‹ Le Christianisme et ses origines (volume 3)Chapitre 24 sur 107 · Lp. ttxif> autlifiniiqup. dp Marc finit an verset \Ki · texte numérisé non relu

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2 Une singularité du récit de Luc est ce qui regarde Simon ou Pierre. Au verset 12, il est dit que, sur le rapport des femmes, il a couru au tombeau, et, se baissant pour regarder, il vit les linceuls par terre et sortit, s'étonnant en lui-même de ce qui était arrivé. Puis, au verset 34, on lit que, le jour même les deux voyageurs d'Emmaiis, en rentrant à Jérusalem, trouvent les disciples qui leur disent que le Seigneur R«t vraiment ressuscité et que Simon Ta vu (/.a:'

pies. Dans la première se place l'épisode de l'incrcklulilé de Thomas, qui demande à mettre le doigt dans le trou des clous et la main dans la plaie du liane.

J'ai poursuivi cette comparaison parce qu'elle est très instructive, et fait bien voir la loi suivant laquelle se produit le merveilleux. Paul est un témoin : il l'est déjà pour le compte des Douze, puisqu'il les connaît personnellement ; il l'est encore bien mieux pour son propre compte. C'est donc lui qui devrait donner des détails précis sur les apparitions de Jésus, el, au contraire, il n'en donne aucun ; on ne saurait même dire au juste ce qu'il entend par ce mot : « Il a été vu. » C'est l'expression vague d'une illusion très vague sans doute elle-même. Au contraire, dans les évangiles, nous n'entendons plus des témoins ; ce sont des récits écrits on ne sait par qui, à plus de quarante ans de la mort de Jésus, après la destruction de Jérusalem. Plus on s'éloigne, plus les détails abondent ; le narrateur sait tout et répond à tout ; il ne laisse pas place à une question ni à un doute ; tout est complet, parce que tout est inventé. Voilà ce que c'est que' le merveilleux de seconde et de troisième main.

Un détail très curieux est celui du lieu où les divers récits placent les apparitions de Jésus. Paul n'a pas un

ws6r, Kiiojvi). Cependant Simon n'avait vu qu'une chose, qui est que Jésus n'était plus dans le sépulcre. C'est employer bien légèrement l'expression W9O/1, et il semble par là que cette expression (la même dont se sert Paul) ne signifie pas grand'chose.

seul mot qui le détermine, et il nous laisse sur ce point dans la même obscurité que sur tout le reste. Mais le plus ancien évangile dit expressément que les Douze ne doivent retrouver Jésus qu'en Galilée, et Matthieu reste fidèle à cette tradition. D'après lui, c'est bien en Galilée que Jésus se montre une seule fois à ses disciples, pour remonter au ciel aussitôt après. C'est seulement dans Luc et Jemi qu'il y a des apparitions à Jérusalem. C'est en effet le propre d'une fable qui commence de ne pas trop s'éloigner d'abord de la réalité. Or, la réalité est, non pas sans doute que Jésus se montre plutôt en Galilée qu'à Jérusalem, mais qu'on le croie plutôt en Galilée qu'à Jérusalem, loin de l'endroit où il est mort, plutôt que là où tout le monde Ta vu sur sa croix ^

Mais la particularité la plus remarquable des récils sur les apparitions de Jésus, c'est qu'il n'est dit nulle part que Jésus ait apparu à sa mère. Si ce n'était le propre delà maladie de la foi de suspendre, pour ainsi dire, chez ceux qui en sont atteints, les fonctions de la pensée, combien les croyants devraient être étonnés quand ils lisent que Jésus ressuscité s'est montré à tant d'autres et non pas à sa mère ! Mais ils sont aveugles là-dessus comme sur l'absence de cette mère dans les récits de la Passion. La vérité est que le silence absolu des trois évangiles ôte toute valeur à ce qui est dit de

1. C'est à peu près la même idée qu'exprime le sarca-me de Voltaire :

Le nouveau dieu, pendu publiquenicuf, Ressuscita bienlôï secrètement.

lamère de Jésus dans Jean, xix, 2o, ou ûixnsAct., i, 14 C'était un besoin et une nécessité pour les Juifs d'appuyer sur la Bible toutes leurs croyances. On avait réussi à y trouver la' résurrection des morts ; il était bien autrement difficile d'y trouver la résurrection de Jésus. Cependant Paul n'hésite pas à dire que Jésus (( est ressuscité le troisième jour, suivant les Ecritures » (I, Cor., XX, 4). Or le seul endroit des Écritures auquel cela puisse se rapporter est ce passage à' Osée (vi, 1) : « Allons, retournons au Seigneur notre dieu ; c'est lui qui nous a emportés et il nous guérira ; il fera la plaie et il la pansera. Il nous rendra la santé en deuxjours ; le troisième jour, nous nous relèverons. » Je n'ai pas besoin d'expliquer des images si transparentes. Yoilà ce que Paul appelle un témoignage de la résurrection de Jésus ^ !

Mais ce passage à'Osée est précieux en cela même qu'il nous autorise à ne pas tenir comptG»dela tradition d'après laquelle on a parlé de Jésus ressuscité dès le surlendemain de sa mort (car c'est là ce que signifie le troisième jour dans la langue d'alors). Cela n'a été supposé que d'après ce verset, et il est beaucoup plus probable qu'à l'origine on a cru à la résurrection de Jésus sans dater d'aucune manière cette résurrection, et on y a cru d'abord, comme je Tai dit, en Galilée. Si les hommes d'alors, à propos de la résurrection de Jésus,, avaient eu l'idée d'une enquête, il aurait fallu la commencer par constater la disparition du

l.Un autre texte de l'Ecriture est allégué tout aussi mal à propos clans Ad. ii, 27.

corps de Jésus. Or Paul ne nous dit pas un mot làdessus, et il est bien à remarquer que, dans son énuméiation des apparitions, il passe absolument sous silence les trois saintes femmes, dont il ne semble pas avoir entendu parler. Il n'indique pas que personne soit allé au sépulcre et ait reconnu que Jésus n'y était plus. Quant aux évangiles, ils disent que le corps n'était plus dans le sépulcre ; mais comment le disentils ? Les deux premiers racontent seulement que les saintes femmes ont trouvé le sépulcre vide ; le troisième ne se contente pas des femmes et y ajoute Pierre ; le quatrième, Pierre et Jean. Il n"est pas dit qu'aucun autre disciple soit venu vérifier la chose, et, moins encore, que les gentils s'en soient mis en peine. L'évangile qui porte le nom de Matthieu est le seul où on lise que Jésus vivant ayant annoncé sa résurrection, les Romains mirent des gardes au sépulcre pour empêcher d'enlever le corps, et que le corps ayant disparu néanmoins, les grands prêtres payèrent les soldats pour leur faire dire qu'ils s'étaient endormis, et que le corps avait été enlevé pendant leur sommeil : un conte dune pauvre invention. La vérité est sans doute que personne n'a rien éclairci et n'a même pensé à le faire. C'est en Galilée d'abord, suivant toute apparence, et fort loin de son sépulcre, que s'est répandu le bruit de Jésus ressuscité. Les hommes qui croyaient l'avoir revu vivant se souciaient peu de son corps mo[ t, et on le leur aurait montré, qu'ils n'en auraient pas moins cru ce qu'ils croyaient ; mais personne ne songeait à les contredire. Ceux à qui on

LA RÉSURRECTION. — PAUL. Sii

venait parler de Jésus ressuscité, ou croyaient euxmêmes, ou haussaient les épaules, ou s'emportaient, mais sans que cela eût d'autres suites. Peut-être, si on eijt entendu dire que Jésus ressuscité avait recommencé sa première vie, qu'il s^était montré à la foule, qu'il avait prêché, ameuté les peuples ; alors les polices se seraient émues, et elles auraient pu rechercher si le corps de Jésus avait disparu et comment il avait pu disparaître. Mais cette seconde vie, qui ne se manifestait que par quelques visions mystérieuses, leur importait peu. Ce n'est qu'à une très grande distance des événements, quand le christianisme fut une doctrine constituée, que des raisgnneurs, prohahlement des Grecs, se mirent à faire des objections. Ils dirent : « Si Jésus était ressuscité, son corps n'était donc plus dans le sépulcre? » On répondit : « En effei, il n'y était plus ; les saintes femmes ne l'y ont plus trouvé. » Les raisonneurs allaient plus loin : « S'il n'y était plus, c'est que vous l'aviez enlevé. » Alors on inventa l'histoire des gardes. Yoilà comment les légendes s'achèvent peu à peu.

Quand Jésus fut reconnu pour le Christ, on l'appela le Christ plutôt que Jésus. On l'appela aussi d'un nom qui signifie proprement le maître, et qu'on a l'habitude de traduire par le Seigneur ^ Ce nom, les Juifs s'en servaient pour désigner leur dieu luimême, afin de ne pas prononcer son nom sacré,

1. 'G y.Cpto;, domiaiis, qui répondait à l'iiébreu Adon. C'est le maître Ji qui l'on obéit, dont on est l'esclave, non pas le maître qui enseigne {mayisler).

le nom qui s'écrivait, dans cette langue où il n'y a que des consonnes, par les quatre lettres : 1 , II , Y, Il ' . Chaque fois que ces quatre lettres se présentaient dans un texte, ils lisaient Aclona'i, mon Seigneur, et de là il est arrivé que, dans la traduction grecque, on ne lit jamais le nom exprimé par les quatre lettres, mais seulement le Seigneur. Voici maintenant ce qui s'est produit :

Le psaume ex commence en hébreu par ces mots : « lehova a dit à mon Seigneur : « Sieds à ma droite », etc. Dans la pensée de l'auteur du psaume, celui qu'il appelle son Seigneur est son roi ; mais, dans la suite, le psaume tout entier a été appliqué au Christ. Maintenant, d'après ce qui vient d'être dit, ce verset, dans les traductions, a pris cette forme : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur », etc. Il est résulté de là deux choses : premièrement que le Christ a été appelé Seigneur, ensuite que le même nom s'est trouvé appliqué à Dieu et au Christ. Cela n'a pas peu contribué, sans doute, à rapprocher le Christ de Dieu, jusqu'au jour où il est enfin devenu dieu, longtemps après l'époque où nous sommes.

On disait aussi : «Notre Seigneur. » La formule il/ffrû;natha[\o\v I, Cor., xvi, 24) est formée de deux termes chaldaïques (la langue des Juifs d'alors) qui signifient : « Notre Seigneur est venu». C'était une espèce de mot de passe que les chrétiens échangeaient entre eux.

Jésus est l'Oint ou le Christ, Jésus est le Seigneur ; voilà le premier pas fait dans la marche qui a conduit

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