‹ Le Christianisme et ses origines (volume 3)Chapitre 54 sur 107 · Rabbi, maître (le maître qui enseigne · texte numérisé non relu

Rabbi, maître (le maître qui enseigne

LES TROIS PREMIERS ÉVANGILES. 2ol

prêlre et lui enleva l'oreille. — Et Jésus, s'adressant à eux, leur dit: « Vous êtes venus à moi comme à un brigand, avec des épées et des bâtons pour me prendre. — Tous les jours je me tenais près de vous, enseignant dans le Temple, et vous ne m'arrêtiez pas. — Mais c'est qu'il faut que les Écritures s'accomplissent. » — Et tous, l'abandonnant, s'enfuirent. — Et on conduisit Jésus au grand prêtre, et avec lui s'assemblent tous les grands prêtres, les Anciens et les docteurs. — Et Pierre le suivit de loin, jusqu'au dedans de la cour du grand prêtre, et il se tenait assis avec les gens du grand prêtre, se chauffant au feu. — Les grands prêtres et tout le sanhédrin cherchaient contre Jésus un témoignage pour le faire mourir, et ils n'en trouvaient pas. — Plusieurs, en effet, portaient faux témoignage contre lui, et les témoignages n'étaient pas pertinents. — Et quelques-uns se levant portèrent contre lui ce faux témoignage: «Nous l'avons entendu dire: «Moi, je démolirai ce temple fait de main d'homme, et, en trois jours, j'en rebâtirai un autre non fait de main d'homme.» — Et même ainsi leur témoignage n'était pas pertinent. — Et le grand prêlre, se levant au milieu de rassemblée, s'adresse à Jésus, disant : « Tu ne réponds rien aux témoignages qu'ils portent contre toi ? » — Et il se taisait et ne répondait pas. De nouveau le grand prêtre reprit la parole et lui dit : « Est-ce toi qui es l'Oint, le Fils du Béni ?» — Et Jésus dit : « C'est moi, et vous verrez le Fils de l'Homme siégeant à la droite de la Yertu et descendant avec les nuées du ciel. » — Et le grand prêtre, déchirant ses

habits, dit: «Qu'avons-nous encore besoin de témoins?

— Vous avez entendu son blasphème; que vous en semble ? » Et tous prononcèrent qu'il méritait la mort.

— Et quelques-uns se mirent à cracher sur lui et, lui cachant la figure, ils le soiifiletaient, disant: «Devine, prophète. » Et les gens du grand prêtre lui couvraient la face de coups. — Et, tandis que Pierre était en bas dans la cour, survient une fille esclave du grand prêtre. — Et, ayant vu Pierre qui se chauffait, elle l'envisagea et dit: «Toi aussi, tu étais avec ce Nazaréen, ce Jésus.» — Et il le nia, disant: «Toi, je ne sais pas du tout ce que tu veux dire. » Et il sortit dans l'avantcour, et le coq chanta. — Et la fille l'ayant vu, se mit encore à dire à ceux qui étaient là : « C'est un de ces gens. » — Et il nia encore. Et, un peu après, ceux qui étaient là dirent encore à Pierre : « Certainement tu es de ces gens-là ; tu es de Galilée. » — Et lui, avec des serments et des imprécations, dit : « Je ne sais ce que c'est que l'homme que vous dites. » — Et pour la seconde fois le coq chanta. Et Pierre se rappela la parole que Jésus lui avait dite : «Avant que le coq ait chanté deux fois, tu me renieras trois fuis. » Et il se prit à pleurer. — Et, dès le matin, les grands prêtres, ayant tenu conseil avec les Anciens et les docteurs, enfin le sanhédrin tout entier, firent lier Jésus, l'emmenèrent et le livrèrent à Pilatus. — Et Pilatus lui demande : « Est-ce toi qui es le roi des Juifs? » Et il lui répond : « C'est toi qui le dis. » — Et les grands prêtres le chargeaient d'accusations. — Et Pilatus lui demanda de nouveau : « Tu ne réponds rien ? Vois tout ce

dont on t'accuse. » — Et Jésus ne répondit pas davantage, de sorte que Pilatus était étonné. — A la fête, il leur délivrait un prisonnier à leur choix. — Et il y avait alors le nommé Barabbas, qui était aux fers avec sa bande; ils avaient fait un soulèvement où il y avait eu mort d'homme. — Et la foule \'\ni devant le tribunal et ils demandèrent riu'on fit pour eux comme on faisait d'ordinaire. — Et Pilatus répondit: «Voulezvous que je vous délivre le roi des Juifs?» — Car il savait que c'était par un mauvais sentiment que les grands prêtres le lui avaient livré. — Mais les grands prêtres soulevèrent la foule pour faire délivrer de préférence Barabbas. — Et Pil :tus, s'adressant encore à eux, leur dit : ((Que voulez-vous donc que je fasse de celui que vous appelez le roi des Juifs?» — Et ils se reprirent à crier : «Mets-le en croix. » — Et Pilatus leur disait : « Mais qu'a-t-il fait de mal ? » Et ils crièrent encore plus fort : « Mels-le en croix. » — Et Pilatus, voulant satisfaire la foule, leur délivra Barabbas, et pour Jésus, l'ayant fait fouetter, il le donna à mettre en croix. — Les soldats l'emmenèrent au dedans de la cour (c'est ce qu'on appelle le prétoire), où ils mettent sur pied toute la cohorte. — Et ils l'habillent de pourpre, et ils lui posent sur la tête une couronne tressée d'épines. — Et ils se mirent à le saluer, disant : « Hommage au roi des Juifs. » — Et ils lui frappaient la tête avec un roseau* et crachaient sur lui, et, ployant les genoux, ils se prosternaient devant lui. — Et,

1. D'après Matthieu, ils lui mettent un roseau dans la main, comme un sceptre.

quand ils se furent assez joués de lui, ils lui ôtèrenl la pourpre et lui remirent ses habits. Et ils l'emmenèrent pour le mettre en croix. — Et ils mettent en réquisition un passant, Simon de Cyrène, qui venait de la campagne, père d'Alexandre et de Rufus, pour lui faire porter la croix. — Et ils le font monter au Golgotlia, nom qui se traduit par la place du crâne. — Et ils lui donnent du vin mêlé de myrrhe ^ mais il ne le prit pas. — Et ils le mettent en croix, et ils se partagent ses habits, tirant au sort la part de chacun. — Et il était la troisième heure (vers neuf heures du malin, trois heures après le lever du soleil) quand ils le mirent en croix. Et il y avait une inscription indiquant l'accusation portée contre lui : Le roi des Juifs. — Et avec lui ils mettent en croix deux brigands, l'un à sa droite et l'autre à sa gauche. — Et ceux qui passaient l'insultaient, secouant la tête et disant: «Malheur! toi qui démolis le Temple et le rebâtis en trois jours, — sauve -toi de la mort et descends de ta croix. » — Semblablement les grands prêtres avec les docteurs disaient entre eux en raillant : Il a sauvé les autres; il ne peut se sauver lui-même. — E:i 1 TOint, le roi d'Israël, allons, descends de ta croix, que nous voyions cela et que nous croyions. » Et, à la sixième heure (vers midi), une nuit profonde se fit sur toute la terre jusqu'à la neuvième (vers trois heures). Et, à la neuvième heure, Jésus cria d'une voix forte : Héloï, Héloï, lima sabachthani; ce qui se traduit : « Dieu, mon Dieu, pour-

1. Boisson anesthésique qu'on donnait par pitié à ceux qu'on mettait en croix.

quoi m'as-tu abandonné ? — « Et quelques passants disaient en l'entendant : « Yoici qu'il appelle Hélie*. » — Et un homme, accourant, emplit de vinaigre une éponge qu'il attacha au bout d'un roseau et le lui offrit à boire disant : « Attendez, voyons si Hélie vient le détacher. » — Mais Jésus poussa un grand cri et expira. — Et le rideau du Temple se déchira en deux du haut en bas. — Et le centurion qui était placé en face de lui, voyant qu'il avait expiré en poussant ce cri 2, dit : « Véritablement, cet homme était Fils de Dieu. » — Il y avait aus?i là des femmes, qui regardaient de loin, parmi lesquelles Marie de Magdala et Marie, mère de Jacob le jeune et de Joscs, et Salomé ^, — qui déjà, quand il était en Galilée, le suivaient et l'assistaient, et plusieurs autres qui étaient montées avec lui à Jérusalem. — Et, le soir étant bientôt venu, comme c'était la Préparation, c'est-àdire la veille du sabbat, — survient Joseph d'Arimathie, un honorable membre du Conseil, qui lui aussi était de ceux qui attendaient le royaume de Dieu ; il ne craignit pas de venir trouver Pilatus et demanda le corps de Jésus. — Pilatus s'étonna qu'il fut mort déjà, et, ayant fait venir le centurion, il s'informa s'il y avait du temps qu'il était murt. — Et, s'en étant assuré par le centurion, il donna le cadavre à Jo-

1. Héloî, etc., est un verset d'un psaume, xxii, 2. Le texte hébreu porte : Héli, Héli, lamma hazabatkuni : les formes emploj'ées dans l'ivvangile sont chaldaïiiies.

2. C'était chose extraordinaire ; les crucifiés mettaient deux jours et plus à mourir.

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