CHAPITRE III
riNDAUE ET LA TRAGEDIE.
Il y a une grande force chrétienne, la prédication, qui semble d'abord manquer au paganisme. La prédication est néanmoins chose toute grecque ; mais ce n'est pas précisément la religion des Grecs qui l'a faite; elle a été l'œuvre des penseurs qui enseignaient la sagesse. Cependant, même avant le temps des penseurs, la religion ne manquait pas à ce qui est un de ses premiers devoirs, celui d'enseigner et d'exhorter. Elle le faisait, comme on l'a vu, d'une manière plus particulière dans les Mystères; mais la foule même qui restait en dehors du bercail d'Eleusis avait aussi ses docteurs, qui n'étaient autres que les poètes. J'ai déjà parlé de ces chanteurs que l'Odyssée nous représente comme revêtus d'un ministère religieux et moral. Les homérides ou rhapsodes, qui récitaient les vieux poèmes ou qui en composaient de nouveaux en l'honneur des dieux et des héros, et surtout les auteurs de ces poèmes orphiques, qui se produisaient sous le nom de chantres des âges primitifs, avaient hérité de c* ministère. Il en était de
même de ceux qui, comme Tyrtée et Selon, haranguaient la foule dans leurs clegia, comme les appelaient les Grecs, d'un nom qui n'emportait pas avec lui le sens que nous attachons au nom d'élégie. Mais c'est surtout la poésie chorique qui devint, au vie siècle avant l'ère chrétienne, une vraie prédication populaire. Son nom lui vient des chœurs qui figuraient dans les fêtes et qui y chantaient les légendes sacrées. Ces chœurs, exécutant des danses et revêtus de costumes, donnaient un spectacle d'où sortirent ceux du théâtre. La poésie chorique, d'origine dorienne, dont le plus illustre représentant avant Pindare fut Stésichore, s'inspira de la science religieuse d'alors, dorienne elle-même, comme ie théâtre d'Athènes devait s'inspirer de la scit d'Athènes.
Ce ministère sacré d'interprète des dieux et d instituteur des hommes, que la tradition prête à Orphée, ' était encoie, à l'ouverture du ve siècle, celui de Pindare. « C'est la Muse, dit-il lui-même, qui apporte dans les esprits la sagesse et la paix. » Et au début d'un de ses chants, il salue la poésie avec un enthousiasme qui témoigne que la poésie est alors tout autre chose qu'un simple talent ou un luxe de civilisation élégante. Cette lyre aux cordes frémissantes, il nous la montre qui éteint la foudre de Jupiter et endort son aigle; elle charme le cœur d'Ares, le dieu des armes, et lui fait tomber l'êpée des mains. « Seuls, dit-il, les ennemis des dieux ont horreur d'entendre la voix des Muses. » Et il nomme Typhon, l'affreux géant aux cent têtes. J'imagine qu'au