‹ Le Christianisme et ses origines (volume 3)Chapitre 51 sur 107 · j-flïe, Lxvi, 22. Voir tome III, p · texte numérisé non relu

j-flïe, Lxvi, 22. Voir tome III, p

yeux ; et pourtant Texemple d'Oiigène suffit à montrer ce qu'elles peuvent faire en ce genre; mais le plus grand mal est la dureté qu'elles respirent, et qu'on applique aux autres, si on ne l'applique pas à soi. Un feu éternel ! Un ver qui ne meurt jamais ! Quelle triste idée ceux qui écrivaient ces choses se faisaient-ils de la bonté et de la justice de leur dieu ?

La vérité est que les Évangiles, dont on parle comme si on n'y trouvait ([u'amour ou charité, sont quelquefois pleins de haine ; les hommes qui ne sont pas au Christ y sont détestés, et surtout les Juifs. Le plus ancien évangile est encore celui où cette aversion se marque le moins, quoiqu'elle y soit déjà fortement empreinte; mais les paroles haineuses et même furieuses abondent dans Matthieu et dans Luc.

En voici qui paraissent plus nobles et plus pures. Comme Jésus annonce à ses disciples qu'il va souffrir toute sorte de mauvais traitements et d'ignominies, et enfin être mis à mort, Pierre se révolte à cette idée, et semble exiger de lui qu'il ne s'abandonne pas jusque-là ; mais Jésus lui dit : « Loin de moi, Satanas, car tes pensées ne sont pas de Dieu, mais des hommes (vni, 35). » Et il continue, s'adressanl à tous : « Celui qui veut venir avec moi, qu'il se renonce soi-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive. » Au premier abord, cela est beau, à l'exception pourtant de ce Satanas, qui fait peine, et la nature semble s'élever ici au-dessus d'elle-même. Malheureusement, l'Évangile n'entraîne ainsi la nature qu'en la trompant. En même temps qu'il demande le sacrifice de cette vie, il

en promet une autre en échange, d'un prix incomparable, et il annonce que ce prix ne se fera pas attendre, qu'il va être payé tout à l'heure même : « Amen, je vous le dis : il y en a ici qui, avant d'avoir goûté à la mort, verront le règne de Dieu venu dans sa majesté. » La promesse n'a pas été tenue, et non seulement ceux qui étaient là, mais d'innombrables générations après eux se sont succédé dans la mort sans que le règne de Dieu soit arrivé. Ce calcul et ce mécompte ôtenl au discours ce qu'il aurait pu avoir de grandeur.

J'ai trouvé de la morale politique dans Paul; il n'y en a pas dans les Évangiles, si ce n'est la réponse célèbre de Jésus quand on lui demande, pour le compromettre, s'il faut payer l'impôt à César, « Jésus leur dit : Pourquoi me tentez-vous ? Faites-moi voir un denier. » On lui en présenta un, et il dit : «Qu'estce que cette effigie et cette légende?» Ils dirent: « Celles de César. » Et il répondit : « Ce qui est de César, payez-le à César, et ce qui est de Dieu à Dieu (xii, 15). » La réponse est en même temps nette et adroite. C'est comme s'il disait : Cette pièce témoigne assez que César est le maître ; puisqu'il est le maître, payez-lui l'impôt; ce qui implique ce sous-entendu : qu'on ne le payera plus le jour où la tête et le nom de César ne seront plus sur la monnaie, c'est-à-dire le jour où les Juifs se seront affranchis. Et la parole adroite est relevée par une parole fière : « Ce qui est de Dieu à Dieu. » Le maître réserve ainsi, jusque dans l'asservissement politique au pouvoir de fait, l'indé-

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pendance de la conscience, que les Juifs, en effet, ont maintenue jusqu'à la fin, et au delà de la fin.

On a dit que l'anecdote ne pouvait être authentique, parce que, précisément par respect pour la conscience religieuse des Juifs, ces monnaies frappées à Jérusalem ne portaient pas l'image de l'empereur ^ ; d'où l'on a conclu que l'histoire avait dû être imaginée en pays grec. Celte conclusion ne me paraît pas forcée. Il pourrait se faire que Jésus eût dit simplement: « Quelle est cette légende?» et que l'évangéliste, en recueillant de la tradition ces paroles, eût ajouté mal à propos la mention de Timage, parce que lui-même était accoutumé à voir l'image sur la monnaie. Je ne voudrais pas, sans nécessité, retirer à à Jésus l'honneur de cette heureuse réponse.

Tels sont les Évangiles, livres mêlés, où il y a des choses excellentes, d'autres médiocres, d'autres pitoyahles, qu'on ne pouvait juger tant qu'on les tenait pour sacrés et inspirés d'en haut, et qu'une critique libre peut seule ramener « à leur juste valeur ^ ».

Mais, dans l'étude que j'ai faite des Évangiles, soit au présent chapitre, soit au chapitre premier, je n'ai pas touché encore au récit de la Passion ^. Je l'ai

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