‹ Le Christianisme et ses origines (volume 3)Chapitre 47 sur 107 · Exode, XX, 5; xxxix, 14, etc · texte numérisé non relu

Exode, XX, 5; xxxix, 14, etc

nous transfigurons en cette même image, la gloire se répercutant en gloire, parce qu'elle vient de l'Esprit du Seigneur» (II Cor., m, 6-J8). Jetermine sur ce passage étrange, que je n'aurais pas osé citer plus tôt, de peur qu'il ne fût ininti^lligible : mais je pense que mes lecteurs sont maintenant assez familiers avec les. imaginations de Paul pour voir qu'il fait ici son apothéose, quoiqu'il eût eu certainement horreur du mot, une apothéose enveloppée d'effets de lumière, comme dans nos théâtres.

J'ai ramassé, dans les quatre Épîtres, tout ce qui pouvait éclairer les diverses parties d'une étude sur saint Paiil^; mais la vie de Paul ne finit pas avec les Épîtres. Elle vient aboutir à son voyage et à son séjour à Rome. Dans ses grandes courses apostoliques, Paul avait pensé plus d'une fois à venir à Rome ; mais ce n'était pas pour y fonder une église; Rome en avait une en dehors de lui et avant lui. Elle s'était faite probablement tout de suite après celle d'Antioche et sous la même influence, celle des hommes de Jérusalem ; car tout gi and mouvement qui se produisait quelque part dans l'empire se communiquait bien vite au centre, c'est-à-dire à Rome. Paul, qui s'appliquait « à ne pas bâtir sur les fondements des autres », qui ne portait la bonne nouvelle que « là où il n'avait pas encore été parlé de Christ » [Rom., xv, 20), semblait

1. Il y a lieu de rattacher à ce qui regarde la personnalité de Paul dans ses Lettres les versets où se marque l'importance qu'on attachait et qu'il attachait lui-même à l'envoi d'une lettre ou d'une porlion de lettre écrite de sa propre main : mais le premier et le principal de ces passages [Gai,, vi, 11) nous demeure obscur.

donc n'avoir rien à faire à Rome; mais, d'un côté, il ne pouvait guère non plus «e résigner à laisser en dehors de son action l'église de la capitale du monde, et il sentait peut-être que lui-même avait besoin de Rome pour donner à son apostolat une plus grande autorité. Yoici à quoi il se décida. Il avait résolu, après avoir recueilli en Macédoine et en Achaïe des sommes destinées aux « frères » pauvres de Jérusalem, de les porter lui-même en Judée, et de faire ainsi reconnaître de nouveau, dans la ville sainte, sa mission d'apôtre des gentils , accomplie aVec tant d'éclat. Puis il repartirait, ainsi consacré, pour d'autres conquêtes, toujours dans des pays où rien n'avait été fait. Il comptait évangéliser l'Espagne [Rom., XV, 28), et je suppose qu'il pensait à passer ensuite d'Espagne en Afrique. C'est sur le chemin de l'Espagne qu'il se promit d'entrer dans Rome et de s'y arrêter. Et, pour préparer ceux de Rome à cette visite, il leur adressa de Corinthe, avant de partir pour Jérusalem, la fameuse Lettre qui occupe la première place dans le recueil des Épîtres, à cause du grand nom de Rome.

11 avait, d'ailleurs, la confiance ([u'il s'était fait comme apôtre une assez grande autorité pour avoir le droit d'être entendu à Rome même. Il déclare qu'il a été choisi de Dieu pour faire recevoir la foi chez toutes les nations, « parmi lesquelles, vous aussi, vous êtes compris » [Rom.^ i, 6). Rome, en effet, devïiit être pleine de « disciples » de Grèce et d'Asie qui y avaient porté son nom, et qui y faisaient Ure ses écrits.

Peut-être il écrivait à Rome avec la pensée qu'il n'était pas sur d'y pouvoir venir jamais; car il prévoyait les dangers qu'il allait courir, à Jérusalem, de la part des Juifs qui ne croyaient pas [Rom., xv, 31) et qui avaient tant de sujets de le haïr. Il voulut que, s'il lui arrivait malheur, l'Église de Rome conservât aussi dans cette Épître un monument de son apostolat.

Elle se distingue par un caractère particulier de réserve et de circonspection. On sent qu'à Rome il n'est plus chez lui, pour ainsi dire. R y parle très peu de lui ; il ne dispute plus avec des rivaux ; il n'a pas un mot contre les apôtres de Jérusalem; il ne se livre pas à ce qu'il appelait lui-même ses intempérances ou ses extravagances (II Cor.^ xi, 23, etc.); il ne s'ahandonne pas à ses exaltations et à ses rêves ; il ne parle pas de troisième ciel ; il n'entend pas sonner la trompette du dernier jour. En même temps qu'il ramasse toutes ses forces pour combattre le judaïsme, il prodigue celte fois aux Juifs les ménagements et les hommages; il dira bien encore que Dieu n'est pas seulement le dieu des Juifs, qu'il est aussi celui des gentils ; mais les formules hardies et tranchantes, comme « il n'y a plus de Juifs ni d'Hellènes «, ne reparaissent pas ici; il affecte, au contraire, de répéter : « Le Juif d'abord, puis l'Hellène « (i, 16; H, 9, 10), On sent que les Juifs tiennent une grande place dans Rome et y exercent une grande influence. Enfin, c'est dans TÉpître à ceux de Rome qu'il professe avec tant de force la soumission aux puissances, et qu'il déclare que l'empereur est le ministre de Dieu,

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