Comparer Prov., xix, 17, et Sirach, xii, i
iSi LE CHRISTIANISME ET SES ORIGINES.
qu'avait été prêchée la bonne nouvelle et qu'elle s'était établie ; et, quand Paul avait voulu rallier au nom de Jésus le monde des incirconcis, il avait fallu d'abord qu'il fît accepter à Jérusalem cette grande émancipation. On a vu comment Jérusalem céda, mais à condition qu'elle resterait la tête des églises, et que sa suprématie serait reconnue par le plus incontestable de tous les signes, l'argent des Grecs, qu'on lui apporterait pour nourrir ses pauvres [GaL, ii, 10). On voit, dans les Épîtres à ceux de Corinthe, avec quel scrupule Paul remplissait ses engagements. Il ordonnait par lettres des collectes dans les diverses églises ; il venait ensuite ramasser l'argent ; il le faisait porter à Jérusalem par des commissaires, car il ne voulait pas avoir à répondre de ces fonds; il s'y rendait pourtant en personne avec eux, « si c'était la peine » (I Cor., XVI, 4), c'esl-à-dire sans doute si la somme était considérable, et c'est ce qui arriva K
Il multipliait les exhortations, pressant les uns et les autres par des motifs de tout genre. Tantôt il rappelle le bienfait du Christ, « qui, pour nous, a été pauvre, étant si riche - » . Tantôt il représente que chacun aura
l.Rom., XV, 25. C'est là qu'il dit en'parlant des hommes de Jéru salem : « Si les gentils ont eu part à leurs richesses spirituelles, ils doivent à leur tour contribuer pour leur procurer les biens charnels. » {[bid. 2G.)
2. Il veut dire, je pense, que le Christ, riche en tant que Christ, puisqu'il est, comme tel, le roi du monde, a vécu homme misérable, pour nous procurer une éternité heureuse : et il en conclut que ceux qu'il sollicite peuvent bien aussi s'appauvrir (en supposant que leurs dons les appauvrissent), pour secourir de plus malheureux. II. Cor., VIII, 9.)
son tour, et que ceux qui donnent aujourd'hui recevront eux-mêmes, le jour où ils auront besoin d'être aidés. Tantôt c'est Dieu même qu'il appelle en garantie : Dieu aime celui qui donne de bon cœur; les ressources ne lui manquent pas pour récompenser et pour combler ceux qui font du bien et les mettre à môme de faire encore davantage ; mais qui sème chichement moissonnera chichement. Enfin il établit entre les diverses églises un concours et comme une joute de libéralités. «Ceux de la Macédoine ont fait beaucoup, tout ce qu'ils pouvaient et même plus qu'ils ne pouvaient ; mais, vous (ceux de Corinthe) qui êtes supérieurs en tout, en foi, en raisonnement, en intelligence, il faut que vous soyez supérieurs aussi dans le bienfait. Ce n'est pas un ordre que je vous donne, mais une épreuve que je fais de vous. Vous n'avez pas été seulement les premiers à faire quelque chose, mais aussi les premiers à y penser : achevez donc votre ouvrage. Enfin, non seulement cette aumône subviendra aux besoins des Saints, mais il en rejaillira encore une abondance d'actions de grâce adressées à Dieu. Car ils glorifieront Dieu de cet hommage par lequel vous confesserez avec eux la bonne nouvelle du Christ. Et ils prieront pour vous, pleins d'affection à votre égard, à cause de la grâce extraordinaire de Dieu qui est sur vous. Grâce soit à Dieu par sa largesse inénarrable ! » — On n'imagine rien de plus entraînant; ici encore on se noie dans l'ivresse de l'amour. [Cor., vin et IX.)
Il recommande que chacun de ceux qui se chargent
(le la collecte dépose chez lui, « au premier jour de la semaine », ce qu'il aura ramassé (1 Cor., xvi, 2). On comprend que, chez ces chrétiens, encore Juifs plus d'à moitié, on ne fit rien le jour du sabhat. 11 était alors assez naturel de choisir, pour ce qu'on avait à faire, le lendemain de ce jour. Et c'est ainsi qu'on peut concevoir que ce lendemain (notre dimanciie) se soit trouvé réservé pour le service des églises (voir Act., XX, 7).
Paul parait enfin très préoccupé, dans le gouvernement de ses églises, d'une question particulière, née des restes de judaïsme qui subsistaient encore parmi les hommes du Christ ; je parle de certaines abstinences. Il y avait d'abord l'abstinence générale du vin et de la viande {Rom., xiv, 2 et 21) ; celle-là ne pouvait évidemment être universelle ; on peut voir dans les Nombres (vi, 2, elc), ce qui regarde le nadir, qui faisait vœu de ne pas boire de vin pendant un certain temps. 11 semble qu'à la privation du vin d'autres avaient ajouté celle de la viande, et peut-être y avait-il des zélés qui se condamnaient à ces privations pour toute leur vie i.
Ce judaïsme raffiné ne devait pas être très contagieux; on voit cependant qu'il ne plaît pas à Paul, parce que c'est un judaïsme. Mais ce qui était vraiment universel chez les Juifs, c'est le refus de manger les mêmes viandes que les gentils, parce que celles-ci étaient bien souvent des victimes sacrifiées aux dieux,
1. Ainsi ces prêtres dont parle Joseph dans sa Vie (n° 31), qui ne mangeaient, à ce qu'il dit, que des figues et des noix.
LA RÉSURRECTION. — PAUL. i87
OU, comme disaient les Juifs, aux idoles. Ei, comme ce que les judaïsants embrassaient et retenaient avec le plus de passion était la haine des idoles, la plupart des nouveaux « croyants » ne pouvaient voir ces viandes sans horreur. Cependant ce refus de manger avec eux était ce qui indisposait le plus les gentils (Tacite, Hist. V, 5); rien n'était donc plus contraire qu'une telle obstination aux intérêts de la propagande chrétienne. Aussi n'est-il pas douteux que Paul, abandonné à son propre esprit, n'eût condamné ces scrupules qui se tournaient en obstacles. On a vu déjà comment il avait forcé, à Antioche, Céphas ou Pierre à manger avec les gentils {Gai., n, H), sans qu'il soit question pourtant, en cette occasion, de manger les viandes des sacrilices. Mais cela même n'était pas fait pour l'arrêter. Il professe que rien n'est impur en soi, et que le royaume de Dieu ne consiste pas dans le boire et le manger, mais dans la justice (i?om., xiv, 14, 17). Il sait d'ailleurs, et il enseigne, que les dieux ne sont rien, ni les idoles, car il n'y a qu'un seul Dieu ; et qu'ainsi dire d'une chair qu'elle a été sacrifiée aux idoles, c'est ne dire rien, et par conséquent rien ne devrait empêcher de manger de cette chair (I Co}\, vin, 4). Mais quoi 1 cela inquiète une foule de consciences effarouchées ; cela est pour plusieurs une occasion d'achoppement et de chute; c'est assez pour qu'on doive s'en abstenir, car il ne faut pas troubler les églises de Dieu {Ibid., x, 52). Et il se retourne alors contre les viandes des sacrifices avec tant de force, qu'il tombe, sans vouloir l'avouer, en contradiction avec
lui-même. L'idole n'est rien, cela est vrai, ni les sacrifices faits à l'idole; et néanmoins ces sacrifices, les gentils les font aux démons, et non pas à Dieu [Ibid.. 20). Il veut dire, sans doute, que ce sont les démons qui les entraînent à croire aux dieux et aux idoles, et il ne veut dire rien de plus ; mais, de là, il n'y a pas loin à croire que les dieux sont quelque chose et qu'ils sont précisément les démons, et c'est, en effet, à quoi les clirétiens sont arrivés, de sorte que le polythéisme, en apparence chassé du monde sous la double influence de la philosophie hellénique et du Dieu jaloux des Juifs, est demeuré définitivement consacré dans le monde chrétien, qui a perpétué, sous le nom injurieux de démons, ces mêmes dieux qu'il avait semblé proscrire •.
Paul conclut donc que, si un fidèle n'a affaire qu'à lui-même, il mangera sans difficulté la viande achetée au marché, ou celle qu'uu gentil lui aura servie sur la table, sans s'enquérir de sa provenance; car l'esprit du fidèle est un esprit de liberté [Ibid. , x, 25-27) ; mais, s'il voit à côté de lui une conscience délicate qui condamne cette liberté, il s'en abstiendra par respect pour son Frère [Ibid., 28-33). Il agira comme agissait Paul lui-même, quand il se faisait « Juif avec les Juifs [Ibid., IX, 20). »
J'ai étudié successivement dans saint Paid sa christologie, sa lutte contre le judaïsme, sa pratique — si on peut parler ainsi — du surnaturel, sa morale et sa
1. Tertillien enseigne d'une manière formelle que les dieux sont les mêmes que les démons (Apolog., 23).
discipline, distribuant mon étude sous certains chefs déterminés. Cela est commode, etpeut-ôlre nécessaire, pourvu qu'on ne soit pas dupe de ces classifications. Dans une grande œuvre^ et une œuvre aussi pleine de vie, où l'homme est engagé tout entier, tout se tient, toutes choses se rattachent les unes aux autres, et aucune ne peut rester enfermée dans un compartiment distinct. Par exemple, ce qui est dit des glosses appartient-il à l'étude du surnaturel dans Paul, ou à celle de la discipline des églises? Ses doctrines sur la grâce doivent-elles se rattacher à sa christologie ou à sa lutte contre les Juifs? Et l'une de ces choses n'cst-elle pas réellement inséparable de l'autre? C'est au lecteur de relier, au fond de sa pensée^ ce que je n'ai pu lui présenter que dispersé.
Parmi ces objets d'étude, celui qui s'isole le moins aisément est sans contredit la personne de Paul. La personne de Paul est présente dans tous ses discours; elle en fait l'originalité puissante. Cependant il faut bien que je rassemble encore à part sous ce titre un certain nombre de textes et d'observations.
Il n'y a guère eu, dans l'histoire, de personnalité plus énergique que celle de Paul ; mais les actes où s'est le plus accusée cette énergie ne sont pas ceux qui nous la rendent aujourd'hui la plus présente. Ces courses lointaines et incessantes, ces églises qu'il sème sur ses pas, les persécutions des Juifs, les sévices de la police romaine, et pour résultat, le nom du Christ répandu dans tout ce monde hellénique auquel celui qu'on appelle le Christ n'avait pas seulement pensé ;
tout cela a été long et pénible à faire, mais tout cela est bientôt dit, et ne tient pas une grande place dans les Épîtres. Ce qui les remplit, c'est une autre sorte de luttes, celles qu'il a eu à soutenir contre les siens mômes, qui ont été de tontes les heures, et pour lesquelles il lui a fallu recourir à toutes les ressources de l'esprit et du caractère. Pour aller et venir, pour peiner, pour supporter la prison et les verges, il ne fallait que vouloir : c'est à tenir tête aux chefs de l'église de Jérusalem, à des rivaux, à des mécontents, qu'il a surtout exercé et déployé son génie.
Il avait débuté, comme il arrive souvent, par le succès, que la surprise même rendait plus facile. Quand il arriva à Jérusalem avec Barnabe, après sa première mission en pays grec, apportant aux compagnons juifs de Jésus tant de recrues inespérées, et les mettant au défi de les repousser, tout le monde sentit sa force et tout le monde se tut ; mais , après ce premier éclat, le moment vint où les mécontents reprirent courage et murmurèrent, et où on lui reprocha l'importance même qu'il avait prise. On exigeait qu'il se souvînt de ses commencements, qu'il se subordonnât aux Envoyés ou x\.pôlres, et qu'il se tînt au second plan ; il n'était, après tout, qu'un disciple. Mais c'est précisément ce qu'il ne peut accepter, et il répond bien haut qu'il n'est le disciple de personne. S'il ne s'agit que de s'humilier devant Dieu, il est tout prêt; il dira de lui qu'il n'est qu'un avorton d'apôtre (I Co?'., xv, 8), le moindre de tous, indigne même de ce nom, « parce qu'il a persécuté (en Judée) l'église de Dieu ». Mais
c'est là une affaire entre Dieu et lui, qui ne donne aucun droit sur lui à qui que ce soit. Plus il a été loin de Dieu, plus il est vrai que c'est Dieu seul qui l'a appelé à lui et qui l'a fuit ce qu'il est. Sa première Lettre à ceux de Galatie, commence par ces mots : « Paul, apôtre, non du fait des hommes, ni par un homme, mais par le ChristJésus. » Et plus loin : « La bonne nouvelle, telle que je l'ai annoncée, n'est pas selon l'homme ; car ce n'est pas un homme (jui me l'a transmise ni enseignée, mais le Christ Jésus. » Aussi, quand le Christ s'est révélé à lui, il n'est pas remonté à Jérusalem, « auprès des apôtres d'avant lui » ; il est allé prêcher de lui-même en Arabie, puis à Damas; c'est trois ans après seulement qu'il retourne à Jérusalem ; il y confère quinze jours avec Pierre, et encore cette fois, excepté lui et Jacques, «il ne voit aucun des apôtres », Quatorze ans plus tard, dans une conférence fameuse, il traite avec Jacques, Géphas et Jean, d'égal à égal, ce ceux qui passaient pour les piliers » (u, 9), et partage avec eux les Fidèles : à eux les circoncis, à lui les incirconcis. Enfin, à x\.nlioche, il s'élève hardiment contre Céphas «. et le tient pour condamné » ( Ilncl.y H). Il y a bien loin de là au concile du Vatican *.
1. On n'a trouvé d'autre ressource, pourôter le scandale de ces passages, que d'imaginer (contrairement au texte de l'Évangile) que Céphas n'était pas le même que Pierre. (L'abbé James : Dissertation où il est prouvé que saint Pierre seul décida la qicestion de foi soumise au concile de .lérusalem, et que Céphas n'est pas le même que le prince des apôtres, 1837.) —J'avais cru cette imagina tion nouvelle, mais M. Aug. Sabatier m'a justement averti qu'elle remontait à l'antiquité. Voir Eusèbe, Hist. ecclés., I, 12, d'après un ouvrage perdu de Clément d'Alexandrie.
Il dit encore : « Quant à moi, je compte pour fort peu d'être jugé par vous ou par une juridiction humaine.... ; celui qui me juge, c'eslle Seigneur (I Cor.,
V, 3). » C'est au nom du Seigneur qu'il parle, et ses préceptes sont les commandements du Seigneur {IbicL, XIV, 37). — u Qu'on me laisse tranquille, je porte sur ma personne les marques du Seigneur {Gai.,
VI, 17), » comme l'esclave qui portait imprimée sur sa peau la marque du maître (voir Pétrone, 103). Si on l'insulte, c'est le Christ qu'on insulte en lui.
Cela le met bien à l'aise avec les autorités, avec les illustrations rivales : « Chacun de nous dit : Moi, je suis de ceux de Paul, et moi d'ApoUos, et moi de Céphas. — Et moi du Christ! (I Cor., i, 12) «. » — « Quand vous parlez ainsi, vous êtes des hommes de la chair (et non de l'esprit). Qu'est-ce que Paul et. qu'est-ce qu'Apollos, sinon des minisires, par l'entremise de qui vous avez cru, suivant que le Seigneur a donné à chacun ? C'est moi qui ai planté ; c'est Apollos qui a arrosé ; mais c'est Dieu qui a fait pousser. De sorte que celui qui plante n'est rien, ni celui qui arrose," mais Dieu qui fait pousser (ni, 4-7.)» — « Que personne donc ne mette son orgueil dans les hommes ; tout est pour vous [Jbid.., 21) ; » c'est-à-dire que c'est pour vous, pour votre salut, que ces hommes travaillent. « Et
1. Apollos (abrégé d'Apollonios) était un Juif d'Alexandrie, qui prêchait d'abord le Christ sans connaître Jésus, en vertu de la prédication de Jean le Baptistès et de son baptême. C'étaient des disciples de Paul qui lui avaient appris Jésus. [Act. xviii, 24.) Il demeura en bons termes avec Paul, d'après I Cor., ivi, 12.
Paul, et Apollos, et Céphas, et le montie, et la vie, et la mort, et le présent, et le passé, tout est pour vous et vous pour Christ et Clirist pour Dieu. » Paul noie ainsi ses concurrents dans son idéal, en alFectant de s'y noyer lui-même. Que restait-il d'eux après cela?
Mais, eu même temps qu'il se confond avec eux, comme il sait bien se faire sa place à part ! C'est lui qui a planté, c'est-à-dire qui a commencé l'œuvre, dans le monde hellénique, bien entendu ; là, personne n'est venu qu'à sa suite. Quand vous auriez dix mille pédagogues en Christ, vous n^avez qu'un père, et c'est moi ^ — « Que pour d'autres je ne sois pas un apôtre, au moins je le suis pour vous ; car c'est vous qui êtes le sceau de mon apostolat dans le Seigneur (1 Cor., IX, 2). » — ({ Je suis le premier qui soit allé jusqu'à vous... et j'irai encore au delà de vous (II Cor.^ x, 14 et 16). » Il se vante de n'avoir évangélisé nulle part où Christ ait déjà été nommé; car il n'a pas voulu bâtir sur les fondements d'autrui [Rom., xv, 20).
Paul avait ses côtés faibles ; ses adversaires les relevaient, et il prend le sage parti de les confesser. D'abord, il ne payait pas de mine; il se sentait fort de loin; mais en face il manquait de prestige (II Cor.., x, 1). Et uu peu plus loin: « Ses lettres, disent-ils, ont du poids et de la force; mais, quand il est là, sa personne est cbétive et sa parole méprisable. » II n'était donc pas un orateur, du moins pour des anciens et pour des Grecs. Il n'était pas non plus un lettré,
1. Cor. I, IV, 15; TraioaywYÔ?, esclave chargé de la surveillance et de l'éducation de l'enfant.
idi LE CHRISTIANISME ET SES ORIGINES,
iiii pliilosoplie (I Cor, ii, 1). En parlant ainsi, il est probal)le qu'il se compare à ses rivaux. L'Alexandrin Apollos (levait rassembler à Pliilon; Pierre ou Céphas, que nous connaissons si peu, ou plutôt que nous ne connaissons pas du tout, avait probablement une belle prestance, une voix puissante, et le don d'enlever la foule ; songeons que c'est lui qui a tout fait dans le premier âge de la foi nouvelle'. Cela me paraît résulter d'ailleurs de ce passage : « Je compte que je ne suis resté en rien au-dessous des archiapôtres2. Si je suis un homme ordinaire poiu' la parole, je ne le suis pas pour la science (Il Cur., ix, 5). » Pierre, l'archi-apôlre par excellence, était donc un orateur, mais fort inférieur à Paul en théologie.
Paul d'ailleurs est un malade. Il écrit à ceux de Galatie (iv, 13) : « Yous savez que, lorsque j'aiévangélisé chez vous pour la première fois, c'était à l'occasion d une faiblesse de la chair 3. Et vous ne m'avez pas méprisé, vous ne m'avez pas reje'té (mot à mot : craché), pour cette épreuve de ma clrair. » Et il dit plus tard à ceux de Corinthe (II, xii, 7) : « Il m'a été donné une épine dans ma chair, un ange ou messager de Satanas, pour me battre et m'humilier. » Qu'étaitce que cette infirmité? Peut-être l'épilepsie.
\. Pierre parlait-il le grec, ou ceux qui se rattachaient à lui à Corintlie étaient-ils des hommes qui savaient la langue syriaque, et qu'il ttvait convertis en Judée et à Antioche ?
2, J'emprunte ù M. Renan cette heureuse traduction de l'expression grecque.
3. Cela semble dire qu'il voyageait en Galatie pour sa sanlé. D'autres entendent simplement qu'il y est venu en état de faiblesse, étant malade.
Un livre apocryphe, les Actes de Paul et de Thècle. donne le portrait suivant de l'apôtre des gentils : « Un homme petit de taille, la tête chauve, les jambes cagneuses, de l'embonpoint, les sourcils rejoints, le nez légèrement aquilin, plein de la grâce, car tantôt il faisait l'effet d'un homme, tantôt son aspect était celui d'un ange ^. » Le Philopatris, livre anonyme placé parmi les œuvres de Lucien, mais très postérieur à cette époque, parle aussi du Galiléen « au front chauve, an nez aquilin, qui est monté par les airs au troisième ciel » [Philop., 12). Le livre des Actes nous donne de Paul une tout autre impression, quand il nous représente dans une ville d'Asie Barnabe et Paul pris pour des dieux descendus sur la terre : Barnabe est Zeus, Paul est Hermès, « parce que c'est lui qui a le premier rôle pour la parole »; un prêtre de Zeus vient avec la foule les recevoir à la porte de la ville et leur offrir des taureaux en sacrifice, et ils ont peine à conjurer cette idolâtrie. [Act., xiv, 10-13.) Ce conte charmant est trop évidemment un conte, et ni le Paul des Actes de Thècle ni celui des Épîtres authentiques ne ressemblent à l'Hermès de Praxitèle qu'on vient de retrouver à Olympie.
On lui reprochait surtout sa nouveauté : il n'a pas été le compagnon de Jésus, il ne l'a pas connu même. N'importe : il vaut bien les autres, « Ils sont Hébreux ? et moi aussi ; ils sont Israélites ? et moi aussi ; ils sont la semence d'Abraham ? et moi aussi ; ils sont