Vdii' mon toaie III, p. 'i'.l
la croyance générale à la résurrection des morts, qui était répandue alors chez les Juifs ^
On crut donc à la fois, et que Jésus était le Christ, et qu'il était ressuscité, et ces deux idées ne se séparèrent pas l'une de l'autre.
La résurrection d'un personnage divin n'était pas d'ailleurs en elle-même une idée faite pour élonuer le monde antique ; il y était, au contraire, tout préparé. Une foule de religions célébraient, sous les noms divers d'Osiris, de Thamous ou Adonis, d'Attys, etc., probablement aussi de Mithra, une résurrection qui à l'origine représentait simplement celle du soleil, reprenant possession du ciel après l'hiver 2.
Ce qu'il y eut cette fois de nouveau et d'inouï, ce fut de croire à la résurrection, non plus d'un dieu ou d'un demi-dieu, mais d'un homme, qu'on avait vu mourir hier. On a peine à comprendre une telle illusion , même au milieu des espérances fiévreuses qu'entretenaient dans les âmes le fanatisme juif d'une part et l'initiation mithriaque de l'autre. 11 ne faut pas oublier combien ces temps sont mal éclairés pour nous, et que nous n'entrevoyons ce qui s'y passait que de la manière la plus vague.
Jésus était le Christ; Jésus est ressuscité. Ces deux dires se sont-ils répandus en même temps ? Nous ne savons ; à la distance où nous sommes, ils su
1. Voir tome III, p. 346 el suivantes. :i. Macrobe, Sutwnaiia, I, 21, etc.
confondent absolument en un seul. Pourtant le premier mot a dû être : « Jésus est le Christ». Mais alors tout n'est pas fini ; s'il est le Christ, il doit reparaître ; il va venir comme vient le Christ, « sur les nuées du ciel » ; il va détruire ce monde mauvais; il va restaurer Israël! Tandis que les esprits en sont là, et rêvent là-dessus tout éveillés, un compagnon de Jésus, ou peut-être une femme qui l'avait suivi, le revoit une nuit ou un matin dans un songe. Elle a peine alors, en s'interrogeant elle-même, à distinguer le songe d'une réalité : en le racontant, elle ne distingue plus, et encore moins ceux qui le répètent d'après elle. On a vu Jésus ! Je dis, on a vu, car, en pareille matière, ce qui a d'abord été vu d'un seul l'est bientôt d'un autre, puis de plusieurs. Dès lors, il n'y a plus à attendre ; il ne faut pas dire : « Il viendra», il ressuscitera; il est ressuscité, c'est chose faite ; les croyants maintenant peuvent dormir tranquilles ; ils ont bien plus qu'une promesse; l'œuvre de l'étabUssement du royaume de Dieu est commencée par la résurrection même de Jésus, et elle va s'achever tout à l'heure.
Les prétendues apparitions de Jésus à ses disciples, témoignages de sa résurrection, sont mentionnées d'une part dans les Évangiles, de l'autre dans une Lettre authentique de Paul, la Première à ceux de Corinthe (xv, 5). Mais il y a une grande différence entre la manière dont parle Paul et celle dont s'expriment les Évangiles. Paul ne donne absolument aucun détail : Jésus « a été vu » ((ôçOrJ, c'est tout ce qu'il
trouve à dire. Il a apparu à Céphas, puis aux Douze, puis à plus de cinq cents « frères » à la fois, puis à Jacques, puis à tous les Envoyés et « en dernier lieu à moi aussi ». Pas un mot de plus. Mais comment a-t-il apparu? où? quand? sous quelle forme? avec quelles circonstances? on n'en sait rien. Paul ne s'explique ni sur ce que les autres ont vu, ni sur ce qu'il a vu lui-même, et la chose pourtant en valait la peine. Le vague de cet énoncé nous autorise à réduire le miracle au minimum^ c'est-à-dire à une aperception aussi fugitive et aussi peu distincte qu'on voudra l'imaginer. A-t-il vu? ou a-t-il rêvé?
C'est tout autre chose dans les Évangiles. Le plus ancien s'arrête, il est vrai, avant d'arriver aux apparitions de Jésus. Mais il contient l'histoire des trois femmes qui vont au sépulcre le matin, au lever du soleil, et trouvent écartée la pierre qui en défendait l'entrée. Le sépulcre est vide, mais elles y voient un jeune homme (un ange, dit Matthieu), qui leur montre que Jésus n'est plus là, et leur dit qu'il est ressuscité et que ses disciples le retrouveront en Galilée : elles ne voient pas Jésus lui-même. Dans Matthieu, elles le voient au moment où elles sortaient du sépulcre. Cette apparition (aussi secrète que possihle) est la seule que Matthieu suppose qui ait lieu à Jérusalem. C'est sur une montagne de la Galilée que Jésus a donné rendez-vous à ses disciples. Ils l'y trouvent, eu effet, et ils se prosternent devant lui : « Cependant quelques-uns doutaient, mais Jésus s'approche d'eux et il leur parle, » et l'évangéliste rr.p-
porte ses paroles mêmes. Dans Luc ', on arrive, pour parler le même langage que tout à l'heure, au maximum du miracle. Tout se passe à Jérusalem môme, et il n'est plus question de la Galilée. Après l'apparition aux femmes, Jésus se manifeste une première fois à deux seulement des siens, qu'il aborde sur le chemin d'Emmaiis ; c'est comme un prologue très dramatique, qui prépare une plus grande scène. Puis le soir, comme tous sont réunis dans Jérusalem, « le voilà tout à coup au milieu d'eux, et il leur dit : « Paix à vous » . Frappés d'effroi, ils croyaient voir un esprit, mais il leur dit : . . . « Voyez mes mains et » mes pieds ; c'est bien moi ; touchez et voyez ; un » esprit n'a pas de chair ni d'os... » Et il leur fit voir ses mains et ses pieds. Et, comme dans leur joie ils restaient encore incrédules et étonnés, il leur dit: « Avezvous ici quelque chose à manger ? » Et ils lui apportèrent un peu de poisson cuit et du miel. Et il prit ce qu'ils apportaient, et devant eux il le mangea, etc. » Cela était probant ; on sait bien qu'un esprit ne mange pas -.
Enfin le quatrième évangile raconte à la fois une upparilion à Jérusalem et une autre eu Galilée. Dans celle-ci, Jésus prend part à la pèche avec ses disci-