DES ORIGINES ET DES PRINCIPAUX CARACTERES DU CREDO
Que le Credo remonte véritablement aux apôtres auxquels on l'attribue, il nous paraît difficile d'en douter. Les mêmes raisons qui nous ont persuadés qu'avant leur séparation les apôtres avaient mis par écrit les discours principaux de Notre-Seigneur, les paroles sacrées de l'institution des sacrements et de la primauté de saint Pierre, le recueil des paraboles1, nous inclineraient également à croire, même en l'absence de toutes preuves, qui du reste abondent, qu'ils ont dû rédiger également une formule de foi, destinée à être enseignée partout. De fait, on sait la date et l'origine précise du symbole de Nicée, de celui de saint Athanase et de Constantinople; seul, le symbole des apôtres se perd dans la nuit des temps. Or c'est un
* JLe Christianisme, tom, II, ch. 11, § !•', et ch. iv.
principe posé par saint Augustin, que ce qui n'a été établi par aucun concile, par aucun pape, et néanmoins a toujours été cru et partout enseigné, doit être réputé d'ori- !gme apostolique ». De plus, bien que le symbole ne fût pas écrit et ne pût pas l'être, et qu'une loi de l'Eglise ordonnât de le tenir secret*, si haut qu'on remonte, on le retrouve, ou, pour mieux dire, on le sent partout». Il apparaît, comme à travers un voile transparent, dans les écrits des plus anciens Pères. Une allusion discrète, un mot caractéristique, un article littéralement cité, ne permettent pas de s'y méprendre *. Saint Irénée, Tertullien le donnent presque en entier 5. La paix est-elle rendue à l'Eglise? le Credo sort des catacombes avec les chrétiens. On le nomme tout haut le symbole des Apôtres. Saint Ambroise «, saint Augustin \ saint Jérôme », Ruffin 9, le
i August. Contr. Donatist., lib. II.
î V. Schelstrat, de Disciplina arcani dissertatio. 3 Le P. Petau pense que dans sa première épître aux Corinthiens (cap. vin, 5) saint Paul fait allusion au symbole. (Theol, dogm. de Trinit., m, 1.)
* Saint Ignace. Epistol. ad Trallens., § 9 et 10. - Hippolyte, Advers. Noet., cap. i.— Saint Cyprien, Epist. lxx.
s Saint Irénée, Advers. Hœres., lib. I, cap. x, §1. — Tertullien. De velandis Virqin., cap. i, et Contra Prax., cap. x. Régula fidei una omnino est tota immobilis et irreformabilis , credendi scilicet in unicum Deumomnipotentem, mundi conditorem, et Filium ejus Jesum Christum, natum ex Virgine Maria, crucifixum sub Pontio Pilato, tertia die resuscitatum a mortuis, receptum in cœlis, sedentem nunc ad dexteram Patris, venturum etiam judicare vivos et mortuos, per carnis resurrectionem. e Ambros. lib. I, ep. 7. Ad Simplician. 7 August. tom. III, p. 50. De fide et symb. » Hieron., Contra Joann. Hyerosol, XXIII. » Ruffin. Lib. de exposit. symbol. Inter opéra Hieron., tom. V, p. 127.
pape saint Célesiin », saint Léon *, affirment d'une voix unanime et qui ne soulève aucune réclamation que ce sont les apôtres qui l'ont composé. En même temps, chaque église, inventoriant ses richesses, cachées jusque-là dans le secret, se montre en possession d'un exemplaire du Credo. Or tous ces exemplaires, en provenance de l'Orient et de l'Occident, sont identiques entre eux, et rédigés absolument dans les mêmes termes. A peine deux ou trois mots diffèrent. Ce qui s'explique, soit par des changements faciles à comprendre dans une transmission purement orale pendant trois siècles; soit plutôt par des additions officielles faites de l'autorité des évêques pour prévenir leurs peuples à l'endroit d'hérésies locales. Et la preuve, c'est que l'Eglise romaine, qui pendant les trois premiers siècles ne connut pas d'hérésie, se trouve en possession d'un Credo où non plus il n'y a pas eu d'addition. Et ce qui achève de frapper l'esprit , c'est que ces exemplaires orientaux et occidentaux du symbole des apôtres, identiques entre eux, le sont aussi avec celui que nous chantons aujourd'hui. Après dix-huit siècles de changements et de révolutions, une chose est toujours restée la même : le Credo.
Qu'on nous permette d'en faire la preuve, en mettant sous les yeux du lecteur le tableau des symboles les plus anciens, tel qu'il a été tracé vers 372 par Ruffin d'Aquilée, si célèbre par ses controverses avec saint Jérôme.
1 Dan^ sa fameuse lettre ad Nesiorium il appelle le symbole: Symbolum ab Aposlolis traditum.
8 S. Léon. pap. ep. xxx. Ad Puleh&riam. Aug.. cap. ir.