‹ Le Christianisme et ses origines (volume 3)Chapitre 13 sur 107 · A la géhenne · texte numérisé non relu

A la géhenne

4. Matthieu dit seulement qu'ils demandent à Pilatus de mettre une garde au tombeau.

même un passage dansZî^c (îiii, 31) où les pharisiens semblent s'intéresser à Jésus et s'employer à le sauver. Mais c'est surtout le livre des Actes qui nous donne de grandes raisons de douter que les pharisiens aient été les ennemis de Jésus. Dans ce livre, en effet, c'est un pharisien, Gamaliel, le plus éminent de tous, qui, dès les premiers jours qui suivent la mort de Jésus, prend la défense de Pierre et des apôtres devant le sanhédrin et empêche qu'on ne les tue (x,33). Ailleurs, il est dit qu'il y avait des pharisiens parmi les croyants (xv). Ailleurs enfin, Paul lui-même se recommande aux Juifs de Jérusalem comme disciple de Gamaliel (xxn, 3, et XXVI, 5); et il va une fois jusqu'à soutenir devant le sanhédrin qu'on ne lui en veut que parce qu'il est pharisien et fils de pharisien, et que comme tel il croit à la résurrection des morts; et il obtient ainsi, enetfet, la protection des pharisiens contre le grand-prêtre, qui était sadducéen (xxiii, 0)'. 11 est difficile de conciUer de tels rapports entre les pharisiens et les chrétiens avec ceux que les Évangiles supposent entre les pharisiens et Jésus.

Le témoignage de Josèphe vient d'ailleurs confirmer celui des Actes. Quand le grand-prêtre Hanan fait condamner et lapider, comme transgresseurs de la Loi, quelques représentants de la communauté nouvelle, Josèphe nous dit que « les plushonnêtes gens de la ville et les plus exacts dans V observation de la Loi « blà-

1. Les sadducéens, ou disciples de Saddoc, étaient des politiques qui dédaignaient et redou'ai"nt tout ;i la fois l'exaltation reli^'ieuse des pliarisieiis.

nièrent cette exécution. » On voit aisément que ce sont les pharisiens dont il parle, qui font opposition à un grand-prêtre sadducéen i. Il est difficile de croire que, trente ans environ après la mort de Jésus, les pharisiens se fussent montrés si indulgents pour ses disciples, si Jésus avait fait aux pharisiens de son temps la guerre acharnée qui enflamme l'évangile de Matthieu. Il est plus probable ({wq Matthieu et même Mai'c expriment un tout autre état des esprits dans un temps tout autre, celui où le judaïsme agonisant et exaspéré par l'agonie rendait insupportables aux Juifs zélés, parmi lesquels les pharisiens étaient les plus chauds, ces chrétiens qui n'étaient plus même des Juifs, et où chrétiens et pharisiens se mirent à se détester à l'envi les uns les autres.

Yoilà donc, dans l'histoire de Jésus, trois points, tous trois considérables, au sujet desquels on reconnaît que la tradition des Évangiles doit être écartée, très probablement comme contraire à la vérité, ou tout au moins comme très douteuse. Et ce ne sont pas les seuls. L'appel des Douze, institués par Jésus pour annoncer sa parole comme ses envoyés ^, est vraisemblablement apocryphe, puisqu'on ne voit pas qu'une seule fois dans les Evangiles un seul des Douze se détache de Jésus et s'en aille prêcher quelque part, mais

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