Rexan, Vie de Jésus, p. 358 de rédiiioii de 18CT
qui l'avait seule rempli jusqu'alors. Cette littérature, on Ta vu, est loin d'être toujours belle et pure : elle contient des choses misérables ; la foule qui l'a inspirée y a fait entrer des idées grossières et barbares qui sont devenues sacrées, et dont elle-même a souffert cruellement plus tard. Elle doit infailliblement se détacher un jour des Évangiles et s'en dépouiller comme d'une enveloppe flétrie ; mais, s'ils ont vécu si longtemps, c'est parce que la multitude des petits et des souffrants avait mis en eux son âme, qui n'avait pas alors d'autre issue. Elle a rêvé dans ces Hvres, tant qu'il ne lui était pas donné d'agir. Et telle a été l'illusion, que, lorsque la multitude a fait chez nous la Révolution, elle a cru quelquefois la faire d'après l'Évangile, tandis qu'en réalité la Révolution est destinée à effacer l'Évangile pour jamais.
Ces considérations sont communes aux trois premiers évangiles : il me reste à dire quelque chose des caractères particuliers qui ùisilngueni Matthieu eiLuc d'avec Marc. Si l'on s'en tient à la narration, Matthieu, sauf quelques pages au commencement, n'est guère qu'une répétition de Marc ; mais il en diffère sensiblement par un grand nombre de discours, qui ne se trouvent pas dansil/«;'c, et sans lesquels l'élude des Évangiles serait incomplète. Le premier de ces discours, connu sous le nom de Discours sur la montagne, occupe à lui seul cent-sept versets, et c'est peutêtre, après la Passion, le plus précieux morceau de la littérature évangélique. Il s'ouvre par les célèbres
béatitudes : « Heureux ceux qui sont misérables par l'esprit, car c'est pour eux qu'est le royaume des cieux. Heureux les humbles, car ils auront l'héritage *. Heureux les afQigés, car ils seront consolés; )) etc. Puis vient ce parallèle fameux entre l'ancienne Loi et la nouvelle, où il est dit sans doute que celle-ci ne fait que compléter l'autre, mais où la supéiioiilé de la nouvelle sur l'ancienne est développée avec tant de force : « Il a été dit aux anciens : «Tu ne seras pas adultère,» et, moi, je vous dis que celui qui regarde une femme d'un regard qui se tourne en désir a déjà commis l'adultère dans son cœur... H a été dit : « CEilpour œil et dent pour dent. » Et, moi, je vous dis de ne pas tenir tête au méchant; mais, s'il te frappe sur la joue droite, tends-lui aussi l'autre... 2. H a été dit : « Tu aimeras ton prochain, et /i/ /tairas ton ennemi"^. » El, moi, je vous dis : «Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent ; faites du bien à ceux qui vous détestent, et priez pour ceux qui vous insultent et vous persécutent : afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants comme sur les les bons, et répand la pluie sur les injustes comme sur les justes.» — Tout cela n'est pas toujours équitable ni