aussi bien que dans ce qu'il ne dit pas. Elle est dans l'adorable négligence avec laquelle il jette, sans presque s'en douter, des mots qui terrassent comme des éclairs. Elle est dans sa brièveté étrange, qui ressemble à celle des évangélistes , qui étonne, j'allais dire qui impatiente, si elle ne se prosternait pas dans l'admiration. Elle est dans cette sérénité avec laquelle il livre son divin récit, sans explications ni commentaires, aux ignorances, aux contradictions, aux sourires, aux mépris des lettrés et des illettrés. Oh ! je l'ai dit plus plus haut, il n'eût pas été digne de Dieu de nous faire un cours de géologie; mais qu'il était digne de Dieu, utile à nos âmes, d'illuminer de quelques traits sublimes les premières origines des choses; de jeter sur ce fond

obscur sept ou huit mots lumineux, de ces mots qui précèdent toutes les sciences et qui leur survivent; des mots d'un genre à part, ayant tous les feux à la fois, et variés selon les regards qui les contemplent : les feux de la poésie pour les peuples jeunes; les feux de la philosophie et de la métaphysique pour les âges de réflexion; les feux de la science pour les époques savantes : semblables à ces pierreries d'eau très -pure ou à ces perles fines qui étincellent dans l'ombre, mais que tout l'éclat du soleil ne peut pas faire pâlir!

Gen., i, 26, 27. — « Et Dieu dit : Faisons l'homme a

NOTRE IMAGE ET A NOTRE RESSEMBLANCE. Et DlEU CRÉA L'HOMME, ET IL LE FIT A SON IMAGE. — II, 2. Il ACHEVA AINSI SON OEUVRE , ET IL SE REPOSA LE SEPTIÈME JOUR. »

Voici enfin le dernier mot de la création. Elle vient de Dieu; puis elle monte, elle grandit, elle se perfectionne. Où va-t-elle ? Elle va à l'homme. Dieu en est le principe , c'est l'homme qui en est le terme. Ces révolutions gigantesques qui, au lieu de troubler la terre, ont pour résultat de la mettre dans l'harmonie et la beauté ; cet épanouissement grandiose de la vie végétale qui , après avoir purifié l'atmosphère, s'ensevelit dans les entrailles du globe pour en être un jour la richesse; ce développement progressif de la vie animale qui paraît avoir eu pour but d'affiner la matière afin qu'elle fût capable d'être l'instrument parfait d'une âme libre; tout ce long poëme que nous venons d'étudier vers par vers, chant par chant, n'obéissent qu'à

une seule pensée : l'aspiration à l'homme. Il vient enfin le dernier, comme un seigneur qui attend, pour faire son entrée , que le palais soit prêt.

Nous étudierons, au chapitre suivant, l'apparition de ce roi de la création, et, comme dit Bossuet, « les singularités glorieuses de sa naissance. » Achevons ce chapitre en jetant un regard d'ensemble sur la demeure que Dieu vient de lui préparer.

La voilà donc cette terre , telle que des millions d'années de préparation l'ont faite ! Comparée à d'autres astres, elle est petite; mais combien charmante! Elle flotte dans l'espace comme un navire. Elle a un double mouvement. D'abord elle tourne sur elle-même toutes les vingt-quatre heures, avec tant de rapidité qu'elle fait à l'équateur plus de 6 lieues par minute, 376 lieues par heure , 9,000 lieues par jour. Ensuite, en tournant sur elle-même, elle décrit un cercle immense autour du soleil. Sa vitesse est, sous ce second rapport, de 7 lieues par seconde, de 420 lieues par minute, de 27,500 lieues par heure, de 660,000 lieues par jour. Qui la verrait passer ainsi dans l'espace avec une vitesse soixante fois plus grande que celle d'un bou:et de canon, en serait saisi de stupeur; et combien plus, s'il était placé de manière à en voir la masse, qui a neuf mille lieues de tour! Avez- vous vu de près passer un train express ? On frémit malgré soi ; cependant il fait à peine vingt lieues à l'heure. Les voyageurs qui sont dans les wagons ne s'aperçoivent pas de la vitesse; ils causent, lisent , travaillent , comme l'homme sur sa demeure flottante ; avec cette différence que, notre terre étant de beaucoup plus parfaite, on ne sent pas la moindre oscillation. Et cependant ce n'est pas seulement 660,000 lieues que la terre fait par jour ; comme le soleil autour duquel elle eir-

cule n'est pas fixe et qu'il avance dans la direction de la constellation d'Hercule, son déplacement fait faire par jour à la terre qui le suit 172,000 lieues de plus; lesquelles, ajoutées aux 660,000 lieues de translation, constituent pour notre petite planète un mouvement de près d'un million de lieues par jour. Aussi , emportée par le soleil , elle n'est pas passée deux fois de suite, depuis qu'elle existe, à la même place, et jamais elle ne repassera au point où elle se trouve actuellement. En un jour, elle est à des centaines de mille lieues du point où elle se trouvait la veille; en un an, à des centaines de millions de lieues; après un siècle, à des dizaines de milliards. Ainsi de suite. Tout cela, ce semble, est déjà assez merveilleux.

Mais là, dans son élan harmonique avec le soleil, dans les courbes élégantes qu'elle décrit autour du foyer qui la vivifie, n'est pas toute la beauté de la terre. Elle est belle en elle-même, dans la pureté de ses lignes et de ses formes, qu'anime encore et sans cesse embellit un adorable jeu de lumière et d'ombre.

Elle est belle dans son superbe manteau de verdure. Plus de deux cent mille espèces d'arbres portant les essences les plus variées, et trois cent mille espèces de fleurs forment comme un tapis, une corbeille de noce, préparée à celui qui va être son époux.

Elle est belle dans le gazouillement de ses oiseaux , dans le bourdonnement de ses abeilles, dans le mouvement et la vie de ses grands animaux , compagnons des travaux de l'homme, ses serviteurs intelligents, j'allais dire ses amis.

Et, au-dessous de cette riante surface, elle est belle dans ses profondeurs cachées qui recèlent des trésors. Au plus bas, les roches primitives, les granits, les marbres

formés depuis des millions d'années, carrières inépuisables pour la grande architecture et les arts. Plus haut, les immenses gisements de houille, de lignite, de tourbe, ressources du loyer pauvre , conditions du développement de l'industrie. Plus haut encore , les terrains jurassiques , les bancs de craie, les calcaires pour la construction plus légère de nos maisons. Et dans toutes les directions , soulevés par des éclats de feu central , des métaux fondus : or, argent, fer, que nous n'aurions pas pu aller chercher si bas , et que le feu , messager de la Providence , a amenés à la portée de la main. Et pour que nulle beauté, nul charme ne manque à la terre , à travers ces différentes couches se forment d'immenses réservoirs d'eau qui suintent en sources, fontaines, cascades; qui percent en lacs; qui s'échappent en torrents , rivières; qui se précipitent en fleuves, et entretiennent partout la fraîcheur, la fertilité, la beauté. Et enfin, autour du globe, l'étreignant amoureusement, la mer avec sa fraîcheur, ses îles, ses golfes, son flux et reflux, ses gémissements, ses abîmes, avec le peuple charmant, utile, innombrable, merveilleux qui l'habite.

Voilà la demeure de l'homme; et déjà qui pourrait nier la bonté paternelle qui nous l'a préparée?

Et comme cette terre, si merveilleuse qu'elle fût, ne devait pas être la demeure éternelle de l'homme, mais une tente d'un jour, où il se sanctifierait dans l'adoration et l'amour de Dieu, pour qu'elle ne fût pas un obstacle à un tel dessein, Dieu la fit belle, mais à la manière d'un temple. Il l'enveloppa d'une sorte d'atmosphère religieuse. Il y grava son nom. Il mit partout son image. Il arrangea les choses avec un art si tendre et en même temps si sublime que soit qu'on regarde les grandes lignes de la créa-

tion : le ciel étincelant de la nuit, l'immensité de l'Océan, les pics brillants des Pyrénées ou des Alpes; soit qu'on en étudie les moindres détails : une pervenche à l'ombre d'un buisson, un nid de rossignol sur un rosier, on se sent ravi jusqu'à Dieu. La création est un ensemble de choses transparentes. On ne peut les regarder sans apercevoir Dieu, comme on voit un visage aimé à travers un voile.

Et c'est là ce qui a toujours porté les penseurs, les poètes, les saints, les âmes tendres et profondes qui ont besoin de Dieu, à le chercher dans la solitude, à l'écouter dans le bruit des vents, dans le murmure des flots, à le respirer dans les fleurs. Qu'est-ce que cette harmonie des sphères qu'allait écouter Pythagore? Qu'est-ce que cet écho qu'adorait Socrate? Qu'est-ce que ces inspirations nobles, élevées, généreuses que l'on sent naître en soi quand on est seul avec la nature, et que l'on a si bien nommées le génie de la solitude? Qu'est-ce que cette voix dont parle saint Paul : Nihil sine voce, et qui résonne dans tous les êtres? Qu'est-ce que ces larmes qui sont dans les choses, comme dit Virgile? S'imagine-t-on que Dieu nous a enveloppés de toutes ces merveilles pour ne rien nous dire ? Et pourquoi aurait-il mis entre nous et la nature ces tendres harmonies , cette amitié réciproque de la terre et de l'homme, si ce n'est afin que, nous penchant vers elle, l'aimant, nous entretenant ensemble, dans ses chants et ses plaintes, dans ses recueillements et ses silences, dans sa sérénité et sa mélancolie, nous soyons amenés à le retrouver lui-même, à l'adorer et à l'aimer sous le voile transparent où il s'est caché ?

Et do peur que cette chère image, resplendissant à travers toute la création , ne saisît pas assez notre âme, savez-

vous ce que Dieu a fait? Il y a gravé la nôtre. Après avoir mis dans la nature quelque chose de sa ressemblance divine , il y a mis quelque chose de notre ressemblance humaine, et pétrissant tout cela avec son cœur d'artiste, de père, il a jeté, sur cette terre qu'il nous destinait, un dernier trait de beauté qui devait en achever la préparation.

Comme dans l'orgue, cette pâle imitation des concerts de la nature, il y a, dans la création, des voix humaines, des cordes sympathiques qui vont remuer en nous ce qu'il y a de plus intime et de plus profond.

Oh! que la nature est bien faite à notre image! Cette mobilité et cette perpétuelle instabilité de toutes choses; ce soleil qui se lève le matin , mais qui s'éteint chaque soir ; ces fleurs à peine épanouies et déjà séchées ; cet automne qui succède si vite à un été si court et qui emplit la terre de gémissements et de feuilles mortes; cet hiver qui maintient sous nos yeux, pendant de longs mois, le spectre glacé du tombeau, ont des harmonies secrètes avec notre âme. Ce que la nature dit avec des nuages qui passent, des eaux qui s'écoulent, des printemps qui s'évanouissent, nos chagrins, nos désenchantements le disent plus amèrement encore. Et cette triste harmonie, qui n'a pu venir que d'en haut, montre assez que nous n'avons pas été faits pour demeurer sur la terre, mais pour la traverser rapidement, et nous en aller à Dieu.

0 homme, viens prendre possession de ta belle et sympathique demeure ; mais n'oublie jamais les leçons qu'elle est chargée de te donner !

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