Acta Apostolorum apocrypha, éd. Tischendorf, 1851, p
ministres de Christ ? j'aurai la folie de dire : Et moi encore plus. » (II Cor., xi, 22.) — « Si quelqu'un se flatte qu'il est au Christ, qu'il se dise encore, en s'interrogeaiit lui-même, que comme il est au Christ, moi aussi je suis au Christ (x, 7). » Et ailleurs (I, ix, 1) : « Ne suis- je pas apôtre ? le Christ Jésus Notre-Seigneur, ne l'ai-je pas vu ? » C'était là en elîet la grande prérogative des Douze, et il tient à la partager avec eux. Il ne pouvait s'attribuer de l'avoir vu comme eux pendant sa vie; mais rien ne l'empêchait d'avoir eu comme unautre l'apparition de Jésus ressuscité (xv, 8).
Et puis, que lui importe après tout cette vie terrestre de Jésus, dont ils sont si fiers ? Sa mort et sa résurrection sont tout, ont tout etîacé : « Pour moi, dorénavant, je ne connais personne selon la chair, et, eussé-je connu Christ selon la chair, dorénavant je ne le connais plus. » (II, vi, 14.) On ne peut faire meilleur marché de tout ce qui bientôt va remplir les évangiles*.
Mais la meilleure, la plus éclatante des réponses de Paul à ses adversaires, c'est ce qu'il a fait, qui dépasse si fort ce qu'ont fait les autres, et qui lui a coûté des peines auxquelles ils n'ont rien à comparer. « L'œuvre
1. Cette tournure,?/ eussé-je connu... semble indiquer que Jésus n'a pas été absolument inconnu à Paul ; et en effet ils ont pu se trouver en môme temps dans Jérusalem. Elle n'est pas pourtant bien décisive, surtout parce qu'elle est rendue plus vague par l'emploi, familier en grec comme en latin, de nous à la place de^e .• Et eussions-nous connu, etc. Cet em[)loi de nous, où il n'est pas toujours facile de reconnaître s'il exprime le pluriel ou le singulier, est une des difficultés qu'on rencontre dans la lecture des Lettres de Paul.
(le la bonne nouvelle du Christ, il Ta menée à fin, il l'a accomplie pleine et entière dans un vaste tour, depuis Jérusalem jusqu'à l'ilbjrique^. » [Rom., xv, 19.) Et que n'a-t-il pas soulïerL pour cela? Quelquefois il s'exprime, sur ces souffrances de l'apostolat, en termes généraux et par cela même encore modestes : « Car il me semble que Dieu nous a mis, nous autres apôtres, au plus bas, nous exposant, comme des condamnés à mort, pour être un spectacle au monde, aux anges comme aux hommes... Jusqu'à l'heure qu'il est, nous ne faisons que souffrir la faim, la soif, le manque de vêtements, les coups; nous errons s;ins abri ; nous nous épuisons à travailler de nos mains ; on nous maudit, nous bénissons ; on nous tourmente, nous patientons ; on nous insulte, nous prions ; les ordures el les excréments du monde, voilà ce que nous sommes jusqu'à présent ' (I Cor., IV, 9). » Mais ailleurs c'est bien de lui seul qu'il parle, quoiqu'il conserve encore un pluriel de pure forme (II, VI, 4) : uNous nous recommandons partout comme ministres de Dieu, au milieu de toute espèce d'épreuves, des tribulations, des nécessités, des gênes,
1 . Voir la carte de ses missions, à la fia du Saint Paul de M. Renan.
2. C'est le seul endroit, dans les Épitres authentiques, où Paul parle de travail de ses mains, et il n'en parle pas comme d'une ressource à laquelle il recourt pour ne pas être à charge aux autres, mais comme d'une nécessité à laquelle il est réduit dans certains moments où toutes ressources lui manquent, nécessité pénible et sans doute humiliante, un homme comme lui n'éiant pas fait pour travailler ainsi. On l'a entendu autrement d'après Act., xviii, et Il Thessat., m, 8.
des coups, des priions, des émeutes, des fatigues, des insomnies, des jeûnes... ; traités de menteurs, mais véridiquos ; méconnus, el nous faisant reconnaître ; mouranls, nous voilà pleins de vie ; on nous frappe, et on ne nous tue pas ; on nous afflige, etnous sommes en joie ; pauvres, nous enrichissons les autres ; nous n'avons rien, et nous avons tout. » Je le demande à tous ceux qui me lisent : est-ce que le feu qui courait dans les veines de Paul ne circule pas encore dans ces paroles, à travers la langue morte ou la traduclion infidèle?
Mais voici un passage oii le je éclate franchement. C'est à un endroit que je rappelais tout à l'heure, oii il se met en parallèle avec ses rivaux : « Ils sont Israélites? et moi aussi... Ils sont ministres de Christ? J'aurai Ja folie de dire : Et moi encore plus. » Et il continue : « Oui, plus dans les fatigues, bien davantage dans les coups^ plus dans les emprisonnements et dans la mort à plusieurs fois (mot à mot, dans les morts, par une expression intraduisible). Cmq fois j'ai reçu des Juifs les trente-neuf coups * ; trois fois j'ai été battu de verges ^ ; une fois j'ai été lapidé ^ ; (rois fois j'ai fait naufrage ; j'ai fait une nuit et un jour dans la mer (sur une espèce de radeau sans doute). [Je l'ai
1. La peine du fouet était de quarante coups, ef non plus {Deutér., XXV, 3), et on n'en donnait que trente-neuf, de peur d'en donner un de trop par mégarde.