AVANT-PROPOS
deux choses qui lui manquent depuis trop longtemps ; car j'ai soixante ans bien toi, et je n'ai jamais vu chez nous que des empêchements et des servitudes qui mettent obstacle à l'action de chacun ou de plusieurs, et tout ensemble des habitudes de laisser-aller et d'anarchie qui rendent le gouvernement, en qui réside l'action publique, souvent aussi impuissant lui-même que les citoyens le sont par le fait du gouvernement. Nous ne nous sauverons que par la liberté, sous ses deux formes essentielles, République et Libre-pensée, et par la règle, je veux dire à la fois celle du dedans et celle du dehors, la Morale et la Discipline. Il faut nous affranchir de toute autorité, de toute tradition qui ne s'appuie pas sur la raison ; et il faut en même temps nous gouverner sévèrement nous-mêmes, dompter toute faiblesse et tout mesquin intérêt, pratiquer le respect et l'obéissance à l'égard de tout commandement régulier. Mais ce que je viens de dire, c'est l'esprit même de la philosophie, et l'histoire de la philosophie n'est autre chose que celle des efforts que les sages etlesjustes ont faits en tout temps pour établir dans le monde le règne de la vérité et du devoir *.
Septembre 1871.
1. Je n'ai absolument rien ebangé, en les publiant aojuurd'bui, aux. pages qui suivent.